Antonia Corisande Élisabeth de Gramont, née le à Nancy et morte le à Paris dans le 16D 194, état civil, Archives de Paris., est une femme de lettres et noble française, surtout connue pour sa longue relation avec Natalie Clifford Barney. Surnommée « la duchesse rouge », ou « Lily » dans le cercle familial, elle écrivait sous le nom de son époux, Élisabeth de Clermont-Tonnerre, ou sous le sien, Élisabeth de Gramont.

Biographie

Famille et origines Descendante d’Henri IV, elle est la fille d'Antoine XI Alfred Agénor, duc de Gramont, prince de Bidache et d'Isabelle de Beauvau-Craon, qui meurt d'une fièvre puerpérale quatre jours après lui avoir donné naissance. Elle est la demi-sœur du duc de Guiche, grand ami de Proust, et aussi la nièce du comte de Gramont, mémorialiste.

Après avoir grandi parmi la plus haute noblesse, elle épouse le à Paris dans le , le lendemain en l'église Saint Pierre de Chaillot, Aimé François Philibert, marquis, puis duc de Clermont-Tonnerre (1871-1940). Le mariage n'est pas heureux car elle est victime de graves violences conjugales - ayant causé deux avortements selon son biographe - et ce jusqu'à leur séparation en 1920. Le couple a deux filles : Antonia-Béatrix-Corisande (1897-1930), mariée (sans le consentement de ses parents et en l'absence de sa famille) le Acte de mariage : archives des Yvelines. avec André Gault (1879-1952), fils d'un agent de change. Par suite de mésentente, cette union est dissoute par divorce en 1924. Sans postérité . ; Isabelle-Gabrielle-Diane (1902-1950), mariée en 1924 avec le comte belge Guy de Berlaymont (1892-1946), qui donne naissance à : Élisabeth de Berlaymont (°Flostoy, 1924-2010), dernière représentante de la famille Berlaymont, mariée en 1949 avec le comte Charles de Chabannes La Palice (1928-1988) et en secondes noces avec Ahmed Hadj-Hamou (1920-1993).

Vie mondaine Elle est très liée à Robert de Montesquiou, à Remy de Gourmont, à Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz et à Marcel Proust, qu’elle avait rencontré en 1903 et que le jeune ménage invite parfois dans sa propriété à la campagne. La duchesse publie du reste un livre en souvenir de son amitié avec Marcel Proust qu'elle a côtoyé jusqu'à la fin de sa vie. Dans ses Mémoires, elle évoque nombre de personnes qui inspirèrent Proust pour À la recherche du temps perdu. Elle est furieuse du projet de remariage (le troisième, car il est deux fois veuf) de son père, le duc Agénor, avec une aristocrate italienne beaucoup plus jeune que lui, qui a lieu finalement en 1907, et qui lui donnera deux filsAlfred de Gramont, L'Ami du prince, Journal du comte de Gramont, présenté par Éric Mension-Rigau, Paris, Fayard, 2011, 717, .. vignette|gauche|3, rue de la Faisanderie, Paris : dernière demeure d'Élisabeth de Clermont-Tonnerre.

En 1906, Louise Catherine Breslau la peint dans le Portrait de la duchesse de Clermont-Tonnerre à l'Ombrelle.. vignette|Elisabeth de Gramont chez elle au 4, square de l'Alboni (1924).

Opiniâtre, connue pour son franc-parler, elle se fâcha avec toute sa proche famille en abandonnant le monde de richesse où elle avait grandi pour soutenir le socialisme, en participant aux défilés du Front populaire et en se liant avec des hommes politiques de gauche. Proche d'Anatole France, elle rencontre ainsi Henri Barbusse, Georges Clemenceau et Paul Painlevé.

Activité littéraire Elle s'attache à décrire le style de vie de son milieu social dans plusieurs ouvrages. Elle publie la première traduction française des poèmes de John Keats en 1907 et son premier livre, Un collier de villes, en 1910 à compte d'auteur.

