L'abbaye Notre-Dame-du-Nid-au-Merle ou abbaye de Saint-Sulpice des Bois est située sur le territoire de la commune française de Saint-Sulpice-la-Forêt, dans l’ancienne forêt du Nid-au-Merle, aujourd’hui forêt de Rennes.
Le nom
Le nom ancien de la forêt viendrait de l’histoire d’un jeune berger découvrant dans un nid de merle, non loin d’un étang, une statuette de la Vierge. Sept fois il la rapporte chez lui, sept fois la statuette retourne dans le nid.
Les textes, depuis le , donnent au monastère le nom de Saint-Sulpice. Par exemple, le nécrologe indique en ces termes la mort de Raoul de La Futaie : L'abbatiale est en effet dédiée à Sulpice le Pieux, évêque de Bourges, qui venait d'être canonisé. Mais, s’appuyant sur une lettre de 1127 où l’archevêque de Tours aurait cité le nom de Notre-Dame du Nid-de-Merle, le père Chardronnet estime qu’il s’agit là du tout premier nom du monastère. Lequel aurait perdu ce nom au fil des ans, au profit de ceux de Saint-Sulpice-des-Bois, puis de Saint-Sulpice-la-ForêtJoseph Chardronnet, O.M.I. (oblat de Marie-Immaculée), « Notre-Dame du Nid-de-Merle », dans Daniel Andrejewski (dir.), Les Abbayes bretonnes, BAB/Fayard, 1983, . Non recoupé..
Une petite chapelle, voisine du monastère, est quant à elle dédiée à Notre-Dame. Elle est mentionnée en 1146. On l’appelle d’abord Sainte-Marie sur l’Étang, puis Notre-Dame sur l’Eau (nom que, reconstruite, elle porte aujourd’hui), et parfois « chapelle ducale ».
Historique
Raoul de La Futaie, ancien compagnon de Robert d'Arbrissel, est à la tête d’une communauté déjà établie dans la forêt lorsqu'il crée le monastère en 1112Selon l’hagiographe breton du , Albert Le Grand. , dit .. Parmi les autres fondateurs, on connaît les noms de Geoffroy Gastineau et de l’ermite AubertDisciple de Guillaume Firmat, Aubert est un ermite ayant pratiqué le jeûne et la prière dans une forêt du Maine — peut-être dans un lieu nommé plus tard l'Habit d'Aubert ou Saint-Ellier. Vieux déjà, Aubert y eut pour compagnon Alleaume d'Étival, avant de rejoindre Raoul de la Futaie.. Raoul, après la fondation, ne serait pas resté de façon permanente sur les lieux. Ermengarde, épouse d’Alain Fergent, est peut-être la bienfaitrice de l’abbaye.
La Croix et la fontaine Saint-Raoul se trouvent en forêt de Rennes près des ruines de l'ancienne chapelle Saint-Denis-de-la-Forêt ; elles commémorent l'endroit où Raoul de la Fustaye [Raoul de la Futaie], fondateur de l'abbaye Notre-Dame du Nid-au-Merle, ancien moine de l'abbaye Saint-Jouin de Marnes, aurait vécu en ermite avec son compagnon Aubert au milieu du Moyen-Âge..
C’est un monastère double selon les antiques traditions orientale et celtique, c’est-à-dire accueillant séparément des moniales et des moines (les « condonats »). Les moniales prennent en main le temporel, tandis que les moines assurent la direction spirituelle et les offices. Les prêtres n’entrent jamais dans l’espace de vie des moniales, pas même pour administrer les derniers sacrements : les mourantes sont conduites dans le chœur de l’église pour les y recevoirDom Lobineau, Vie de Robert d’Arbrissel.. Les deux communautés sont réunies sous l’autorité de l’abbesse.
