Jacques Chevalier, né à Cérilly (Allier) le et mort le dans la même ville, est un philosophe catholique français.

Agrégé de philosophie, normalien, Jacques Chevalier a été professeur de philosophie à l’Université de Grenoble. Son œuvre majeure est l’Histoire de la Pensée. En philosophie, il est le disciple d'Henri Bergson.

Pétainiste, il a été secrétaire d'État à l'Instruction publique, puis à la Famille en 1940-1941, dans les gouvernements Flandin et Darlan du régime de Vichy. Il soutient la Milice française (collaborationniste), et dénonce des résistants, ce qui entraîne l'exécution de plusieurs d'entre eux. Après la Libération, il est condamné à vingt ans de prison et à l'indignité nationale (gracié en 1947 pour raisons de santé).

Biographie Jeunesse, études et carrière universitaire Son père, le général Chevalier, est directeur du Génie au ministère de la Guerre, de 1910 à 1917. Il se lie alors au futur maréchal Philippe PétainMichèle Cointet, article Chevalier (Jacques), dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, .. Après des études en province d'abord, puis aux Lycée Hoche et Lycée Henri-IV, Jacques Chevalier est reçu à l'École normale supérieure en 1900 dans la promotion d'Eugène Albertini, de Pierre-Maurice Masson, de Paul Hazard et de Maurice Legendre. En 1903, il est reçu second à l'agrégation de philosophie. Il passe alors deux années à Oxford après ses études auprès du professeur de cristallographie Henry Alexander Miers, et il y rencontre pour la première fois Lord Halifax, futur secrétaire d'État au Foreign Office. Chevalier effectue de nombreux séjour chez Lord Halifax père, qu'il a connu par le Père Portal. Il s'adonne à des recherches religieuses sur Newman, Pusey et le Mouvement d'Oxford puis sur les églises non conformistes et les réveils religieuxEmmanuel Bourel, ..

De 1905 à 1908, il est pensionnaire de la Fondation Thiers et travaille sous la direction d'Émile Boutroux. Cette institution, qui dépend de l'Institut de France, est destinée, selon le vœu testamentaire d'Adolphe Thiers, aux jeunes chercheurs brillants pour mener leurs travaux à bien. Chevalier participe aux séances sous la direction de Portal d'études pour l'union des églises avec son ami Maurice Legendre.

Friedrich von Hügel visita Chevalier à la Fondation et l'introduisit au directeur Émile Boutroux, puis ils échangèrent une longue correspondance soit 23 lettres en 1907, plus qu'aucun autre moderniste français excepté Alfred LoisyThe Politics of Heresy: The Modernist Crisis in Roman Catholicism, Lester R. Kurtz, University of California Press, 1986, .. qui dira de lui dans ses mémoires : Mémoires pour servir à l'histoire religieuse de notre temps: 1908-1927, Alfred Firmin Loisy, E. Nourry, 1931, .. Jacques Chevalier commence alors une thèse sur les réveils religieux au Pays de Galles, d’après des documents inconnus avec lesquels il eut contact lors de son séjour à Oxford. Pour l'année scolaire 1908-1909, il prend une année sabbatique pour achever le travail de thèse. Il en retire une connaissance approfondie et plus intérieure de la forêt de Tronçais.

Il rencontre le père George Tyrrell, jésuite irlandais, qui sera excommunié pour des soupçons de modernisme. Il fut ensuite nommé professeur de philosophie au lycée de Châteauroux en , il y restera trois ans. André Bridoux (futur inspecteur général de philosophie) fut son élève et participa aux groupes de travail avec le Père Pouget. Jacques Chevalier enseigne la philosophie à Lyon, au lycée Ampère et au fameux Lycée du Parc (l’un des grands lycées de France).

La thèse galloise sur les réveils religieux en Pays de Galles, terminée en 1911, est refusée par Ferdinand Lot historien du Moyen Âge, archiviste paléographe à la Sorbonne, très renommé et influent, car « il estimait que les textes sur lesquels repose la partie historique de la thèse ne sont pas authentiques ». Cette thèse sera publiée dans les Annales de l'université de Lyon (Lyon-Paris, 1923). Jacques Chevalier changera de sujet de thèse et adaptera son mémoire de fin d'étude pour en faire une thèse.

