Christian Dior, né le à Granville dans la Manche et mort le à Montecatini Terme en Italie, est un grand couturier français.
En 1947, il donne son nom à la maison de haute couture homonyme, financée par Marcel Boussac. Celle-ci s'illustre dès 1947 dans la haute couture et la parfumerie puis dans tous les métiers du luxe.
Biographie Enfance
Christian Dior naît à Granville« À Granville, sur les pas de Christian Dior » L'Express Styles, août 2005. au cœur d’une famille d’industriels spécialisée dans les engrais.. et l'eau de Javel : scandent les publicités de début du . Il est le deuxième des cinq enfants de Maurice Dior, riche industriel associé à son cousin germain, Lucien Dior (député et ministre du Commerce), et de Madeleine Dior, née Martin.. Il raconte qu'en 1919, lors d’une kermesse en Normandie, une chiromancienne lui prédit : ..
Le jeune Christian grandit dans la villa Les Rhumbs à Granville dans une maison face à la Manche. La famille est prospère et il vit entouré de domestiques.
La famille Dior déménage à Paris en 1910, fin de la Belle Époque, période qui influencera le couturier plus tard. La maison de Granville sert alors de résidence secondaire, jusqu’en 1914 où les Dior décident de s'y replier jusqu’à la fin de la guerre. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Christian retourne vivre à Paris avec sa famille. Son père veut qu'il suive une carrière diplomatique plutôt que les Beaux-Arts ; il s'inscrit en 1923 à l’École libre des sciences politiques, qu’il quitte en 1926. sans le moindre diplôme. Durant ses études, il se lie d’amitié avec quelques artistes des Années folles, notamment les poètes Max Jacob. et Jean Cocteau, ainsi que des peintres ou des compositeurs.
Christian Dior galeriste Financé par son père qui refuse que le nom de « Dior » apparaisse sur l'enseigne, Christian Dior ouvre alors, en 1928, une galerie d’art avec son ami Jacques-Paul Bonjean puis une autre en 1931 avec, comme troisième associé, Pierre Colle dans une impasse donnant sur la rue La Boétie et rue Cambacérès.. , explique Christian Dior dans son autobiographie. Ainsi, c’est dans la galerie avec Pierre Colle qu’est exposée pour une des premières fois en France la toile surréaliste de Dalí La Persistance de la mémoire, communément appelée « Les Montres molles » et peinte en 1931Katell Pouliquen, « Pour l’amour de l’art », p. 110 dans Dior magazine .. En 1933, les galeristes organisent une exposition consacrée au surréalisme, qui rassemble les œuvres d’artistes et de poètes prestigieux comme Pablo Picasso, Salvador Dalí, Marcel Duchamp, René Magritte, Alberto Giacometti, Max Ernst, Man Ray, Joan Miró, Jean Arp, Artür Harfaux, Paul Éluard, Maurice Henry, George Hugnet, Léon Tutundjian, Valentine Hugo, Marcel Jean et Yves Tanguy. Le catalogue de l’exposition est préfacé par André BretonAndré Breton, Exposition surréaliste..
Au début des années 1930, son frère cadet tombe malade puis sa mère meurt ; son père, victime de mauvaises spéculations contiguës à la Grande Dépression, est ruiné ; l'usine est cédée. La Villa Les Rhumbs à Granville est alors vendue à la municipalité qui en fait un jardin public (elle est aujourd’hui transformée en musée Christian-Dior, où est conservée une partie du patrimoine du couturierCollectif, Dior : 60 années hautes en couleurs, Artlys, Versailles, 2007, 126 p.). Il dira de cette maison dans son autobiographie Christian Dior et moiVilla Les Rhumbs, musée Christian Dior Granville. :
En 1934, sans financement paternel, la galerie ferme, pâtissant du contrecoup de la crise de 1929. Christian Dior est alors forcé de liquider le stock des tableaux de la galerie à des prix dérisoires, et de se défaire de sa collection personnelle. Il s’en souvient en écrivant ses mémoires et regrette avec humour : Mais longtemps après la fermeture de la galerie, le goût du futur couturier pour l’art continuera à l’inspirer. Il y a ainsi des références au cubisme et à l’impressionnisme dans plusieurs de ses collections ; certaines de ses robes sont même baptisées de noms d’artistes comme les silhouettes Braque ou Matisse de la collection automne-hiver 1949-1950. Son appartement est saisi et il doit habiter chez ses amis.
