L’histoire des Juifs aux États-Unis est liée aux vagues d'immigration européennes dues aux perspectives sociales et économiques des États-Unis d'Amérique, et alimentées par l'antisémitisme et les persécutions des Juifs d'Europe. L'antisémitisme aux États-Unis a de fait toujours été moins répandu qu'en Europe.

Bien que fondée au par des séfarades venus de Recife au Brésil la communauté juive aux États-Unis est composée principalement d'ashkénazes qui ont émigré d'Europe centrale et d'Europe de l'Est, et de leurs descendants nés sur le sol américain. Toutefois, des représentants de toutes les traditions juives et même un petit nombre de convertis récents appartiennent à cette communauté qui englobe la gamme complète de la pratique religieuse, des ultra-orthodoxes Haredis aux Juifs qui se proclament laïques et athées.

Avec environ de personnes, la communauté juive américaine était, en 2019, la plus importante de la diaspora.

Histoire Les origines sépharades Installation à la Nouvelle-Amsterdam droite|vignette|325x325px|Les bains publics Asser Levy, partie de la Centre de récréation Asser-Levy, sur la place Asser-Levy à Manhattan (New York), portent le nom d'un des premiers citoyens importants de la ville et défenseurs des droits civiques. Le , probablement accompagné de Jacob Aboaf, Solomon Pietersen et d', naviguant à bord du Peereboom venu de Hollande, avec des passeports qui leur donnent la permission de faire du commerce dans la colonie néerlandaise de New Amsterdam Arthur Hertzberg (1997). The Jews in America. New York: Columbia University Press, p. 9, , qui avait reçu, le , l'ordre de son employeur, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, de se rendre à la Nouvelle-Amsterdam, est le premier Juif à débarquer sur le territoire de ce qui allait devenir les États-Unis. Hühner, Leon. “WHENCE CAME THE FIRST JEWISH SETTLERS OF NEW YORK?” Publications of the American Jewish Historical Society, no. 9, 1901, pp. 75–85. JSTOR. ; il est Néerlandais. La première communauté juive est fondée quelques semaines plus tard par vingt-trois Juifs venus à bord du St. Catrina, fuyant Recife (Brésil), ville qui, après avoir été néerlandaise, vient d'être reconquise par les Portugais qui y ont rétabli l'Inquisition.

Ces Juifs, dont les noms laissent penser qu'ils sont en majorité sépharades., et d'origine probablement néerlandaise, débarquent à la Nouvelle-Amsterdam et ne tardent pas à être en butte à l'antisémitismeLe ministre résident de la Nouvelle-Amsterdam, Domine Johannes Megapolensis, envoie le , une lettre à Amsterdam, notant : « L’été dernier, des Juifs sont venus de Hollande pour faire du commerce »… « [A]près, quelques Juifs, pauvres et en bonne santé, sont également venus ici sur le même bateau [St. Catrina] ». Il exprime ensuite son ressentiment d'avoir à dépenser plusieurs centaines de florins pour soutenir les nouveaux arrivants indigents, et poursuit : « Ils sont venus plusieurs fois chez moi, pleurant et déplorant leur misère. Si je les ai dirigés vers les marchands juifs, ils ont dit qu'ils ne leur prêteraient même pas quelques stivers ». Megapolensis soutient en outre que les adeptes du « Mammon injuste » visent à prendre possession de la propriété chrétienne et à surpasser les autres marchands en attirant tout le commerce vers eux-mêmes. Ces « coquins impies [godless rascals], qui ne sont d'aucune utilité pour le pays, mais qui regardent tout à leur propre profit, peuvent être renvoyés d'ici ». Lire en ligne sur American Jewish Archives, notamment du gouverneur, Pieter Stuyvesant, calviniste convaincu et opposé à la diversité religieuseStuyvesant ne semble pas s'être opposé violemment aux émigrés juifs du Peereboom ou à ceux venant directement d'Amsterdam. Cependant, il a soulevé des questions sur ceux venus sur les navires suivants. Deux lettres, datées des 22 et 25 septembre et celle du , sont adressées aux dirigeants de la société demandant, sinon insistant pour que « ces nouveaux territoires ne soient pas envahis » par des personnes de « race juive ». Stuyvesant a utilisé les mêmes objections soulevées par Domine Megapolensis. Les administrateurs ont répondu le , déclarant que bien qu'ils reconnaissaient ces objections : « Nous observons que ce serait déraisonnable et injuste, notamment en raison de la perte considérable subie par les Juifs lors de la prise du Brésil et aussi en raison de l'important capital qu'ils ont investi dans les actions de cette société. Après de nombreuses consultations, nous avons décidé et résolu sur une certaine pétition faite par lesdits Juifs portugais, qu'ils auront la permission de naviguer et de faire du commerce en Nouvelle-Pays-Bas et d'y vivre et d'y rester à condition que les pauvres parmi eux ne deviennent pas un fardeau pour la Compagnie, ou la communauté, mais soient soutenus par leur propre nation. Vous vous gouvernerez en conséquence ».

