Ixodes ricinus est une espèce de tiques, un acarien, ectoparasite, venimeux de la famille des Ixodidae.

Appelée tique du mouton et autrefois aussi tique du chien (nom source de confusion car également donné à deux autres espèces de tiques : Dermacentor variabilis et Rhipicephalus sanguineus), c'est la tique la plus fréquente en France.

Les populations de cette tique à corps dur semblent en augmentation depuis quelques décennies dans de nombreuses régions de l'hémisphère nord, et elles jouent un rôle écoépidémiologique qui semble important voire majeur dans la transmission de certaines maladies. Des progrès importants dans la connaissance de ce rôle ont été récemment permis par les techniques d'analyse de l'ADNHumair PF, Douet V, Morán Cadenas F, Schouls LM, Van De Pol I, Gern L (2007) Molecular identification of bloodmeal source in Ixodes ricinus ticks using 12S rDNA as a genetic marker ; J Med Entomol 44:869–880 du contenu stomacal des tiques qui renseignent sur les espèces-hôtes (source d'alimentation pour la tique) et sur les éventuelles co-infections par différentes espèces de pathogènes (notamment transmissibles à l'humain : par des rickettsiesEstrada-Pena A, Osacar JJ, Pichon B, Gray JS (2005) Host and pathogen detection for immature stages of Ixodes ricinus (Acari: Ixodidae) in north-central Spain. Exp Appl Acarol 37:257–268, par des borréliesFernandez-Soto P, Perez-Sanchez R, Encinas-Grandes A, Sanz RA (2004) Detection and identification of Rickettsia helvetica and Rickettsia sp. IRS3/IRS4 in Ixodes ricinus ticks found on humans in Spain. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 23:648–649).

Distribution vignette|gauche|Distribution Cette espèce se rencontre en zone paléarctique occidentale. Elle serait en expansion depuis une trentaine d'années.

Habitat Cette espèce vit à proximité du sol (litière et herbacées, parfois sur les basses branches d'arbres ou buissons) dans les forêts, bois, haies et zones boisées ou là où elle a pu être transportée par des animaux tels que cervidés ou sangliers. Elle est largement distribuée en Europe, de l'Afrique du Nord à la Scandinavie et de l'Irlande à la Russie centrale Gern, L. et P. F. Humair. « Ecology of Borrelia burgdorferi sensu lato in Europe » in J. Gray O. Kahl R. S. Lane G. Stanek Lyme borreliosis biology, epidemiology and control 2002. . CAB International Wallingford, Oxon, United Kingdom (avec d'importantes variations spatiotemporelles par exemple en Irlande, au Royaume-Uni, et en Suisse). En Suisse, sa répartition a été documentée jusqu'à une altitude de .

Description vignette|gauche| (femelle presque gorgée de sang) vignette|gauche|Mâle (vu de dessous et de dessus) ; légèrement plus petit que la femelle à jeun vignette|gauche| (femelle) vignette|gauche|Face ventrale et anus du mâle vignette|gauche|Mâle en position d'exploration de son environnement vignette|gauche|Les spiracles sont les entrées de l'organe respiratoire de la tique (protégée par une plaque criblée de petits tubes qui limitent la perte d'eau pour l'animal)

Cette espèce est dépourvue d'yeux, mais elle semble pourtant pouvoir se diriger et même cibler des proies ou certaines zones du corps où la peau est plus fine quand elle est entrée en contact avec une proie.

Cet acarien est pourvu de cellules jouant un rôle similaire à celui de l'odorat (sur une patte) et de cellules photosensibles sur les deux flancs Guerin PM, Kröber T, McMahon C, Guerenstein P, Grenacher S, Vlimant M « Chemsensory and behavioural adaptations of ectoparasitic arthropods » Nova Acta Leopoldina 2000;83(316):213-29. Lire en ligne. Il sait ainsi s'il fait jour ou nuit, et peut détecter des mouvements d'animaux qui interceptent la lumière.

