Le conflit cambodgien se déroula entre 1978 et 1999, débutant par des incursions des Khmers rouges sur le territoire du Viêt Nam, suivies en retour par l'invasion du Cambodge par l'armée vietnamienne. Ce premier conflit (1978-1979) conduisit rapidement à la chute du Kampuchéa démocratique, remplacé par un nouveau régime communiste cambodgien, pro-vietnamien, la république populaire du Kampuchéa ; il fut cependant suivi d'une nouvelle guerre civile opposant l'armée gouvernementale cambodgienne à la guérilla khmère rouge et aux forces fidèles à Norodom Sihanouk. Dans le cadre de ce nouveau conflit, le Viêt Nam et son allié cambodgien furent soutenus par l'URSS tandis que la Chine, les États-Unis et la Thaïlande, tous désireux de freiner les influences vietnamienne et soviétique dans la région, apportèrent leur soutien aux forces anti-vietnamiennes, dont celles des Khmers rouges. Le conflit conduisit à un processus de paix, à l'abandon du communisme par le gouvernement cambodgien et, en 1993, à la restauration de la monarchie au Cambodge. Les Khmers rouges reprirent cependant le combat, jusqu'à leur défaite finale à la suite de la crise cambodgienne de 1997 et de l'arrestation de Pol Pot.
Le conflit au Cambodge est parfois qualifié de , en tant que conflit faisant suite à la première guerre d'Indochine et à la guerre du Viêt Nam (celle-ci étant parfois appelée , en incluant la guerre civile cambodgienne et la guerre civile laotienne).
Conflit entre le Viêt Nam et les Khmers rouges
La guerre civile cambodgienne débute en 1967, marquant l'échec de la politique de Norodom Sihanouk, qui avait jusque-là tenté, via une politique de neutralité bienveillante envers les régimes communistes de la région, de tenir le Royaume du Cambodge à l'écart de la guerre du Viêt Nam. Sihanouk est renversé en 1970 par un putsch de la droite cambodgienne, qui proclame le régime de la République khmère. Désireux de reprendre le pouvoir, Sihanouk s'allie alors, sur le conseil de la Chine, avec les communistes cambodgiens, les Khmers rouges, qui s'étaient soulevés contre lui trois ans plus tôt. Malgré l'existence de troupes sihanoukistes au sein du Front uni national du Kampuchéa, les Khmers rouges sont les véritables maîtres du terrain, alors que Sihanouk, qui réside à Pékin, observe de loin les opérations. Avant même leur prise du pouvoir, les Khmers rouges échappent à l'influence de leurs alliés nord-vietnamiens, refusant notamment de prendre part aux négociations de paix de Paris. Dès mai 1975, les forces armées khmères rouges se positionnent à la frontière vietnamienne, près du Kampuchéa Krom (la Cochinchine) que les Khmers rouges envisagent d'annexer en tant que berceau historique du peuple khmer ; des escarmouches opposent les Khmers rouges à l'Armée populaire vietnamienne et, à la suite d'une visite de Lê Duẩn à Phnom Penh pour régler le conflit, Pol Pot présente ses excuses en prétextant un malentendu. Les Khmers rouges mettent en place au Cambodge une dictature particulièrement répressive, le Kampuchéa démocratique dont les politiques coûtent la vie à plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions, de Cambodgiens : Norodom Sihanouk est quant à lui privé de tout pouvoir dès son retour au Cambodge et mis en résidence surveillée. À la mi-1977, les troupes des Khmers rouges effectuent à nouveau plusieurs incursions meurtrières en territoire vietnamien. Toujours en 1977, la ligne dure de l'Angkar, représentée par Pol Pot et Ieng Sary, entreprend de purger l'appareil du Kampuchéa