L’empire du Brésil (en ) ou, abusivement, l’Empire brésilien est une entité politique qui occupe, au , sensiblement les territoires qui constituent le Brésil actuel. Il s'agit alors d'une monarchie constitutionnelle parlementaire et représentative dont les souverains successifs sont les empereurs et , tous deux membres de la maison de Bragance, une branche de la dynastie capétienne vieille de mille ans. D'abord colonie du royaume de Portugal, le Brésil devient le siège de l'empire colonial portugais en 1808, lorsque le futur roi , alors régent de Portugal, s'enfuit de son pays après son invasion par les troupes de . La famille royale s'installe alors avec son gouvernement dans la ville brésilienne de Rio de Janeiro. Quelques années après la libération du Portugal, retourne en Europe en 1821, mais laisse son fils aîné et héritier, l'infant Pierre, à la tête du Brésil en qualité de régent.

Le , le prince Pierre déclare l'indépendance du Brésil et, après une guerre victorieuse contre le royaume de son père, il est proclamé premier empereur du Brésil le sous le nom de . Le nouveau pays est immense, mais peu peuplé et ethniquement divers. Contrairement aux républiques hispaniques voisines, le Brésil jouit d'une certaine stabilité politique, d'une relative liberté d'expression et du respect des droits civils. Il connaît en outre une croissance économique dynamique. Son Parlement bicaméral, de même que les législatures provinciales et locales, sont élus selon des méthodes démocratiques pour l'époque. Malgré tout, un long conflit idéologique oppose l'empereur et une fraction importante du Parlement sur le rôle du monarque dans le gouvernement. connaît également d'autres problèmes : l'échec de la guerre de Cisplatine contre les Provinces-Unies du Río de la Plata conduit à la sécession d'une province du Brésil (qui devient plus tard l'Uruguay) en 1828. En dépit de son rôle dans l'indépendance du Brésil, devient roi de Portugal en 1826 mais abdique immédiatement en faveur de sa fille aînée, . Deux ans plus tard, le trône portugais est usurpé par le frère cadet de l'empereur, . Ne pouvant gérer simultanément les affaires brésiliennes et portugaises, abdique le et part aussitôt pour l'Europe pour restaurer sa fille à Lisbonne.

Son successeur au Brésil est son fils , âgé de seulement cinq ans. Comme ce dernier est encore mineur, une régence est mise en place mais son autorité montre bien vite ses limites. Le vide du pouvoir résultant de l'absence d'un monarque au pouvoir comme ultime arbitre dans les conflits politiques régionaux conduit à des guerres civiles entre factions locales. Ayant hérité d'un empire au bord de la désintégration, , une fois déclaré majeur, réussit à apporter la paix et la stabilité dans le pays qui finit par devenir une puissance émergente sur la scène latino-américaine. Le Brésil remporte alors trois conflits internationaux (la guerre de la Plata, la guerre uruguayenne et la guerre du Paraguay) sous sa direction et joue un rôle prédominant dans plusieurs autres conflits internationaux et querelles internes. Avec la prospérité et le développement économique, le pays connaît un afflux d'immigrants européens, notamment italiens et portugais mais aussi allemands ou juifs. L'esclavage, qui était initialement généralisé, est restreint par des lois successives jusqu'à son abolition définitive en 1888. Les arts visuels, la littérature et le théâtre se développent au cours de cette période de progrès. Bien que fortement influencé par les styles européens qui vont du néoclassicisme au romantisme, chaque apport est adapté aux conceptions locales pour créer une culture propre au Brésil.

Même si les quatre dernières décennies du règne de sont marquées par une paix intérieure continue et la prospérité économique, l'empereur ne croit guère en la survie du régime monarchique. En vieillissant, il ne fait aucun effort pour garder le soutien des institutions. Comme n'a pas d'héritier mâle (son successeur désigné est sa fille Isabelle mais ni lui ni les classes dirigeantes n'acceptent réellement l'idée d'un souverain féminin au Brésil), de plus en plus d'hommes politiques estiment qu'il n'y a aucune raison de conserver la monarchie. L'empereur est renversé, le , après 58 ans de règne, par un coup d'État qui n'a pour soutien qu'un groupe de militaires désireux d'instaurer une république dictatoriale.

Histoire De l’arrivée de la famille royale portugaise à l’abdication de

thumb|left|upright=1.2|alt=Carte montrant l'Empire brésilien et ses provinces en 1822.|Le Brésil et les provinces brésiliennes en 1822.

Le territoire qui devient par la suite le Brésil est revendiqué par le Portugal le , avec l'arrivée du navigateur Pedro Álvares Cabral sur ses côtes. Un peuplement permanent se met en place à partir de 1532 et, pendant les qui suivent, le pays s'étend lentement vers l'ouest jusqu'à atteindre la quasi-totalité des frontières du Brésil moderne. En 1808, l'armée de l'empereur des Français envahit le Portugal, obligeant la famille royale dirigée par le prince régent Jean à partir en exil. Les Bragance s'installent alors dans la ville brésilienne de Rio de Janeiro, qui devient implicitement le siège de l'empire portugais.