Prédateurs Ces tiques (et leurs larves) peuvent être consommées par des oiseaux, des reptiles et de petits mammifères, mais elles semblent surtout contrôlées dans la nature par divers parasites et microorganismes pathogènes, dont : des champignons (dont , qui s'avèrent en laboratoire très efficacement mortels pour les tiques en 5 à 25 jours…) Des blastospores pourraient être plus efficaces que des conidiospores pour le contrôle biologique des tiques. des nématodes ( spp. et sp. qui sont capables d'inoculer leurs bactéries symbiotes () qui tuent rapidement la tique ainsi coparasitée. Ces bactéries liquéfient l'intérieur de la tique que les nématodes peuvent ensuite digérer. Les nématodes ne se reproduisent pas dans la tique, mais ensuite dans l'eau interstitielle du sol ou dans le sol humide). In vitro, 10 à 40 % des tiques femelles non alimentées et contaminées meurent ; S. semblant être le nématode le plus souvent mortel pour ces tiques, d'autant plus que le taux d'infestation est élevée (deux fois plus de mortalité avec un « ensemencement » de 600 nematodes/cm de substrat que pour 300 nematodes/cm. des guêpes parasitoïdes qu'on voudrait aussi utiliser pour la lutte biologique contre les tiques mais qu'on ne sait pas encore élever en masse ( ) et Kathrin Hartelt RPS, Landesgesundheitsamt « Biological control of the tick with entomopathogenic fungi, nematodes and parasitic wasps » (Le contrôle biologique des tiques du genre par des champignons, des nématodes et des guêpes parasitoïdes entomopathogènes) Voir (PDF d'un PowerPoint de 18 diapositives)). des volatiles et notamment les poules, qui peuvent ingérer jusqu'à 500 tiques par heure. La régression de ces prédateurs pourrait contribuer à une augmentation des populations de tiques.

Rôle dans la santé publique Sa nymphe et surtout l'adulte s'attaquent volontiers à l'humain. I. est l'une des quelques espèces de tiques qui peuvent transmettre certaines maladies (parasitoses) à l'humain, comme la maladie de Lyme et l'encéphalite à tique (ou méningoencéphalite verno-estivale), l'encéphalite virale ovine () chez le mouton, et plus rarement la tularémie (ou fièvre du lapin) ou la fièvre Q (infection par la bactérie Coxiella burnetii).

Allergies Cette espèce (comme d'autres espèces de tiques s'attaquant à l'humain) peut être source d'au moins deux types d'allergies : allergie à la salive de tique ; allergie à la viande.

Pathogénicité et interactions durables avec les Borrélies , comme toutes les tiques, se développe en passant par plusieurs stades. Elle doit se nourrir de sang. Les individus de chaque stade partent donc en quête d'une proie à parasiter. La quête se fait durant la belle saison, de mai à septembre essentiellement avec des variations selon la latitude et l'altitude. Le suivi de cette espèce en Suisse (depuis 1996) a montré que cette espèce est très sensible au climat et en particulier à la douceur des températures hivernales et aux températures nocturnes de la belle saison. Ainsi, les tiques de l'ouest de la Suisse escaladent les herbacées et entament leur quête de proie dès février si la température moyenne de janvier dépassait , mais elles n'apparaissent qu'en mars si cette même température n'a pas dépassé . Au-delà d'une certaine altitude, elles ne survivent pasarticle intitulé Quand les tiques jouent à Loft Story, du 10 mars 2003 relatif à la thèse de Jean-Luc Perret.

Au début des années 2000, Jean-Luc Perret a montré que les déplacements des nymphes sont essentiellement nocturnes et qu'ils sont fortement influencés par les conditions thermohygrométriques, avec deux précisions écoépidémiologiquement importantes : en laboratoire, ces déplacements doublent (en moyenne) quand la température passe de 15 à (la tique effectue un trajet moyen de /nuit par une humidité correspondant à une température de , à dans un air plus sec à . En condition de laboratoire, certaines tiques ont ainsi parcouru jusqu'à en une nuit ; de plus, Jean-Luc Perret a noté que quand l'atmosphère est plus sèche et plus chaude, les déplacements de cet arthropode sont très exacerbés s'il est infecté par certains spirochètes ; ainsi, les tiques infectées par Borrelia Burgdorferi (sensu lato), qui est l'agent bactérie responsable d'une grande partie des maladies de Lyme en Amérique du Nord se déplaçaient plus souvent et sur de plus grandes distances que les tiques non infectées, ce qui est a priori favorable aux chances que la bactérie a d'infecter un nouvel hôte-réservoir puis d'autres tiques. Il est ainsi possible qu'il existe une interaction durable résultant de la coévolution des spirochètes et des tiques et peut-être d'espèces-hôtes qui ait rendu le parasite capable de contrôler une partie du comportement de l'arthropode. C'est un phénomène connu chez d'autres espèces.

