Jacques Fournier, né vers 1285 et mort le , est un inquisiteur et évêque français issu d'une famille modeste du comté de Foix. Il devient le de l’Église catholique sous le nom de .
Biographie
Jeunesse et formation religieuse Jacques Fournier, né à Canté près de Saverdun (Ariège), est d’humble origine, fils d’un boulanger ou plus vraisemblablement d’un meunier.
Son oncle maternel, Arnaud Novel, se charge de l’éducation du jeune Jacques. Cet oncle, moine cistercien, abbé de Fontfroide (Aude), futur cardinal, l’attire dans ce monastère, puis l’envoie au collège Saint-Bernard à Paris. Jacques Fournier fréquente les Universités et devient docteur en théologie.
Il est nommé abbé de Sainte-Marie de Fontfroide de 1311 à 1317, succédant ainsi à son oncle promu cardinal par le pape et légat en Angleterre. Déjà connu pour son érudition et sa rigueur, il est nommé le , évêque de Pamiers, et le , évêque de Mirepoix.
Inquisiteur L’épiscopat de Jacques Fournier à Pamiers est caractérisé par l'efficacité avec laquelle il poursuit les hérétiques albigeois, réfugiés dans ces lieux retirés du haut pays ariégeois. Les évêques appaméens ne se sont jusqu'alors guère préoccupés de l’orthodoxie des pensées de leurs ouailles. Il met à profit une décision du concile de Vienne (1312) qui permet à l’évêque de se joindre au tribunal d’inquisition, pourtant du seul ressort des dominicains. Il dirige donc le tribunal d’inquisition en collaboration avec Gaillard de Pomiès et Jean de Beaune, tous deux dominicains à Carcassonne.
Du au , cette cour de justice siège , donnant lieu à et concernant . Au cours de la comparution, l’évêque pose les questions, fait préciser tel ou tel point. Les interrogatoires qu’il dirige traduisent un inquisiteur expert, arrachant les aveux avec habileté. Cette tâche lui est facilitée par le fait qu’il connaît bien le pays et surtout sa langue contrairement aux inquisiteurs pontificaux, qui sont souvent des Français. L’accusé peut être laissé libre ou mis en prison. Les moyens de pression sont l’emprisonnement et l’excommunication. Jacques Fournier a recours à la torture de façon sporadique.. Au terme de cette procédure, cinq comparants sont exécutés par le bûcher : quatre vaudois de Pamiers, et le relaps albigeois Guillaume Fort de MontaillouJ.M.Vidal, Le Tribunal d'inquisition à Pamiers, Toulouse, 1906.. Une autre source indique, sur mises en cause, cinq sont remises au bras séculier (bûcher), , le reste, soit plus de la moitié, étant des pénitences diverses et des acquittementsJean Dumont, L'Église au risque de l'Histoire, ..
Les interrogatoires ont été transcrits en un certain nombre de volumes. Il subsiste un gros registre en parchemin de 325 in folio conservé à la bibliothèque vaticane sous le numéro 4030.
Divers érudits et historiens ont pris connaissance de ce document : Ignaz von Döllinger, Charles Molinier, Marie-Jean-Célestin Douais, Jean-Marie Vidal et Jean Duvernoy qui en a fourni la publication intégrale en (1965)J. Duvernoy, Le Registre d'inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamiers (1318-1325), Toulouse, Privat, , 1965. ainsi que la traduction de l'ensemble des interrogatoires conservésD'abord par extraits : J. Duvernoy, Inquisitions à Pamiers, Toulouse, éd. Privat, 1966 rééd. 1986 [ce sont ces extraits qu'Emmanuel Leroy-Ladurie a découverts par hasard à Toulouse et lui a fait connaitre ce fabuleux document].
Puis dans leur intégralité : J. Duvernoy, Le Registre d'Inquisition de Jacques Fournier (1318-1325), , Toulouse, Privat, 1975 [rééd. Claude Tchou, 2004].. Par ces registres est connu le sort réservé à Béatrice de Planisolles, longuement interrogée et condamnée en 1321.
