La bataille du mont Mouchet opposant des maquisards à des éléments de l'armée allemande a eu lieu les et .

Le mont Mouchet, situé sur un plateau à cheval sur trois départements, Cantal, Haute-Loire et Lozère, est un lieu de rassemblement de résistants et de réfractaires au STO en et .

Des éléments allemands et des volontaires de l'est attaquent le réduit les et . La plupart des maquisards purent s'échapper et rejoindre le réduit de la Truyère. Les récits les plus fantaisistes ont circulé sur les combats et sur les pertes des deux côtés. Les recherches d'Eugène MartresEugène Martres a publié après plus de trente ans de recherches deux volumes qui font autorité Le Cantal de 1939 à 1945 - Les troupes allemandes à travers le Massif Central éditions de Borée 1993, et L'Auvergne dans la tourmente éditions de Borée 1998., professeur d'histoire et correspondant du Comité d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, dans les archives françaises, alliées et allemandes confrontées aux témoignages des maquisards et des soldats allemands, permettent maintenant de connaître l'origine du rassemblement, le déroulement de la bataille et les pertes des deux côtés.

Genèse

Au début de l’année 1944, les résistants de la région R6 (Auvergne) et les réfractaires au STO qui ont pris le maquis par petits groupes sont traqués par les Allemands et la milice. Le , Jean Chappat commandant régional de l’AS (Armée secrète) des MUR (Mouvements Unis de Résistance) est arrêté à Aurillac. La répression allemande fait 6 tués en à Volvic, 12 à Pontaumur et en 20 arrestations à Champeix. Dès fin (peut-être le 27 la date est incertaine), des résistants envisagent de se replier dans des réduits. Un groupe constitué de Maurice MontelMaurice Montel, député du Cantal, élu en 1936, capitaine de réserve du Génie, est l'un des 80 parlementaires qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain le ., Delfaut et Portefaix, tous trois résistants de Ruynes, Fontugne garde forestier au Mont Mouchet et Huguet (Prince) chef départemental des MUR du Puy-de-Dôme, visite le Mont Mouchet.

À la mi- (soit le 15 soit le selon les sources), Émile CoulaudonÉmile Coulaudon, mobilisé comme sergent-chef infirmier en 1939, est fait prisonnier le . Il s'évade le (de Colmar), s'engage dans le mouvement Combat et en devient le chef pour le Puy-de-Dôme., qui a remplacé Chappat comme commandant régional de l’AS rencontre à Montluçon l’agent britannique Maurice Southgate. Coulaudon propose d’organiser un réduit au Mont Mouchet. Mais Southgate est arrêté par la Gestapo le . Le (date incertaine) au cours d’une réunion sous la présidence de Henri Ingrand chef des MUR, près de Paulhaguet en Haute-Loire (à la ferme du Boitout), le principe de l’organisation de réduits au Mont Mouchet, à La Truyère et au Lioran est acquis. La décision est prise à l’unanimité mais non sans heurts (avec des réserves de la part des FTP - Francs-tireurs et partisans) à cause de divergences sur le rôle précis à donner aux réduits. Cette décision semble s’imposer à tous par la situation intenable de la résistance en AuvergneJean-Louis Philippart, La Résistance en Auvergne en 1944 : Les réduits du Mont Mouchet et de la Truyère .

Mobilisation

Coulaudon, devenu le colonel Gaspard s’installe à la maison forestière du Mont Mouchet. Il s’adjoint comme chef d’état-major le lieutenant-colonel Garcie (Gaston) et nomme le colonel Mondange (Thomas) commandant du réduit de la TruyèreMondange et Garcie étaient militaires de carrière. Mondange commandait l’école des enfants de troupe de Billom, Garcie était son adjoint..

À partir du , l’ordre de rejoindre le Mont Mouchet circule et des maquisards s’y regroupent mais ce n’est que le que l’ordre de mobilisation générale est donné. À partir de cette date, le regroupement s’accélère. Les maquisards viennent naturellement du canton de Saint-Flour, mais surtout très nombreux de Clermont-Ferrand ; jusqu'au le Mont Mouchet est une affaire de Clermontois. Le , plus de 100 Clermontois arrivent en gare de Ruines. On peut estimer que le entre et sont rassemblés au Mont Mouchet, au réduit de La Truyère et environ à Venteuges (Haute-Loire).