démocratique des cadres pro-vietnamiens, ou supposés tels. Les populations d'ethnie vietnamienne sont en grande partie expulsées du Cambodge ou soumises à des persécutions. En , de l'armée vietnamienne pénètrent en territoire cambodgien puis se retirent au bout de quelques jours, emmenant avec eux environ , selon la version vietnamienne, ou selon la version des Khmers rouges. La tension entre les deux pays est bientôt à son maximum : le Viêt Nam, qui vise le leadership politique sur les pays communistes de la région, noue dans ce but une alliance étroite avec le Laos ; le Cambodge des Khmers rouges, au contraire du Laos, refuse de se subordonner au voisin vietnamien et se lie à la république populaire de Chine. Dans le courant de l'année 1978, les deux camps se préparent à l'affrontement. Au Cambodge, les Khmers à la peau pâle, les métis vietnamiens et les Khmers de Cochinchine sont victimes de massacres en tant qu' ; du côté vietnamien, on se prépare méthodiquement au combat. Un traité est conclu avec l'URSS pour prévenir la Chine de ne pas accorder son soutien militaire aux Khmers rouges sous peine de riposte soviétique. thumb|Drapeau du Kampuchéa démocratique, le régime des Khmers rouges. Les Vietnamiens constituent, avec d'anciens cadres Khmers rouges ayant fui les purges de Pol Pot, une organisation chargée d'incarner l'opposition cambodgienne pro-vietnamienne : le , le Front uni national pour le salut du Kampuchéa (FUNSK), dirigé par Heng Samrin, un ancien cadre Khmer rouge réfugié au Viêt Nam après une tentative infructueuse de coup d'État contre Pol Pot, est officiellement créé en territoire vietnamien. Le , le Viêt Nam passe à l'attaque : vietnamiens déferlent sur le Cambodge. Le , l’offensive finale a lieu sur 3 voies, conduite par des blindés sur les routes principales. L’offensive terrestre a été couverte par les forces aériennes des MiG-19 soviétique et des F-5 et A-37 américains capturés, et appuyée d’opérations amphibies. Les troupes khmères rouges sont facilement mises en déroute et, le , les troupes vietnamiennes entrent dans Phnom Penh désertée. Un nouveau gouvernement communiste cambodgien, favorable au Viêt Nam, est rapidement mis en place, le régime prenant le nom de république populaire du Kampuchéa. Dès le , un traité d'amitié est conclu entre le Viêt Nam et la RPK, l'Armée populaire vietnamienne en tirant légitimité pour stationner au Cambodge comme elle le fait déjà au Laos. thumb|Drapeau de la république populaire du Kampuchéa, le régime pro-vietnamien. Avec la chute du Kampuchéa démocratique, la république populaire de Chine perd un régime allié sans s'être montrée capable de le protéger, et perd également faits prisonniers. Environ se sont enfuis en Thaïlande devant l'attaque vietnamienne. La Chine proteste le contre la menée par les du Viêt Nam ; le , environ de l'Armée populaire de libération chinoise envahissent par surprise le Tonkin pour mener une contre le Viêt Nam, déclenchant la guerre sino-vietnamienne ; le conflit est bref et l'armée chinoise se retire le , les deux camps ayant subi des pertes équivalentes. Si la Chine se contente de cette opération militaire ponctuelle, elle opte par contre pour une aide de longue haleine aux Khmers rouges, qui ne désarment pas après avoir été chassés du pouvoir. Le Viêt Nam obtient pour sa part une aide accrue de la part de l'URSS. Le conflit au Cambodge devient désormais un conflit géographiquement circonscrit, dont la situation dépend de l'évolution des rapports entre la Chine, l'URSS et les États-Unis.
