L'éruption du volcan Nevado del Ruiz en 1985, à l'origine de la catastrophe d'Armero (en ), est la quatrième éruption volcanique la plus meurtrière depuis l'an 1500 . Ce volcan de Colombie, entré en éruption du au , se manifeste d'abord par l'émission d'un panache de vapeur d'eau, des explosions projettent des blocs jusqu'à une distance de deux kilomètres du cratère sommital et une pluie de cendres qui s'abat jusqu'à trente kilomètres du volcan . Ces phénomènes n'inquiètent pas outre mesure les autorités qui ne pensent pas qu'Armero soit en danger, la ville étant située à quarante kilomètres du volcan ; de leur côté, les scientifiques estiment qu'une éruption majeure peut affecter la ville, et une carte des risques est diffusée début novembre, mais à faible échelle.

Après 69 années de repos, l'éruption du volcan surprit les villes voisines bien que le gouvernement ait reçu des avertissements de plusieurs organisations volcanologiques pour faire évacuer la zone, lorsque la reprise de l'activité volcanique fut détectée en septembre 1985. Des coulées pyroclastiques, issues du cratère du volcan, firent fondre la neige des glaciers recouvrant la montagne, provoquant la formation de quatre énormes lahars qui dévalèrent les flancs du volcan à une vitesse moyenne estimée à . L'un des lahars engloutit partiellement la ville d'Armero dans la nuit du au à , tuant au moins des surpris dans leur sommeil . Si l'on y ajoute les pertes dans les autres villes, comme en particulier Chinchiná, le nombre total de morts se situe aux environs de .

Les efforts des secouristes ont été entravés par la composition de la boue, qui rendait presque impossible toute avancée sans risque de s'enliser. Lorsque les premiers secours atteignirent Armero douze heures après l'éruption, la plupart des victimes avaient succombé par suite de blessures graves. Les travailleurs humanitaires furent horrifiés par la vue des arbres arrachés, des corps défigurés et des maisons entièrement détruites. Des géologues et d'autres experts avaient averti les autorités et les médias du danger au cours des semaines et des jours qui ont précédé l'éruption et une carte des risques avait circulé ; le jour de l'éruption, il y eut plusieurs tentatives d'évacuation mais une violente tempête limita les moyens de communication. De nombreuses victimes étaient restées dans leur maison comme elles en avaient reçu l'ordre, croyant que l'éruption était terminée. Le bruit de la tempête a peut-être empêché beaucoup d'entre elles d'entendre le bruit du volcan en éruption avant qu'il ne soit trop tard.

Les images vidéos et les photos d'Omayra Sánchez, une jeune victime de la tragédie âgée de , furent publiées dans le monde entier. Avec d'autres photos des lahars, elles attirèrent l'attention du monde entier sur la catastrophe et déclenchèrent la controverse sur l'incompétence du gouvernement colombien qui n'avait pas suffisamment agi pour la prévenir. Une banderole déployée à une messe de funérailles à Ibagué affiche : .

Ce fut la deuxième catastrophe volcanique la plus meurtrière du , dépassée seulement par l'éruption en 1902 de la Montagne Pelée (), et est la quatrième depuis l'an 1500.

Contexte Armero, située à du Nevado del Ruiz et à de la capitale de la Colombie, Bogota, était la troisième plus grande ville du département de Tolima, après Ibagué et Espinal. Ville de premier plan pour l'agriculture avant l'éruption, elle produisait environ un cinquième du riz colombien et une grande partie du coton, du sorgho et du café du pays. Cela peut être attribué en grande partie au sol volcanique très fertile de cette région qui avait stimulé le développement agricole. Construite au sommet d'un cône de déjection, qui a déjà connu des lahars historiques, la ville a déjà été détruite par une éruption volcanique en 1595 et par des coulées de boue en 1845. En 1595, trois éruptions pliniennes différentesMileti et. al, 1991, p. 9. avaient produit des lahars qui avaient coûté la vie à . En 1845, furent tuées par le séisme qui provoqua des coulées de boue près du río MagdalenaMileti et. al, 1991, p. 10..

Le Nevado del Ruiz a connu trois périodes éruptives distinctes, la première débutant il y a 1,8 million d'années. Au cours de la période actuelle (qui a commencé il y a environ ), le volcan a connu au moins douze éruptions, avec production de pluies de cendres, des coulées pyroclastiques et de lahars. Les éruptions historiques connues ont surtout consisté en une éruption d'une nuée ardente de la cheminée centrale suivie d'une éruption explosive, puis de la formation de lahars. La première éruption connue de l'Holocène a eu lieu environ en 6660 av. J.C. et de nouvelles éruptions ont eu lieu vers 1245, 850, 200 et vers 350, 675, 1350, 1541 (peut-être), 1570, 1595, 1623, 1805, 1826, 1828 (peut-être), 1829, 1831, 1833 (peut-être), 1845, 1916, de décembre 1984 à mars 1985, de 1987 à juillet 1991 et peut-être en avril 1994. Bon nombre de ces éruptions se sont traduites par une nuée de la cheminée centrale, une éruption d'une cheminée latérale, et une explosion de vapeur due à la nappe phréatique. Ruiz est le deuxième volcan le plus actif de Colombie après le Galeras.

Une semaine avant l'éruption, des combattants de la guérilla M-19 s'étaient emparés du Palais de Justice, ayant prévu d'y organiser un « procès » en présence du président colombien Belisario Betancur. Ce dernier refusa d'y participer et envoya l'armée nationale reprendre le contrôle du bâtiment. Les assaillants détenaient plusieurs centaines d'otages, dont les de la Cour suprême et juges. Dans les combats entre les deux forces, plus de furent tués (dont ). Cette catastrophe, couplée avec la tragédie d'Armero, incitera par la suite le gouvernement colombien à imaginer et à se préparer à un large éventail de menaces.

