Henri-Félix de LamotheHenri Félix de Lamothe, Henri de Lamothe, Henri Lamothe, Félix Lamothe., né le à Metz et mort le à Paris, est un administrateur colonial français. Gouverneur du Sénégal de 1890 en 1895, il a appartenu à la Ligue coloniale, à l'Union coloniale et au Comité d'action républicaine aux Colonies.
Biographie Fils de Benjamin de LamotheBenjamin de Lamothe, né le 30 septembre 1799 à Chizeray. et de Marie-Caroline Luchaire, Henri Félix de Lamothe naît le à MetzArchives Nationales, dossier de Légion d'Honneur - Henri Félix de Lamothe. qui est alors une ville de garnison. Le jeune Henri Félix se destine à une carrière scientifique. Il intègre donc l'École polytechnique (France), avant que le cours de sa vie ne change au début des années 1860.
Carrière militaire (jusqu'en 1871) En 1862, il s'enrôle en Italie dans la légion hongroise formée par Kossuth, qui avait combattu au côté des troupes franco-piémontaises en 1859. Kossuth espérait que la guerre contre l'Autriche se prolongerait par la libération de la Hongrie et permettrait la formation d'une Confédération Danubienne regroupant la Hongrie, la Transylvanie, la Roumanie, la Croatie et, en cas de désintégration de l'Empire ottoman, la Serbie et les autres pays slaves du sud.
La légion hongroise se joint aux chemises rouges de Garibaldi, qui souhaite une alliance roumano-hongroise pour libérer l'Europe du Sud-Est, sans succès. Lorsqu'est déclenchée la troisième insurrection polonaise en 1863, la légion hongroise ne pouvant agir pour libérer la Hongrie, Lamothe se rend en Pologne et combat dans les rangs des insurgés.
En 1865, après un passage en Italie, il s'engage en France au régiment d'infanterie, ce qui le conduit à séjourner au Sénégal entre 1867 et 1871.
Carrière journalistique (1871-1886) Henri-Félix de Lamothe quitte son régiment en 1871 et se lance dans une carrière de journaliste pour différents journaux algériens. Entre 1873 et 1874, le gouvernement canadien lui confie un voyage d'études au Canada, dont il publie la relation dans Le Tour du monde. Nouveau journal des voyages, sous le titre « Excursion au Canada et à la rivière Rouge du nord »Le Tour du monde, 1875, semestre, ; suite publiée en 1878, semestre, , articles complets en ligne sur Gallica et . Ce voyage et la description du pays visité devait, dans l'esprit du gouvernement canadien, faire la promotion du pays pour encourager l'immigration de Français.
L'année suivante, Lamothe devient correspondant au journal Le Temps. À ce titre, il assiste à l'insurrection de l'Herzégovine en 1875, puis au soulèvement de patriotes bulgares en 1876, qui est réprimé dans le sang par les troupes turques et les troupes irrégulières, les bachi-bouzouks. Lors du massacre de Batak, à personnes sont ainsi tuées, et le village incendié par l'armée turque.
Lamothe séjourne ensuite dix-huit mois en Amérique à l'occasion de l'Exposition universelle de Philadelphie dédiée au centenaire de l'Indépendance des États-Unis, puis pour visiter la Louisiane, Cuba et Haïti.
Après son retour en France en 1877, il suit la guerre russo-turque de 1877-1878, sur le Danube et dans les Balkans. Il assiste en particulier à la bataille de Plevna pendant le siège de Plevna, le de cette année, avant de voyager en Algérie et en Tunisie entre 1879 et 1881. Il y commente les opérations militaires de l'Aurès et la campagne de Tunisie. Il est membre fondateur de la Société de Protection des indigènes en 1880.
En 1882, après un court séjour en Égypte, il revient à Paris et devient chargé de la partie coloniale du journal Le Temps. En 1884, le journal l'envoie à Berlin pour suivre la Conférence Internationale relative à la constitution de l'État neutre du Congo et à la neutralisation du grand fleuve africain.
