thumb|La Dîme au Temple, par Pierre Mosnier.

La dîme, ou dime, ou encore décime (du , « dixième »), est une contribution variable, étymologiquement de 10 %, versée en nature ou en espèces, à une institution civile ou religieuse. Cette taxe, connue depuis la Rome antique et mentionnée dans la Bible, est en usage dans le judaïsme et le christianisme. Elle joue un rôle structurant dans la société féodale occidentale à partir du Haut Moyen Âge.

Origines antiques Bible hébraïque

Dans la Genèse () le récit des sacrifices de Caïn et d'Abel évoque l'offrande d'une part de la récolte, l'iconographie de ce thème dans les églises dès le rappelle l'obligation et la signification sacrée des dimes dans l'Occident médiéval et moderne.. La première évocation de la dîme en tant que telle dans la Bible est celle que propose Abram au grand prêtre Melchisédech dans le Livre de la Genèse (). Plus tard (), après le songe de l'échelle, Jacob fait le vœu de donner à Dieu le dixième de ce que Dieu lui donnera.

Plusieurs sortes de dîmes sont décrites dans le Deutéronome () ... La Teroumat hamaasser est prélevée sur les produits de la récolte en Terre d'Israël, c'est-à-dire la dîme de la dîme (un pour cent), elle est destinée aux cohanim. Le Maasser rishon, prélèvement d'un dixième du revenu et du produit de chaque année, est remis aux lévites. Le Ma'asser Sheni (hébreu מעשר שני, seconde dîme) consiste à prélever un dixième de la production agricole des première, deuxième, quatrième et cinquième années du cycle septennal de la terre pour l'apporter au Temple et le consommer sur place. Une autre dîme, le Ma'asser 'Ani, est prélevée les troisième et sixième années du cycle septennal. Aucune dîme n'est versée lors de la septième année, la Shmita, car la terre doit être laissée au repos.

Dans le Livre de Malachie (), la non-observance des dîmes est considérée comme un vol à l'encontre de Dieu, tandis que la fidélité aux dîmes favorise les bénédictions.

Nouveau Testament La dîme est une règle religieuse bien en place à l’époque de Jésus de Nazareth, il n'existe pas de commandement sur ce sujet dans le Nouveau Testament. Plusieurs références à la dîme se trouvent dans l'Évangile selon Matthieu, , l'Évangile de Luc, et et l'Épître aux Hébreux, . Ce dernier passage renvoie à la dîme d’Abraham versée à Melchisédech.

Rome antique

Dans les provinces romaines, un impôt foncier destiné à Rome est prélevé sur les produits du sol : céréales et production fruitière, vin et huile. Le but est de profiter de la conquête et d'entretenir les troupes et les fonctionnaires de l'empire. La justification est de faire profiter ces territoires de la Pax Romana. Le mode de perception varie selon les provinces : les denrées sont acheminées vers Rome pour les provinces proches, et, dans les provinces plus éloignées, transformées en monnaies versées au trésor par les publicains.

Prétexte Les références de la Bible et de l'histoire antique sont utilisées à l'époque moderne, avant la Révolution française, pour justifier le maintien de la dîme malgré son détournement. Michel Lawers souligne la solution de continuité entre la dîme antique ou vétérotestamentaire et celle rétablie à l'époque carolingienne.

Pratique religieuse Judaïsme Les juifs orthodoxes continuent de pratiquer les lois des dîmes, telles Terumah et Maasser rishon.