Le , le prince Jean, en sa qualité de régent, crée le Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et de l'Algarve, qui fait passer le Brésil du statut de colonie à celui de royaume. monte sur le trône portugais l'année suivante, après la mort de sa mère, la reine . Il ne rentre pourtant au Portugal qu'en avril 1821, laissant derrière lui son fils et héritier, le prince Pierre, à la tête du Brésil comme régent. Le gouvernement portugais décide alors de révoquer immédiatement l'autonomie politique qu'il avait accordée au Brésil en 1808. La menace de perdre le contrôle limité de leurs affaires locales provoque une opposition généralisée des Brésiliens. José Bonifácio de Andrada e Silva et d'autres dirigeants du territoire réussissent à convaincre Pierre de déclarer l'indépendance du Brésil le à São Paulo. Le , le prince est proclamé premier souverain de l'empire du Brésil sous le nom de et est couronné à la Chapelle impériale de Río de Janeiro le . Le pays devient alors une monarchie constitutionnelle. La déclaration d’indépendance se heurte toutefois à l’opposition d’unités militaires demeurées au Brésil mais restées fidèles au Portugal. Il s'ensuit une guerre d'indépendance menée à travers tout le pays. Les derniers soldats pro-portugais doivent capituler en mars 1824 et, grâce à la médiation du Royaume-Uni, le Portugal reconnaît l’indépendance du pays par le traité de Rio de Janeiro du . se voit alors confirmé dans son titre impérial mais son père, le roi , est toutefois proclamé empereur titulaire du Brésil.

doit faire face à un certain nombre de crises au cours de son règne. Une rébellion sécessionniste éclate dans la province de Cisplatine à la fin de 1825 puis les Provinces-Unies du Río de la Plata tentent d'annexer la région conduisant l'Empire à . En mars 1826, le roi meurt et son fils aîné hérite brièvement de la couronne portugaise sous le nom de . Il abdique cependant en faveur de sa fille aînée, . La situation politique brésilienne s'aggrave en 1828 lorsque la guerre dans le sud se termine par la perte de la région de Cisplatine, qui devient dès lors la république indépendante d'Uruguay. Au cours de la même année, à Lisbonne, le prince Michel, frère cadet de , s'empare du trône de , déclenchant ainsi la guerre civile portugaise.

D'autres difficultés surviennent lorsque le parlement impérial, l'Assemblée générale, est réuni en 1826. ainsi qu'une partie importante des députés font valoir que la constitution du Brésil doit prévoir un système judiciaire indépendant, un parlement élu par le peuple et un chef de l'État (l'empereur, en l'occurrence) détenteur du pouvoir exécutif et de prérogatives élargies. D'autres parlementaires souhaitent au contraire que le monarque ne dispose pratiquement que d'un rôle cérémoniel, les députés dirigeant la politique et exerçant le pouvoir en nommant un gouvernement. La lutte pour savoir qui, de l'élite sociale ou des représentants de l'ensemble des citoyens, doit exercer le pouvoir est au centre des débats de 1826 à 1831, reléguant au second plan la mise en place d'une structure gouvernementale et politique. Incapable de traiter les problèmes du Brésil et du Portugal en même temps, l'empereur abdique au profit de son fils, , le et s'embarque immédiatement pour l'Europe pour rétablir sa fille sur son trône.

La minorité de et l’anarchie brésilienne thumb|alt=Photo montrant le Palais impérial de Rio de Janeiro avec des chariots et la garde d'honneur sur la place devant le palais.|Le palais impérial, siège du gouvernement, en 1840.

Après le départ précipité de , le Brésil se retrouve avec un garçon de cinq ans à la tête de l’État. Durant douze ans, l’Empire est confronté à l'absence de véritable exécutif car, en vertu de la constitution, ne peut pas gouverner avant sa majorité, fixée au . Dans l'intervalle, le pouvoir est confié à une régence élue mais celle-ci ne jouissant que d'une partie des prérogatives impériales et étant subordonnée à l'Assemblée générale, elle n'est pas en mesure de combler le vide au sommet de l'État.

De fait, la Régence se révèle incapable de résoudre les conflits et les rivalités entre hommes politiques nationaux ou factions locales. Estimant que l'octroi d'une plus grande autonomie aux administrations provinciales et locales devrait calmer les dissidences croissantes, l'Assemblée générale adopte, en 1834, un amendement constitutionnel appelé (Acte additionnel) qui augmente leurs pouvoirs. Au lieu de mettre fin au chaos, cet amendement ne fait qu'aggraver les ambitions et les rivalités locales. Des violences éclatent dans tout le pays. Les partis politiques de toutes tendances cherchent par tous les moyens à diriger les gouvernements provinciaux et municipaux, et chaque parti qui a pris le pouvoir dans une province tente également de prendre le contrôle de l'ensemble du système électoral et politique. Les partis qui ont perdu les élections se soulèvent et essaient de prendre le pouvoir par la force, ce qui provoque plusieurs révoltes, comme la guerre des Farrapos, la Cabanagem et la Balaiada.

Les hommes politiques arrivés à la tête de l'État durant les années 1830 sont ainsi confrontés aux difficultés et aux pièges du pouvoir. Selon l'historien Roderick J. Barman, en 1840, . Certains de ces hommes (qui formeront le Parti conservateur dans les années 1840) jugent nécessaire d'avoir une personnalité neutre à la tête du pays, quelqu'un qui, étant au-dessus des factions politiques et des intérêts mesquins, pourrait régler les revendications et les petits conflits. Ils conçoivent le rôle d'un empereur comme plus dépendant du législateur que ne l'avait envisagé , mais avec des pouvoirs plus étendus que ceux préconisés par leurs rivaux (qui forment plus tard le Parti libéral) au début de la régence. Les libéraux, cependant, réussissent à faire voter une loi pour abaisser l'âge de la majorité de de dix-huit à quatorze ans. L'empereur est ainsi déclaré apte à gouverner en .

La consolidation du pouvoir impérial thumb|left|alt=Photographie d'un jeune homme barbu assis dans un fauteuil avec sa main droite rentrée dans l'avant de sa veste à double boutonnage| vers 1851, à environ 25 ans, a consolidé son autorité et pacifié le pays.