Poursuite du conflit après la chute de Pol Pot
Au sortir du régime des Khmers rouges et du conflit avec le Viêt Nam, la situation économique du Cambodge est désastreuse, le pillage des ressources du pays par les troupes vietnamiennes ne faisant qu'aggraver les choses : durant les six premiers mois de 1979, environ fuient le Cambodge pour gagner la Thaïlande. Les réfugiés, dont beaucoup périssent du fait des mines antipersonnel dont le Cambodge est truffé, sont renvoyés dans leur pays par les autorités thaïlandaises dans des camps, notamment dans la province de Preah Vihear, où les conditions de vie sont plus que précaires. La situation alimentaire du pays empire encore : les troupes vietnamiennes ont en effet attaqué au moment de la moisson de riz, et les stocks alimentaires ont été razziés par les deux camps belligérants. À partir du mois d', l'exil des Cambodgiens devient un véritable ras-de-marée : plus d'un million de personnes, poussés par la famine générale, déferle sur la frontière thaïlandaise. Les Khmers rouges envoient également leurs troupes les plus mal en point dans les camps de réfugiés : l'aide humanitaire, qui afflue vers les camps en transitant par les Forces armées royales thaïlandaises, contribue à aider les troupes khmères rouges à se remettre sur pied. Après la première vague de l'exode des Cambodgiens, une population de cent mille à trois cent mille réfugiés civils demeurent réfugiés dans les camps à la frontière thaïlandaise, sur une bande d'une trentaine de kilomètres : ils constituent une masse humaine utilisable par les divers groupes de résistance anti-vietnamienne, que la Chine ravitaille en armes légères par l'intermédiaire de la Thaïlande. Au niveau international, l'entrée au Cambodge des troupes vietnamiennes est condamnée par la majorité des pays. Sous la pression notamment de la Chine et des États-Unis qui souhaitent empêcher le Viêt Nam de se poser en puissance dominante en Asie du Sud-Est et, par extension, gêner les intérêts de l'URSS dans la région, l'ONU ne reconnaît pas la république populaire du Kampuchéa ; à la suite d'un vote en , les Nations unies considèrent le Kampuchéa démocratique, dont le représentant continue de siéger à l'Assemblée générale, comme seul gouvernement légitime du Cambodge. Les États-Unis et le Royaume-Uni imposent un embargo aux lourdes conséquences pour l'économie cambodgienne.
Les Thaïlandais, qui accueillent désormais tous les réfugiés, ouvrent le le camp de Khao I Dang dans la Province de Sa Kaeo, à une dizaine de kilomètres du Cambodge où arrivent bientôt : la Thaïlande vise apparemment à enrôler tous les hommes cambodgiens en âge de combattre pour constituer une force susceptible de repousser une éventuelle attaque vietnamienne. Environ Cambodgiens préfèrent rester dans le no man's land entre les deux pays, et survivent grâce à divers trafics.
Le prince Norodom Sihanouk, mis en résidence surveillée par les Khmers rouges en 1976, a été sorti de son palais au moment de l'offensive vietnamienne pour être évacué par avion vers la Chine. Dès l'été, un groupe armé favorable à l'ancien monarque, le Mouvement pour la libération nationale du Kampuchéa (MOULINAKA), est fondé à la frontière thaïlandaise pour combattre l'occupant vietnamien : l'ancien capitaine de corvette Kong Siloah le dirige jusqu'à sa mort en . Différents groupes de Khmers Serei, ou , qui avaient mené entre 1975 et 1979 des opérations de guérilla contre les Khmers rouges, s'organisent eux aussi pour combattre les Vietnamiens. Son Sann, ancien Premier ministre de Sihanouk, regroupe plusieurs Khmers Serei et des militaires réfugiés en Occident pour fonder le Front national de libération du peuple khmer (FNLPK) : en avril 1979, il fait transporter par l'armée thaïlandaise environ dix mille réfugiés dans la région montagneuse de Sok Sann, en face de la province de Chanthaburi, qu'il déclare et d'où il lance des appels à ses compatriotes.
Son Sann prend dès contact avec Norodom Sihanouk pour que ce dernier prenne la direction de ses troupes, mais le prince refuse à plusieurs reprises. Au début de 1981, Sihanouk crée avec le soutien des pays de l'ASEAN sa propre organisation destinée à diriger la résistance anti-vietnamienne, le Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif (FUNCINPEC). Il entreprend à son tour de fonder sa propre armée et, dans ce but, organise en le rassemblement de ses fidèles en faisant transporter les troupes du MOULINAKA en territoire khmer, à la frontière thaïlandaise près de la province de Surin : les anciennes troupes de Kong Siloah sont rejointes par dix mille partisans du prince, avec qui ils fondent l'Armée nationale sihanoukiste (ANS), laquelle constitue le bras armé du FUNCINPEC.