Utilisant le registre d’inquisition, qui donne une foule de renseignements sur la vie quotidienne d’humbles villageois, Emmanuel Le Roy Ladurie, professeur au collège de France et membre de l’Institut, a publié un ouvrage historique, Montaillou, village occitan de 1294 à 1324. Ce livre, publié en 1975, a eu un succès considérable dans plusieurs pays et a été tiré à plus de deux millions d’exemplaires..
Cardinal Pour le récompenser de son zèle, , le , le nomme cardinal de Saint-Prisque. Il conserve l’habit blanc de l’ordre des cisterciens auquel il appartient, d’où son nom de cardinal blanc. Il acquiert une entière confiance de la part du pape, qui lui confie des affaires délicates : il est juge dans les procès intentés à l’inquisiteur de Carcassonne, Jean Galand ou au prêtre breton, Yves de Kérinou.
Pontificat
Ce fut le que s’éteint . Le Sacré Collège entre en conclave dès le . Le cardinal de Talleyrand a son candidat, Jean Raymond de Comminges, qu’il défend brillamment. Mais le choix de la résidence pontificale entre Avignon et Rome est l’occasion d’une violente altercation entre les deux princes de l’Église, le cardinal de Comminges refusant de prendre l’engagement de ne pas ramener la papauté à Rome.
Conséquemment, Napoléon Orsini fait passer le sien le . C’est Jacques Fournier, le cardinal blanc avait élevé Jean Raymond de Comminges et Jacques Fournier à la pourpre cardinalice le .. Faux modeste, le nouveau pontife déclare :
Ce théologien réputé ne se sentait vraiment à l’aise que sur le terrain du dogme. Le Roy Ladurie, qui a longuement analysé son zèle inquisitorial, a dit de lui : « Ce prélat lucide appartient aux nouvelles élites occitanes qui vont prendre le contrôle de la papauté en Avignon… Il redressa les fantaisies théologiques de son prédécesseur relative à la vision béatifique après la mort. Au sujet de la Vierge, il se montra maculiste, autrement dit hostile à la théorie de l’Immaculée Conception de Marie. Ses interventions variées en matière de dogme couronnèrent une longue carrière intellectuelle. Au cours de son existence, il polémiqua avec force, et non sans conformisme, avec les penseurs les plus divers, dès lors qu’ils paraissaient s’écarter de l’orthodoxie romaine : Joachim de Flore, Maître Eckart, Occam »..
À peine désigné par le Collège des cardinaux, le , il condamne spirituels et fraticelles. Après avoir choisi le nom de en l’honneur du patron de l’Ordre des cisterciens dont il était issu, le nouveau pape est couronné en l’église des dominicains d’Avignon, le , par le cardinal Napoléon Orsini, qui a déjà couronné les deux papes précédentsÀ cette occasion, chaque cardinal reçut et furent expédiés à Rome pour la restauration de la basilique Saint-Pierre..
Cet homme, au corps lourd et malade, va se révéler être un pontife austère et prudent, esclave de ses principes, mais ménager des deniers ecclésiastiques. Durant son pontificat, il s’applique à la réforme des ordres religieux, se montre attentif à l’attribution des bénéfices ecclésiastiques, refuse tout népotisme adopté par ses prédécesseurs, et est un grand bâtisseur.
Le réformateur de la curie et des ordres religieux Le , il commence à s’atteler à la réforme de l’administration pontificale et chargea Jean de Cojardan, son trésorier, de réformer la Curie. Puis il entreprend celle des Ordres monastiques, la discipline et la ferveur dans les différents ordres religieux s'étant relâchées.
Le , le pontife séjourne au palais des papes de Sorgues et date de Pont-de-Sorgues sa bulle Fulgens sicut stella qui fait obligation aux moines de pratiquer pauvreté, mortification et travail manuel.
