Jacopo Saltarelli, né en 1459, à Florence, fils d'Andrea Saltarelli et apprenti-orfèvre chez son frère Giovanni, fut l'un des premiers modèles de Léonard de Vinci et une plainte anonyme au printemps 1476 les impliqua tous deux dans une affaire d'homosexualité. Cette épreuve fut l'une des plus difficiles que le peintre dut traverser dans sa jeunesseDanielle Hunebelle, Les clairs obscurs d'une vie géniale et solitaire in Léonard de Vinci, Éd. Hachette, Paris, 1973, p. 55..

Biographie Son père Andrea, descendait d'une famille noble qui s'était déjà illustrée à Florence dès le Moyen Âge avec Simone Saltarelli, procurateur général de l’Ordre des Dominicains puis archevêque de Pise, et son frère Lapo, qui fut un poète et juriste lié à Dante. Elle y possédait une maison-tour qui existe toujours piazza de' Salterelli près de la SignoriaLara Mercanti, Giovanni Straffi, Le torri di Firenze e del suo territorio, Éd. Alinea, Florence, 2003Fortunato Grimaldi, Le case-torri di Firenze, Éd. Tassinari, Florence, 2005..

Une dénonciation anonyme Le , une dénonciation anonyme fut déposée auprès des « Officiers de la Nuit et des Monastères ». Elle était contenue dans un billet placé dans le « Urne en forme de tambourin, d'où l'appellation, destinée à recevoir les récriminations et les plaintes de la population. » ou « buchi della Verità »Bouches de la Vérité que la Seigneurie de Florence avait placé près du Palazzo Vecchio pour recueillir ce type de dénonciation.

La plainte fut enregistrée par le notaire Tomasi de Corsinis de Santi Marci, qui nota :

Et le dénonciateur anonyme de conclure que ces gens là avaient sodomisé Jacopo et que par la présente, il en faisait foiMarc-André Fournier, Léonard de Vinci en Toscane, Vol. 2, Guide MAF, Boulogne-Billancourt, 2007, p. 114, .

L’acte d’accusation semble indiquer qu’il s’agit d’un viol collectifLéonard de Vinci et ses deux amours.

L'affaire Saltarelli Avec cette dénonciation anonyme qui portait à la connaissance de Messieurs les Officiers que Jacopo Saltarelli suivait un mauvais chemin en acceptant de céder à ceux qui lui proposaient une infamie, naissait « l'affaire Saltarelli ».

Outre Léonard de Vinci, trois autres personnes étaient impliquées. Il s'agissait de Bartolomeo di Pasquino, orfèvre via Vacchereccia, de Bacino, tailleur à Orto San Michele, spécialisé dans le pourpoint, et surtout du très connu Lionardo de Tornabuoni, dit le TeriCe fils de famille est décrit comme étant habillé de noir. Léonard était dit fils de Ser Pietro de Vincio, et habitait chez Andrea del Verrocchiomanet cum Andrea del Verrochio. Quant à Jacopo, c'était un apprenti orfèvre, âgé de dix-sept ans environ, qui vivait chez son frère Giovanni Saltarelli, orfèvre de la via Vacchereccia. L'accusation était grave puisque les coupables risquaient la peine de mort, à savoir le bûcher, mais cette peine était rarement appliquée.

Une première audience eut lieu. La dénonciation étant anonyme, le tribunal civil, contrairement aux tribunaux de l’Inquisition, ne pouvait condamner sans preuvesElizabeth Abbott, A History of Celibacy. Éd. Da Capo Press, 2001, p. 340. et il fut ainsi retenu qu'il n’y avait ni preuve, ni témoignages déclarés. Les accusés furent donc « absoluti cum conditione ut retamburentur »« Les accusés furent absous jusqu'à ce que le cas fut réexaminé, c'est-à-dire remis au tambour avec une requête signée » en première instanceDanielle Hunebelle, « Les clairs obscurs d'une vie géniale et solitaire » in Léonard de Vinci, Éd. Hachette, Paris, 1973, p. 64.. Léonard dut cependant passer quelques jours en prison (qu'il supporta très mal comme il le raconta dans son Journal en 1505) en attendant l’enquête judiciaire jusqu'à ce qu'une nouvelle dénonciation eut lieu le , mettant à nouveau en cause les mêmes personnes. Mais elle fut faite toujours sous le couvert de l'anonymat et les juges en appel, faute de preuves, prononcèrent un non-lieu. Il n'est pas exclu que cette dénonciation soit le fruit de la jalousie suscitée par la gloire qui assaille vite Léonard ou qu'elle vise au tout premier chef Leonardo de Tornabuoni, et à travers lui Laurent de Médicis dont la mère était une Tornabuoni.

Léonard et Jacopo Même si « l'affaire Saltarelli » ne prouve rien sur son homosexualitéibid. , p. 63., Léonard écrivit en 1505 :

Car ce non-lieu n'impliquait pas que la plainte était ou non fondée. Les fiches de police de l'Uffiziali da Notte indiquent qu'un homme avait déjà avoué avoir sodomisé JacopoMichael Rocke Forbidden friendships. Homosexuality and male culture in Renaissance Florence, Oxford University Press, New York, 1996, p. 298, note 120.. Cependant les minutes du procès indiquaient que Jacopo Saltarelli, « la victime », était un prostitué notoire, ce qui peut à l'inverse suggérer qu'il s'agissait d'un coup monté par les ennemis de la famille Vinci.

Bibliographie Abbott, Elizabeth, A History of Celibacy. Da Capo Press, 2001. Crompton, Louis, Homosexuality and Civilization. Harvard University Press, 2006. Creighton, Gilbert and Michelangelo Merisi da Caravaggio, Caravaggio and His Two Cardinals. Penn State Press, 1995. Wittkower, Rudolph and Margaret Wittkower, Born Under Saturn: The Character and Conduct of Artists : A Documented History from Antiquity to the French Revolution. New York, New York Review of Books, 2006.

Notes et références

Voir aussi Liens externes Texte de la dénonciation de concernant Jacopo Saltarelli et Léonard de Vinci

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