thumb|La Reine Pédauque représentée sur les remparts de Beaune (Bourgogne). La reine Pédauque est une reine mythique qui trouverait son origine dans la ville de Toulouse à l'époque où elle était capitale du royaume wisigoth (de 413 à 508).
Elle se caractérise par un pied d'oie, d'où son nom : en occitan signifie « pied d'oie » ; l'étymologie attribuée par d'autres sources au bas-latin, est tout aussi probable, Encyclopédie, citant le P. Mabillon, qui pense que la reine Pédauque était la reine Clotilde, hypothèse démentie par les encyclopédistes.. Des reines pédauques, de diverses origines et significations, sont sculptées sur les portails de plusieurs églises de Francearticle Reine Pédauque, dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert..
Le pied d’oie
Le pied d'oie est une particularité que tout personnage « pédauque » partage avec de nombreuses personnalités historiques voire mythiques :
des nobles, comme Bertrade de Laon, plus connue sous le nom de Berthe au grand pied ; des roturières souvent canonisées : sainte Isbergue en Artois, sainte Néomoise ou Néomaye dans le centre de la France, sainte Énimie dans les gorges du Tarn.
Miraculeusement marquées de ce signe ou frappées par la lèpre, elles échappent ainsi aux assiduités d'un poursuivant.
La patte d'oie était la marque distinctive des lépreux au début du Moyen Âge et, plus tard, des cagotsparmi les hypothèses sur l'origine des cagots, figure celle selon laquelle ils auraient été des descendants de lépreux. du sud de la France. En effet, cette maladie entraînait des altérations cutanées susceptibles de faire penser à la peau des pattes de palmipèdes.
La reine Pédauque de Toulouse vignette|Détail du plan de Toulouse par Albert Jouvin de Rochefort (1680), le seul plan montrant les restes du pont vieil dit de Pédauque (ici marqués en jaune). Les premiers textes anciens qui l'évoquent, à l'époque de la Renaissance, font état d'une . Selon Nicolas Bertrand (de Tolosanum Gestis publié en 1515)Nicolas Bertrand est notamment cité dans l'article Reine Pédauque de l'Encyclopédie., Austris était pleine de douceur, de modestie et de bonté. . Cachant sa maladie, Austris se tourna vers l'enseignement des saints Saturnin, Martial et Antonin d'Apamée (ou Antonin de Pamiers). Baptisée, elle guérit, mais cacha aussi sa guérisonBertrand, cité par Pierre Salies in Archistra, .. Bertrand raconte que le roi son père lui fit construire au quartier dit la Peyralade, un magnifique palais dont une salle, dite bains de la reine, était directement approvisionnée en eau par un aqueduccité dans l'Encyclopédie, article Reine Pédauque.. Le personnage de la reine Pédauque était, semble-t-il, connu des Toulousains depuis très longtemps, en ce début du .
Antoine Noguier, un autre historien toulousain<ref>Antoine Noguier qui publie une histoire de Toulouse en 1559, reprend en bonne partie les dires de Bertrand. Il est lui aussi cité dans l'article Reine Pédauque de lEncyclopédie.</ref>, ajoute aux récits de son prédécesseur une description des bains de la reine Pédauque. Il raconte que le roi Marcellus capta une source dans l'actuel quartier Saint-Cyprien, puis fit bâtir un aqueduc pour amener ses eaux jusqu'à son palais. Il conclut en disant que Marcellus et Austris, qui est probablement la régine Pedauco, sont des personnages mythiques. Aucun Marcellus ne figure parmi les rois wisigoths de Toulouse, mais il pourrait être antérieur à leur arrivée (la chronologie est extrêmement douteuse, les trois saints cités n'étant pas contemporains).