La première abbesse dont on sache le nom serait, selon dom Lobineau, Marie de Blois, fille d’Étienne d'Angleterre, et ce, jusqu’en 1156. La Gallia Christiana donne également Marie comme abbesse de cette maison. Gallia Christiana, XIV, 787. Cité par British History Online, Houses of Benedictine nuns - The priory of Higham or Littlechurch.. Il est difficile de retracer le parcours chaotique de Marie de Blois, tant les sources sont confuses et contradictoires. Marie aurait un jour quitté l’abbaye pour l’Angleterre, en compagnie de sept religieuses. Le groupe aurait été admis dans le monastère de Stratford at Bow (Middlesex) S. P. Thompson, « Mary, suo jure countess of Boulogne (d. 1182) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, sept. 2004.. La cohabitation se révélant difficile entre religieuses insulaires et continentales, les parents de Marie auraient créé pour elle un nouveau monastère à Lillechurch (ou Lilleherche, aujourd’hui Higham, dans le Kent), dépendance de Notre-Dame du Nid-au-Merle. Marie serait ensuite devenue abbesse de RomseyCertaines sources ( The abbesses of Romsey) désignent Marie de Blois comme abbesse de Romsey de 1155 à 1160, tandis que d’autres ( The Abbey of Romsey) donnent Maud (Mathilde) comme abbesse de Romsey, pour la même période 1155-1160, Marie ne lui ayant succédé que quelques mois. Concernant les premières abbesses des deux fondations, les listes sont incomplètes et parfois conjecturales., et c’est à Romsey qu’elle aurait été enlevée par Mathieu d'Alsace.
L’abbesse relève non pas de l’évêque de Rennes, mais directement du Saint-Siège. En moins d’un demi-siècle, une trentaine de prieurés dépendant de l’abbaye sont fondés en Bretagne, en Anjou, dans le Maine, dans le Poitou et en Angleterre, lui assurant un fort rayonnementMarc Déceneux, La Route des abbayes de Bretagne, Ouest-France, coll. « Itinéraires de découvertes », 2004 , .. Très puissante, l’abbaye a droit de haute justice. Elle a un auditoire, des prisons, des fourches patibulaires à quatre poteaux. Elle a des halles, une grange dîmière, des moulins et un grand colombier La lettre de l’ABREC, , octobre 2008..
Elle décline après le rattachement de la Bretagne à la France, et connaît de grandes épreuves : des incendies (1556, 1651, 1701), la peste (1583), la guerre de religion (1595), la famine (1661) et les ravages de la tempête (1616). L’abbesse la plus connue de cette période est Marguerite d’Angennes (de 1609 à 1662), dont un portrait est conservé dans la salle du conseil de la mairie« Saint-Sulpice et son passé religieux », Saint-Sulpice-la-forêt,.. On ignore quand le monastère d’hommes est supprimé, peut-être au « Abbaye de Saint-Sulpice, Saint-Sulpice-la-Forêt », infobretagne.com..
La dernière abbesse est Marie Le Maistre de La Garlais [Garlaye]. À la Révolution, la communauté, qui a compté plus de , n’en a plus que 26 : l’abbesse, seize religieuses nobles, huit sœurs converses roturières et une novice. Auxquelles s’ajoutent deux chapelains, 24 domestiques et 13 pensionnaires, soit, au total, 65 personnes. Le , les religieuses doivent évacuer les lieux. Après leur départ, les biens et domaines sont saisis. Ils sont vendus comme biens nationaux, le . L’abbaye est alors pillée. Elle est démolie entre 1835 et 1902.
« L'ancienne abbaye de Saint-Sulpice [est] actuellement propriété particulière. Dans ces dernières années, un propriétaire, peu admirateur d'archéologie, a fait sauter la presque totalité de l'église de cette abbaye : les bâtiments privés sont seuls restés debout. Nous y avons remarqué une partie restaurée dans le commencement du et qui, si nous avons bonne mémoire, porte une inscription au nom de l'abbesse Gillette de Tulle. Le propriétaire actuel, M. Evain, sous-intendant militaire, a fait procéder à quelques restaurations très intelligentes » écrivent A. Marteville et P. Varin en 1853..
Vestiges de l’abbaye
Autrefois, l’abbaye double formait un vaste ensemble, entouré de hautes murailles. Les deux cloîtres et la plupart des bâtiments conventuels ont disparu. Restent le transept de l’abbatiale du , située au sud-est, et quelques bâtiments plus récents et souvent très dénaturés : l’infirmerie (1628, ), qui abrite aujourd’hui le siège d’une l'Association des papillons blancs, institut médico-éducatif ; l’aile ouest du cloître, ainsi que le pavillon des visiteurs, tous deux du ; la porterie (1423) et le logis de l’abbesse ; le moulin (vers 1400) ; la chapelle Notre-Dame-sur-l’Eau (mentionnée en 1146, reconstruite vers 1447) ; la halle du , un des plus anciens monuments de terre du bassin de RennesRoger Blot, Saint-Sulpice-la-Forêt. ; l’auditoire et l’auberge du bourg.
