Pedro Martínez de Luna, ou Pierre de Lune (Illueca, royaume d'Aragon, 1329 - Peníscola, royaume de Valence, Philippe Levillain (direction), Dictionnaire Historique de la Papauté, Fayard, 1994, .), est un cardinal aragonais qui devient pape d'Avignon sous le nom de . Bien que l'Église catholique ne se soit jamais prononcée sur le fait qu'il fut antipape, tout comme Clément VII, son prédécesseur, les papes suivants reprendront néanmoins les noms de Clément VII et Benoît XIII comme s'ils n'étaient pas légitimesL'Église catholique ne l'a pas prononcé officiellement, Pedro de Luna n'est donc pas ipso facto antipape du fait que le nom « » a été repris ultérieurement par le pape Orsini (1724-1730). On pourrait supposer que cela supprime ainsi, toute validité et légitimité à Pedro de Luna, cependant, on peut aussi y voir une revanche italienne, puisque Orsini et Medicis sont les noms des papes qui prendront les noms Clément VII et Benoît XIII, tous les deux italiens.
D'un point de vue canonique, il n'existe qu'un pape légitime, il y avait donc un antipape entre Clément VII et Urbain VI, mais l'Eglise ne sait pas qui l'est jusqu'au concile de Constance. La légitimité de Benoît XIII est en revanche contestable à partir de ce concile, mais auparavant l'Eglise ne s'est pas prononcée..
Biographie Cardinal au début du grand schisme d’Occident Pedro de Luna est issu d’une famille noble d’Aragon. Il s’adonne d’abord à la jurisprudence civile et canonique, quitte cette étude pour porter les armes, la reprend ensuite, enseigne le droit canonique comme professeur à l’université de MontpellierUn boulevard de Montpellier porte le nom de boulevard Pedro de Luna.. Il écrit de nombreux ouvrages de droit, et même des manuels de théologie et d’ascèse.
Il est nommé cardinal en 1375. Familier de , il est prévôt de Valence (Espagne) et cardinal diacre de Sainte-Marie in Cosmedin.
En 1377, il revient à la Rome du pape et, au conclave de 1378 qui marque le début du grand schisme d'Occident, il prend parti pour .
Pape à Avignon vignette|gauche|Couronnement de . À la mort de (en 1394) qui siège à Avignon, les cardinaux avignonnais l’élisent pape le (il est ordonné prêtre et consacré évêque) ; il prend le nom de .
Dans le camp de se rangent la France, la Castille, l'Aragon, le Portugal, l'Écosse, la Bretagne, la Savoie et le royaume de Chypre.
Cette année-là, Philippe le Hardi, régent du royaume de France depuis la folie du roi , demande à l'université de Paris de lui présenter une recommandation sur les moyens de mettre fin au Schisme. En effet, avec une politique fiscale agressive qui prive le clergé d'une grande part des bénéfices issus de ses charges, s'est mis à dos nombre de religieuxJean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, .. Philippe le Hardi qui suit une politique conciliante vis-à-vis de la papauté de Rome pour ménager les Flamands, a tout intérêt à mettre fin au Schisme. Après plusieurs mois de délibérations, l'Université présente trois solutions : la voie de compromis (laisser aux pontifes le soin de mettre fin eux-mêmes au schisme), la voie de cession (il faut les démettre simultanément et en élire un autre) ou la réunion d'un concile qui aurait pour but de trancher le problème.
En , le Conseil du roi appuie le principe d'une démarche pour la voie de cession (Louis d'Orléans, partisan de la voie de fait qui sert ses intérêts italiens, a été évincé par Philippe le Hardi). Cependant, ni , ni , n'acceptent de se démettre. On décide alors de les y obliger en ayant recours à une soustraction d'obédience. Entre l'Université de Paris et le Saint-Siège, les positions se raidissent. Dès lors, les Parisiens font valoir leurs vieux projets de réforme de l'Église et voient en Philippe le Hardi leur champion.
