Le baron Adrien Ferdinand de Turckheim (né le à Niederbronn-les-Bains et mort le à Paris) est le fondateur de l'entreprise française Lorraine-Dietrich, qui produisit des automobiles, du matériel de chemin de fer et du matériel militaire, notamment des moteurs d'avion.

Biographie Un membre des familles de Turckheim et de Dietrich

Il est issu des familles alsaciennes anoblies de Turckheim et de Dietrich, deux familles protestantes du Bas-Rhin enrichies par la métallurgie. Les Dietrich sont maîtres de forges depuis la fin du siècleEn 1684, Jean de Dietrich achète les forges de Jaegerthal, près de Niederbronn, dans le Bas-Rhin. ; la famille est spécialisée dans la production de matériel ferroviaireSuccessivement furent acquises ou construites les forges de Reichshoffen et de Mouterhouse, les usines de Rinswiller, de Niederbronn et de Mertzwiller. Ces usines comportaient des installations pour l’élaboration du fer et le travail du métal par laminage. La première partie du va voir l’avènement du chemin de fer et très rapidement, les Établissements de Dietrich se classent parmi les principaux fournisseurs produisant du matériel roulant, bandages et essieux pour roues de wagons ainsi que des rails et des pièces coulées entrant dans la construction du matériel ferroviaire..

Adrien est l'un des quatre enfants nés du premier mariage d'Édouard de Turckheim ( - ), maître de forge, actionnaire de plusieurs entreprises aux côtés d'industriels de la haute-bourgeoisie alsacienne dont Eugène de Dietrichhttp://membres.lycos.fr/daney/TheseA.htm Notice nécrologique in "Journal des débats politiques et littéraires", 1909, : Il a été directeur de l'usine métallurgique de Dietrich et Cie à Niederbronn, maire de Niederbronn, membre de la Chambre de commerce, membre du Consistoire supérieur de l'Église de la confession d'Augsbourg, avec Amélie de Dietrich ( - )Édouard de Turckheim s'est remarié en 1875 avec Frida de Dietrich (21 juillet 1850 - 1926). 7 enfants sont nés de ce second mariage.. Les frères et sœurs d'Adrien sont Eugène, l'aîné ( à Niederbronn-les-Bains - à Florence), Virginie (née en 1867 - † ?) et Frédéric, né en 1873.

Il épouse le à Kolbsheim Marie Hélène Grunelius ( à Mulhouse - à Rugles), fille de l'industriel (1834-1882) et de Marie Koechlin (1841-1890). Il a cinq enfants : Henri de Turckheim (né en 1893), Maurice (né le à Lunéville), Christian ( à Lunéville - 1981), Geneviève ( à Lunéville - 1981), et "Hubert" Alexandre Bernard (1909 - ). Il épouse en secondes noces, en 1943, Adrienne Wiallard (1878-1968).

Adrien de Turckheim était aussi propriétaire terrien. Il possédait un château (le château Saint-Pierre) à Blâmont, acquis en 1896.

Un des fondateurs de la Lorraine-Dietrich thumb|Le baron Adrien de Turckheim au Paris-Berlin 1901, sur De Dietrich. En 1897, le baron Eugène de Dietrich crée en France, à Lunéville une société spécialisée dans la fabrication de matériel roulant ferroviaire la « Société de Dietrich et Compagnie de Lunéville ». La direction de l’entreprise était assurée par le baron Eugène de Dietrich, secondé à partir de 1890 par ses neveux Adrien, alors jeune ingénieur dynamique et entreprenant, et Eugène de Turckheim.

En cette même année, Eugène de Dietrich, qui fabriquait déjà à Reichshoffen des voitures automobiles, acquit, pour l’usine lunévilloise, le brevet d’Amédée Bollée Fils, sous l’impulsion d'Adrien de Turckheim. Débute alors la construction en série des voitures de ce type, et cette fabrication devait durer jusque dans le courant de l’année 1902. En 1901, lors du salon de l'automobile de Paris, Adrien de Turckheim entre en contact avec Léon Turcat, de Marseille. En , sans consulter sa famille, Adrien de Turckheim signe des accords avec les deux ingénieurs Turcat et Simon Méry, pour la construction de voitures de Dietrich et Cie.. L'entreprise emploie quelques années l'ingénieur Ettore Bugatti au début du siècle, à l'initiative d'Eugène de Dietrich.

Entre 1896 et 1905 de Turckheim participe à plusieurs courses en France et en l'Europe avec ses véhicules, remportant ainsi en 1900 la course de Strasbourg(Strassburg-Kehl-Dinglingen-Kappol-Rheinau-Boozheim-Strassburg), et finissant de Nice-Castellane-Nice en 1899 ainsi que de Paris-Toulouse-Paris en 1900, tout en participant au Paris-Berlin de 1901Classements De Dietrich entre 1899 et 1902 en course.. En 1900 il est intégré tout comme Eugène de Dietrich dans la commission d'exécution des concours dans le cadre Automobilisme lors des Sports de l'Exposition Universelle de 1900 -non reconnus officiellement par le comité olympique-, durant l'année des Jeux olympiques d'été de 1900, incluant durant 4 jours en juillet la course de vitesse Paris-Toulouse-ParisRapport officiel des JO 1900 part.2, ..