Christian Dior illustrateur Durant dix années, Christian Dior vit de la générosité de ses amis et de la vente de quelques tableaux. Son ami, l'acteur Jean Ozenne remarque son talent de dessinateur et l'encourage à vendre ses croquis. C'est ainsi qu'en 1935, il vend ses premiers dessins de robes et de chapeaux chez Claude Saint-Cyr ou chez la modiste Madame Agnès, puis est embauché comme illustrateur par Le Figaro où il rencontre René Gruau. Vers 1937, il passe un an en convalescence à cause de la tuberculose puis revient à Paris l'année suivante, démarchant Lucien Lelong, sans succès.
Soutenu par quelques amis artistes, il crée, comme lors de son enfance, des costumes, en l’occurrence pour le cinéma et le théâtre, habillant notamment Odette Joyeux dans les films Le Lit à colonnes de Roland Tual en 1942, Le Baron fantôme de Serge de Poligny ou Lettres d'amour de Claude Autant-LaraJérôme Hanover, Stars en Dior, Rizzoli, 2012, p. 231.. Il fait également le siège des grandes maisons de l'époque, et parvient à faire accepter certains de ses croquis à Nina Ricci, Balenciaga et Schiaparelli.
Débuts dans la haute couture En 1938, Christian Dior est engagé par le grand couturier Robert Piguet en tant que modéliste et dessinateur, il signe aussitôt trois collections. Un tailleur en pied-de-poule noir et blanc est son premier succès. On commence à parler de lui lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Il passe alors un an comme ouvrier agricole dans le centre de la France, puis, démobilisé, rejoint son père et sa plus jeune sœur dans le Sud de la France. Sa sœur cadette Catherine, résistante pendant la guerre., est dénoncée pour ses activités. Elle est arrêtée par la Gestapo et déportée à Ravensbrück en juin 1944 avant d'être libérée en mai 1945.
vignette|gauche|Hôtel particulier, 30 avenue Montaigne, Paris. Il ne revient à Paris qu'en 1942, et entre comme « assistant styliste » aux côtés de Pierre Balmain, chez Lucien Lelong, une des plus grandes maisons de couture parisiennes : . Pierre Colle, l'ancien associé de la galerie, se propose de lui financer une maison de couture et l'emmène voir le 30, avenue Montaigne.
Christian Dior explique que, par un hasard de relations, il apprend l'intention de Marcel Boussac de relancer la maison ; l'industriel cherche un styliste. Pourtant, pas convaincu la première fois, il rencontre plusieurs fois Marcel Boussac, le « roi du coton », milieu 1946, qui croit en son talent. En juillet, Christian Dior propose avec moult détails, non pas de relancer , mais bien de créer sa propre maison. Boussac propose d'investir six millions de francsRépertoire Groupe Boussac, Archives nationales.. Superstitieux, Dior, toujours selon la légende, se tourne vers une cartomancienne, qui s’exclame alors
Marcel Boussac lui accorde donc une maison à son nom, au 30, avenue Montaigne ; celle-ci, créée le , est inaugurée le 16 décembreLe décorateur est Victor Grandpierre.. Mais l'ouverture reste compliquée : , précise Dior. Dior a bien négocié avec Boussac : en plus du contrôle exclusif, son salaire se voit complété par un tiers des bénéfices à venir. Il se lance ainsi dans la mode et la haute couture. Marcel Boussac, qui vend du tissu, a bien choisi son poulain : de trois mètres pour faire une robe auparavant, il en faut maintenant vingt pour une robe Christian Dior.