Catholicisme La dîme est définie comme une imposition sur la production du sol et des artisans destinée à l'Église avec trois parts : une pour la paroisse, une deuxième pour les pauvres et la troisième pour les clercs qui la desservent. En Europe occidentale, le concile de Tours en 567 promulgue un décret pour la perception de la dîmeAmericana Corporation, Encyclopedia Americana, Volume 30, Scholastic Library Publishing, USA, 2006, p. 788.. En 585, le second concile de Mâcon menace d'excommunication ceux qui ne paient pas la dîme William J. Rademacher, John S. Weber, David McNeill, Jr., Understanding Today's Catholic Parish, Twenty-Third Publications, USA, 2007, p. 13. Jusqu'alors préconisée et spontanée, elle est rendue obligatoire par le droit public dans l'empire carolingien à partir de la fin du . Abolie en France par la Révolution en plusieurs étapes entre 1789 et 1793, elle cesse d'être imposée dans le droit canoniqueLucie Sarr, En Côte d'Ivoire, la dîme en question, africa.la-croix.com, France, 10 février 2018..

vignette|Tronc de l'église paroissiale de Saint-Hélier à Saint-Hélier (Jersey).|alt=

Églises issues de la réforme Dans le protestantisme, Martin Luther considère que la loi de la grâce exclut la loi de l'obligation de la dîme. Dans un sermon du , il mentionne le passage de Paul dans l'Épître aux Galates 5:3 où il est dit que (Dt 28:58). Plusieurs dénominations protestantes voient la dîme comme un acte de générosité non obligatoire. La Réforme de Luther se constitue au moment de la guerre des paysans allemands, et le deuxième des douze articles de leur manifeste dénonce le détournement de la dîme sans pour autant contester son existence.

Christianisme évangélique Dans le christianisme évangélique, les positions sur la dîme varient selon les confessions. Parfois, elle est obligatoire et occupe une grande partie de chaque culte.Sophie Bouillon, Nigeria «Dieu vous enverra un texto pour vous remercier», liberation.fr, France, 11 avril 2014. Des promesses de guérison divine et de prospérité sont garanties en échange de certains montants de donsLaure Atmann, Au nom de Dieu et… du fric!, notreafrik.com, Belgique, 26 juillet 2015Gina Meeks, Megachurch Pastor Ed Young Promises to Refund Tithe if God Doesn't Open the Windows of Heaven, charismanews.com, USA, 16 juin 2014. Des pasteurs fondamentalistes menacent de malédictions de l’Ancien Testament, d’attaques du diable et de pauvreté ceux qui ne donnent pas la dîmeCleophus J. LaRue, Luiz C. Nascimento, The Future Shape of Christian Proclamation: What the Global South Can Teach Us About Preaching, Wipf and Stock Publishers, USA, 2020, p. 220 Raoul Mbog, Le juteux business du pasteur évangélique Dieunedort Kamdem, lemonde.fr, France, 25 décembre 2015Venance Konan, Églises évangéliques d’Abidjan - Au nom du père, du fils et… du business, Le Nouveau Réveil sur koffi.net, Côte d’Ivoire, 10 mai 2007. Pour d'autres églises évangéliques, la dîme n’est pas une obligation, mais une invitationLe Parisien, D'où vient l'argent, leparisien.fr, France, 16 avril 2012 Rwanda: les Églises pentecôtistes en plein essor depuis le génocide, lexpress.fr, France, April 08, 2014Electa Draper, Survey: Majority of evangelical leaders say tithing not required, denverpost.com, USA, 6 avril 2011Dean R. Hoge, Money Matters: Personal Giving in American Churches, Westminster John Knox Press, USA, 1996, p. 141.

Dîme impôt religieux et impôt d'État en Europe occidentale Dans l'Église occidentale romaine, la dîme ou plutôt les dîmes, impôt ecclésial dont personne n'est exempté, du moins au départ, deviennent définitivement obligatoires, régies par le droit public et relevant des tribunaux de l'État en 779 par un décret de Charlemagne, roi des Francs et empereur à la suite de l'assemblée d'Herstal, confirmé en 794 après le synode de Francfort. Ce prélèvement sur la production du sol va durer mille ans et prendra fin pour la France à la Révolution Frederick F. Wherry, Juliet B. Schor, The SAGE Encyclopedia of Economics and Society, SAGE Publications, USA, 2015, p. 1603.

Nature de la dîme Cette imposition en nature, quérable, est initialement dans sa nature, son fonctionnement et sa justification, ecclésiale.

