Le Général dans son labyrinthe (en ) est un roman de l'écrivain colombien et prix Nobel de littérature Gabriel García Márquez. Il s'agit d'un récit romancé des derniers jours de Simón Bolívar, le libérateur et premier président de la République de Colombie (Grande Colombie). Publié pour la première fois en 1989, le livre raconte le voyage de Bolívar de Bogota à la côte nord de la Colombie, alors qu'il cherche à quitter l'Amérique du Sud pour s'exiler en Europe. Ce sera le dernier qu'il entreprendra puisque, au bout de celui-ci, il meurt des suites d'une maladie mystérieuse sans avoir pu prendre la mer pour le vieux continent.
Ses précédents romans tels que Cent ans de solitude et L'Amour aux temps du choléra ayant été des succès, García Márquez décide d'écrire un livre sur « Le Libérateur » après avoir lu un ouvrage inachevé d'Álvaro Mutis sur ce sujet. García Márquez demande alors à son confrère la permission de rédiger un ouvrage sur l'ultime voyage de Bolívar. Après deux ans de recherches pendant lesquels il étudie notamment les 34 tomes des mémoires de Daniel Florence O'Leary (l'aide de camp de Bolívar) et divers documents historiques, García Márquez publie son roman sur les sept derniers mois de la vie du général sud-américain. C'est la vie de Bolívar qui constitue le évoqué dans le titre, un labyrinthe fait des mille souvenirs que l'ouvrage rappelle et dans lequel il nous introduit.
Le mélange des genres dans Le Général dans son labyrinthe le rend difficile à classer dans l'un de ceux-ci et les critiques ne s'accordent pas sur la place exacte à lui donner entre le roman et le récit historique (et toutes les nuances dans les différences qui les distinguent). La présence de passages romancés doit tout à l'inspiration de García Márquez. Il traite de certains des incidents les plus intimes de la vie de Bolívar, ce qui provoque une certaine indignation dans quelques pays d'Amérique latine où le livre a été publié. De nombreuses et éminentes personnalités latino-américaines ont estimé que le roman a sali la réputation de l'une des plus importantes figures historiques de cette partie du monde et en a donné une image négative dans les autres continents. D'autres voient dans Le Général dans son labyrinthe une manière féconde de provoquer la culture latino-américaine et un défi lancé à ce continent par rapport aux problèmes qu'il doit affronter.
Rédaction du roman Prémices thumb|upright|alt=Portrait de Gabriel García Márquez|Gabriel García Márquez en 2002. Peu après avoir terminé L'Amour aux temps du choléra (1985), Gabriel García Márquez décide de créer un roman sur Simón Bolívar. Il s'intéresse plus particulièrement au dernier voyage du Libérateur sur le río Magdalena. L'idée d'écrire un livre à ce sujet lui vient initialement de son ami et compatriote, l'écrivain colombien Álvaro Mutis, à qui l'ouvrage est dédié.. En effet, Mutis avait commencé à rédiger un livre intitulé au sujet du dernier voyage de Bolívar le long du fleuve Magdalena, sans jamais le terminer. De plus, écrire quelque chose sur le Magdalena intéresse García Márquez car il connaît bien la région depuis sa plus tendre enfance. Deux ans après avoir lu , García Márquez a demandé à Mutis la permission de rédiger un ouvrage sur l'ultime voyage de Bolívar.
García Márquez a estimé que la plupart des informations disponibles sur Bolívar étaient unidimensionnelles : . Dans l'épilogue du roman, García Márquez relate qu'il a travaillé sur le livre pendant deux ans. La tâche lui a été rendue difficile, non seulement en raison de son manque d'expérience dans la conduite de recherches historiques, mais aussi faute de témoignages sur les derniers moments de la vie de Bolívar.
