Christine de Suède (en ), née le à Stockholm (Suède-Finlande) et morte le à Rome (États pontificaux), règne sur la Suède de 1632 à 1654. Bien qu'elle soit également connue comme la reine Christine (en ), son titre réel est « roi de Suède » et non « reine », conformément au souhait de son père de lui permettre ainsi de monter sur le trône.
Élevée comme un prince, elle est brillante et férue d’érudition. Elle s’impose dans les affaires du royaume à partir de 1644, favorise le développement des arts, des lettres et des sciences, et attire à sa cour des intellectuels et artistes européens, dont le philosophe René Descartes. Refusant le mariage et d'avoir un héritier, épuisée par l’exercice du pouvoir et profondément attirée par le catholicisme, Christine abdique en 1654 en faveur de son cousin , se convertit et mène une vie itinérante en Europe avant de s’établir définitivement à Rome. D’esprit curieux et cultivé, elle est l’une des figures les plus originales et controversées de son siècle. Son héritage est conflictuel, entre remise en question des normes de son époque et débats historiographiques quant à sa vie.
Biographie Minorité Christine naît le à Stockholm, la capitale du royaume de Suède.
Contexte intérieur et continental Elle est la troisième enfant du roi de Suède Gustave Adolphe et de Marie-Éléonore, fille de l'électeur de Brandebourg . Les deux premiers meurent en bas âge et le roi va régler l'ordre de sa succession avant d'entrer en campagne, obtenant des nobles la suppression de la dévolution exclusivement masculine en 1627 et écartant sa femme d'une potentielle régence, pour cause de santé, sur le conseil de ses proches alliés.
À cette époque, la Suède est un petit royaume d'un point de vue démographique, comptant seulement un million d'habitants. Le pays mise sur ses ressources naturelles précieuses comme le bois, le fer, le cuivre et sur ses techniques de construction de navires de guerre. L'armée suédoise, modernisée par Gustave Adolphe, est l'une des plus puissantes d'Europe, mobile et rapide. L'alliance conclue en 1631 avec la France, puissance montante, permet à la Suède de se prémunir contre toute invasion à grande échelle et de dominer le monde nordique.
Premières années (1626-1632)
Restant seule enfant du couple royal, Christine est élevée comme un garçon car destinée au pouvoir ; elle qualifie elle-même son éducation de .
Elle ne connait que très peu son père, parti à la guerre en 1630 et mort à la bataille de Lützen en 1632, alors qu'elle n'a que six ans. Elle est négligée par sa mère névrosée ; d'une beauté nordique reconnue, Marie-Éléonore est très faible psychologiquement : elle vacille entre états de colère intense, d'hystérie, de dépression. La mort de son mari ne fait qu'aggraver sa condition et l'éloigne définitivement de l'éducation de sa fille ou de quelconques prétentions au pouvoir.
Christine fait plusieurs chutes dans son enfance ; elle va en garder une épaule déformée..
Période de régence (1632-1644) Christine monte sur le trône dès la mort de son père, sans opposition, sous la régence du chancelier Axel Oxenstierna, le très compétent « Richelieu » suédois. Celui-ci doit directement faire face aux prétentions de Ladislas IV sur le trône de Suède. Alors roi de Pologne et grand-duc de Lituanie, Ladislas est un puissant monarque et surtout un membre de la maison Vasa, ce qui fait de lui un potentiel héritier légitime à la couronne du royaume de Suède. Oxenstierna parvient à le faire renoncer devant l'obligation d'une conversion au luthéranisme alors qu'il est catholique. Le , Christine est officiellement proclamée « roi de Suède ». Durant la cérémonie, elle est reconnue par Lars Larsson, le doyen des membres de l’assemblée du pays (le Riksdag), comme étant bien l'héritière de Gustave Adolphe, ce qui est une étape primordiale dans l'accès au trône. Les spectateurs de la scène soulignent la grande fierté et la prestance dont Christine fait preuve malgré son jeune âge, elle qui doit dorénavant gouverner comme un homme. À partir de ce moment, elle devient aux yeux des sujets du royaume le digne souverain de la Suède, et même son incarnation.
