La Société musicale indépendante (SMI) est une société de concerts parisienne fondée en 1909-1910 à l'initiative de Maurice Ravel et d'abord présidée par Gabriel Fauré, qui a organisé cent-soixante-et-onze concerts, presque tous de musique de chambre, à Paris de 1910 à 1935. Son objectif est de se démarquer de la Société nationale de musique, active depuis 1871, en créant une plateforme libre ouverte à toutes les initiatives artistiques, sans distinction de genre, de style, d'école ou de nationalité.

Naissance de la SMI La Société musicale indépendante est une société de concerts parisienne née d’une initiative de Maurice Ravel, contrarié par le refus par le comité de la Société nationale de musique le d’œuvres de deux de ses élèves, Ralph Vaughan Williams et Maurice Delage, et d’un des amis, Charles Koechlin, ancien condisciple dans la classe de composition de Gabriel Fauré au Conservatoire de Paris. En réaction, Ravel envoie sa démission de sociétaire au siège de la Nationale et annonce à son entourage son projet de constituer une nouvelle société de concerts parisienne plus ouverte aux nouvelles tendances musicales. Il écrit à Koechlin :

Au plus tard en février 1910, un premier comité de la SMI est constitué avec neuf membres fondateurs, Louis Aubert, André Caplet, Jean Huré, Charles Koechlin, Maurice Ravel, Roger-Ducasse, Florent Schmitt, Émile Vuillermoz, autour de Gabriel Fauré, président de la société de 1910 à sa mort en 1924, le secrétariat général étant d’abord assuré par l’éditeur de musique Albert-Zunz Mathot.

Les Statuts de la Société musicale indépendante affichent d’emblée la ligne ouverte et éclectique de la société de concerts, par rapport au conservatisme de la Nationale implicitement visée :

Si, dans le domaine de la musique de chambre, la Société nationale de musique a été la principale société parisienne défendant la création musicale française de 1871 à 1910, elle va partager désormais ce rôle de 1910 à 1935 avec la Société musicale indépendante, qui en outre va défendre la création musicale étrangère exclue de la Nationale.

Activité de la SMI La Société musicale indépendante va jouer un rôle important dans la vie musicale parisienne en organisant pas moins de cent-soixante-et-onze concerts, du concert inaugural du Salle Gaveau au dernier concert du à la Salle Cortot en hommage posthume à André Caplet .

Si la quasi-totalité des concerts sont des concerts de musique de chambre, la SMI organise les quatre premières saisons de 1910 à 1913 un concert d’orchestre en guise de concert de clôture de chaque saison. Le premier concert d’orchestre de la SMI, le Salle Gaveau frise la provocation en programmant, outre le Psaume XLVII de Florent Schmitt, les œuvres de Maurice Delage, Conté par la Mer, et de Charles Koechlin, Études antiques, refusées par le comité de la Société nationale de musique en janvier 1909. La saison 1911-1912 se termine, exceptionnellement, par deux concerts d’orchestre avec deux auditions de la version de concert du Martyre de saint Sébastien de Claude Debussy les et sous la direction de Désiré-Émile Inghelbrecht. Le cinquième et dernier concert d’orchestre de la SMI a eu lieu exceptionnellement au Théâtre du Châtelet le en partenariat avec la Société des grandes auditions de France de la comtesse Greffulhe. La société affiche son modernisme et son internationalisme en présentant cet événement comme « concert d’œuvres modernes européennes », qui comprend notamment des extraits des Gurre-Lieder d’Arnold Schönberg, dont le Pierrot lunaire vient de faire grand bruit à sa création à Berlin le , Le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky, dont la première vient de faire scandale au Théâtre des Champs-Élysées le , la Norfolk Rhapsody de Ralph Vaughan Williams, Ibéria de Claude Debussy ou encore le dernier fragment de la Suite n°2 de Daphnis et Chloé de Maurice Ravel donné en première audition.

Parmi les concerts de la SMI, un a retenu plus particulièrement l’attention, le concert « sans noms d’auteurs » du Salle Gaveau. Lors du concert où les œuvres ont été présentées anonymement, à l’initiative d’Émile Vuillermoz ou de Charles Koechlin, le public a eu la possibilité de remplir des bulletins pour attribuer les œuvres à des compositeurs. Les résultats du vote publiés par la presse ont réservé des surprises. En particulier, pendant le concert, beaucoup n’ont pas attribué les Valses nobles et sentimentales à son auteur Maurice Ravel, dont la création par Louis Aubert a ainsi été perturbée. La SMI n’a plus jamais organisé de concerts « sans noms d’auteurs » après l’expérience mitigée du 9 mai 1911. Charles Koechlin a déploré le public de « mauvaise qualité » des premiers concerts de la SMI :

Les premières années de la Société musicale indépendante, Maurice Ravel a joué un rôle important au comité ; par exemple, dans une lettre à Alfredo Casella du 2 avril 1913, Ravel a soumis au comité de la SMI un « projet mirifique d’un concert scandaleux » comprenant Pierrot lunaire d’Arnold Schönberg et trois œuvres dont l’instrumentation s’inspire de celle de cet opus, Trois poésies de la lyrique japonaise d’Igor Stravinsky, et Trois poèmes de Stéphane Mallarmé de Ravel. Ce projet a été réalisé en partie seulement, par l’audition des œuvres prévues de Stravinsky et Ravel, ainsi que des Quatre poèmes hindous de Maurice Delage, avec un effectif instrumental semblable, mais l’audition souhaitée de Pierrot lunaire n’a pas eu lieu à ce concert du Salle Érard. Il a fallu attendre l’organisation d’un Festival Arnold Schönberg le à la nouvelle Salle Pleyel pour entendre Pierrot lunaire pour la première fois à la SMI, cinq ans après la première audition à Paris aux Concerts Jean Wiéner les et .

