Louis Duchanoy, né à Paris le et mort à Vichy (Allier) le , est un Ingénieur des ponts et chaussées français. Il est le fils unique de Claude François Duchanoy, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, administrateur des hospices civils de la ville de Paris, et de Louise Victoire Roucel.

Biographie

thumb|Louis Duchanoy vers 3 ans thumb|Louis Duchanoy à 16 ans

L'Expédition d'Égypte

Parti de Paris, le , sur réquisition du ministre de l'Intérieur, il embarque à Toulon le sur le ConquérantYves Laissus, L'Égypte, une aventure savante 1798-1801, Paris, Fayard, 1998, p. 56.

Il est après Jacques Antoine Viard le plus jeune membre de la Commission des sciences et des arts, puisqu'il n'a que seize ans à son arrivée à Alexandrie, où il débarque le .

Il préparait le concours d'entrée à l'École polytechnique, mais sur certaines listes de la Commission il est inscrit comme zoologiste.

À son arrivée en Égypte, il est occupé à lever les plans d'AlexandrieMotifs de faveur, Archives Nationales, dossier d'ingénieur des Ponts et Chaussées, F 14 2216-2.

Il passe un examen au Caire, devant un jury présidé par Gaspard Monge, et il est nommé ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées par Bonaparte, le Détail des services du citoyen Duchanoy (Louis), Arch. Nat. F 14 2216-2 ; Tarbé de Saint-Hardouin, Les ingénieurs des Ponts et Chaussées à l'expédition d'Égypte, Annales des ponts et chaussées, 1885, p. 1185.

Du 22 au , il part du Caire sous les ordres du général Andréossy, pour explorer la région des « lacs de Natron », ainsi nommés d'après le sel qu'on y recueilleYves Laissus, op. cit., pp. 221 et 537 ; Andréossy, Mémoire sur la Vallée des lacs de Natroun et celle du Fleuve sans Eau, dans Description de l'Égypte, État moderne, tome premier, 1809, p. 280 ; Jacotin, Mémoire sur la construction de la Carte de l'Égypte, dans Description de l'Égypte, État moderne, tome second, , 1822, pp. 6, 68 et 114 ; Vivant Denon, Voyage dans la Basse et la Haute Égypte, t. , Londres, 1802, Appendix, p. note ; Histoire scientifique et militaire de l'expédition française en Égypte, tome , 1844, p. 38, Correspondance générale de Napoléon , Paris, Fayard, 2004, n° 4034, 12 janvier 1799, p. 767, note 3, et la Vallée du Fleuve sans Eau : on avait cru reconnaitre des traces du Nil dans cette vallée d'après les récits de quelques voyageursThibaudeau, Histoire générale de Napoléon Bonaparte, Guerre d'Égypte, t. , 1828, p. 108. Dans la Description de l'Égypte, figure le seul dessin signé par Duchanoy, et cosigné par Redouté, des lacs de NatronDescription de l'Égypte, État moderne, Planches, tome deuxième, 1817, pl. 104.

Le , il part du Caire pour la Haute-Égypte, sous la conduite de Girard, accompagné de Descotils, Rozière, Dupuis, ingénieurs des mines, Jollois, Villiers du Terrage, Dubois-Aimé, ingénieurs des Ponts et Chaussées, Castex, sculpteur. Leur mission est de prendre des renseignements sur le commerce, l'agriculture, l'histoire naturelle, les arts et les antiquités, et surtout pour examiner le régime du Nil, depuis la première cataracte, et étudier le système d'irrigationYves Laissus, op. cit. pp. 278 et 538 ; Thibaudeau, op. cit. p. 429 ; Jollois et Devilliers, Description d'Esné et de ses environs, dans Description de l'Égypte, Antiquités-Descriptions, tome premier, 1809, p. 4 ; Villiers du Terrage, L'expédition d'Égypte, Paris, Cosmopole, 2001, p. 93 ; Jean-Marie Carré, Voyageurs et écrivains français en Égypte, , Institut français d'archéologie orientale du Caire, 1956, tome , p. 152 ; Francine Masson, L'Expédition d'Égypte, ABC Mines, n° 12, décembre 1997.

Au cours de cette expédition, ils découvrent et étudient le nilomètre de l'île Éléphantine (en face d'Assouan), signalé par Strabon. Ce nilomètre était un puits en pierres, sur la rive du Nil, dont la paroi était gravée pour suivre les différentes crues. Les marques gravées étaient distantes d'une coudée. Duchanoy aide à calculer la longueur de la coudée : 0,527 mètreYves Laissus, op. cit., p. 284 ; Girard, Mémoire sur le nilomètre de l'île Éléphantine, dans Description de l'Égypte, Antiquités-Mémoires, tome premier, 1809, p. 6.