L'ordre qui attire le plus son attention est celui de Cîteaux, objet de différentes réformes sans grand succès. impose une réforme plus efficace par la bulle Summi magistri dignatis du , dont le principe est de regrouper les différentes abbayes en un certain nombre de provinces, et de les soumettre à une discipline commune. Cette bulle dite « bénédictine » n’a pas tout l’effet souhaité.
Le , à l'intention des franciscains, il émet la bulle Redemptor noster, suivie de Ad decorem ecclesiae sponsae pour les chanoines réguliers en .
L'impossible retour en Italie Le , fait savoir, lors d’un consistoire, qu’il désirerait retourner en Italie et s’installer à Bologne. Mais le peu d’empressement que marquèrent les Bolonais à l’accueillir lui fait abandonner son projet. Les Angevins de Naples se proposent aussi de l'accueillir. Mais, au cours de cet automne, Robert d’Anjou fait parvenir, en son nom et en celui de la reine Sancia, une demande de privilège au Souverain Pontife autorisant son beau-frère Philippe de Majorque à faire de l'abbaye Santa Chiara de Naples un monastère où serait pratiquée à la lettre la règle de saint François. Le pape refuse s’opposa trois fois à cette requête par ses lettres bullées des , et . Ce monastère regroupait des clarisses et les frères de la Pauvre Vie. Achevé en 1328, il était sous la coupe de Philippe de Majorque. Le monastère de Santa-Chiara ne fut consacré qu’en 1340..
Et pour bien se faire comprendre, sa bulle Redemptor noster du condamne les fraticelles et prescrit aux franciscains l’uniformité des vêtements et l’assiduité aux offices divins.
Refus du népotisme Parmi tous les papes d’Avignon, se signale par son refus du népotisme. En effet, il hésite longuement, et se décide seulement sur l’insistance de ses cardinaux pour confier le siège archiépiscopal d’Arles à son neveu, l’augustin Jean de Cardone.
Lorsque des parents viennent le voir à Avignon, il se contente de les dédommager de leurs frais de voyage. Seule sa nièce Faiga qui avait perdu son père, frère du pontife, a droit à d’or, et à un mariage sans aucun faste.
Une croisade compromise par… Le , à Pont-de-Sorgues, lors d’un consistoire solennel, rend publique sa décrétale Benedictus Dominus Deo in donis suis, condamnant les thèses théologiques de qui estimait que les âmes des saints n'avaient pas accès à la vision béatifique avant le jugement dernier.
Au début du mois de , le roi de France et son fils, Jean de Valois, arrivent à Avignon. Dans leur suite se trouvent le roi et Philippe d’Évreux. Tous se retrouvent à Villeneuve-lès-Avignon pour traiter du sort de la Navarre. Ce , un traité est signé réglant définitivement l’appartenance de ce royaume qui revient à Jeanne, fille du Hutin, épouse de Philippe d’Évreux. En contrepartie, la reine cède la Brie et la Champagne à .
À la demande de de Lusignan, roi de Chypre, rappelle à de Valois qu’il se devait d’entreprendre son voyage d’outre-mer. Le , le jour du vendredi-saint, le pape lance l’appel général à se croiser. Quatre cardinaux, conduits par Hélie de Talleyrand-Périgord, doivent assister le roi de France dans sa capitainerie générale. Le Valois demande alors à de convoquer une conférence des princes et des rois chrétiensMais tout cela était pour la galerie. , dont la diplomatie était fort bien renseignée, confirma à les termes du courrier qu’il avait adressé à son conseiller, Pierre Roger, archevêque de Rouen : « Si vous partez des haines cachées se lèveront contre vous et votre royaume »..
resta dans la cité papale jusqu’au , puis se rendit à Aigues-Mortes, Lattes, le port de Montpellier, Narbonne et Marseille pour inspecter la « flotte des Francs » qui devait transporter outre-mer. Elle fut jugée insuffisante. Et bien que « la croix estoit en si grand fleur de renommée qu’on ne parloit ni ne divisoit d’autre chose »Cette citation est de Jean Froissart., la croisade tomba à l’eau tandis que la guerre de Cent Ans allait commencer.
… le début de la guerre de Cent Ans