García Márquez a étudié de nombreux documents historiques différents, tels que les lettres de Bolívar, des journaux du et les 34 tomes des mémoires de Daniel Florence O'Leary. Il s'est fait aider par divers experts comme le géographe Gladstone Oliva, l'historien Eugenio Gutiérrez Celys (qui avait coécrit un ouvrage intitulé avec l'historien Fabio Puyo) et l'astronome Jorge Pérez Doval ; García Márquez a également utilisé un registre dressé par Pérez Doval pour dater les nuits de pleine lune du vivant de Bolívar. García Márquez a aussi travaillé en étroite collaboration avec Antonio Bolívar Goyanes, un parent éloigné de Bolívar, lors de la phase de relecture du livre. Dans ce roman à propos d'un héros à l'échelle du continent, . Rompant avec la représentation héroïque traditionnelle de Simón Bolívar, García Márquez dépeint un personnage pathétique, un homme prématurément vieilli, physiquement malade et mentalement épuisé. Le roman est écrit à la troisième personne, avec des retours en arrière sur des événements particuliers de la vie de Simón Bolívar surnommé « le Général ».
Contexte historique left|thumb|La Grande Colombie, dirigée par Simón Bolívar de 1819 à 1830, englobait une grande partie du nord de l'Amérique du Sud. L'histoire se déroule en 1830, à la toute fin de la campagne initiale de Bolívar pour garantir l'indépendance de l'Amérique latine de l'Espagne. La majeure partie de l'Amérique espagnole a acquis son indépendance à cette date, seuls Cuba et Porto Rico restant encore sous la domination espagnole.
En quelques décennies après l'arrivée de Christophe Colomb en 1498 sur la côte du territoire aujourd'hui appelé Venezuela, l'Amérique du Sud est effectivement conquise par l'Espagne et le Portugal. Au début du , plusieurs facteurs ont eu un impact sur le contrôle de l'Espagne sur ses colonies : l'invasion de l'Espagne par Napoléon en 1808, l'abdication de Charles IV, le renoncement de Ferdinand VII à sa succession et l'accession de Joseph Bonaparte au trône espagnol. Les colonies ont été pratiquement coupées de l'Espagne et les révolutions américaine et française ont incité de nombreux créoles (des descendants de colons espagnols nés en Amérique) à profiter de la faiblesse espagnole. En conséquence, l'Amérique latine a été dirigée par des juntes indépendantes et des gouvernements coloniaux autonomes.
Au début du , Bolívar a mené dans le nord de l'Amérique du Sud les premières tentatives pour se libérer de l'emprise de l'Espagne. Lui et les mouvements indépendantistes ont remporté de nombreuses batailles au Venezuela, en Nouvelle-Grenade et dans les actuels Équateur et Pérou. Son rêve d'unir les nations hispano-américaines sous un gouvernement central a presque été atteint. Cependant, peu de temps après que les colonies d'Amérique du Sud sont devenues indépendantes de l'Espagne, des problèmes se posent dans les capitales et des guerres civiles ont éclaté dans certaines provinces ; Bolívar a perdu beaucoup de ses partisans et est tombé malade. L'opposition à sa présidence a continué de grandir et, en 1830, après onze ans au pouvoir, il a démissionné de ses fonctions de président de la République de Colombie (Grande Colombie).
Résumé du roman thumb|upright|alt=Représentation du dernier périple de Simón Bolívar|
L'histoire commence le à Santa Fe de Bogota. Le Général prépare son voyage vers le port de Carthagène des Indes, souhaitant quitter la Colombie pour l'Europe. Après sa démission en tant que président de la Grande Colombie, les peuples des territoires qu'il a libérés se sont maintenant retournés contre lui, griffonnant des graffitis anti-Bolívar et lui jetant des détritus. Le Général est pressé de passer à autre chose, mais il doit rappeler au vice-président élu, le général Domingo Caycedo, qu'il n'a pas encore reçu du gouvernement la permission de quitter le pays. Le Général part de Bogota avec les quelques fonctionnaires qui lui sont encore fidèles, dont son confident et aide de camp, José Palacios. À la fin du premier chapitre, pour la seule fois dans le roman, le Général est désigné par son titre complet, le général Simón José Antonio de la Santísima Trinidad Bolívar y Palacios.