En 1398, un Conseil national des évêques tenu à Paris vote une ordonnance retirant au pape les bénéfices et les taxes ecclésiastiques au profit du roi de France. Autrement dit, l'Église de France se gouvernera elle-même et c'est le roi qui légifèrera en matière religieuse. Seule l'autorité spirituelle est reconnue au pape d'Avignon. La France est bientôt imitée par la Sicile, la Castille et la Navarre.
Fuite de d'Avignon vignette| apprenant la soustraction d'obédience. vignette|160px|Raymond de Turenne par Girolamo di Benvenuto. vignette|Entrée de la salle au trésor du palais des papes. Après la soustraction d'obédience du , le pontife avignonnais s'enferme alors dans son palais où vient l'assiéger Geoffroy le Meingre, dit Boucicaut, en septembreL'entrée de Boucicaut à Avignon.
La cuisine du Grand Tinel fut, lors de ce premier siège, le théâtre d'une intrusion de la part des hommes de Boucicaut et de Raymond de Turenne, le neveu de . Martin d'AlpartilMartin Alpartils, in Chronica actitatorum temporibus . ., un chroniqueur aragonais (d'Alpartilr) contemporain, narre leur coup de force : Ayant réussi à pénétrer sous l'enceinte du palais en remontant la Durançole et les égouts des cuisines, ils empruntèrent un escalier à vis qui les mena dans la cuisine haute. Alertées, les troupes fidèles à les repoussèrent en leur jetant des pierres détachées de la hotte et des fascines enflammées. .
Ce récit est corroboré par le facteur avignonnais de Francesco di Marco Datini, le grand marchand de Prato auquel il écrivit :
Questionné, l'acquéreur indiqua que lui et les siens allaient pénétrer dans le palais par les égouts.
Le facteur attribue l'échec de ce coup de main à la fébrilité et à la précipitation de ses auteurs :
Après trois mois de combats intenses, le siège s'éternisa et le blocus du palais fut décidé. Puis en avril 1399, seules les issues furent gardées pour empêcher de s'enfuir. La correspondance envoyée à Prato continue à faire vivre le quotidien du siège vu par des Avignonnais. Une lettre datée du avertit l’ancien négociant avignonnais de l’incendie de son ancienne chambre :
Celle du informe le marchand du bombardement de sa maison :
Finalement, en dépit de la surveillance dont il était l'objet, le pontife réussit à quitter le palais et sa ville de résidence le , après un éprouvant siège de cinq ansLes exigences de pour la restauration des remparts d'Avignon. Il parvient à se réfugier au château de Châteaurenard, chez le comte de Provence , qui s'opposait depuis le début à la soustraction d'obédienceJean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, ..
Selon Frédéric Mistral, qui rapporte la légende, avant de partir, il aurait entreposé dans un sous-sol du palais des papes, un trésor composé d'objets et de statues en or massif. Seul l'ambassadeur de Venise fut mis dans le secret. Le poète provençal a imaginé dans son Poème du Rhône (Lou Pouèmo dóu Rose) que trois belles Vénitiennes, mises dans la confidence, seraient venues dans l'ancienne cité des papes et, grâce à l'aide de mariniers avignonnais, auraient réussi à soulever la dalle. Mais la salle se révéla totalement videJean-Paul Clébert, Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1965, ..
La soustraction d'obédience s'avère vouée à l'échec. Plusieurs évêques commencent à se plaindre, surtout lorsque le gouvernement français commence à taxer les revenus des paroisses. Le camp de Louis d'Orléans prend, dès 1401, parti contre la soustraction d'obédience, entraînant derrière lui les universités de Toulouse, d'Orléans et d'Angers. Le , la Castille restitue son obédience au pape. La France suit le . On en revient aux tractations diplomatiques qui ne donneront aucun résultat, les pontifes de Rome et d'Avignon campant sur leurs positions. Pour remercier Louis d'Orléans de son soutien, le pape lui offre (aux dépens de la fiscalité imposée aux clercs), ce qui a pour effet de dresser l'Université contre lui et de la faire basculer un peu plus en faveur du Parti bourguignonJean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, ..