Décès Décédée rue de la Faisanderie, dans le arrondissement de Paris (ayant été occupante de l'hôtel Dreyfus, 7 rue Mallet-Stevens dès 1929 Olivier Cinqualbre, Robert Mallet-Stevens - L'œuvre complète, Édition du Centre Pompidou, Paris, 2005, .), elle est enterrée à Glisolles (Eure), dans la chapelle funéraire des Clermont-Tonnerre, auprès de son ex-époux, alors que dans un testament de 1922 elle avait interdit toute cérémonie et voulait être inhumée sous une simple dalle dans le cimetière de Saint-Hélies à Conches (Eure), selon son biographe F. Rapazzini (p. 374).

Vie privée Au printemps 1909, elle rencontre Natalie Clifford Barney et devient sa maîtresse le , date qui deviendra leur date anniversaire de rencontre. Bien qu’elles aient été infidèles, elles furent dévouées l’une à l’autre pour le restant de leurs jours. Le , Natalie rédigea un « contrat de mariage » symbolique qui, en substance, les liait, du moins en esprit, mais pas charnellement, contrat honoré par toutes deux jusqu’à ce que la mort les sépare.

Ayant découvert son lesbianisme après sa rencontre avec Natalie, elle divorcera d'avec son époux le .

Vivant également d'autres amours lesbiennes, Élisabeth de Gramont admettra les nombreuses liaisons de Natalie (notamment celle avec la peintre Romaine Brooks, qu’elle invitera chez elle à la campagne, et qui fit son portrait).

Ascendance

Œuvres Un collier de villes, Évreux, Charles Hérissey, 1910, 176, . Histoire de Samuel Bernard et de ses enfants, Paris, Librairie ancienne Honoré Champion, 1914, 1 vol. in 8°, XII+418 pp. Ill.. ; Du bon ton, Paris, Ernest Flammarion, 1923, 236, . Robert de Montesquiou et Marcel Proust, Flammarion, 1925, 248 p.

Mémoires : Clair de lune et taxi, , 1929, Paris, Grasset, 1932, 269, . Mémoires : La Treizième Heure, , Paris, Grasset, 1935, 328, . Almanach des bonnes choses de France, Paris, G. Crès, 1920, 246, . Le Chemin de l’U.R.S.S, Paris, Rieder, 1933, 164, . Le Diable chez la marquise, illustrations de Chas-Laborde, 1938, 164, . Le Golf, Paris, Nouvelle Société d'Édition, 1930, 121, . Autour de Saint-James, Paris, Éditions du Pavois, 1945, 235, . Barbey d'Aurevilly, Paris, Bernard Grasset, 1946, 244, . Marcel Proust, Paris, Flammarion, 1948, 284, ; La Famille des Clermont-Tonnerre depuis l'an 1070, Paris, Fasquelle, 1950, 1 vol. in 12°, 200 p. ; La Femme et la Robe : des modes et de leurs singularités, Paris ; Genève, La Palatine, 1952, 151 Souvenirs du monde de 1890 à 1940, Paris, Bernard Grasset, 1966, 453, . Louise-Catherine Breslau et Degas, La Revue de Paris, n° 20, 1932, sur les artistes Louise Catherine Breslau et Edgar Degas. La réédition 2015 de l'ouvrage de Madeleine Zillhardt, Monsieur Edgar Degas, le publie en appendice.

Notes et références

Pour approfondir Bibliographie Alfred de Gramont, L'Ami du prince, Journal du comte de Gramont, présenté par Éric Mension-Rigau, Fayard, Paris, 2011, 717, . George Painter, Marcel Proust, Mercure de France, Paris, 1992, 955, . Georges Martin, Histoire et généalogie de la Maison de Clermont-Tonnerre, 2004, Lyon, l'auteur, 268 p. Francesco Rapazzini, Élisabeth de Gramont : avant-gardiste, Fayard, Paris, 2004, 659, .

Articles connexes Maison de Gramont Maison de Clermont-Tonnerre

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