Chevalier est en même temps un hispaniste distingué. Il entretient une correspondance suivie avec le philosophe espagnol Miguel de Unamuno, de 1911 à la mort de ce dernier en 1936, sur des sujets tels que le mystère de l'Annonciation ou la pensée de Blaise Pascal. En 1914, Unamuno autorise Chevalier à faire publier dans Le Temps une lettre exprimant sa méfiance envers le pangermanisme et sa sympathie pour la cause des Alliés.

Chevalier est reçu docteur ès lettres en 1914 avec mention très honorableMaurice Malleret, Encyclopédie des auteurs du pays Montluçonnais et de leurs œuvres (de 1440 à 1994), Éditions des Cahiers Bourbonnais, 1994, .; sa thèse principale porte sur La notion du nécessaire chez Aristote et chez ses prédécesseurs, particulièrement chez Platon ; sa thèse complémentaire était intitulée : Étude critique du dialogue pseudo-platonicien l'« Axiochos », sur la mort et l'immortalité de l'âme. Il soutient ses thèses à Lyon, avec Edmond Goblot. Le , il reçoit un ordre d'appel dans le service auxiliaire ; il sera interprète auprès de l’armée anglaise.

En 1919, il est nommé professeur de philosophie à la faculté des lettres de Grenoble. Le , il est élu doyen de la faculté des lettres de Grenoble à 49 ans. Il le demeurera jusqu'en 1944.

Henry Bordeaux, romancier catholique, membre de l’Académie française, écrit que Jacques Chevalier Jean-Louis Vieillard-Baron, « Jacques Chevalier : Un philosophe catholique entre les deux guerres », Transversalités 4/ 2012 ()..

Par l'intermédiaire de Antoine Sévat natif d'Isle-et-Bardais (Allier), lazariste qui deviendra missionnaire de Madagascar, il rencontre le Père Pouget en 1901, ce sera le début d'une longue amitié. Il y amènera de nombreux intellectuels chrétiens de sa génération ou d'une autre génération (Jean Guitton, Emmanuel Mounier, Gabriel Marcel), mais aussi Ernesto Buonaiuti, professeur d'histoire au séminaire romain destitué en 1906 pour modernisme et qui correspondait secrètement avec Pouget par l'intermédiaire de ChevalierMonsieur Portal et les siens, 1855-1926, Régis Ladous, 1985, éditions du Cerf, ..

Il visite, parfois quotidiennement, la célèbre cellule 104 du Père PougetN° spécial de Mission et charité, Le Père Pouget, avec interview et nombreux témoignages de Jacques Chevalier. (Guillaume Pouget), à la maison-mère des lazaristes, 95 rue de Sèvres, à Paris. Il est beaucoup question aussi du Père Pouget dans le livre de Jacques Chevalier, Cadences – mouvement d'idées, disciplines d'action, aspects de la vie morale : l'ordre, l'amour, l'apparenceLibrairie Plon, 1939.. Gonzague Truc décrit l'influence de ce religieux sur Jacques Chevalier à qui celui-ci doit l'approfondissement d'une foi Gonzague Truc, Histoire de la littérature catholique contemporaine, Casterman, Paris, 1961, ..

Il est le disciple et l'ami de Henri Bergson et l'un de ses exécuteurs testamentairesVoir ses Entretiens avec Bergson, librairie Plon, 1959, p.II.. Lors de la condamnation du modernisme, la plupart des catholiques se détournent du bergsonisme, note Hervé Serry. Parmi ceux-ci, Jacques Chevalier, qui restera fidèle à Bergson jusqu'au-delà de la mort. Par ailleurs, il fut un proche de Maurice Blondel comme l'atteste sa correspondanceUniversité de Louvain où est conservée la correspondance de Blondel.

Son Bergson, publié chez Plon en 1926, est d'un intérêt particulier, car relu et corrigé de la main même de Bergson. Les verbatims de leurs entretiens et leur correspondance témoignent d'une proximité sans égale.

