Méhémet Ali (en arabe محمد علي ou محمد علي باشا Mouhammad 'Alī Basha)« Méhémet-Ali », encyclopédie Larousse en ligne., également orthographié Muḥammad 'Alī ou Meḥmed 'Alī, né à la fin des années 1760 (la date exacte est débattue)E.R. Toledano, s.v., Encyclopaedia of Islam, vol. VII, 1993, p. 423. à Kavala en Macédoine orientale (alors dans l'Empire ottoman) et mort le à Alexandrie en Égypte, est un officier ottoman d'origine albanaiseAlfred Nicolas Rambaud et Ernest Lavisse, Histoire générale du à nos jours, A. Colin, 1897, v. 9, p. 691.Grand Larousse encyclopédique, Librairie Larousse, 1963, v. 7, p. 226., gouverneur (wali) d'Égypte de 1804 à 1849 et généralement considéré comme le fondateur de l'Égypte moderne, Dominique Sourdel, Histoire des Arabes, P.U.F., 1976, p. 109., Encyclopédie Larousse, Librairie Larousse, 1978, T. 17, Renan-Science, p. 7829..
Biographie Origines familiales et jeunesse Méhémet Ali est né dans le port macédonien de Kavala, dans le pachalik de Roumélie (appartenant alors à l'Empire ottoman, actuellement à la Grèce).
Il y est éduqué dans une famille dirigeante locale: par sa mére, Zanaib, il est le petit-fils du gouverneur turc de la ville, Husain Agha. Son père, Ibrahim Agha, est un marchand turc de tabac venu de Konya, nommé commandant du contingent d'irréguliers de la ville. Au décès de son père, Mehmet Ali, enfant, est élevé par son oncle et ses cousins. On lui attribue la réputation de travailleur acharné. Son oncle le promeut au rang de afin qu'il puisse collecter les impôts dans sa ville de Kavala. Il s'acquitte de cette tâche avec succès et s'élève au rang de second commandant, sous les ordres de son cousin Sarachesme Halil Agha, dans le contingent des volontaires de Kavala qui sont envoyés afin de réoccuper l'Égypte après le retrait de Bonaparte.
Il épouse la fille du riche Ali Agha, Emine Nosratli, veuve d'Ali Bey (sultan mamelouk d'Égypte de 1760 à 1772). L'expédition arrive à Aboukir au printemps 1801.
thumb|Cavalier mamelouk.
Débuts en Égypte (1801-1811) Le retrait français avait laissé la province ottomane sans dirigeant. Les mamelouks affaiblis, tentaient de réimposer leur pouvoir, qui avait duré 600 ans. La population locale, sous la direction de ses oulémas y était hostile. Le sultan Ottoman profite de cette faiblesse pour tenter de rétablir son contrôle sur la région grâce en particulier au contingent d'Albanais où sert Mehmet Ali.
Au cours de cette période d'anarchie, Méhémet Ali utilise ses troupes albanaises pour affirmer son prestige puis pour conquérir le pouvoir.
Entre 1801 et 1805, pendant les combats entre Mamelouks et Ottomans, il veille à s'attirer un soutien populaire. En 1805, le peuple, lassé par l'instabilité chronique, se révolte, dirigé par les oulémas. Un groupe de notables égyptiens demande la démission du Wali (gouverneur), Ahmad Kurshid Pacha, et la prise du pouvoir par Méhémet Ali. Le sultan ottoman Selim III n'étant pas en mesure de s'opposer à l'ascension de Méhémet Ali, accepte de consolider la position de ce dernier. En se positionnant comme le protecteur du peuple contre les Mamelouks, Méhémet Ali réussit à contenir l'opposition populaire jusqu'à l'affermissement de son pouvoir.
Après leurs défaites, les mamelouks, planifient à terme l'assassinat de Mehmet Ali. En 1811, il invite tous les dirigeants mamelouks à un festin à la citadelle du Caire en l'honneur de son fils (père d'Abbas Ier Hilmi), qui venait d'être nommé pour une expédition en Arabie. Lors du repas, les mamelouks sont emprisonnés puis assassinés, laissant à Méhémet Ali le pouvoir sur l'Égypte.