Elle est également foncière, liée à la terre et à sa production. Elle se vend, se concède, se restitue avec ou sans la terre à laquelle elle est liée ; les dîmes dès le ne sont pas reliées systématiquement à un lieu de culte.

Elle est fiscale et, malgré sa justification canonique, elle relève dès le début de la juridiction civile. Cette fiscalité qui dure mille ans mobilise des décisions de parlements de province ou du roi. Necker, à la fin du , révèle le montant exorbitant de la dîme : cent vingt millions de livres, plus que la taille et la capitation réunies, première ressource fiscale, elle attire bien des convoitises dans la France alors en grand déficit.

Prélevée au bénéfice du décimateur, le desservant ou curé de la paroisse au début, elle est divisée en trois parts : la rémunération du ou des clercs de la paroisse, l'entretien et le fonctionnement du lieu de culte, et le secours aux pauvres, indigents et voyageurs. Certains ajoutent une quatrième part, celle de l'évêque. Cette dernière, dont l'importance ira croissant aux dépens des trois autres parts, explique sa captation par les couvents, les seigneurs ecclésiastiques et les seigneurs laïques..

Les dîmes portent sur les productions du sol et la production des artisans, elles concernent tous les propriétaires quel que soit leur rang et ceux qui travaillent le sol quel que soit leur statut. Sont distinguées les grosses dîmes, portant sur les céréales et le vin et les menues dîmes appelées également vertes sur les fruits et légumes. La dîme de charnage porte sur le croît du bétail. Les bois, les prés et les étangs sont en général exemptés. Elle est dite solite du moyen français « usuel » pour les produits habituellement taxés, insolites si le décimateur la réclame sur un nouveau fruit ou une nouvelle production, on parle alors de dîme novale qui devient d'usage après quarante ans de perception. La majorité de la dîme est dite prédiale, prélèvement sur la production du sol que le décimateur ou son fermier viennent chercher, l'autre est personnelle quand elle porte sur le travail de l'artisan ou sur d'autres bénéfices..

Répartition de la dîme La rémunération du clergé local et sa reconnaissance comme décimateur fidélise son recrutement et en fait le premier échelon encadrant les populations rurales. Quand les autres parts deviennent excessives il peut réclamer de sa hiérarchie le maintien d'un minimum, sa portion congrue. Après la suppression de la dîme en France en 1789 et 1793 le clergé devient salarié à la condition de faire partie des jureurs. Cette exigence prend fin avec le concordat de 1801. Ce salariat prend fin en 1905 avec les Lois de séparation des Églises et de l'État. Du fait de cette évolution le prélèvement d'une dîme devient depuis le une expression sous-entendant un prélèvement indu.

La part due à l'édifice et à son entretien contribue à l'essor considérable des constructions d'églises au et des cathédrales du . Les seigneurs, pour capter la dîme, transforment ou construisent leur propre chapelle, ils acquièrent également des dîmes et des lieux de culte. Ils se voient rappeler dans le mouvement de la réforme grégorienne leur obligation d'en réserver une part pour le desservant et l'entretien du lieu de culte. Cette réforme conduit à des restitutions par les laïcs dès le . Elles bénéficient plus aux ordres monastiques qu'aux paroisses.

Les deux assemblées carolingiennes établissant l'obligation de la dîme sont précédées des épisodes de grandes faims de 779 et de 792-793 et la destination d'une part du bénéfice de la dîme aux pauvres est précisée dans le premier capitulaire d'Herstal. Elle sert également à l'accueil et à l'hospitalité des voyageurs et des pauvres autour des établissements religieux. Quand le parlement de Grenoble en 1564 impose le clergé du Dauphiné de la vingt-quatrième des pauvres pourtant loin de l'injonction canonique du quart de la dîme, il réinstitue une contribution qui fonctionnera jusqu'à la Révolution française en faveur des pauvres: aumônes, maladreries et hôpitaux ruraux..