Strip-Tease est une série documentaire télévisée belge, créée et dirigée par Marco Lamensch et Jean Libon. D'abord belge puis belgo-française, elle est diffusée de 1985 à 2002 sur RTBF1, de 1987 à 1992 sur Canal+, et du France 3 03.10.1992 23:25:00 00:58:00 Strip tease Magazine Reportage Magazine d'origine belge, à périodicité variable, composé de quatre reportages sans commentaire, dont trois sont tournés en France et un en Belgique, voulant rendre compte de la vie quotidienne et de ses travers. Par un ton volontairement humoristique et distancié, les reportages dressent un portrait de la société au quotidien et des comportements humains. à l'année 2012 sur France 3.
D'après ses créateurs, elle a pour but de traiter des sujets « pris dans les faits de société ». Son ambition est de et l'émission s'y emploie en quelque 850 films signés de 130 réalisateurs.
Une reprise de la série est effectuée en 2019 sur RMC Story, mais celle-ci donne lieu à des contestations juridiques.
Historique
Contexte
Strip-Tease s'inscrit dans la tradition du cinéma direct, apparu dans les années 50-60 en même temps que les caméras et enregistreurs légers, indépendants et synchrones. Comme dans d'autres pays s'est créée en Belgique une école originale de cinéma direct au travers d'une émission de la RTBF, Faits divers, où travaillèrent le cameraman et réalisateur Manu Bonmariage, et son assistant de l'époque, Jean Libon, cocréateur de Strip-Tease.
Les créateurs de Faits divers se réfèrent notamment au canadien Michel Brault, un des créateurs du cinéma direct à l'Office national du film du Canada.
Ce cinéma direct se développe à la même période dans divers pays, (Canada, USA, France, Royaume-Uni), sous diverses déclinaisons et divers noms (cinéma direct, cinéma-vérité, cinéma du réel…), avec divers réalisateurs (Frederick Wiseman, Jean Rouch, puis , Raymond Depardon…). Les créateurs de Strip-Tease se réfèrent à eux, même s'ils ont une approche fort différente du documentaireLibon déclare : « Mes références se situeraient plutôt du côté de la Grande-Bretagne. Les documentaristes anglais sont parmi les seuls à pouvoir concurrencer les films de fiction à la télévision et je ne vois pas pourquoi, sous prétexte que nous faisons du documentaire, nous aurions le droit d'être moins passionnants que les grands films hollywoodiens. ».
Ils revendiquent aussi l'influence d'un certain cinéma de fiction (les premiers films de Milos Forman, les anglais Ken Loach, Stephen Frears et Alan Clarke, les Suisses du Groupe 5).
Génèse
Les deux créateurs, Marco Lamensch et Jean Libon ont travaillé ensemble au sein d'un magazine d'enquêtes et de reportages de la RTBF, À Suivre. Ils y ont réalisé plusieurs films documentaires sans commentaire, avant-coureurs de Strip-Tease, dont Les Russes attaquent à l'aube, film de 1984 sur l'armée belge, et Faut pas plonger, film de 1985 suivant un couple de toxicomanes sur 18 mois.
Dans ce cadre, ils mènent, avec d'autres professionnels (réalisateurs, journalistes mais aussi opérateurs image et son, monteurs, etc.) une réflexion critique qui les pousse à délaisser une forme récurrente en documentaire : l'alternance d'interviews et d'images servant de support au commentaire. A contrario, leur ambition est de capter surtout les relations entre les gens. Ils affirment à ce sujet : « Quand on fait l'interview d'un père puis de sa fille, c'est souvent l'aveu qu'on est incapable de filmer leurs relations, chose qui exige un minimum de doigté et d'humilité ».
Par ailleurs, ils défendent une grammaire proche de celle du cinéma de fiction : « Strip-Tease était né, notamment, d'une frustration et d'un constat. Le constat est qu'il nous semblait que les films de fiction rendaient souvent beaucoup mieux compte de la réalité que la plupart des documentaires. Et la frustration découlait de l'usage médiocre qui était fait, dans ces derniers, des trois piliers du cinéma : la caméra, l'enregistreur et la table de montage ».