Organisation du réduit

Autour de la maison forestière, près du sommet, les 15 compagnies se sont réparties dans un rayon d’une dizaine de kilomètres jusqu’aux villages de Clavières et Védrines-Saint-Loup dans le Cantal, Paulhac en Lozère et Pinols en Haute-Loire.

De nombreux parachutages ont approvisionné les maquisards en armes, essentiellement des armes individuelles. Martres estime que d’armes ont été parachutées, (fusils et mitraillettes), 150 fusils mitrailleurs, à . Plusieurs compagnies étaient dotées de mitrailleuses françaises ou américaines et (ou) d’une arme antichar dite bazooka., Mais de nombreux jeunes maquisards n’ont aucune formation au maniement des armes et ils n’ont pas le temps d’apprendre à se servir d'une arme de guerre. Certains ont seulement utilisé un fusil de chasse ou une carabine de fête foraine.

La défense du réduit semble avoir été laissée à l’initiative des chefs de compagnie. Le chef d’état-major a fait passer l’ordre de creuser des trous individuels. Le , veille de la principale attaque, il tente de mettre de l’ordre. Dans une longue note intitulée "Décision" il écrit :

Maurice Montel, capitaine du Génie, témoignera que et aussi , ce qui explique que les ponts de Ruines et du Crépoux n’aient pas sauté.

Mondange sera plus direct : .

Garcie et l'état-major attendaient les Allemands « comme en 14 » pour une bataille en terrain découvert sur le plateau. La route de Ruynes à Clavières se prêtait parfaitement à des embuscades mais le commandement n'imaginait pas du tout ce type de combat.

Attaque du 2 juin

Le vendredi , deux compagnies de volontaires de l’est (des Azerbaïdjanais) sont acheminées de Rodez vers le Mont Mouchet via le Malzieu. Elles arrivent vers après plus de 180 kilomètres en camion et commencent à gravir la pente côté Est. Le capitaine Delorme, « Commandant Masséna », a disposé ses sections sur les hauteurs en surplomb de la route. En position favorable, elles tiennent tête toute la matinée aux attaquants qui ont la combativité de volontaires prisonniers. En début d’après-midi, le corps franc « Laurent » accourt du château de Chamblard et prend les attaquants à revers. Vers , les attaquants se replient et regagnent Rodez, leurs pertes probables sont de 5 à 7 tués mais la proclamation de Gaspard transforme le repli allemand en « déroute » avec pour cinq maquisards blessésGilles Lévy et Francis Cordet, A nous Auvergne - La vérité sur la résistance en Auvergne 1940-1944, Éditions Presses de la Cité, 1981, page 224.. En 2014 à la page 57 de Tout un monde au Mont-Mouchet, Manuel Rispal fait encore écrire par un résistant commandant de compagnie .

Attaques du 10 juin

Pendant que les maquisards savourent leur victoire, le commandement allemand, le général von Brodowski, se prépare à rétablir l’autorité de la puissance occupante. Il prévoit six groupes de combat, quatre pour encercler les bandes, une en verrou vers le Malzieu et une en réserve à Saint-Flour.

Le , Brodowski interdit la circulation des véhicules et envoie des troupes au Puy et à Saint-Flour où la du de sécurité arrive le au soir ou le au matinToute cette partie est largement inspirée des travaux d'Eugène Martres dont les conclusions ont été confrontées aux témoignages oraux et écrits de maquisards..

Mais nombre de troupes prévues étant absentes, c’est sur trois axes que vont se développer les attaques le .