Le drainage des forêts, et leur déshydratation par les routes qui les traversent et par les coupes rases, combinés au réchauffement climatique pourraient donc exacerber la circulation des tiques et les « chances » qu'elles ont de contacter de nouvelles espèces réservoir et d'ainsi étendre les zones où la maladie est endémique. L'impact du climat sur les tiques (dont I. ) est encore débattu, mais la population suédoise de l'espèce I. ricinus est en nette extension vers le nord et vers l'ouest, selon un schéma spatio-temporel qui évoque une relation avec le réchauffement climatique.

Le microclimat et le climat régional exercent une influence importante sur la durée de la quête. Les nymphes d’ restent à l'affût pendant 20 heures dans des conditions sèches, mais elles sont capables de patienter jusqu'à 40 heures sitôt que l'humidité et la température augmentent. Passé ce délai, elles reviennent au sol pour se réhydrater dans la litière humide. Une fois requinquée, parfois dès la nuit suivante, la tique se met spontanément en route pour trouver une place idéale dans la perspective d'une nouvelle quête.

Des tests sont faits sur le terrain (université de Bourgogne – IRD) pour étudier la spécificité des sexes vis-à-vis des hôtes vertébrés d’.

Tiques vectrices de pathogènes multiples et co-infections

Le portage de plusieurs pathogènes n'est pas rare chez les tiques. En France, dans les Pyrénées, une étude des tiques errantes en 2019 a montré que la prévalence des pathogènes était de 8,4 % pour Borrelia burgdorferi s.l., 0,4 % pour Babesia spp., 6,1 % pour Anaplasma phagocytophilum, 17,6 % pour Rickettsia spp. et 8,1 % pour Rickettsia du groupe de la fièvre pourprée. La présence de Babesia sp. EU1, Rickettsia helvetica et, pour la première fois en France, Rickettsia monacensis a été montrée.

Chez d' prélevés dans une zone de loisirs boisée de Thuringe (Allemagne), on a recherché des spp., spp., spp., , , et . 43,6 % de ces étaient infectées par au moins un de ces pathogènes. Et, dans 8,4 % des cas, deux pathogènes différents coexistaient dans la tique (et 3 ou plus dans 1,6 % du lot étudié).

Le groupe de travail "Tiques et Maladies à Tiques"Groupe de Travail "Tiques et Maladies à Tiques" du Réseau Écologie des Interactions Durables (REID) s'intéresse en France aussi à l' « écologie intra-tique » des micropathogènes véhiculés par les tiques, et en particulier aux phénomènes de co-infections et de conflits entre pathogènes se développant à l'intérieur d' ou ingérés par cette dernière et y survivant en étant capables d'interagir avec d'autres pathogènes.

I. et quelques autres espèces (, , et …) pourraient aussi jouer un rôle important dans la conservation hivernale de virus réputés transmis par d'autres vecteurs (moustiques et culicoides) ; on a ainsi démontré (étude par PCR en temps réel) chez et d'autres espèces que ces tiques contaminées par des orbivirus lors d'un repas de sang voyaient le virus traverser leur barrière intestinale et diffuser dans l'hémolymphe vers les glandes salivaires et les ovaires. 3 semaines après nourrissage, le virus BTV8 était par exemple trouvé dans beaucoup de tissus et organes des tiques dures (contre pour les Ornithodoros). Et le virus persistait bien dans la tique après chaque mue (« passage transstadial »).