thumb|upright=1.3|Un bocage mêlant haies larges (bandes arbustives), champs cultivés et prairies, Eildon Hill (Écosse). vignette|upright=1.3|Un paysage bocager : terres cultivées et pâturages protégés par des haies brise-vent, Toscane (Italie). vignette|La haie plessée montre que le paysage bocager est le fruit de l'aménagement de l'espace rural par des générations d'agriculteurs (Angleterre). vignette|upright=1.3|Une structure bocagère de montagne riche en haies ondulées (avec un linéaire de hauteur variable) et écopaysagèrement connectée aux boisements et à un rivage lacustre, bord du Zeller See (Autriche).
Un bocage est un paysage agraire constitué d'une mosaïque de champs cultivés et de prés enclos dans un réseau de haies généralement plantées à plat ou éventuellement sur des levées de terre appelées talus. Cette végétation haute de marque généralement les limites de parcelles qui sont de tailles inégales et de formes différentes. Paysage agraire identitaire, l'habitat bocager y est souvent dispersé sous forme de fermes et de hameauxAlbert Dauzat, J. Dubois et H. Mitterand, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Larousse 1971. Des formes bocagères se sont développées sous différentes latitudes et époques au cours desquelles se sont succédé des phases de constructions, de stabilités et de démantèlements du bocage en fonction des contextes historiques (politique, démographique, économique) et du progrès de l'agriculture.
La bocagisation est la transformation systématique d'un paysage agraire par embocagement (constitution d'un réseau maillé de haies). On appelle débocagisation les phases de destruction de bocages ; à l'inverse, pour les reconstructions ou rénovations de bocages, on parle de rebocagement.
Historiquement, si des formes de bocage ont pu apparaître dès l'âge de bronze., le bocage tel qu'on le connaît en Europe de l'Ouest s'est mis en place à la suite des phases de défrichements du Moyen Âge pour la création de cultures en joualles, l'établissement de vergers-potagers de monastères et la formation de jardins de « simples » et herbes à pot d'abbayes. La mise en place du paysage bocager s'est achevée aux époques suivantes et jusqu'au pour quelques régions. À son apogée, le bocage occupait une large part de la façade atlantique européenne et était également présent à l'intérieur de certaines terres. C’est depuis le début du et surtout après la Seconde Guerre mondiale que le bocage a fortement régressé dans toute l'Europe, notamment dans le cadre de politiques nationales ou européennes de remembrement.
De nos jours, le bocage est encore présent de manière notable en Autriche, Belgique (dans le Pays de Herve), Italie, dans le Nord-Ouest du Royaume-Uni, en Espagne et au Portugal. En France, il est existant dans le Grand ouest (dans certaines parties de la Normandie, de la Bretagne, du Maine et du Poitou historique), et aussi dans le Berry, le Massif central (Auvergne, Morvan, Charolais, Brionnais) et même dans le Nord de la France (Avesnois, Boulonnais, Vimeu) et les Alpes (Champsaur).
Lorsque le bocage est reconstitué ou de création récente, il est rendu compatible avec l'agriculture intensive ou industrielle et les engins agricoles de grande taille. Il peut être associé en agroforesterie à une exploitation de terres agricoles mais dans d'autres situations, le nouveau bocage (bocage moderne ou néobocage) peut être sans biodiversité, d'aspect géométrique, aseptisé et monospécifique (une seule espèce). Il n'est alors qu'une médiocre source de bois à bas prix pour la sylviculture intensive.
Pourtant le bocage est un constituant important du réseau écologique. Ses réseaux imbriqués de prairies, haies, talus et fossés sont autant d'éléments jouant un rôle de corridors biologiques.. Les haies de ce type de bocage protègent les sols et cultures, et représentent aussi une intéressante source de bois-énergie. à l'origine de nouvelle filière économique locale.