Déroulement Signes précurseurs thumb|Le Nevado del Ruiz vu de l'espace. Le sommet est recouvert de glaciers. Le cratère Arenas est en noir.

À la fin de 1984, les géologues remarquent que dans la région, l'activité sismique, la production de fumerolles, de dépôts de soufre sur le sommet du volcan et de dégagement de vapeur augmentent. Les dégagements de vapeur, dus à l'arrivée de magma dans la nappe phréatique, se poursuivent en septembre 1985 (un dégagement majeur a lieu le ) puis l'activité volcanique commence à diminuer en octobre, probablement parce que le nouveau magma a fini de monter dans la cheminée du volcan.

Une mission de volcanologues italiens a analysé des échantillons de gaz provenant de fumerolles prélevées à la base du cratère Arenas et a trouvé qu'elles sont formées d'un mélange de dioxyde de carbone et de dioxyde de soufre, ce qui signale la présence de magma directement sous la surface. Dans un rapport publié le , les scientifiques signalent que le risque de lahars est anormalement élevé. Pour se préparer à l'éruption, le rapport propose plusieurs mesures simples à effectuer par les autorités locales. Une autre équipe remet des sismographes aux responsables locaux, mais ne leur explique pas comment exploiter les résultats..

L'activité volcanique augmente encore en novembre car le magma approche de la surface. Des quantités croissantes de gaz riches en dioxyde de soufre et en particules de soufre commencent à apparaître sur le volcan. La teneur en eau des gaz des fumerolles diminue et les sources au pourtour du volcan se sont enrichies en magnésium, calcium et potassium, par suite du lessivage du magma. Les températures d'équilibre thermodynamique, connues par la composition chimique des gaz libérés, varient entre et . Le dégazage du magma fait augmenter la pression dans l'espace au-dessus de lui ce qui aboutit finalement à l'éruption explosive.

Déclenchement de l'éruption thumb|upright=1.6|Carte des risques volcaniques après la catastrophe.

En septembre 1985, lorsque les séismes et les éruptions phréatiques secouent la région, les autorités locales commencent à planifier une évacuation. En octobre, une carte des risques est dressée pour la zone autour du Nevado del Ruiz ; ce sera la première carte de risques dressée pour un volcan colombien. Cette carte souligne le danger de chute de matériaux, comme des cendres et des roches sur Murillo, Santa Isabel et Libano, ainsi que les menaces de lahars qui pèsent sur Mariquita, Guayabal, Chinchina et Armero. Malheureusement, la carte est mal distribuée aux personnes habitant les zones à hauts risques de la région : de nombreux survivants diront ne jamais en avoir entendu parler, même si plusieurs des principaux journaux du pays en ont mis à leur « une »Villegas, p. 5.. Henry Villegas de l' (Institut colombien des Mines et de la Géologie) déclarera que les cartes montrent clairement qu'Armero sera touché par les lahars, mais indiquera aussi que la distribution de la carte a rencontré une forte opposition pour des questions d'intérêts économiques. Il ajoutera aussi que, parce que la carte n'a pas été préparée à temps, son tirage et sa distribution ont souffert du manque de tempsVillegas, p. 6..

Au moins une des cartes, celle publiée à la une du journal de Bogotá comporte des erreurs flagrantes. L'échelle graphique étant incorrecte, on voit mal où sont situées les zones de danger. Les lahars n'ont pas de fin précise et la principale menace semble être des coulées pyroclastiques et non des coulées de boue. Même si la carte est colorée en bleu, vert, rouge et jaune, il n'y a pas de clé pour indiquer la signification de chaque couleur et Armero est situé en zone verte (censée indiquer la zone la plus sûre). Une autre carte publiée à la une d' est censée « donner une perception de la topographie à un public qui ne connait rien aux cartes, leur permettant de rattacher les zones de danger avec le paysage ». En dépit de cette représentation qui est saisie pour le procès à l'audience, la carte est plus une représentation artistique du risque qu'une carte purement scientifique.

Le jour de l'éruption, des colonnes de cendres noires s'échappent du volcan vers , heure locale. Le directeur local de la défense civile est rapidement alerté de la situation. Il contacte l' qui juge que la zone doit être évacuée. Il dit avoir ensuite contacté les administrateurs de la défense civile à Bogotá et à Tolima. Entre et , les cendres cessent de tomber, et les responsables locaux demandent aux gens de « rester calmes » et de rentrer chez eux. Vers une réunion du comité d'urgence est organisée. Elle s'achève à et plusieurs membres contactent la Croix-Rouge régionale sur les moyens d'évacuation destinés à Armero, Mariquita et Honda. La Croix-Rouge d'Ibagué contacte les personnalités responsables d'Armero et ordonne l'évacuation de la ville, qui n'est pas effectuée ; une tempête sévit sur la région, les fortes pluies et le roulement incessant du tonnerre cachent le bruit du volcan et, ne disposant pas de système d'alerte systématique, les habitants d'Armero ne perçoivent pas la réalité de la menace. À , alors que l'éruption a commencé, les responsables de la défense civile d'Ibagué et de Murillo tentent en vain d'avertir les fonctionnaires d'Armero, mais ils n'arriveront pas à entrer en liaison. Plus tard, on citera des conversations entre les représentants d'Armero et d'autres personnes : quelques auditeurs affirment avoir entendu le maire d'Armero intervenir sur une radio amateur, disant qu'« il ne pense pas qu'il y ait beaucoup de danger », juste avant d'être surpris par une coulée de boueMileti et. al, pp. 58–64..

Paroxysme thumb|gauche|Le sommet du Nevado del Ruiz à la fin du mois de novembre 1985.