L’activité de la société s’est trouvée très ralentie pendant la Première guerre mondiale, avec seulement six concerts organisés durant toute la durée de la guerre, un la saison 1914-1915 le avec la création du Trio de Maurice Ravel, aucun la saison 1915-1916, trois concerts la saison 1916-1917 et deux la saison 1917-1918. À l’automne 1916, un projet de fusion de la Société nationale de musique et de la SMI a été souhaité par des membres du comité de la Nationale et Gabriel Fauré, mais cette tentative d’Union sacrée musicale n’a pas abouti, suite à l’opposition du comité de la SMI et plus particulièrement de Gabriel Grovlez, Charles Koechlin, Maurice Ravel. Vincent d’Indy a déploré l’échec de cette fusion dans une lettre du 18 décembre 1916 à Auguste Sérieyx :

Par voie de presse, le comité de la SMI a tenu à démentir au printemps 1917 l’éventualité d’une fusion avec la Nationale. Cependant, sept ans plus tard, les deux sociétés rivales ont organisé un unique concert en partenariat, à la mémoire de Gabriel Fauré, au Théâtre des Champs-Élysées le .

Comme la Nationale en 1909-1910, la SMI subit elle aussi dans les années 1920 des critiques sur son évolution et sur sa routine. Raymond Charpentier s'est interrogé sur les programmes d'intérêt très inégal et sur la stratégie de la SMI :

Pour faire face à des difficultés croissantes de finances et d’organisation, la SMI, sous l’impulsion de Nadia Boulanger, multiplie les concerts composés d’œuvres d’un même compositeur réputé : deux concerts à la mémoire de Claude Debussy les et ; deux concerts à la mémoire de Gabriel Fauré les et ; un festival Arthur Honegger le ; trois festivals Maurice Ravel les , et ; un festival Albert Roussel le ; deux festivals Florent Schmitt les et .

Après la crise de 1929 et le décès, le , de Léo Sachs, mécène de la SMI, le déclin de la société s'est accentué et l’activité s’est ralentie jusqu’à un ultime concert en hommage à André Caplet le .

Le Comité de la SMI vignette|redresse=1.3|alt=Photographie en noir et blanc d'un groupe d'hommes debout autour de deux hommes assis au piano.|Les créateurs de la Société musicale indépendante, en 1910. De gauche à droite, debout : Louis Aubert, l'éditeur A.Z. Mathot, Maurice Ravel, André Caplet, Charles Koechlin, le critique Émile Vuillermoz, Jean Huré. Au piano : Gabriel Fauré et Jean Roger-Ducasse. Le premier comité de la Société musicale indépendante compte neuf membres fondateurs : Louis Aubert, André Caplet, Gabriel Fauré, Jean Huré, Charles Koechlin , Maurice Ravel, Jean Roger-Ducasse, Florent Schmitt, Émile Vuillermoz. La présidence revient officiellement à Gabriel Fauré de 1910 à son décès en 1924, même si cette présidence semble avoir été davantage honorifique. La première saison de la SMI, le secrétariat incombe à l’éditeur de musique Albert-Zunz Mathot. Ce dernier a été durement attaqué par voie de presse par le critique musical Jean Marnold à propos de la campagne publicitaire dans la presse autour de la SMI dénoncée de façon virulente par Marnold, ce qui a abouti à un duel entre les hommes, perdu par Marnold. Par la suite, le secrétariat a été assumé quelques années par René Chalupt, administrateur de la Salle Gaveau. Dans les années 1920, l’impresario Charles Kiesgen devient secrétaire et travaille beaucoup avec Nadia Boulanger pour l’organisation des concerts.

Après la Première guerre mondiale, le comité de la SMI s'est étoffé tant avec des musiciens français qu’étrangers. La composition du comité les derniers concerts est la suivante, avec pas moins de vingt-deux membres, le comité ayant perdu par ailleurs quatre membres, décédés, André Caplet (1925), Gabriel Fauré (1924), Jean Huré (1930) et Léo Sachs (1930) : Louis Aubert, Béla Bartók, Nadia Boulanger, Alfredo Casella, Georges Enesco, Blair Fairchild, Manuel de Falla, Philippe Gaubert, Eugène Goossens, Gabriel Grovlez, trésorier, Arthur Honegger, Jacques Ibert, Désiré-Émile Inghelbrecht, Joseph Jongen, Charles Koechlin, Léon Moreau, Maurice Ravel, Albert Roussel, Florent Schmitt, Arnold Schönberg, Igor Stravinsky, Karol Szymanowski, Joaquín Turina.

Après le décès de Gabriel Fauré en , Maurice Ravel, Léo Sachs et Florent Schmitt alternent à la présidence de la SMI tandis que les deux autres sont vice-présidents, même si, en pratique Nadia Boulanger semble avoir joué un rôle prépondérant dans l’organisation des concerts, comme l'atteste l'abondante correspondance reçue par elle conservée principalement à la BnF. Le Grand-Théâtre de Bordeaux a même organisé un concert en l’honneur de Ravel, Sachs et Schmitt, en leur présence, le .

Bibliographie .

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Notes et références

Liens externes

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