Documents Relative, Volume XIV, ; Bloom, Economic Activities, ; Marcus, Colonial American Jew, Volume I, pp. 218, 219, cités in American Jewish Archives, lire en ligne sur. Bien décidé à chasser les Juifs de la Nouvelle-Amsterdam, il leur interdit le négoce avec les Indiens, le droit d'acheter une maison, le droit de vote ou de servir dans l'armée. Il faut deux ans pour que la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, l'employeur de Pieter Stuyvesant, leur accorde ces droits, sous la pression des immigrants, Jacob Barsimson et le Lituanien Asher Lévy en tête, ce dernier devenant le premier Juif propriétaire immobilier en Amérique du Nord Gurock, Jeffrey S., American Jewish History: The Colonial and Early National Periods, 1654-1840, Volume 1 (1998). Le gouverneur continue cependant de leur interdire la construction d'une synagogue, même s'il doit les laisser pratiquer ce qu'il appelle leur « abominable religion »HAJ, page 17..

Ces 23 Juifs installés en 1654 dans le futur New York seront 300 en 1750 et deviendront plus d'un million de ses habitants en 2012.

Lente expansion sur la côte est thumb|left|Synagogue Touro (Newport, Rhode Island) fondée en 1763. Face à l'hostilité de Pieter Stuyvesant, la plupart des Juifs quittent la Nouvelle Amsterdam d'où les Néerlandais sont eux-mêmes chassés par les Anglais dès 1664. Les colonies anglaises d'Amérique sont alors dominées par les Puritains, mais la diversité des sectes et les idées du philosophe John Locke profitent aux Juifs, pour la plupart sépharades, qui s'établissent à Newport en 1677, à Savannah en 1733, à Philadelphie en 1745, à Charleston en 1750.

La congrégation Shearith Israel, fondée dès l'arrivée des Juifs à la Nouvelle-Amsterdam, établit la première synagogue sur Mill Street à New York en 1730. En 1740, le parlement anglais passe une loi permettant aux Juifs d'être naturalisés dans les colonies américaines et en 1763, la plus vieille synagogue américaine encore existante, la synagogue Touro est inaugurée à Newport. Les premiers sermons y sont donnés en espagnol par le rabbin .

En 1766, publie, à New-York, le premier livre de prières bilingue hébreu et anglais.

La révolution américaine et la conquête des droits La population juive est estimée entre lors de la guerre d'indépendanceHAJ, page 19. Un Juif polonais, Haym Salomon, est un des financiers importants auprès des armées américaines et françaises. Une centaine de Juifs participent à la guerre d'indépendance. La Constitution, dans son premier amendement, leur garantit la liberté religieuse que George Washington leur confirme dans une lettre à la communauté de la synagogue Touro. Toutefois, l'égalité devant la loi ne sera totale que lorsque tous les États auront aboli les règlements discriminatoires à l'embauche des fonctionnaires. Le dernier État à supprimer une telle clause est le New Hampshire en 1877HAJ, page 37. En fait, des mesures discriminatoires à l'entrée dans certaines institutions universitaires ou bancaires continueront jusqu'à bien avant dans le .

