Thomas Modyford (vers 1620 – ), baronnet, fut successivement colonel, avocat de formation, planteur et administrateur colonial, gouverneur de la Barbade, puis de la Jamaïque. Septième enfant et fils aîné du maire d'Exeter, il arrive en Jamaïque le à la tête d'environ 800 planteurs barbadiens accompagnés de leurs esclaves, opération qui marque l'introduction à grande échelle de l'économie de plantation dans l'île.

Biographie

Formation et guerre civile Fils de John Modyford, alderman et maire d'Exeter, Thomas Modyford se forma au Lincoln's Inn et exerça comme barrister jusqu'au déclenchement de la Guerre civile anglaise, dans laquelle il servit comme colonel dans l'armée royaliste. Fait prisonnier à Exeter, accusé de duplicité dans la chute de la ville, il s'engagea à quitter l'Angleterre pour les Antilles.

Planteur à la Barbade (1647-1664) Modyford avait épousé Elizabeth (morte en 1668), fille de Lewin Palmer du Devon, vers 1640. La famille arriva à la Barbade en 1647, peu après l'introduction de la culture sucrière dans l'île. Conseillé de racheter une exploitation existante plutôt que de créer une plantation de toutes pièces, il conclut un accord pour payer £7 000 (£1 000 comptant, le reste en versements) afin d'acquérir une moitié de la plantation de William Hilliard — qui valait £400 en 1640 —, avec son beau-frère Thomas Kendal, épicier londonien, comme troisième associé. Le domaine comprenait 500 acres, dont 200 en canne à sucre, 96 esclaves, 28 serviteurs sous contrat, du bétail et des bâtiments. Il figurait alors parmi les plus grandes exploitations de l'île. Lorsque Hilliard retourna en Angleterre, Modyford prit seul la direction de l'entreprise. Son compagnon Richard Ligon, qui passa trois ans sur la plantation, rapporta l'ambition de Modyford de « ne pas revoir l'Angleterre avant d'avoir tiré de son établissement aux Antilles une fortune de £100 000, et tout cela grâce à la canne à sucre ».

Modyford se tailla rapidement une place dominante dans la politique barbadienne. En 1651 il prit parti pour les royalistes autour de Lord Willoughby face à Oliver Cromwell, avant de se retourner contre eux lors de l'arrivée de la flotte parlementaire de Sir George Ayscue — ce revirement permit à Willoughby d'être contraint de céder. Il fut brièvement écarté du conseil, puis rétabli. En 1660, son habileté politique lui valut d'être nommé gouverneur de la Barbade, mais la Restauration anglaise le plaça dans une position délicate : dénoncé pour ses trahisons antérieures, il dut son pardon royal à l'intervention de son parent George Monck, duc d'Albemarle, qui avait contribué au retour de Charles II. Il perdit néanmoins son poste de gouverneur et fut élu président de l'Assemblée.

En 1663, lors de la création de la Compagnie des aventuriers royaux pour le commerce en Afrique, il en devint l'agent à la Barbade. La plantation Modyford-Kendal était alors la deuxième plus grande de l'île par le nombre d'esclaves ; .

Gouverneur de Jamaïque (1664-1671) Avec l'appui du duc d'Albemarle, Modyford fut nommé gouverneur de Jamaïque le 15 février 1664 et créé baronnet. Après dix-sept ans à la Barbade, il transféra sa famille vers cette colonie frontière, persuadant environ 800 planteurs de l'accompagner avec des promesses de passage gratuit, de terres gratuites et d'avenir prospère.

Dès son arrivée le 4 juin 1664, Modyford s'empara des leviers du pouvoir. Il épura le conseil et le remplit de ses partisans. Les charges officielles furent réparties entre lui-même (qui prit la fonction de juge en chef (chief justice), sa famille et ses amis. Thomas Lynch, prévôt-maréchal, fut évincé et quitta l'île en se plaignant que Modyford « ne voulait personne briller dans cet hémisphère que lui-même et son fils ».

Suivant les instructions royales de ménager les relations avec l'Espagne, Modyford publia dès 1664 une proclamation contre la flibuste, mais dès la fin juin son pragmatisme habituel reprit le dessus. L'île, peuplée de moins de habitants et à peine mise en valeur, abritait environ flibustiers de diverses nationalités dont l'activité faisait vivre marchands et artisans de Port Royal. Réprimer la flibuste eût provoqué une dépression économique et poussé ces hommes vers d'autres bases, notamment la Tortue française et le gouverneur Bertrand d'Ogeron. En 1666, Modyford dressa une liste d'arguments pour autoriser la guerre contre l'Espagne et commença à délivrer des lettres de marque.

Modyford émit environ brevets fonciers totalisant plus de acres, triple de la surface distribuée à la Barbade. Il s'accapara personnellement plus de acres (en grande partie au nom de son fils Thomas) et, dès 1670, il exploitait une plantation sucrière pleinement opérationnelle dans la paroisse de Sainte-Catherine avec 300 esclaves et un moulin à eau. Il continua d'agir comme agent de la Compagnie africaine pour l'approvisionnement en esclaves, y compris vers les marchés espagnols.

Cette période vit les expéditions célèbres d'Henry Morgan contre Portobelo et surtout contre Panama en 1671. La prise de Portobello seule rapporta livres, dépassant la valeur totale de la production agricole annuelle de la Jamaïque.

Emprisonnement et retour (1671-1679) En 1670, l'Angleterre et l'Espagne signèrent le traité de Madrid. Le raid de Morgan sur Panama constituait une embarrassante violation diplomatique. Elle était d'autant plus grave que le protecteur de Modyford à la cour, le duc d'Albemarle, était mort en 1669. Thomas Lynch fut envoyé en Jamaïque avec pour instruction de révoquer la commission de Modyford, de le renvoyer à Londres comme prisonnier, et de publier le traité de paix. Modyford et Morgan furent emprisonnés à la Tour de Londres jusqu'en 1674. La manœuvre visait principalement à satisfaire la Couronne espagnole, furieuse de la destruction de Panama.

Modyford ne retourna en Jamaïque qu'en 1675, où il fut mal accueilli et échoua à se faire élire à l'Assemblée. Le gouverneur Vaughan, parent de Modyford par alliance, le rétablit néanmoins comme juge en chef et plaça ses fils à diverses responsabilités ».

Dans les années 1670, Modyford continua d'agir pour la Compagnie africaine et la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Réputé l'homme le plus riche de Jamaïque, il y mourut le 1 septembre 1679 et fut enterré le lendemain dans l'église Sainte-Catherine de Spanish Town, aux côtés de son épouse Elizabeth. Son fils Thomas, qui administrait les plantations familiales pendant l'emprisonnement de son père, mourut cinq semaines après lui. Son fils cadet Charles hérita du titre de baronnet.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Chronologie de l'esclavage Bataille de Mata Asnillos Henry Morgan Compagnie royale africaine Flibuste

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