vignette|Christine de Suède, à l'âge de d’après son portait officiel de 1632.|alt=Portrait d’une petite fille en robe longue, bonnet et fraise de dentelle, tenant une raquette et un volant en main. Retenu au Saint-Empire par les péripéties de la guerre de Trente Ans, Oxenstierna laisse l'influence néfaste de Marie-Éléonore contaminer la jeune Christine, qui devient alors très faible et très pâle, son appétit ne faisant que s'amenuir. Lorsque Oxenstierna revient en Suède en 1636, après le traité passé avec la France, son premier geste est d'éloigner la reine douairière de la jeune Christine âgée de dix ans. C'est sa tante Catherine comtesse des Deux-Ponts qui assume le rôle de mentor féminin, tandis qu'Oxenstierna devient une sorte de grand-père protecteur. Conscient de la faiblesse où se trouve la Suède, sans héritier mâle et partiellement défaite en Europe lors la guerre de Trente Ans, Oxenstierna souhaite trouver un mari puissant pour Christine mais refuse néanmoins toutes les candidatures qui se présentent. Il reprend également en main la formation de Christine et l'envoie au palais médiéval des Trois Couronnes sur l'île de Stadsholmen afin de la protéger. vignette|Le portrait équestre de Christine de Suède par Sébastien Bourdon en 1653. Durant sa vie, Christine se targue de ses talents de cavalière hérités de son éducation infantile. |alt=Tableau d’une cavalière, suivie de chiens de chasse et d’une autre personne à pied. Il nomme auprès d'elle des hommes de confiance afin de parfaire sa formation au « métier » de roi : son précepteur , ainsi que son futur chambellan Jacques de la Gardie sous la direction du grand maitre de la maison royale , le frère du maréchal commandant en chef de l'armée. Aux études traditionnelles des langues et de l'histoire s'ajoute la pratique des arts, notamment le dessin et la peinture, et du sport (escrime et surtout équitation). Christine est une élève brillante et studieuse qui dispose d'une appétence naturelle pour l'apprentissage et la lecture. Gothus lui enseigne une parfaite connaissance du christianisme, sous toutes ses formes, et lui apprend les plus grandes langues européennes, comme le français qu'elle maitrisera assurément, l'allemand, le néerlandais, l'italien, le latin et le grec, mais aussi l'hébreu et même l'arabe ; elle reçoit un strict apprentissage de la grammaire et lit aussi la Bible en suédois tous les jours. Alors qu'elle n'est encore qu'une enfant, elle est capable de lire en latin les ouvrages de Sénèque, Cicéron et Caton et de comprendre leurs réflexions. Dès son entrée dans l'adolescence, Gothus la confronte à des disciplines plus complexes encore : les mathématiques, la philosophie, l'éloquence ; son précepteur souligne sa capacité à assimiler les connaissances qu'il lui transmet. En plus, elle développe un amour pour la traduction et la lecture des textes dans leur langue d'origine. vignette|Portrait du chancelier Axel Oxenstierna, régent du royaume durant la minorité de Christine.|alt=Pastel d’un homme aux cheveux mi-longs grisonnants, avec moustache et longue barbe presque blanche sous le menton. Toute cette éducation doit lui permettre de devenir une reine et une diplomate aguerrie d'autant qu'elle entame en parallèle l'apprentissage de l'exercice du pouvoir, de la politique, de l'économie et de la guerre avec Oxenstierna. Ce dernier lui conseille d'apprendre par cœur l', ouvrage biographique retraçant la vie de plusieurs centaines de rois depuis Noé. Au-delà de la dimension historique de cet écrit, c'est un texte fondateur de la mythologie nordique luthérienne, qui tire les origines de la Suède des Goths et des Vandales. Christine est d'ailleurs surnommée dans d'autres pays la « Reine des Goths », appellation péjorative à son époque où les Goths demeurent dans l'esprit de beaucoup les barbares qui ont vaincu Rome.