L'ambition de Méhémet Ali est alors de transformer l'Égypte en une puissance régionale qu'il voit comme le successeur naturel de l'Empire ottoman en décomposition. Méhémet Ali résume ainsi sa vision de l'Égypte:
Modernisation de l'Égypte
A cet effet, le vice-roi introduit de vastes réformes en Égypte : il met sur pied une armée de conscription à base de paysans égyptiens, qu'il utilise ensuite pour repousser les frontières de l'Égypte. Il engage d'importants travaux d'infrastructure, tels que des routes et des canaux en mobilisant plus de cultivateurs, hommes, femmes, enfants, arrachés de leurs foyers et au prix de nombreuses vies volées par les maladies, les privations et les mauvais traitements. Il envisage également la construction d'une voie ferrée du Caire à Suez ainsi que le creusement d'un canal reliant la mer Méditerranée à la mer Rouge, deux projets qu'il n'a pas le temps de réaliser mais qui seront menés à bien par ses successeurs. Il fait du pays l'un des principaux producteurs mondiaux de coton. Il se signale aussi par des réformes sociales, et la création d'écoles modernes.
Il utilise l'État pour mettre en œuvre une révolution industrielle. Il constitue des monopoles d'État, achète des machines textiles modernes en Europe, fait construire des hauts fourneaux et des aciéries, confisque les terres des propriétaires mamelouks et y fait cultiver des denrées destinées à l'exportation. En 1830, l'Égypte occupait le cinquième rang mondial pour les broches à filer le coton par têtes d'habitantChris Harman, Une histoire populaire de l'humanité, La Découverte, 2015, page 399.
En signe de bonne entente avec la France, et avec l'accord du baron Taylor puis de Jean-François Champollion, il offre à Charles et à la France, au début de 1830, les deux obélisques érigés devant le temple de Louxor. Seul celui de droite (en regardant le temple) est abattu et transporté vers la France par l'amiral Charles Jaurès.
Politique d'autonomie vis-à-vis du sultan Il demeura officiellement pendant son règne un vassal du sultan ottoman, mais en réalité n'hésita pas à mener une politique indépendante. Il réprima pour le compte de celui-ci une révolte des wahhabites en Arabie, de 1811 à 1818, puis lui vint en aide dans la guerre d'indépendance grecque entre 1824 et 1828, en échange de divers territoires ; cette dernière opération provoqua la destruction de sa flotte à la bataille de Navarin. Il obtient peu après que ses fils lui succèdent à son poste.
Dans l'objectif de s'accaparer les ressources de l'Afrique (ivoire, or, etc.), Méhémet Ali conquiert la Nubie et le bassin supérieur du Nil. Il fonde à la pointe du Nil Blanc et du Nil Bleu une ville dénommée Ras el-Khartoum. Là va s'établir le gouverneur de la nouvelle colonie égyptienne, dénommée Soudan (en arabe, le « pays des Noirs »).
Il se brouilla avec le sultan et entra en guerre contre lui en 1831. Sous la direction de son fils Ibrahim Pacha, les armées de Méhémet Ali s'emparèrent de la Palestine et de la Syrie, et s'approchèrent jusqu'à quelques jours de marche de Constantinople. Le , une armée égyptienne de 15 000 hommes vainquit l'armée turque de durant la bataille de Konya. Une intervention diplomatique franco-britannique conduisit à une solution négociée en 1833, la convention de Kütahya laissait le contrôle de la Syrie et de la Palestine à l'Égypte.
En 1839, le sultan reprit la guerre, mais subit une défaite décisive contre Ibrahim à Nisibe le . Il mourut peu après et les armées égyptiennes se rapprochèrent une nouvelle fois dangereusement de Constantinople.
thumb|Méhémet Ali, David Wilkie (1841).
La Grande-Bretagne envoya sa flotte de guerre pour aider le sultan ottoman à rétablir son autorité sur l'Égypte, bombardant les ports libanais contrôlés par les Égyptiens et faisant débarquer des troupes en Syrie. La défaite fut définitive après le bombardement d'Acre en novembre 1840. En 1841, Méhémet Ali et Ibrahim durent céder le contrôle de la Syrie par le traité de Londres. L'Égypte fut également contrainte de licencier son armée, démanteler ses monopoles et accepter une politique de libre-échange imposée par les Britanniques. Lord Palmerston admettait avec un certain cynisme : « La soumission de Mohammed Ali à l'Angleterre [...] pourrait paraître injuste et partiale, mais nous sommes partiaux ; et les intérêts supérieurs de l'Europe requièrent que nous le soyons. »
Dernières années (1848-1849) Devenu sénile, Méhémet Ali est déposé en pour d'incapacité mentale. Il abdique le et meurt en .