La source et l'aqueduc, aujourd'hui disparus, sont bien connus : l'aqueduc de Lardenne et le pont-aqueduc ou Pont Vieux. Un ensemble hydraulique (captage de sources et thermes), non loin du trajet de l'aqueduc, mais vraisemblablement indépendant, dont des vestiges subsistèrent jusqu'en 1834, s'appelait les « bains de la Régine », et plus tard « bains de la Régine Pédauque » (banhs de la regina Pedauca). Le nom gagna l'ensemble du dispositif : on parla alors de l'''aqueduc de la reine Pédauque, et le pont-aqueduc qui traversait la Garonne devint le pont de la Reine PédauquePierre Salies, Archistra..
En 1621, l'abbé Chabanel, curé de la Daurade, publie une histoire de la Daurade dans laquelle il présente la reine Pédauque comme l'épouse de (ou ? car il n' y a pas eu de ), Ragnachilde, arguant du fait qu'elle aimait prendre des bains, et que son sarcophage portait également des dessins de pieds d’oie (qui sont en fait des plis de tentures)L'article Reine Pédauque de l'Encyclopédie cite également l'abbé Chabanel, mais le roi son époux est nommé Euric, sans précision de numéro.L'Histoire de Toulouse illustrée, d'Anne Lestang, reprend cette hypothèse : Ragnachide et non Ragnachilde, aurait été l'épouse de . Éditions le Pérégrinateur, 2006, ..
En 1718, on fit procéder à l'examen d'un tombeau de marbre, découvert dans l'ancien cimetière des Comtes, devenu cimetière communal de la Daurade (proche de l'emplacement de l'ancien palais des rois wisigoths) ; ce tombeau était supposé être celui de la princesse Austris. Les archéologues relevèrent « assez distinctement sur le haut un pied d'oyson de chaque côté ». Ce sont toujours les plis de deux tentures.
Une légende dit que la reine Pédauque possédait une quenouille merveilleuse, qui ne s'épuisait jamais, lui permettant de filer sans cesse. Frédéric Mistral (Trésor du Félibrige) cite Rabelais, donnant comme juron toulousain . Rabelais, décrivant des adversaires aux pieds larges : Rabelais, Pantagruel, Quart Livre, , Édition Pléiade , Encyclopédie.. Mistral cite un autre dicton : , pour parler du « vieux temps ». Mais il cite aussi , évoquant Berthe, épouse de Boson, comte d'Arles au . D'autre part, le filage est une des activités des bergères, saintes ou pas, et la quenouille leur attribut principal.
La reine Pédauque « historique » Selon l'historienne Renée Mussot-Goulard, Pédauque est une princesse wisigothe, de la dynastie des Balthes, fille d', sœur du roi des Wisigoths Wallia et de la princesse Pélagie (femme du Comte Boniface puis d'Aetius). Elle est l'épouse de , roi des Wisigoths et lui donne deux fils Thorismond et , à leur tour rois des Wisigoths.
Il faut reconnaître dans le roi Marcellus des textes anciens, une allusion au dieu Mars qui est une constante des fondements de la royauté tervinge et que l'on retrouve jusque dans les chants des guerriers. Il s'agirait donc d'une allusion au roi , identifié à Mars. Même si tous les rois balthes seront qualifiés par les chroniqueurs contemporains, de Mars, comme Euric par Sidoine Apollinaire.
Sa réputation de reine aux pieds palmés serait une mauvaise interprétation de son nom. Elle était homéenne de religion, donc hérétique pour les catholiques qui conteront son histoire, et le dessin du pied palmé étant un signe distinctif du Moyen Âge pour désigner les exclus ou les marginaux, cette particularité corporelle lui serait ajoutée à tort.
Les « reines Berthe » et autres reines Pédauque non toulousaines La figure de la reine Pédauque liée à plusieurs personnages portant le nom de Berthe semble à l'évidence une référence à la divinité germanique Perchta équivalent de Holda ou de la déesse scandinave Freyja . Dans les pays alpins de tradition germanique (Souabe, Bavière, Autriche, Suisse, Alsace…), Perchta est une déesse d'apparences variables, parfois très belle, blanche comme la neige, ou franchement horrible, toujours dotée d'un pied d'oie ou de cygne, et souvent en train de filer, principalement pendant les douze jours d'hiver entre Noël et l'Épiphanie (selon la terminologie chrétienne à laquelle la tradition s'est adaptée). Son nom signifiant « brillante » ou « lumière », elle est souvent représentée par sainte Lucie.