Le , Christian Dior bouleverse la mode d’après-guerre avec son premier défilé. La maison Dior fonctionne alors comme tout le milieu de la haute couture de l’époque : le couturier dessine les robes qui sont ensuite réalisées dans un intense travail de collaboration avec ses équipes, composées notamment de Raymonde Zehnacker, son indispensable adjointeRaymonde Zehnacker est présente en Italie la nuit de la mort du couturier., de Marguerite Carré, directrice technique surnommée « Dame Couture » et de Mitzah Bricard, son assistante et directrice de la chapellerie. À eux quatre, ils forment ce que le photographe Cecil Beaton appelle . En parallèle, le couturier s’appuie sur Suzanne Luling, une amie d'enfance devenue directrice des salons qui s'occupe de la clientèle. Il peut également compter sur Jacques Rouët (directeur administratif et financier) et Harrisson Elliot, qui gère la publicité.
Succès Christian Dior rencontre immédiatement le succès en 1947 avec les lignes « Corolle »« Ligne Corolle », Encyclopædia Universalis. (le couturier s’inspirant des courbes des fleurs pour dessiner ses robes) et la ligne « En 8 » (la silhouette, avec sa taille marquée et ses formes arrondies, rappelle la forme du chiffre 8) surnommée « New Look »« Il était une fois la maison Dior… », journaldesfemmes.com. « Christian Dior Fashion Designer », designmuseum.org. à la suite de la phrase prononcée plus tard par Carmel Snow, la rédactrice en chef de Harper's Bazaar :
La silhouette qu'il propose est d’une conception révolutionnaire : taille cintrée, poitrine haute et ronde, épaules étroites, jambes couvertes à au-dessus du sol. Le couturier remet l'élégance et la féminité au premier plan, loin des préceptes imposés durant le conflit mondial. Au lendemain de l’Occupation, Christian Dior rend à la couture sa part de rêve et redonne aux femmes le goût de plaire et de susciter le désir. Il ses robes comme un architecte. Le luxe revient sur le devant de la scène après une longue période d’insécurité et d’angoisse, Après la Seconde Guerre mondiale, la France était (en effet) très pauvre, il n'y avait donc pas beaucoup d'argent pour promouvoir la haute couture française. Sous l’occupation, la mode reste marquée par les pénuries de tissu. Christian Dior crée sa collection, sous une profusion de matières luxueuses et abondantes, en réaction à cette austérité imposée :
Les collections suivantes surprennent autant que la première, notamment la « Ligne H » de 1954 surnommée « haricot vert », et « flat look » par la presse anglo-saxonne, où Dior efface les volutes des robes précédentes « Mode d'automne chez Christian Dior », Institut national de l'audiovisuel, 1954..
Si la notion de lignes nouvelles existait avant l’arrivée de Christian Dior dans le monde de la couture, c’est lui qui en fait un concept central, les modifiant à chaque nouvelle collection, créant à chaque fois une nouvelle silhouette. Chaque nouvelle ligne et chaque nouvelle présentation de collection Dior constitue donc un événement très attendu dans le monde de la mode à l’époque. Parmi toutes les lignes créées par le couturierCorolle et En 8, puis de nouveau Corolle, Envol et Zig Zag, Ailée, Trompe l’œil, Milieu du Siècle, Verticale, Oblique, Naturelle, Longue, Sinueuse, Profilée, Tulipe, Vivante, Muguet, H, A, Y, Flèche, Aimant, Libre et Fuseau., il reste possible toutefois de distinguer trois grandes périodes dans le style de Christian Dior : la première est marquée par l’influence du « New Look », surnom donné à la toute première collection, présentée en 1947. La deuxième s’étend de 1950 à 1953, elle est caractérisée par des courbes moins voluptueuses, où la taille et les hanches sont moins marquées. La dernière correspond à la Ligne H de 1954, où la taille semble disparaître et où les courbes sont sensiblement gommées, dans une esthétique qui rappelle le style des années 1920Farid Chenoune, Dior, Assouline, Paris, 2007, 383 p..