D'un point de vue géostratégique, la Suède, engagée dans la guerre de Trente Ans depuis plusieurs décennies, est principalement confrontée aux velléités danoises dans le détroit de Sund. La marine ennemie domine celle de la Suède, imposant des taxes élevées voire abusives aux commerçants suédois, alors que les navires suédois ne sont pourtant inférieurs ni en nombre ni en qualité. Christine voit dans les défaites le reflet de la mauvaise formation de ses officiers et fait donc appel à des militaires français et huguenots, qu'elle promeut aux plus hauts grades suédois. C'est le cas du « Grand » Duquesne, instigateur de plusieurs victoires françaises face à la terrible marine espagnole. Ces nominations se révèlent payantes pour la couronne suédoise, qui voit la situation se renverser, à l'image de la victoire décisive lors du combat de Fehmarn où Duquesne et sa flotte pulvérisent près de dix vaisseaux danois (dont le navire amiral), tuant leur chef Pros Mund. À la suite de cet épisode, les liens entre la France et la Suède sont puissamment raffermis.
Règne (1644-1654) vignette|Ducat en or à l'effigie de Christine de Suède (1645).|alt=Pièce en or avec portrait à l'avers et armoiries au revers. Majeure en 1644, la reine Christine s'oppose rapidement au chancelier Oxenstierna, définitivement mis à l'écart après les traités de Westphalie. Favorable à la paix, elle met fin aux conflits armés avec le Danemark en 1645 par le traité de Brömsebro qui donne à la Suède les îles d'Ösel et de Gotland. La paix de Westphalie, signée en 1648, lui donne l'île de Rügen, Wismar, Verden et Brême, ainsi qu'une partie de la Poméranie et l'embouchure de l'Oder. Ces acquisitions font de la Suède la première puissance nordique. Dorénavant pleine détentrice des pouvoirs régaliens de son royaume, Christine décide de bannir sa mère en 1645, celle-ci ayant comploté contre elle avec l'ennemi danois. En 1647, les négociations franco-suédoises sur l'achat de bâtiments sont concrétisés par la reine qui y voit le meilleur moyen de se rapprocher de la France. La Suède cède ainsi, pour un montant avoisinant les , quatre de ses plus beaux navires. Par la suite, Christine continuera à vendre quelques bateaux à la France qui la passionne par sa culture, sa langue et son culte catholique.
Période dépressive puis renouveau vignette|Portrait du couronnement de Christine de Suède.|alt=Photo d'une salle sombre où sont bien éclairés le portrait en pied de la reine et celui en buste d'un homme. Christine est couronnée en 1650. À seulement vingt-quatre ans, elle doit faire face aux conséquences de la négligence de son corps, confrontée qu'elle est à des problèmes de circulation sanguine, des abcès variqueux, des maux de tête et des pertes de connaissance. Le médecin Pierre Bourdelot est alors appelé à la cour pour la soigner. S'il parvient à guérir Christine de ses maux, il l'influence également. Libertin incontesté, il incite la jeune femme à céder à ses passions, elle qui les réprimait depuis son enfance, car il croit que c'est justement cette vie de quasi-ermite, privée de toute distraction, qui l'a conduite dans une dépression et une monotonie terrible. En conséquence, il organise lui-même des fêtes, réceptions, concerts, pièces de théâtre et ballets afin de la divertir, de lui redonner « goût » à la vie. Ces méthodes sont efficaces et les migraines diminuent peu à peu. Elle demeurera reconnaissante à son , et témoignera plus tard en sa faveur devant la faculté de médecine de Paris : ..
L'idée que Bourdelot aurait Christine en une libertine doit être expliquée : pour l'universitaire René Pintard, il faut distinguer le libertinage dans sa vision de liberté sexuelle et de débauche à celle de remise en cause des dogmes établis, telle une sorte de ou de libertinage de la pensée...
Projet d’abdication et ingérences étrangères (1649-1654)