La Vraie et la Fausse Église (, littéralement « La Vraie Religion du Christ et la Fausse Doctrine de l'Antéchrist ») est une gravure exécutée en 1546 par Lucas Cranach le Jeune. C'est une œuvre de propagande qui vise à dénoncer les abus de la religion catholique face à la pratique du culte par les protestants. Elle dénonce les sacrements inutiles en présentant le catholicisme comme une religion inspirée par le diable et servie par un clergé corrompu.
Le clergé catholique est critiqué de plus en plus ouvertement depuis le début du . En particulier, le moine allemand Martin Luther publie à cet effet ses 95 Thèses en 1517. Le pape lui demande de renoncer mais Luther refuse et il est excommunié.
Description Cette gravure est une allégorie composée de deux parties qui s'opposent de part et d'autre d'une colonne, la gauche représentant le protestantisme (ou « Vraie Église ») et la droite le catholicisme (ou « Fausse Église »). Dans la matrice originelle de la gravure, la gauche et la droite étaient inversées.
Analyse de la Fausse Église Sur la partie droite du tableau, Cranach représente ce qu’il lui semble être la « fausse église », soit l’Église catholique. De nombreux aspects contradictoires aux idées nouvelles de Luther sont représentés sur cette scène. Au premier plan, par exemple, est peint un moine, plumant un poulet, allégorie du « plumage du peuple », qui s’appauvrit au profit du clergé. Ce même moine se tient devant ce qui s’apparente au Pape Léon X, reconnaissable par sa tiare pontificale. Le Pape semble demander des indulgences, procédé permettant d’enrichir l’Église catholique, et contre quoi se bat Luther.
Plus à gauche, à la droite du pilier, se tient une foule de prêtres, portant des aspects indignes de la religion chrétienne. De droite à gauche, on distingue respectivement un moine portant une capuche aux oreilles d’âne, dont au bout tiennent des clochettes, symbolisant la folie de l’Église. Le prêtre à sa droite fait tomber des cartes de son manteau, représentant une fois encore le manque considérable de sérieux de l’église et dénonçant la fait que ces prêtres passeraient plus de temps à se divertir qu’à prier. Enfin, plus discret, se tient dans la capuche du troisième prêtre un diablotin, montrant une Église plus apte à représenter Dieu.
Par ailleurs, une foule de prêtres semble en écouter un autre, représentant le clergé. On notera que le prêtre bien en chair (autre aspect dénoncé, qui est l’ivresse) ne tient pas de Bible devant lui, et dicte donc aux autres prêtres des paroles ne venant pas de Dieu. De plus, un second diablotin à face de rat est présent sur cette scène, se situant donc sur l’épaule du clergé, et lui soufflant ce qu’il doit dire.
Plus en haut peut avoir lieu une procession autour de l’Église. Cranach tente ici de dénoncer un autre aspect du christianisme. Luther, en effet, refuse les messes somptueuses et dorées, accessibles aux bons comme aux hypocrites.
À droite se tient sur la peinture un sacrement, celui des malades. Cranach critique lui aussi ces coutumes catholiques, qui pour la plupart du temps étaient fort coûteuses et ruinaient de beaucoup le peuple qui ne tardait pas à mourir. Selon eux, aucun de ces sacrements n’est réellement important, puisque Seule la Foi sauve…
Derrière ce dernier sacrement, on peut retrouver de nouveau cette cloche, bénit par un prêtre. Les protestants dénoncent ici à quel point les catholiques porteraient de l’importance pour ces cloches. Plus bas, enfin, un prêtre célèbre une messe en tournant le dos au public, qui était en effet une pratique courante dans les Églises de la Renaissance. Luther comme Cranach critiquent ainsi à la fois ces coutumes, mais également le peuple situé juste derrière, qui ne semble pas s’intéresser fortement à la messe mais plutôt à un bouffon.
Enfin, bien plus haut, est représenté, parmi les nuages, Dieu, jetant des éclairs sur le clergé, montrant sa colère face aux hommes jugés indignes. À ses côtés se tient Saint François d’Assise, qui bien que ses mains semblent percées et peuvent faire penser au Christ, a bien son nom indicateur écrit dans le nuage juste au-dessous. Là, Luther dénonce ce que les Protestants appellent le Faux Christ. Selon lui, les Catholiques passeraient plus de temps à prier des Saints plutôt que le vrai Christ, ce qui bien évidemment n’est pas de même pour la religion Protestante.
Analyse de la Vraie Église La séparation du tableau est très fortement marquée par le pilier, situé au centre. A noter qu’un césure semble elle même être présente sur le pilier (peut-être le tableau a t-il été peint en deux parties, ou bien la césure est elle même volontaire, afin d’insister sur la séparation entre les deux églises ?).
La partie de droite est peinte en miroir par rapport à celle de gauche. Là où à gauche un prêtre dictait des paroles aux autres en écoutant un diablotin, la partie de la Vraie église nous montre un homme, directement relié à Dieu par un bandeau blanc, et tenant une bible devant lui, symbole de la parole de Dieu. Le bandeau le reliant à Dieu est un phylactère, passant d’abord par un agneau mystique, puis par le christ, avant de finalement atteindre Dieu. Là ou le prêtre protestant pointe ses deux doigts vers le haut, le prête catholique tend son indexe vers le bas.
Le sol pavé et droit de l’église protestant, montrant la perfection divine, s’oppose également au désordre de la terre battue de la partie adverse. Le rôle des femmes peut également être souligné. Si à droite les quelques femmes présentes sont immédiatement masquées par leur habit de none, elles sont à gauche intègres à la société protestante.
Un paysage idyllique et calme est présenté : les prêtes et le peuples sont à peu près tous sur le même plan. A droite, des prêtes portent même directement secours à d’autres. Les vêtements attestent également une forme d’égalité entre les membres de l’église et les membres du peuple : si à droite, seuls certains prêtres sont habillées richement, à gauche, tous les membres présentent des vêtements colorés et ornés.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Matthieu Arnold, « Vraie et fausse église selon Jean Calvin et Martin Luther », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2014 158-4, p. 1835-1852 René Voeltzel, Vraie et fausse Église selon les théologiens protestants francais du XVIIe siècle, Études d'Histoire et de philosophie religieuses, Faculté de Théologie protestante de l'Université de Strasbourg, n° 44. Paris, Presses Universitaires de France, 1956, rééd. Classiques Garnier, 2023
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