Enfin, ils insistent sur la nécessité d'avoir des moyens de production adéquats, et principalement de temps : outre les repérages (variables), disposer d'une semaine de tournage et de deux de montage ce qui, pour un film de 13 minutes, est considéré comme un luxe à la télévision.
Le premier numéro de Strip-Tease est diffusé le dans le cadre de l'émission À Suivre. À partir de la rentrée d', la direction de la RTBF programme Strip-Tease avec une fréquence mensuelle.
L'émission aborde essentiellement des passages de la vie de tous les jours (repas de famille, séance de vaisselle, la vie d'une fermière). Le spectateur peut ainsi se reconnaître dans son intimité quotidienne : .
En Belgique
Strip-Tease sera diffusé sur la RTBF le mercredi, en prime time juste après le Journal Télévisé, de à . Le programme dure environ une heure, et est composé de quatre films documentaires de moins d'un quart d'heure. Par la suite, il arrivera que des films soient plus longs, jusqu'à une heure, mais cela restera exceptionnel.
Les réalisateurs belges Benoît Mariage et Philippe Dutilleul y ont fait leurs premiers pas.
Tout ça (ne nous rendra pas le Congo) est en fait une reprise de Strip-Tease mais avec un format 52 minutes. Certains épisodes ressortent sous le nom de Strip-tease sur France 3.
En France
France 3 demande aux créateurs de l'émission d'en décliner une version pour la France. À partir d', Strip-Tease est diffusé sur France 3, jusqu'en . Par un système d'échange entre les émissions belges et françaises (la RTBF diffuse quatre films, dont un réalisé en France, et inversement sur France 3), les coûts sont un peu diminués, même si les conditions de travail restent confortables.
Les jours, les heures et les fréquences de diffusions changeront constamment, ce qui sera un souci pour fidéliser le public.
Lamensch et Libon dirigeront l'émission dans les deux pays, mais à partir de 2005, Lamensch abandonnera toute responsabilité éditoriale.
L'émission
Titre
Jean Libon et Marco Lamensch voulaient sortir des titres usuels comme Actuel, Envoyé spécial, Reportages, Zoom, Le Droit de savoir, etc. Kipkap ayant été un temps envisagé mais jugé trop bruxellois, ils trouvent finalement l'idée par hasard en voyant l'inscription « strip-tease amateur » sur une cassette.
Plus précisément, parmi les premiers sujets de l'émission, il y avait le portrait d'une jeune strip-teaseuse candidate à un concours de striptease amateur organisé à Bruxelles par Bernard Schol. L'affiche annonçant cet événement avait été apposée sur la porte de la salle de montage par l'équipe chargée de la réalisation de ce reportage. Les producteurs, à l'époque toujours en recherche d'un titre générique pour leur projet d'émission, ont trouvé que Strip-Tease correspondait parfaitement au concept de qu'ils voulaient développer.
Musique du générique
Le générique de l'émission, Batumambe, est une reprise d'un groupe malien, l'Orchestre régional de Ségou, par la fanfare bruxelloise Combo belge, sur un arrangement de Michel De Rudder. Dans une interview, Marco Lamensch raconte :
Ce thème a été adapté pour des jouets musicaux, par Chapi Chapo et les petites musiques de pluie"Interlude 4" par Chapi Chapo et les petites musiques de pluie sur l'album Chuchumuchu.