En 1885, le résident général de France en Tunisie envoie Henri-Félix de Lamothe comme délégué à l'Exposition universelle d'Anvers. Un peu plus tard la même année, il quitte le pays pour se rendre dans les Balkans à la suite de l'éclatement d'une révolution à Philippopoli (Plovdiv) et de la fuite des autorités turques. Il assiste dans les rangs de l'armée bulgare aux batailles de Slivnitza et de Pirot. L'année suivante, il est fait chevalier de la Légion d'honneur.
Saint-Pierre-et-Miquelon (1886-1889) Sur les recommandations de Charles de Freycinet, alors président du Conseil, Henri-Félix de Lamothe entre dans l'administration colonialeMarcel Blanchard, Administrateurs d'Afrique Noire, dans Revue d'histoire des colonies, 1953, tome 40, , (lire en ligne). Il est alors successivement commandant (1886-1887) puis gouverneur (1887) à Saint-Pierre-et-MiquelonPhoto d'Henri de Lamothe, gouverneur des îles Saint-Pierre et Miquelon, 1889, où il revient occuper ce poste (1888-1889) après une période d'intérim.
Au Sénégal (1889-1895) Entre fin 1889 et 1895, Henri-Félix de Lamothe est gouverneur du Sénégal. Il y soumet les Toucouleurs du Fouta central, travaille à l'organisation des pays de protectorat et à la création des budgets régionaux, à l'origine du développement financier de l'Afrique-Occidentale française. Il fait rouvrir l'école des fils de chefs, fermée depuis 1871 et supprimer l'impôt sur la circulation des marchandises en pays wolof. La durée de sa présence et ses puissants appuis en métropole lui permettent de consolider la conquête, d'établir de nouvelles procédures pour le gouvernement colonial, et d'attaquer l'opposition qui avait mis l'administration dans l'embarras. Probablement entre 1889 et 1891, il se lie d'amitié avec le lieutenant-colonel Joseph Simon Galliéni, nommé au commandement supérieur du Haut-Fleuve (Sénégal) depuis 1886 et envoyé au Tonkin en 1891.
Réaction à l'assassinat d'Abel Jandet Durant sa présence au Sénégal, Lamothe interfère dans le processus électoral et dans les affaires du conseil municipal de Saint-Louis. Il est aussi à l'origine de décisions dans une affaire qui oppose Gaston Devès, entrepreneur dont la maison de commerce à des intérêts dans la région de Podor, et l'administration locale, à la suite de l'assassinat d'Abel Jandet. Ce dernier, arrivé de France en 1887 pour faire partie de la Direction des Affaires politiques du Sénégal, est tué par un soldat mécontent à Podor où il avait été envoyé en mission par le gouverneur Clément Thomas. Après une enquête rapide concluant au complot, trois hommes sont exécutés dont le lam Toro Sidikh, ancien chef du protectorat du Toro, démis par Jeantet depuis 1887.
Devès est appuyé par Alexandre Isaac, défenseur des droits de l'Homme et sénateur de la Guadeloupe, et l'amiral Aristide Vallon, qu'ils avaient poussé aux élections de 1889. Les trois hommes poussent à l'action la justice sénégalaise, avec à sa tête Conrad Frédéric Ursleur, contre Louis Frédéric Tautain, commandant le poste de Podor, et un autre fonctionnaire.
Lamothe fait abandonner l'enquête et rappeler Ursleur, décapitant l'institution judiciaire sénégalaise. Le conseil municipal de Saint-Louis, qui était placée sous la direction d'un allié des Devès, est révoqué et remplacé par une commission dirigée par l'avocat Jules Couchard. En 1894
Traités avec Fodé Kaba, attaques de Fodé Silla Le , Henri-Félix de Lamothe envoie le télégramme suivant au Ministère des Colonies : Après consultation du commandant des Troupes et devant intérêt supérieur - maintenir bonne harmonie avec gouvernement anglais - crois pas devoir maintenir objection prédécesseur relative action commune contre Fodé Kaba - Cependant Fogny étant incontestablement dans notre sphère d'influence - semble indispensable que direction nous appartienne si opérons conjointement. - Dans cas contraire, opérerons seuls dans le Fogny et Anglais dans voisinage immédiat de la frontière. Cependant l'absence de troupes aguerries va obliger le gouverneur à surseoir à l'expédition.Six mois plus tard, il envisage une solution plus habile que la guerre contre Fodé Kaba et envoie le capitaine Forichon, administrateur de Sédhiou (Seju), pour entrer en contact avec Fodé Kaba et le sonder sur l'éventualité d'un traité. Fodé Kaba, que Forichon rencontre à Médina, accepte un traité avec la France, qui lui reconnaît la possession du Kiang et du Fogny et le protège des agressions Joola. Le capitaine Forichon écrira au député Eugène Étienne, sous-secrétaire d'État aux Colonies, pour éviter une disgrâce à la suite de cette action. Henri-Félix de Lamothe quant à lui approuve le traité et écrit en ce sens au ministre. Pour lui, l'accord permet d'éviter une action commune avec les Anglais et d'assurer pour un temps la paix dans le Fogny pour mieux le contrôler.