Étymologie vignette|Au ras du sol, les haies referment les perspectives sur le paysage bocager mais vu du ciel, le maillage bocager évoque les mailles d'un tissu posé sur terre. La forme bo(s)cage est un emprunt au normand et a supplanté l'ancien français boschage, il s'agit d'un dérivé du normand bosc « bois » à l'aide du suffixe -age cf. . Il procède du germanique bŏsk- (bas latin boscus) qui a aussi donné les termes français bois cf. et bosquet (forme empruntée à l'occitan, elle-même issue du français).
D'un point de vue sémantique, il est nécessaire d'établir une distinction entre le sens ancien et le sens actuel. En effet, l'étymologie prête à confusion puisque le bocage désigne désormais une construction humaine et ne naît pas de la forêt.
L’ancien terme boscage ou bocage a longtemps désigné un petit bois, plutôt qu'un réseau de haies (Auia virgulta évoque le bocage où l'on ne peut passer). Au , le poète WaceRoman de Rou ou Roman de Rol distingue les habitants des bois et ceux des plaines Li païsan et li vilain, Cil del boscage et cil del plain [de la plaine]. Au , le bocage évoque encore un milieu sauvage : près de lui estoit [le loup] es boscages, Si li a fait sovent anui la rose (Ren. 7398) ; Si n'ai mès cure d'ermitages ; J'ai laissié desers et bocages (11906) ; Cil de Chartrouse sont bien sage ; Car il ont lessié le bochage Por aprochier la bone vile (RUTEB., 167).
Le mot s’est écrit boucaige aux . (Palsgrave note qu'on le prononçait boquaige).
Selon le premier Dictionnaire de l'Académie française (1694), le mot bocage a les mesmes significations que Bosquet. Le Dictionnaire critique de la langue française (Marseille, Mossy 1787-1788) précise que le mot, comme l’adjectif bocager, -ère désigne un petit bois et qu’il n'est d'usage qu'en Poésie, non plus que bocager (loueroit comme toi les Nymphes bocagères (Gresset).
Le mot n'est plus à la mode à Paris ; l’Académie précise que bocager vieillit : c'est que le genre de poésie où il étoit employé, est assez hors de mode. Cependant, dans une pastorale, un poète s'en servirait sans scrupule, et l'on ne lui en ferait pas un crime. Au , le dictionnaire lui donne une connotation plus positive, bucolique : un petit bois, ou lieu ombragé et pittoresque ; À l'ombre d'un bocage. Dans le bocage. Vert bocage. Bocage frais, agréable, délicieux (Dictionnaire de L'Académie française, (1832-5). Pour la du Dictionnaire de l'Académie française (1932-5), le terme bocage garde le même sens et s'emploie surtout en poésie.
Les notions contemporaines de « maille bocagère », « maillage bocager » ou « réseau maillé de haies » (succession de haies, talus et bosquets plus ou moins connectés les uns avec les autres, ce maillage pouvant être modifié par élargissement ou au contraire rétrécissement des mailles) n'ont finalement été largement diffusées que dans les années 1960-1980, essentiellement par les géographes, au moment de la régression rapide du bocage détruit par les remembrements et l’urbanisation, via les alertes des milieux scientifiques et de la protection de l’environnement.