Le premier soir du voyage, le Général s'arrête à Facatativá avec son entourage composé de José Palacios, de cinq aides de camp, de ses commis et de ses deux chiens. Ici, comme durant l'intégralité du voyage qui suit, la perte de prestige du Général est évidente, ses revers de fortune le surprenant lui-même. Sa maladie, non identifiée, entraîne une dégradation physique qui le rend méconnaissable et son aide de camp est constamment confondu avec le Libérateur.
Après de nombreux contretemps, le Général et ceux qui l'accompagnent arrivent à Honda, où le gouverneur, Posada Gutiérrez, a organisé trois jours de fêtes. Lors de sa dernière nuit à Honda, le Général retourne tard à son camp et retrouve une de ses vieilles amies, Miranda Lyndsay, qui l'attend. Le Général se rappelle qu'elle avait appris l'existence d'un complot contre sa vie et l'avait sauvé quinze ans auparavant. Le lendemain matin, le Général commence son voyage consistant à descendre la rivière Magdalena. Son affaiblissement physique et sa fierté sont évidents lorsqu'il descend la pente qui conduit à l'embarcadère. En effet, alors qu'il a besoin d'une chaise à porteurs, il refuse de l'utiliser. Après avoir quitté Honda, le groupe reste une nuit à Puerto Real où le général affirme qu'il a vu une femme qui a chanté pendant la nuit. Ses aides de camp et le gardien de la maison effectuent une recherche, mais ils ne parviennent pas à découvrir la moindre trace d'une femme aperçue dans les environs.
Le Général et ses compagnons arrivent au port de Mompox. Ils y sont arrêtés par des policiers qui ne le reconnaissent pas. Ils demandent son passeport, mais il est incapable d'en fournir un. Finalement, la police apprend son identité par le neveu du Général, Fernando, et l'escorte jusqu'au port. Les gens croient encore qu'il est le président de la Grande Colombie et organisent des banquets en son honneur, mais ces festivités sont écourtées en raison du manque de force et d'appétit du Général. Après plusieurs jours, le Général et sa suite partent pour Turbaco.
Le groupe passe une nuit blanche à Barranca Nueva avant l'arrivée à Turbaco. Le plan initial est de continuer vers Carthagène des Indes le lendemain, mais le Général est informé qu'il n'y a pas de bateau disponible en partance pour l'Europe et que son passeport n'est toujours pas arrivé. Lors de son séjour dans la ville, il reçoit la visite du général Mariano Montilla et de quelques autres amis. La détérioration de son état de santé est de plus en plus évidente. Ainsi, l'un de ses visiteurs décrit son visage comme celui d'un homme mort. Le Général est rejoint à Turbaco par le général Daniel Florencio O'Leary et reçoit des nouvelles des machinations politiques en cours : Joaquín Mosquera, successeur désigné à la présidence de la Grande Colombie, a pris le pouvoir, mais sa légitimité est encore contestée par le général Rafael Urdaneta. Le Général se rappelle que son rêve .
Le Général reçoit enfin son passeport et, deux jours plus tard, il part avec ses compagnons pour Carthagène des Indes et la côte où plusieurs réceptions sont organisées en son honneur. Pendant tout ce temps, il est entouré de femmes, mais il est trop faible pour avoir des relations sexuelles. Le Général est profondément affecté quand il apprend que son grand ami et successeur préféré pour la présidence, le maréchal Sucre, est tombé dans une embuscade et a été assassiné d'une balle dans le dos. Alors qu'il a plusieurs occasions pour embarquer en direction de l'Europe, il ne cesse de reporter son départ.