Berthe de Souabe, dite la Filandière ou la reine fileuse, apparaît ainsi comme une personnification directe de Perchta.
Jean-Baptiste Bullet, théologien de l'Université de Besançon, échappe le premier à la sphère toulousaine. Il raconte que , Robert « le Pieux », roi de France, ayant épousé en 995 sa cousine Berthe de Bourgogne, fut excommunié par le pape . Il finit par la répudier. Mais entretemps, la légende dit que Berthe aurait mis au monde un fils doté non pas d'un pied, mais d'une tête et d'un cou d'oie : signe de malédiction du Ciel ? Robert étant le protecteur de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, il y fut représenté en statue, vis-à-vis d'une statue « de la reine Pédauque ». Pour justifier de la forte réputation de son nom à Toulouse, Bullet imagine une explication quelque peu forcée, où Constance d'Arles, la nouvelle épouse de Robert, cherche à tout prix à discréditer Berthe. C'est lors d'un passage qu'elle fait à Toulouse que Constance aurait baptisé « reine Pédauque » ce qui n'était qu'un pont anonyme.
Il y avait avant elle, chronologiquement, une autre « Berthe », Bertrade de Laon, épouse de Pépin le Bref. Mais sa légende est forgée tardivement, vers 1275, par le trouvère Adenet le Roi : selon lui, Berthe de Hongrie, qui a un « grand pied » (ou un pied-bot ?) doit épouser Pépin le Bref, mais au cours du voyage vers la France, sa suivante, qui lui ressemble étonnamment, la séquestre, se fait passer pour elle, et épouse le roi. Ce n'est qu'au bout de plusieurs années que Berthe fera éclater la vérité, son pied attestant de sa vraie identité. Selon la croyance de l’époque, Pépin avait déjà une épouse, qu'il répudia quand il fit venir Berthe auprès de lui. Le roman d'Adenet donnait une légitimité à l'union de Pépin et de Berthe, donc à Charlemagne.
Aux , des érudits rivalisent dans les hypothèses. Le Père Mabillon, ainsi que le Père Montfaucon, penchent pour Clotilde, épouse de Clovis. L'abbé Lebeuf propose la reine de Saba, à qui Salomon aurait concédé qu'elle était une des plus belles femmes du monde, mais que « ses pieds n'y répondaient guère ».
Le signe du pied difforme : les saintes lépreuses La première sainte gratifiée de cette marque est immédiatement dans la lignée de Berthe au grand pied, puisqu'il s'agit de sa propre fille sainte Isbergue, ou Ybergue, ou encore Gisèle, donc fille de Pépin le Bref et sœur de Charlemagne. Destinée à être mariée au fils du roi d'Angleterre, elle préféra suivre sa vocation religieuse et l'enseignement de saint Venant. Une lèpre soudaine vint lui couvrir le corps, mettant fin aux projets matrimoniaux, mais dans sa colère le prince anglais fit décapiter Venant. Dans la commune d'Isbergues (Pas-de-Calais), on venait prier la sainte pour guérir les maladies de peau et des yeux, à la source que saint Venant aurait fait jaillir, et qui aurait guéri Isbergue.
À partir de là, cette situation se reproduit, avec diverses variantes, pour de nombreuses saintes :Sainte Néomoise, ou Néomaye, ou Néomoye, bergère et fileuse, mais issue d'une famille noble, convoitée par un homme, obtient un pied d'oie dont la vue fait reculer le prétendant ;Sainte Énimie, princesse mérovingienne, sœur de , est atteinte de la lèpre envoyée par Dieu pour l'écarter elle aussi d'un hymen non désiré. Elle en est guérie miraculeusement en se baignant dans une fontaine, dans le village de la Lozère qui porte aujourd'hui son nom. Elle s'y installe définitivement, fonde un couvent, combat le Drac, un monstre diabolique…
Hypothèses