Présentation
Bocage français vignette|redresse=1.5|La Bretagne est réputée posséder le bocage le plus ancien de France. Il remonterait au (haies attestées dans le cartulaire de Redon) mais la région n'est pas encore un pays bocager au , la première vague d'embocagement, fondé sur le développement de la haie à base de chênes, se situant au . vignette|redresse=1.1|Le bocage du Boulonnais, Nord de la France vignette|upright=1.1|Dans le Sud de la France : une structure bocagère du Massif central (Aveyron) vignette|upright=1.1|Bocage du Berry, commune de Coust (Cher)
Les bocages et semi-bocages du Massif Central. En Limousin, le bocage est dense dans le secteur de Gouzon, en Creuse et sur le plateau limousin, dans le sud de la Haute-Vienne ainsi qu'en Charente limousine (Confolentais), le semi-bocage déborde dans le Monmorillonais en Vienne (Availles-Limouzine par exemple). Les bocages charolais et brionnais (département de Saône-et-Loire) en sont une composante des plus anciennes, datant du .. Le bocage bourguignon (hors charolais-brionnais) est plus récent. Sa mise en place qui correspond à la spécialisation bovine de la région et au développement de la race charolaise, à la base cantonné à la seule région du même nom (sud-ouest de la Bourgogne), date du . C'est un bocage géométrique, qui rappelle celui de Thiérache et de l'Avesnois, mais dont les haies sont plus riches, faites de divers épineux (notamment prunelier et aubépine), de sureaux et de noisetiers. On le trouve encore sous cette forme au nord de l’Auvergne (Allier), avec le Bocage bourbonnais, mais aussi dans la Loire et la Haute-Loire. Il déborde jusqu’au nord-est de la Bourgogne par la Puisaye et (Côte-d’Or) attenante. On trouve encore du bocage en Combrailles, en Aveyron, dans le Haut-Forez … Le bocage de l'Avesnois dans le Nord de la France a été essentiellement reconstitué au , avec une diversité génétique, des aubépines notamment plus pauvre pour cette raison. Les haies - composées majoritairement de saules têtards et d'aubépines - y sont souvent plus basses, étroites, régulières et homogènes que dans les autres bocages français. Les haies ont presque disparu entre Maubeuge et la Haie d'Avesnes, mais elles subsistent plus au Sud ; de la Haie d'Avesnes à la Thiérache. Cette région aujourd'hui classée parc naturel régional a été au très productrice de pommes, mais de nombreux pommiers ont été arrachés au début du . Le bocage berrichon n'est plus voué à la disparition, les champs séparés par des bouchures (en berrichon, tourangeau), haies devant leur appellation à leur entretien (palisser), jadis effectué à la main, on bouchait les éventuels trous en pliant de jeunes arbres, d'où leur nom. Le bocage bressuirais, le bocage vendéen et les Mauges couvrent une partie importante du Nord-Ouest des Deux-Sèvres, du Nord de la Vendée et du Sud du Maine-et-Loire. Ils ont constitué le bastion des guerres de Vendée. Avec la Gâtine de Parthenay ce sont des pays de chemins creux, boisés, assez vallonnés et maillés de haies (les palisses en poitevin). Des actions sont engagées pour préserver, voire replanter les haies bocagères, réapprendre le plessage mais le maillage devient toujours plus lâche.. Les bocages du pays de Bray (Normandie intérieure) et du Boulonnais. Ce dernier, constitué après les défrichements du Moyen Âge, a conservé plus d'un millier de mares qui sont des éléments supplémentaires de biodiversité en favorisant l'épanouissement d'une faune et d'une flore spécifique : (batraciens, iris, menthe aquatique…). Bocage de Thiérache, dont les premiers noyaux datent du , dans une région où les paysans sont frondeurs et portés à l'individualisme agraire. Ils se sont étoffés aussi, à la suite de la suppression des contraintes collectives et avec le développement de l'élevage laitier, aux . Ils ont aussi subi des remembrements. Le bocage basque est constitué de prairies (sohro) ceintes de haies vives tressées (zerralia).
Bocages à rôles historiques Les bocages de l'Ouest (Normandie, Bretagne, Maine, Vendée) et du Massif central (Limousin …) se sont essentiellement développés au cours du Moyen Âge, la région ouest n'ayant pas connu la pénétration des systèmes d'assolement que l'on rencontre dans les openfield de l'Est. Les haies ont été systématisées de façon à se soustraire aux servitudes collectives et féodales autant que possible de la même façon que les enclosures se sont développées en Angleterre. Ces bocages se sont encore étoffés aux , puis ont finalement subi les remembrements au . Les Bocages breton et vendéen se sont illustrés dans l'histoire de la chouannerie et des en France. Les Chouans et l'armée royaliste s'y sont longtemps protégés des armées républicaines.