Son fils, Ibrahim puis son petit-fils Abbas, lui succèdent mais sont contraints d'accepter la tutelle de l'Empire britannique.
Descendance Il eut au moins quatre fils dont deux lui succédèrent à la tête de l'Égypte, Ibrahim (en 1848) et Saïd (de 1854 à 1863) : Ibrahim (1789-1848) ; Toussoun (1794-1816), père d'Abbas I Hilmi (1813-1854) ; Saïd (1822-1863) ; Halim (1831-1894)« Halim Pacha », notice biographique sur Halim Pacha..
Parmi ses gendres figurent : Hussein Bey, commandant militaire ayant participé aux opérations de la guerre d'indépendance grecque (reconquête de la Crète, prise de Kassos, invasion du Péloponnèse), mort au combat en avril 1826 au cours du siège de Missolonghi ; Moharrem Bey, amiral de la flotte égyptienne notamment à Navarin.
Arbre généalogique de la dynastie (en gras, personnes ayant effectivement régné) :
Décorations alt=|50x50px|Ord Leopold-GC Grand-croix de l'ordre impérial de Léopold (Monarchie austro-hongroise) ; bordure|50x50px|Grand-croix de l'Ordre de la Légion d'honneur Grand-croix de la Légion d'honneur (France) ; alt=|50x50px|Order of the Osmanie lenta Grand cordon de l'ordre de l'Osmaniye (Empire ottoman) ; alt=|50x50px|Order of the Medjidie lenta Grand cordon de l'ordre du Médjidié (Empire ottoman).
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
. , , 645 p. (lire en ligne), Atlas (lire en ligne)
Gilbert Sinoué, Le Dernier Pharaon : Méhémet-Ali, 1770-1849 (avec une présentation de Christiane Desroches Noblecourt) : Première édition : éditions Pygmalion, Paris, 1997, . Réédition : éditions Pygmalion, Paris, 2009, . Caroline Gaultier-Kurhan, Mehemet Ali et la France : histoire singulière du Napoléon de l'Orient, éditions Maisonneuve & Larose, Paris, 2005, . Prince Osman Ibrahim, Caroline (Gaultier-Kurhan) et Ali Kurhan, Méhémet Ali le grand : mémoires intimes d'une dynastie, éditions Maisonneuve & Larose, Paris, 2005, . Louis Toucheboeuf-Clermont, Mille et unième calomnie de la contemporaine, 1834. L'Univers illustré , daté du samedi . Alfred Schlicht, « Les chrétiens en Égypte sous Mehemmet Ali », dans Le Monde Copte, p. 44-51, 6/1979.
Olivier Lebleu, Les Avatars de Zarafa, éditions Arléa, Paris, 2006 .
Articles connexes Dynastie de Méhémet Ali
Liens externes
Vie de Méhémet-Ali sur le site memo.fr. Le Carreau de la Bulac : Nicolas Pitsos, Méhémet Ali, fondateur de l’Égypte moderne, 1920-1925
Catégorie:Sultan d'Égypte au XIXe siècle Catégorie:Monarque d'Égypte du XIXe siècle Catégorie:Maréchal égyptien Catégorie:Maréchal de l'Empire ottoman Catégorie:Pacha du XVIIIe siècle Catégorie:Pacha du XIXe siècle Catégorie:Personnalité politique égyptienne Catégorie:Personnalité albanaise du XVIIIe siècle Catégorie:Personnalité albanaise du XIXe siècle Catégorie:Nahda Catégorie:Récipiendaire de l'ordre du Médjidié de 1re classe Catégorie:Grand-croix de la Légion d'honneur Catégorie:Grand-croix de l'ordre impérial de Léopold Catégorie:Naissance en 1769 Catégorie:Décès à Alexandrie Catégorie:Décès en août 1849 Catégorie:Décès à 80 ans Catégorie:Naissance à Kavala Mehemet Ali Catégorie:Personnalité égyptienne du XVIIIe siècle