En 1905, la famille de Dietrich se retire de l'affaire. Le , la Société de Lunéville se transforme en Société anonyme au capital de cinq millions de francs, et prend le nom de « société lorraine des anciens établissements de Dietrich et Cie de Lunéville », plus connue sous l'appellation de Lorraine-Dietrich. Adrien de Turckheim est un des administrateurs de la nouvelle sociétéSelon Léon Turcat, les administrateurs sont : cinq membres du côté de Turckheim, c'est-à-dire Édouard et ses deux fils Adrien et Eugène, le marquis de Loys-Chandieu et le comte Hubert de Pourtalès, et de quatre nouveaux, Henri Estier (président de la société « Les ateliers de constructions d'automobiles Turcat, Méry et Cie », fondée en 1899), André Lebon (président des Messageries maritimes et du Crédit foncier d'ALgérie), Léopold Renouard (vice-président de la Banque de Paris & des Pays-Bas) et Léon Turcat..

C'est alors l'apogée de sa vie mondaine et de sa reconnaissance sociale. Il intègre les institutions parisiennes de l’automobile, en particulier l’Automobile Club de France : il siége à sa commission sportive à partir de 1904, et à son comité jusqu’aux années 1930Le Chauffeur, 25 décembre 1897. Il fut l’un des deux vice-présidents de la Chambre syndicale des constructeurs d’automobiles. Il a droit à des articles flatteurs dans la presse parisienne (« Nulle personne n’est plus sympathique dans le monde de l’automobile, nulle autorité n’est plus respectée, ayant poursuivi avec une foi et une ardeur inlassable, l’amélioration et le perfectionnement des produits des merveilleuses usines de Lunéville, le baron de Turckheim voit aujourd’hui enfin la fortune lui sourire justement, et le récompenser de ses efforts », lit-on dans le Temps du ) et dans la presse spécialisée de l’automobile naissante. En 1907, il reçoit la croix de chevalier de la Légion d’honneurLe Figaro, 15 mai 1907, Ibid., 16 mai 1907, Journal des débats, 17 mai 1907 et entre au conseil d'administration de la Compagnie des chemins de fer de l'Est. Il va siéger à ce conseil jusqu'à la nationalisation des sociétés de chemin de fer en 1936-37Journal officiel, . Il intègre en 1904, grâce aux Pourtalès, le Cercle de la rue royaleGil Blas, 13 avril 1904. Lorsque le Cercle devient le Nouveau Cercle, Adrien reste un des membres. Et il parraine l’entrée de son fils Christian en 1925, avec le comte Robert du Luart. Il habite avant 1914 une villa à NeuillyAu 2, rue de la ferme : "Tout-Paris: Annuaire de la Société parisienne", A. La Fare, 1913, Paris-mondain, 1908.

L'accord avec Turcat et Rémy est rompu en 1911, Turcat et Méry voulant reprendre leur indépendance. La société a rencontré des difficultés financières et a dû faire appel à des capitaux extérieurs. Des hommes d'affaires belges prennent le contrôle de la société. Le baron Charles Nicaise en devient l'administrateur-déléguéAnnuaire industriel, 1925. Adrien de Turckheim reste administrateur jusqu'en 1937Ambassades et consulats , juillet-août 1937, mais il ne dirige plus l'entreprise. Son frère aîné Eugène préside son conseil d'administration de 1909 à 1936. Il est de même administrateur comme son frère de la Société générale d'aéronautique (SGA), fondée en 1929 à l'initiative du gouvernement et issue de la Lorraine-DietrichLa Journée industrielle, 12 février 1930. La SGA rassemble plusieurs avionneurs dépendant de commandes publiques. Cette société fait cependant faillite en 1933 alors que Lorraine-Dietrich est moribonde.

Un engagement politique Il est maire du petit village de Repaix de 1900 à 1904 et de 1908 à 1929 - il abandonne cette fonction pour se présenter aux municipales à Blâmont, avec l’espoir d’être élu maire, sans succès - et conseiller général URD de Blâmont de 1922 jusqu'à la guerre.

Son frère aîné s'est engagé en politique avant lui. Eugène de Turckheim, conseiller municipal de Lunéville à partir de 1904 et maire de 1912 à 1914, a été président en 1904 du comité progressiste de Lunéville, partisan de « l’Antibloc », l’alliance des progressistes rejetés à droite par l’affaire Dreyfus, des nationalistes et des « libéraux », les catholiques ralliés à la République de l’Action libérale populaire (ALP)Hélène Sicard-Lenattier, Les Alsaciens Lorrains à Nancy 1870-1914, , .