Le rayonnement de Jacques Chevalier lui vaut des disciples de qualité : Guitton, Mounier, Husson, Garrone, etc. En 1921, il rencontre Jean Guitton, âgé de vingt ans, qu'il incite à faire de la philosophie. C'est Guitton qui est introduit par Chevalier auprès du père Pouget.

Il anime l'Union nationale des membres de l'enseignement public. L'association avait été très active pour défendre les intérêts des catholiques qui s'estimaient brimés dans leur carrière dans l'Éducation nationale à cause de leur appartenance religieuse.

En 1931, Marcel Mauss a été nommé au Collège de France contre Chevalier, à une voix de majorité. Six mois plus tôt, Mauss et Chevalier avaient eu le même nombre de voix. Gilson qui avait voulu se présenter s'était retiré après le premier tour.

Dans son édition des œuvres de Pascal (Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1936), il propose une présentation des Pensées en reconstituant le plan projeté par l'auteur d'après le discours sur les Pensées de M. Pascal rapporté par Nicolas Filleau de La Chaise lors d'une conférence où Pascal aurait présenté à Port-Royal en 1658 le "dessein" de son œuvre, BRÉMONDY, François. Pascal fut-il un penseur dialectique ? In : Maurice Blanchot et la philosophie : Suivi de trois articles de Maurice Blanchot. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, 2010 (généré le 13 décembre 2023)., Filleau de la Chaise et la réception des « Pensées », Cahiers de l'AIEF Année 1988 40 pp. 297-314 M. Antony McKenna. Après guerre, il publie en 1955 une monumentale Histoire de la Pensée(google books), Histoire de la Pensée, Volume 1..

Il a été dès sa jeunesse l'ami de Joseph Malègue et il rédigera la préface de son roman inachevé réédité en 1958, Pierres noires. Les classes moyennes du Salut.

Louis Lavelle a souligné le fait qu'il est un Louis Lavelle, Psychologie et Spiritualité, Paris, Albin Michel, 1967, .. C'est à propos de l'ouvrage de réflexions personnelles Cadences (tome I, Paris, Plon, 1939 ; tome II, Paris, Plon, 1951) que Lavelle s’exprime ainsi. Jacques Chevalier présentait la philosophie comme l'alliance d'une sagesse et d'un Jacques Chevalier, Leçons de Philosophie ..

Groupe de travail en commun (1920-1940) La fondation du Groupe est décidée après un peu plus d'un an de gestation par circulaire du . Il est établi entre Grenoble et à Lyon autour du philosophe Jacques Chevalier ; mais son titre délibérément neutre – Groupe de travail en commun – n’apparaît qu’en dans une deuxième circulaire. Sur ces fondements succincts se développe une activité soutenue dont l'essentiel consiste en l'envoi aux membres du Groupe de documents polycopiés qui se veulent de simples instruments de réflexion non destinés à la publication. Ils y échangent notes et entretiens.

Le groupe connaîtra plusieurs secrétaires, poste occupé successivement par Belmont, par Husson et surtout par Jean Guitton, et enfin Victor Carlhian en 1931. Il repose tout entier sur cette « croyance rationnelle en la Vérité » qui unit étroitement la raison humaine à la foi chrétienne, en désaccord d'un point de vue intellectuel, avec le thomisme « antimoderne » de Jacques Maritain ; sur une « métaphysique positive » qui s'oppose frontalement au rationalisme laïque d'un Léon Brunschvicg, alors hégémonique en Sorbonne. Chevalier s'opposait à l'orthodoxie rigide du catholicisme conservateur et cherchait plutôt une philosophie moderne au sein de la communauté catholiqueDonald James Horton, André Laurendeau : la vie d'un nationaliste, 1912-1968, ..

Le Groupe est complètement étranger à l'Action française de Charles Maurras. Il compte même dans ses rangs, en la personne de Joseph Vialatoux, l'un de ses plus rudes adversaires. Pour Véronique Auzépy-Chavagnac, dans son livre sur Jean de Fabrègues, préfacé par René Rémond, Jacques Chevalier constitue, dans le monde catholique, un groupe situé entre Maritain et BlondelJean de Fabrègues et la jeune droite catholique : aux sources de la Révolution nationale, Presses universitaires du Septentrion, Lille, 2002, ..