Les financiers Juifs contribuent au rattrapage de Philadelphie par New-York en participant à l'accord de Buttonwood de 1792, sous un platane de Wall Street"Wall Street: A History : From Its Beginnings to the Fall of Enron", par Charles R. Geisst, page 13 . Parmi eux, Benjamin Mendes Seixas, Ephraim Hart et Alexander Zuntz, de la Synagogue de Shearith Israel, investissent aussi dans la création de la Bank of Rhode Island. Réunis jusque-là au « Tontine's Coffe House », ils ouvrent le New York Stock Exchange en 1817, sous la présidence de Nathan Prime"Wall Street: A History : From Its Beginnings to the Fall of Enron", par Charles R. Geisst, page 20 .

De l'indépendance à la loi Johnson-Reed (1776-1924) Les États-Unis connaissent une immigration européenne au et attirent les Juifs qui se heurtent à de multiples formes d'hostilité en Europe. Le développement des transports et l'antisémitisme grandissant accélèreront leur immigration dans la deuxième partie du et au début du . La loi d'immigration Johnson-Reed (1924), en privilégiant l'immigration ouest et nord-européenne, ralentit notablement ce flux.

Immigration allemande gauche|vignette|Julius Meyer (1851-1909), surnommé Box-ka-re-sha-hash-ta-ka (« chef blanc aux cheveux frisés à une seule langue/parole »), né à Bromberg, émigré à l'âge de 13 ans, devenu un temps interprète de langues amérindiennes, posant en compagnie de plusieurs chefs indiens ("Young" Sitting Bull des Oglallas, Red Cloud, Swift Bear et Spotted Tail) à Omaha (1875). L'émigration des Juifs européens vers les États-Unis va marquer l'histoire du peuple juif. Elle commence doucement après la chute de Napoléon. Celui-ci avait ouvert les murs des ghettos européens et avait aligné le statut des Juifs dans tout l'Empire sur celui de la France.

Après sa défaite, la réaction impose de nouvelles mesures discriminatoires contre les Juifs en Allemagne et en Bavière des manifestations antisémites se produisent en 1818 et 1819. En Prusse, dès 1822, ils ne peuvent plus prétendre à un emploi public. Le nombre de mariages juifs est limité. Aussi, dès 1836, les Juifs émigrent-ils de Bavière vers les États-Unis et en 1840 le nombre d'émigrants se montent à .vignette|Louis Rose, pionnier à San Diego, fondateur de Roseville

Comme beaucoup l'étaient à cette époque en Europe, ils sont souvent colporteurs, quincaillers ou artisans, particulièrement dans la confection, mais ils trouvent à s'employer dans une économie américaine en plein développement. Assez rapidement, ils quittent New-York pour s'établir plus à l'ouest ou dans le Sud des États-Unis. Des communautés juives sont fondées à Saint-Louis (1837), Chicago (1845), La Nouvelle-Orléans ou même à San-FranciscoDEJ, page 1406. Ainsi peut l'illustrer Louis Rose venu de Neuhaus en Basse-Saxe à San Diego en 1850, via la Nouvelle-Orléans et le Texas, qui est le premier juif à s'y établir ; il y fonde sur ses deniers et organise la communauté juive, dont la Congrégation Beth Israel (aujourd'hui la plus grande synagogue de San Diego), il développe sa ville d'accueil tout en travaillant à son ranch dans le canyon qu'il a acquis, à sa tannerie et à sa vigne, et en 1869, il en fonde une autre adjacente à la baie, appelée Roseville (aujourd'hui un quartier de San Diego) puis il est nommé postmaster à 66 ans à Old Town.

vignette|David Camden de Leon (1816-1872), surnommé the fighting doctor, chirurgien juif séfarade, héros de la guerre américano-mexicaine, chef de la division médicale de l'armée confédérée.

Les révolutions européennes de 1848 vont décider des couches plus bourgeoises de la population juive à émigrer et on verra des professeurs, des médecins, des rabbins partir pour l'Amérique. On estime la population juive des États-Unis à en 1840, en 1860, et en 1880HAJ, page 20. Il faut rappeler que les recensements américains décennaux s'enquièrent de la religion. alors qu'en même temps la population totale passait de à .

vignette|Louis Alterman devant son magasin au 135 Decatur st. à Atlanta (v. 1923).