Il communique à Girard ses calculs de débit des machines servant aux paysans à irriguer les terresGirard, Mémoire sur l'Agriculture, l'Industrie et le Commerce de l'Égypte, dans Description de l'Égypte, État moderne, tome second, 1812, p. 501.

En juillet, il rejoint Villiers du Terrage à Thèbes et aide à lever et décrire les plans des monumentsVilliers du Terrage, op. cit., p. 155 ; F. Charles-Roux, Bonaparte gouverneur d'Égypte, Paris, Plon, 4 édition, 1935, p. 340.

Il est de retour au Caire à la mi-septembreYves Laissus, op. cit., pp. 286, 480 et 541.

Le an (), Duchanoy est nommé ingénieur ordinaire de classe par le général KléberDétail des services du citoyen Duchanoy, op. cit. ; Jacotin, op. cit., p. 57. L'Armée d'Orient fêtait pour la seconde fois qu'elle était en Égypte, le jour de l'an de l'ère Républicaine.

Le Père reprit les opérations interrompues pendant la Campagne de Syrie. Il quitte Le Caire le pour une deuxième campagne de nivellement. Le nivellement des lacs Amers au Mouqfar, sur de longueur, est effectué par les ingénieurs Fèvre, Dubois-Aymé, Favier et Duchanoy, en présence de Le Père, du 8 au Yves Laissus, op. cit., pp. 321 et 541 ; Le Père, Mémoire sur la communication de la mer des Indes à la Méditerranée par la mer Rouge et l'Isthme de Soueys, dans Description de l'Égypte, Appendice, Extrait du Journal historique du Nivellement de l'Isthme de Soueys, par le Canal des deux mers, dans Description de l'Égypte, État moderne, tome premier, 1809, pp. 163-165..

Lors de leur séjour à Suez, Girard, assisté de Devilliers et Duchanoy, relève une ligne de sondes pour aider au mouillage des bâtiments dans la radeLe Père, op. cit., p. 92.

Le Père part du Caire le pour une troisième campagne de nivellement. Il remonte du milieu de l'isthme de Suez, tandis que Duchanoy et ses collègues remontent vers Le Caire. Le nivellement de Mouqfar au Caire, sur de longueur, est effectué par les ingénieurs Fèvre, Devilliers, Duchanoy et Alibert, du au Yves Laissus, op. cit., pp. 322 et 542 ; Le Père, op. cit., Opération de topographie et de nivellement, p. 41, Rapport de l'ingénieur en chef au Premier Consul, p. 49, et Extrait du Journal historique du Nivellement de l'Isthme de Spoueys, pp. 169-174 ; Villiers du Terrage, op. cit., pp. 184-187.

Vers le milieu de décembre, les opérations de nivellement sont terminéesYves Laissus, op. ci., p. 322 ; Villiers du Terrage, op. cit., p; 187 ; du Bois-Aymé, Appendice au mémoire sur les anciennes limites de la mer Rouge, dans Description de l'Égypte, État moderne, tome second, 1812, p. 171.

« Malgré leur zèle... privés des niveaux à bulle d'air et à lunettes détruits pendant la première révolte du Caire, ils ont dû parfois faire vite et omettre certaines vérifications. De tout ceci, il résulte une erreur énorme, sur laquelle Le Père a basé ses conclusions : il a cru pouvoir affirmer que le niveau de la mer Rouge était supérieur de 9 mètres 91 cm à celui de la Méditerranée, calcul que l'ouverture du canal par Lesseps montrera comme totalement faux : les deux mers sont sensiblement de même niveau »Fernand Beaucour, Yves Laissus, Chantal Orgogozo, La découverte de l'Égypte, Paris, Flammarion, 1989-1997, p. 122.

Le nivellement commandé en 1847 par Paulin Talabot et effectué par Bourdalouë rectifiera l'erreur de Le PèreVilliers du Terrage, op. cit., note de Marc de Villiers du Terrage, p. 185-186 ; Nathalie Montel, Établir la vérité scientifique au . La controverse sur la différence de niveau des deux mers (1799-1869), Genèses. Anthologie et histoire politique, n° 32, Paris, éditions Belin, 1998, pp. 86-109..

