Le point de vue du Magistère catholique sur l'esclavage a évolué au cours des siècles et ce n'est que progressivement que la condamnation de l'esclavage est apparue dans le Magistère catholique et y a revêtu un caractère doctrinal.
En 1435, publie l'encyclique , condamnant l'esclavage des indigènes des îles Canaries... En 1537, dans , le pape interdit l'esclavage des Amérindiens et de tout autre peuple qui viendrait à être découvert. La bulle de en 1839, mais plus encore les années 1890 et les deux encycliques de , apportent des clarifications.
A contrario, en 1454, le pape dans , à la suite de la prise de Constantinople par les Ottomans, autorise la mise en esclavage des infidèles afin de les employer comme rameurs sur les navires de guerre.
La condamnation solennelle par l'Église catholique intervient d'abord en 1965 dans la constitution pastorale (publiée lors du concile Vatican ) avec un élargissement par une synthèse de plusieurs doctrines sur la dignité humaine et les atteintes aux droits de l'Homme, puis en 1992 par la repentance formelle du pape .
Sources doctrinales Nouveau Testament Les allusions à l’esclavage sont rares dans les évangiles canoniques. Le terme « esclave » (servus) ne se distingue pas de « serviteur » et indique simplement une position de subordination. Jésus invite celui qui veut être le premier parmi ses disciples à être (). En revanche, la relation entre l’homme et Dieu n’est pas une relation d’esclavage, mais d’adoption filiale. La liberté des enfants de Dieu est soulignée.
Mais Paul de Tarse aborde largement ce sujet dans ses épîtres. Il déclare : Ce qui pourtant n'est certainement pas entendu au pied de la lettre, Paul prônant par ailleurs aux esclaves l’obéissance à leurs maîtres () ..
L'Épître à Philémon est révélatrice. Onésime, esclave fugitif, s’est attaché à Paul, duquel il a reçu le baptême. Paul sait que, de par la loi, il doit rendre l’esclave à son maître, Philémon. C’est ce qu’il fait, mais à sa manière : (). La lettre ne contient aucune recommandation explicite d'affranchissement. Par principe, l'Église accepte sans les approuver les gouvernements de fait, et n'incite que très rarement (si ce n'est jamais) à la révolte.
Le Nouveau Testament (dont les épîtres de Paul) ne contient pas de critique envers l’institution de l’esclavage, organisation sur laquelle repose le monde antique. L'égalité prêchée se situe sur un tout autre plan. Paul insiste avec passion sur l’égalité totale de tous dans leur relation avec Dieu. Le baptême en Jésus-Christ rend libre de manière radicale, même si le statut social ne change pas : ().
Pères de l'Église Certains des Pères de l'Église s'interrogent sur les causes de l'esclavage et y voient une conséquence des péchés des hommes. En particulier, pour Augustin d'Hippone, le fait que des hommes soient esclaves est une conséquence du péché originel..
Histoire Le christianisme, toléré dans l'Empire romain à partir du , n'a pas interdit l'esclavage, mais celui-ci à disparaître peu à peu dans l'aire de la chrétienté occidentaleCf. le Code noir de 1685 ; cf. Claude Prud'homme, L'Église catholique et l'esclavage une aussi longue attente, op. cit. dans Bibliographie, ..
Documents de l'époque médiévale Du jusqu'à la Renaissance, l'esclavage tend à disparaître en Occident. Phénomène social mineur pendant le Bas Moyen Âge, l'Église y porte relativement peu d'attention, et la réflexion doctrinale est portée sur d'autres sujets.
Les conciles mérovingiens et wisigoths
Les conciles nationaux des légifèrent pour s'opposer au droit de vie ou de mort des maîtres sur leurs esclaves qui subsistait dans le droit germanique.. L'Église accorde un droit d'asile à l'esclave en fuite qui n'est rendu à son maître que sur promesse de ne pas le tuer.
Ils ne s'attaquent pas à l'institution ni au droit de propriété. ; l'Église possède d'ailleurs ses propres esclaves.
L'affranchissement est prôné comme un acte pieux.
En 873 le pape écrit la lettre dans laquelle il enjoint aux princes de Sardaigne d'affranchir les esclaves vendus par les Grecs Et si c'était la vérité? - Enquête sur les délires de l'Histoire, Christophe Bourseiller, section 14 ; extrait cité dans Denzinger, 668 : ici
(1435), condamnation de l'esclavage des indigènes des îles Canaries Le pape publie le une courte encyclique sur le thème de l'esclavage, faisant ainsi pour la première fois de ce sujet un objet doctrinal. fait état de dénonciations des mauvais traitements infligés aux indigènes des îles Canaries, et fustige le comportement de chrétiens qui ont capturé ces indigènes, les ont privés de leurs biens et soumis à l'esclavage, quand bien même ceux-ci ne sont pas baptisés. exhorte ensuite les princes d'Occident, nobles et soldats à renoncer à l'esclavage. Enfin, il exige la libération immédiate de tous les esclaves des îles Canaries sous peine d'excommunication.