La propriété close couvrait une superficie de . Au nord de l’abbatiale, le grand bâtiment conventuel s'allongeait jusqu’aux cuisines, à l'ouest desquelles était l’infirmerie. Au nord-ouest de l’abbatiale, était le cloître des femmes. À l’ouest, étaient la cour des journaliers, leur réfectoire, le fournil et le pavillon des visiteurs. L’ensemble était fermé au sud par les appartements de l’abbesse, dans le prolongement de l’abbatiale. Plus au sud se trouvaient le moulin banal et les bâtiments de la ferme.
Le monastère d’hommes (moines condonats) formait un vaste carré, entouré de douves, à 200 mètres de là, au lieu-dit la Butte-aux-moines. Aujourd’hui arasé, l’emplacement ne peut se discerner que d’avion.
L’abbatiale
vignette|redresse|alt=ruines où subsistent des piles et des arcades|La croisée du transept et, en arrière-plan, l’absidiole nord. vignette|redresse|alt=2 chapiteaux romans|Chapiteaux de la croisée du transept. vignette|redresse|alt=absidiole romane|L’absidiole sud. L’abbatiale est un édifice singulier de l’architecture bretonne du (peut-être du milieu du siècle, peut-être sous ), d’une perfection technique assez rare. La plus grande partie de ses vestiges, d’architecture romane, en grès, schiste et granite, est d’origine. De cette grande église, il reste essentiellement le transept.
Nef
La nef s’allonge à l’origine sur . Quand elle est ruinée par l’ouragan de 1616, on décide de la raccourcir de moitié : l’année suivante, un nouveau mur la ferme à l’ouest, tandis que le mur sud est refait en grande partie. Des murs d’origine, il ne subsiste à présent que la partie de ce mur sud qui est proche du transept.
Transept
Le transept est composé de trois carrés égaux : la croisée (carré central) et les deux croisillons (ou bras du transept), qui forment deux chapelles. Deux passages, dits « passages berrichons », permettent de circuler de la nef à ces chapelles latérales, sans passer par la croisée, protégée de cloisons, et réservée aux moniales. Ce sont les seuls exemples de passages berrichons en Bretagne, avec celui de l’église de TremblayPanneau explicatif, sur le site..
Le transept conserve ses quatre puissantes arcades en plein cintre à double archivolte, qui portaient le clocher. Leurs claveaux, de granite et de schiste en alternance, sont soigneusement appareillés. Elles reposent sur quatre piles carrées, aux angles renforcés de colonnes. Ces dernières prouvent l’existence, à l’origine, d’une voûte (les culots, témoins de l’existence d’un plancher, ne sont pas d’origine). Les huit chapiteaux de ces colonnes présentent des motifs variés, qui débordent parfois sur l’abaque (la partie supérieure du chapiteau) : crossettes, figures humaines, feuilles d’eau, billettes, grecques… Ces abaques se prolongent sur la pile, formant une corniche qui relie les chapiteaux et bague l’ensemble constitué de la pile et des colonnes. Ce type de motif ne se rencontre pas fréquemment.
Le « sanctuaire » comprend deux parties. Dans le carré du chœur proprement dit, autrefois voûté, se tenaient les moniales. L’abside, où se trouvait l’autel, a disparu. Les deux absidioles sont entièrement d’origine.
Dans le croisillon nord, subsistent des traces de polychromie très variées : sur la porte de la tourelle d’escalier ; ou dans l’absidiole, où se devinent bandeaux noirs, feuillages verts, fleurs rouges à cinq pétales.
Le croisillon sud est dédié, au Moyen Âge, à saint Jacques. Il garde la quasi-totalité de ses murs et toutes ses ouvertures. Sur le mur sud, la baie romane est remplacée au par une baie gothique.
Chapelle Saint-Roul
vignette|left|redresse|alt=chauve-souris|Grand murin.