Intentions
L'équipe affiche ses intentions :
Strip-Tease a l'ambition d'être un magazine documentaire qui puisse intéresser, quel que soit le milieu, l'âge ou le niveau d'éducation et il ambitionne aussi un nouveau type de rapport avec le spectateur : Dans le livre, on trouve cette profession de foi : "Je travaille pour des gens qui sont intelligents avant d'être sérieux." (Paul FÉVAL cité par l'OULIPO)
Le premier texte décrivant le projet d'émission proclame :
Les créateurs de l'émission entendent prendre leurs distances à l'égard des documentaires se voulant exhaustifs, omniscients et consacrés à un sujet et un seul. Ils veulent, comme dans le cinéma de fiction, donner de la vie une image moins carrée, plus ambiguë, moins ordonnancée. Ainsi, dans la « Tentative de définition » de Strip-Tease destinée au CNC, Lamensch écrit :
En de courts films, dont la facture relève plus du cinéma que de la télévision, sans grille explicative, sans aucun commentaire et avec un minimum d'interviews, Strip-Tease donne à voir un réel qui n'a rien à voir avec la téléréalité.
Le journal Le Monde écrit : et
Enfin, les créateurs de Strip-Tease proclament qu'il n'y a aucune raison pour qu'un documentaire soit plus ennuyeux qu'un film de fiction : Tout commentaire est exclu, non qu'il soit nécessairement superflu ou inesthétique, mais parce qu'il trop souvent une facilité qui permet de cacher les brèches dans la réalisation. En outre, cela protège le flou et l'ambiguïté qui fait la vie, et dont Strip-Tease veut rendre compte.
Chaque film est un film à part entière, signé par un réalisateur qui a son propre style et une équipe technique, également créditée au générique.
Méthode
Strip-Tease essaie de filmer des situations et des comportements, originaux ou banals, et de .
explique le sociologue François Heinderycks. Il faut "du temps", "de la patience", "de la rigueur". Il y a peu de règles, mais impératives : sont proscrits toute reconstitution, toute "fictionnalisation" ou autres "bidouillages". Un minimum d'interview. Une caméra souple, discrète mais jamais cachée : la grammaire du cinéma direct.
Les gens filmés ne sont que très rarement des gens qui se sont proposés : sur les dizaines qui l'ont fait, six ont été retenus sur plus de 800 films.
Pour les films « standard » (dont la durée, très variable, est d'environ 13 minutes) sont prévues outre le repérage très variable, une semaine de tournage et deux semaines de montage, ce qui est confortable comparé aux normes habituelles en télévision. Il s'agit là d'une moyenne : la souplesse est de mise et la production s'adapte. Le repérage, en particulier, peut être très long. L'équipe de tournage se compose en général du réalisateur et d'une équipe technique : opérateur image et ingénieur du son.
Pour réaliser les films, Strip-Tease dispose d'équipes d'opérateurs, image et son, rompus au cinéma direct, ainsi que des monteurs dédiés. Les films réalisés en Belgique sont tous tournés en film 16 mm, alors que les films français le sont en numériqueLes responsables de l'émission insistent sur ce qu'a eu de formateur le tournage en film 16 mm : le magasin d'une caméra dure 11 minutes et le temps pour le recharger est presque aussi long. Cela impose au cameraman un sens de l'anticipation et une attention particulière s'il ne veut pas manquer un moment important. En vidéo, on peut enchaîner les cassettes sans temps mort..
Style de l'émission
Les titres des films participent de la même démarche, jeux de mots façon titres de Série noire : « Marchands de Tapie » (sur l'école de commerce Bernard Tapie), « Vert solitaire » (sur un député écologiste), etc.
Les créateurs de l'émission refusent un présentateur, au motif que le présentateur ne sert en général que lui-même. France 3 essayera un moment de leur en imposer un, mais en vain.
Il y a peu de commentaires. C'est moins un refus d'orienter la perception du spectateur qu'un choix stylistique. Le commentaire sert souvent de lien entre des séquences qui n'ont pas de rapport entre elles. Strip-Tease entend tout raconter avec la grammaire cinématographique et oblige le réalisateur à penser son histoire en termes de cinéma. On peut cependant entendre les questions et commentaires du réalisateur dans certains épisodes, comme Valérie Bierens de Haan dans Les demoiselles de la Légion d'honneur (1992) ou Michel Stameschkine dans Elle est nickel (1993) par exemple.