Au printemps 1893, deux détachements sont envoyés vers le Fooñi (Fogny) pour soumettre les villages placés sous l'autorité de Fodé Kaba, mais qui refusent de lui obéir. Les combats sont violents. Le capitaine Grand, administrateur de Sédhiou (Seju), adresse à Saint-Louis un rapport critique : « Les Diolas ne se soumettront jamais à Fodé Kaba. Ses guerriers ne sont que des pillards très forts et très courageux en plaine et dans la brousse lorsqu'ils ont affaire aux femmes et aux enfants qu'ils recherchent avant tout. » Lamothe, en tournée en Casamance, répond par billet : « Veillez bien, je vous prie, à ce que Fodé et ses hommes ne tirent pas occasion du concours que les circonstances nous obligent à leur prêter en ce moment, pour se livrer à leurs procédés habituels de dépeuplement dont nos voisins de Gambie ne manqueraient pas d'exploiter et d'exagérer les nouvelles. »
Au mois de mai, un traité de protectorat est signé entre la République Française représenté par le gouverneur Henri-Félix de Lamothe et le Royaume de Fogny (Basse Casamance) représenté par le roi Fodé Kaba Doumbouya à Bona : Article 1 : Fodé Kaba remet entre les mains du gouverneur, la province du Fogny pour en assurer la tranquillité.
Article 2 : En remplacement des revenus qui lui avaient été reconnus dans le Fogny, Fodé Kaba recevra du gouvernement français en rente de par an, qui seront pris sur la totalité des ressources du Fogny.
Article 3 : Fodé s'engage à s'abstenir d'une manière absolue de toute incursion sur le territoire diola; le paiement du revenu de étant subordonné à l'exécution de cette clause.
Article 4 : Le gouvernement français s'engage en raison de l'hostilité qui existe entre le Fogny et Fodé, à le protéger contre toute agression des Diolas, à moins qu'il ne soit prouvé que l'agression provienne du fait de Fodé ou de ses sujets.
Article 5 : La frontière entre le pays de Fodé et le Fogny sera déterminée ultérieurement par un arrangement entre Fodé et le commandant de district de la Casamance. Fait à Bona, le .En 1892, Henri-Félix de Lamothe part en tournée en Casamance après des attaques des Anglais sur les villages du Kiang, où ils ont tenté de s'emparer de Fodé Kaba. Pour Lamothe, les griefs des Anglais sont exagérés en raison de la présence de postes provisoires de tirailleurs sur la frontière avec la Gambie. Deux ans plus tard, Bathurst, en Gambie, défendue par le capitaine Westmoreland et 250 hommes, est attaquée par Fodé Silla à la tête de 800 guerriers. Lamothe réunit alors le Conseil de Défense et décide l'envoi d'une force suffisante en Casamance. L'objectif est d'empêcher les Malinké de se joindre à Fodé Silla et, au besoin, de le capturer s'il venait à se réfugier en Casamance. Fodé Kaba respecte le traité qu'il avait signé avec la France. Le , Fodé Silla se rend à l'administrateur français de Karabane après avoir franchi la frontière de la Gambie. Ses soldats peuvent rester en Casamance après leur désarmement et acceptation de payer un impôt.
Relations avec Ahmed Saloum II