et (1454), autorisation de l’esclavage des africains Le , le pape publie dans la continuité de , textes souvent cités comme étant une reconnaissance officielle de l'esclavage. Cette interprétation est cependant à nuancer si l'on considère le contexte de l'essor de l'Empire ottoman, qui ferme aux chrétiens l'accès terrestre au Moyen-Orient et notamment à la Terre saintePrince Henry of Portugal and the African Crusade of the Fifteenth Century, C. Raymond Beazley, 1910.. En réponse à cela, le pape autorise Henri le Navigateur à soumettre les . Il s'agit donc de reprendre le dessus sur ceux-ci et de les réduire en esclavage. Dans ces documents, se félicite des progrès réalisés dans la découverte des terres africaines, notamment la Guinée, et des succès remportés contre les musulmansLa bulle du pape qui autorise l’esclavage, uhem-mesut , 8 janvier 2014.
Renaissance Pastorale officium, Veritas ipsa, Sublimis Deus (1537), interdiction de l'esclavage des Indiens d'Amérique « et tous les autres peuples qui peuvent être plus tard découverts »
Le pape est au cœur du débat sur l'esclavage des Indiens d'Amérique au . À la suite de la plainte de dominicains au sujet de colons espagnols qui avaient soumis les Indiens d'Amérique centrale, adresse le . au cardinal Juan de Tavera, archevêque de Tolède, un bref apostolique, , soutenant Charles Quint dans sa démarche d'abolition de l'esclavage des indigènes.
Le suivant, il récrit au cardinal Juan de Tavera et confirme dans le droit de l'homme à la liberté et à la propriété, en prenant la précaution d'inclure dans sa lettre tout autre peuple éventuel existant ou qui viendrait à être découvert . Ces courriers seront immédiatement confirmés par une bulle pontificale du : . Dans son édition de 1771, une autorité académique reconnue, le Dictionnaire universel de Trévoux (dirigé par les Jésuites), désapprouve également en définissant le mot nègre ainsi: « toutes ces nations malheureuses qui, à la honte du genre humain, entrent dans le nombre de marchandises dont on trafique ».
Du au
Dans son , le cardinal Gerdil émet l'avis que l'esclavage est compatible avec le droit naturel, et ne rompt pas l'égalité entre les hommes, l'esclave restant titulaire de droits, comme celui de ne pas être traité cruellement par son maîtreCatholic Encyclopedia, « Ethical Aspect of Slavery »..
Le pape , dans la constitution (1839) dirige l’Église vers l'abolition de l'esclavage.
L'opposition de l'Église à l'esclavage et au commerce des humains est à nouveau affirmée le par dans puis le dans , deux encycliques « sur l'abolition de l'esclavage ». Outre l'opposition à la traite des Noirs, ces encycliques développent l'idée que l'esclavage est en contradiction avec le respect de la dignité de l'être humain.
Adressée à l'Afrique, concerne spécifiquement le rôle des missions en Afrique et suggère des actions concrètes comme des collectes de fonds pour l'affranchissement des esclaves africains.
Écrite pour le Brésil, argumente sur l'illicéité de l'esclavage. À travers un historique des différentes prises de position des pontifes, assorti de commentaires sur la Bible, transforme en point de doctrine l'opposition de l'Église au commerce des hommes.
(1965)
Élargissement par une synthèse de plusieurs doctrines sur la dignité humaine, et les atteintes aux droits de l'homme.
..
Repentance L'institution de l'esclavage, particulièrement dans le développement des nouvelles colonies, était profitable à tous, y compris aux institutions d'Église. Lors de sa visite à l'île de Gorée, au Sénégal (), le pape prononça des paroles de repentanceDiscours de Jean-Paul II, sur l'île de Gorée, 22 février 1992. :
En 2002, l'archevêque d', Charles G. Palmer-Buckle, demanda pardon au nom des Africains pour la part de responsabilité des Africains dans le commerce des esclaves, et cette demande fut acceptée par l'évêque de Pensacola-Tallahassee Tom Roberts, « Ghanaian bishop offers apology for Africans’ part in slave trade », National Catholic Reporter, 13 septembre 2002..
Notes et références
Bibliographie Claude Prud'homme, L'Église catholique et l'esclavage : une aussi longue attente, dans Edmond Maestri (dir.), Esclavage et abolitions dans l’océan Indien (1723-1860). Systèmes esclavagistes et abolitions dans les colonies de l’océan Indien, éd. L’Harmattan et Université de la Réunion, 2002, . O. Grenouilleau, Christianisme et esclavage, Paris, Gallimard « Bibliothèque des histoires », Paris, 2021.
Voir aussi Articles connexes Sicut dudum In supremo apostolatus In plurimis Catholicae Ecclesiae Bible et esclavage Magistère de l'Église catholique
Liens externes
, « Development in moral doctrine », Theological Studies n° 54, 1993 Joel S. Panzer, « The Popes and Slavery : setting the record straight », The Catholic Answer, 1996 Le discours de Gorée ().
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