En 1407, l'Université de Paris, avec l'appui du duc de Bourgogne et du Parlement de Paris, décide par elle-même une nouvelle soustraction d'obédience qui ne donnera pas plus de résultat que la première.
Du au , se tient dans l'église de la Réal à Perpignan le concile de la Réal, convoqué par afin de chercher une solution. Durant cette période ont lieu quatorze réunions, auxquelles participent , comprenant notamment sept cardinaux, trois patriarches, onze archevêques et trente-six évêques. L'assemblée finit par produire le un avis d'abdication commune à négocier pour et , mais le concile se termine sans que ce dernier ait pris une décision..
Concile de Pise de 1409 : trois papes
L'Église se trouve dans l'impossibilité de résoudre la bicéphalie, elle ne peut démettre l'un des deux pontifes Lynn H. Nelson, The Great Schism ORB. Certains cardinaux unionistes choisissent la voie du conciliarisme pour mettre fin au schisme. Ils font connaître par lettre leur volonté de convoquer un concile pour le printemps 1409. Les cardinaux durent déployer une grande énergie pour gagner à leur projet un maximum de participants. L'appel se fit jusqu'à l'Empire byzantin. L'entreprise est couronnée de succès puisque de deux obédiences se réunissent à Pise, du au Hélène Millet, « Le Grand schisme d'Occident », article cité à 34.. Ils y décident de déposer les deux papes et d'en élire un nouveau. Le , la condamnation des deux pontifes rivaux est prononcée et les cardinaux pisans élisent (1409–1410) le . Mais les cardinaux sont excommuniés par les deux papes rivaux et la situation empire : il y a alors trois papes. Personne n'est alors capable d'arbitrer la querelle de légitimité qui les oppose.
Le , meurt à Rome. Les cardinaux pisans décidèrent de poursuivre l’aventure, et le conclave présidé par le cardinal Jean Allarmet de Brogny élit Baldassare Cossa le . Il est ordonné prêtre quelques jours plus tard et couronné le sous le nom de . Il prend le parti de Sigismond de Hongrie lors de l’élection impériale qui a lieu la même année.
En 1410, la chrétienté reste alors partagée en trois obédiences : celle de , qui comprend la France, l'Angleterre, la Pologne, la Hongrie, le Portugal, les royaumes du Nord, avec une partie de l'Allemagne et de l'Italie ; celle de , composée des royaumes de Castille, d'Aragon, de Navarre, d'Écosse, du duché de Bretagne, des îles de Corse et de Sardaigne, des comtés de Foix et d'Armagnac ; celle de , qui conserve en Italie plusieurs villes du royaume de Naples et toute la Romagne ; en Allemagne, la Bavière, le palatinat du Rhin, les duchés de Brunswick et de Lunebourg, le landgraviat de Hesse, l'électorat de Trèves, une partie des électorats de Mayence et de Cologne, les évêchés de Worms, de Spire et de WerdenAdolphe-Charles Peltier,Concile de Constance - 1414 - 1418 - seizième concile œcuménique tiré du Dictionnaire universel et complet des conciles et 14 de l'Encyclopédie théologique sous la direction l'abbé Jacques-Paul Migne, 1847. Salve Regina..
Fin du grand schisme et déchéance papale
thumb|left|Prélats débattant avec le pape au Concile de Constance. thumb|Habemus Papam de en 1415, à l'issue du conclave. , pape à Pise, chassé de Rome en 1413 par Ladislas, roi de Naples et de Hongrie, se met sous la protection de l'empereur Sigismond. De concert avec ce prince, il convoque un concile général à Constance pour le . Les motifs allégués de la convocation sont l'extirpation du schisme et la réunion des fidèles sous un seul et même pasteur, la réforme de l'Église et la confirmation de la foi contre les erreurs de Wyclif, de Jean Hus et de Jérôme de Prague.
C’est lors de ce concile, présidé par le cardinal Jean Allarmet de Brogny que devait, entre 1414 et 1418, être résolu le problème de la bicéphalie (voire de la tricéphalie) de l’Église. Constance, durant quatre années d'activité, vit sa population plus que quadrupler et devint, pour un temps, la nouvelle capitale du monde chrétien..