Le , la majeure partie des savants a quitté Le Caire. D'autres ont décidé d'y rester, avec Belliard. Parmi ceux-ci... il y a l'ingénieur en chef Girard et ses collègues des Ponts et Chaussées Moline de Saint-Yon, Duchanoy et Pottier.... En majorité, les «têtes raisonnables»Yves Laissus, op. cit., pp. 387-388, et 549.

Girard est nommé commissaire du gouvernement auprès du Divan du Caire.

Les travaux relatifs à la mise en état de défense de la place et de la citadelle du Caire, comme l'avait demandé Girard, furent dirigés, de concert avec le commandant du génie Garbé, par Duchanoy qui était plus à même que tout autre de les activer, par l'emploi d'ateliers nombreux d'ouvriers du pays qu'il avait formés depuis longtemps pour l'exécution des travaux d'art très importants et relatifs au service des Ponts et Chaussées. Il put en réunir jusqu'à cinq cents par jour, indépendamment des soldats mis à sa disposition, ce qui lui permit de donner un grand développenet à ces travaux (exécutés la plupart devant l'ennemi) sur presque tous les points de l'enceinte de la ville et de la citadelle, pour mieux en imposer à l'armée Anglo-turque dans ces circonstances difficiles, où il fallait faire face de tous côtés à un ennemi si supérieur en nombre et aussi [pourvu] de tous les moyens d'attaque nécessaires. Une si importante opération contribua puissamment à nous faire obtenir de meilleures conditions de capitulation [le ], dans l'impossibilité réelle où était le général de conserver plus longtemps la capitaleNote manuscrite communiquée par le colonel Morel, chez Jomard, le 9 mai 1936, à insérer dans le dernier ouvrage publié sur l'Égypte [ce qui n'a pas été fait], Archives privées.

Le , il repart d'Alexandrie, et il est mis en quarantaine à son arrivée à Marseille, le .

Carrière d'ingénieur

De retour en France, il est confirmé dans son grade d'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées, par arrêté des Consuls du , puis il entre à l'École Nationale des Ponts et Chaussées pour y perfectionner son instruction le .

Le , il est envoyé à Toulon pour servir aux travaux du port.

Le , il est nommé au canal de Saint-Quentin, canal devant relier le Bassin Parisien à la Belgique.

Le , Crétet, directeur général des Ponts et Chaussées, le nomme à Paris chargé des travaux du Louvre et de l'égout Fromenteau.

Le , il est nommé par M. le Conseiller d'État de Montalivet, directeur général des Ponts et Chaussées, ingénieur chargé de l'arrondissement du Sud, de la navigation en amont et à l'intérieur de Paris, des alignements de tous les objets de la grande voirie, et des travaux de construction du quai des InvalidesDétail des services du citoyen Duchanoy, op. cit., situé entre les ponts de la Concorde et d'IénaLouis et Félix Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris, Paris, 1844, p. 510

Il accomplit une œuvre considérable, chargé successivement de la construction du quai du Louvre, du port Saint-Nicolas, de la construction du quai de l'Archevêché, de l'achèvement du quai entre les ponts Saint-Michel et de Montebello, et entre les ponts de la Tournelle et Saint-Michel, et d'un projet de pont en face des Invalides. De 1806 à 1814, les travaux dont il a été chargé se sont élevés à près de cinq millions de francsLettre de Duchanoy au Ministre de l'Intérieur, Arch. Nat. F 14 2216-2.

Vie privée et carrière politique thumb|portrait miniature de Caroline Redon de Belleville thumb|Tombe au cimetière du Père-Lachaise.

Louis Duchanoy épouse à Paris, le , dans la mairie de l'ancien , Caroline Redon de Belleville, fille de Charles Godefroy Redon de Belleville, baron de l'Empire, ancien consul à Livourne, ancien préfet, et d'Elisabeth Baës.

Ils ont quatre enfants :

Hippolyte, polytechnicien, inspecteur des finances, maire de Châteaudun, qui épouse Juliette Culhät de Coreil. Edmond, mort à l'âge de trois ans. Nathalie, qui épouse Jérôme-Paul de Nompère de Champagny, duc de Cadore, député, chambellan de Napoléon III, fils de Jean-Baptiste Nompère de Champagny Charles, polytechnicien, ingénieur en chef des mines, qui épouse Léopoldine Balagny, fille d'Auguste Balagny, notaire, maire de Batignolles-Monceau, et premier maire du .