Du Puy vers Saugues Le Rittmeister (capitaine) Coelle conduit l’attaque avec trois compagnies de Tatars de la Volga des « volontaires de l’Est ». Partie du Puy vers , la colonne de camions avance lentement en attendant d’être rattrapée par 1 compagnie du antiaérien, en tout 500 à 600 hommes. Vers , elle atteint les avant-postes du réduit de Venteuges à La Vachellerie. Archer, commandant du réduit a placé là une section de gendarmes bien armés de mitrailleuses et bazookas et un groupe de 80 hommes qui arrêtent les assaillants. Ceux-ci parviennent cependant jusqu’aux hameaux des Salles-Vieilles et Salles-Jeunes mais, pris de flanc par la , ils sont repoussés et abandonnent deux prisonniers, un canon de 20 millimètres et deux camions incendiés. Vers , les attaquants se replient vers l’Allier pour y passer la nuit.

Les pertes probables sont 2 Allemands et 7 Tatars tués, plus les 2 prisonniers et, côté maquis, 3 ou 4 tués, dont un civil et une dizaine de blessés.

Du Nord vers Pinols Venant de Langeac, 450 hommes arrivent à Pinols vers 16 h 30 – 17 heures. Ce sont deux compagnies du S.S. de police de l'ordre, stationnées à Tulle et une compagnie du antiaérien (958e Motorisierte Flak Bataillon). Vers , ils sont aux « Quatre Routes » (Pinols, Védrines, Le Mont-Mouchet). Les « Truands », 32 volontaires commandés par le lieutenant Malaise et quelques jeunes Aurillacois les attendent depuis le début de l’après-midi. Le combat dure plus de deux heures mais les assaillants sont plus nombreux, aguerris, il ne s’agit pas de volontaires de l’Est. Ainsi quand une mitrailleuse s’enraie les « Truands » sont encerclés, ils ne se sont pas ménagés une voie de repli, 20 à 22 seront tués. Les autres arrivent à se replier et les Allemands passent la nuit à Pinols. Les pertes allemandes ne sont pas précises (de 1 à 10 tués ce jour-là).

De Saint-Flour vers Clavières Le détachement de reconnaissance (sans sa compagnie de surveillance) et deux compagnies du SS-Polizei-Regiment 19, c’est-à-dire 500 à 600 hommes que commande le chef de bataillon Enns, partent de Saint-Flour vers midi. La colonne met près de 2 heures pour arriver à Ruines autour de 14 heures. Dix habitants sont fusillés dans les rues, 19 autres sont emmenés dans un chemin creux, ils sont invités à s’éloigner et fusillés : 16 sont tués, 2 se cachent derrière un mur, un troisième tombe dans les herbes hautes et passe pour mort. Ces trois derniers auront la vie sauve.

Pourquoi cette tuerie ? L’hypothèse de Martres, basée sur des témoignages de soldats, est que les Allemands ont pris Ruines pour Clavières où ils savaient, par des miliciens, les « bandes » très implantées.

Les assaillants prennent ensuite la route de Clavières, mais peu après Ruines, Enns détache une partie des troupes vers Le Morle et Trailus. Il semble que le commandement se soit vite aperçu de la difficulté de faire avancer la colonne sur la petite route qui monte à Clavières.

Le détachement de Trailus incendie trois maisons puis échange quelques tirs avec un groupe de la ; selon le témoignage d’un maquisard . Les maquisards se replient rapidement et les attaquants n’insistent pas.

Le gros de la troupe continue sur la route de Clavières. Pour prévenir les tirs en provenance des habitations des villages qu’ils traversent, les attaquants lancent des grenades incendiaires, c’est ainsi que vont être incendiés le Moulin de Ruines, la Brugère, la Bessière-des-FabresP. Gervais et R. Chany, La Résistance à Brioude et dans la région, Imprimerie Robert Brioude, page 170..

Une section de maquisards tenait les alentours de la Brugère mais le après-midi elle est partie aux nouvelles à la maison forestière. Vers 15 heures, les attaquants arrivent à l’entrée de Clavières. Le maire de Clavières, Broncy, muni de son écharpe tricolore et d’un linge blanc, s’avance pour parlementer. Il est abattu et probablement brûlé dans l'incendie du fourDes ossements qui n’ont jamais été identifiés furent trouvés dans le four du village..