La campagne de Franklin-Nashville (également connue sous le nom de campagne de Hood au Tennessee) est l'ensemble des manœuvres militaires et des combats qui se déroulèrent, du au , sur le théâtre occidental de la guerre de SécessionWelcher, vol. II, p. 583. dans les États de l'Alabama, du Tennessee et dans le nord-ouest de la Géorgie. C'est la dernière offensive stratégique sudiste de la guerre de Sécession.
Pendant cette campagne, l'armée du Tennessee (Confédérée) commandée par le lieutenant-général John Bell Hood quitte Atlanta (Géorgie) en direction du nord pour menacer le centre du Tennessee, contrôlé par les troupes nordistes et les lignes de communication du major-général nordiste William Tecumseh Sherman. Après s'être brièvement lancé à la poursuite de Hood, Sherman regagne Atlanta, d'où il lance sa marche vers la mer, laissant le soin au major-général George H. Thomas de réduire la menace que constituent les forces de Hood. Hood pensait battre les forces de l'Union, placées sous le commandement du major-général John Schofield, avant qu'elles ne puissent effectuer leur jonction avec l'armée de Thomas. C'est ce qu'il tenta, le , lors de la Bataille de Spring Hill, mais le manque de coordination des Confédérés permit à Schofield de s'échapper. Le lendemain, Hood lança une série d'assauts frontaux et inutiles contre les retranchements de Schofield (bataille de Franklin), faisant subir de lourdes pertes à ses troupes. Schofield se retira et put effectuer sa jonction avec Thomas à Nashville (Tennessee). Les 15 et , l'armée de Thomas attaqua l'armée de Hood, très diminuée, et l'écrasa lors de la bataille de Nashville, l'envoyant battre en retraite jusqu'à Tupelo (Mississippi).
Forces en présence Principaux commandants confédérésPrincipaux commandants de l'Union
Confédérés
L'armée du Tennessee, commandée par le lieutenant-général John Bell HoodEicher, p. 769. Au commencement de la campagne d'Atlanta, Hood fut nommé temporairement « Full General », mais cette nomination ne fut jamais ratifiée par le Congrès et fut ensuite annulée et composée de hommes, constituait — en termes d'effectifs — le second contingent restant à la disposition de la Confédération, juste derrière l'armée de Virginie du Nord commandée par le général Robert Lee. Elle était composée des Corps du major-général Benjamin F. Cheatham, du lieutenant-général Stephen D. Lee, et du lieutenant-général Alexander P. Stewart, avec la cavalerie commandée par le major-général Nathan Bedford ForrestEicher, p. 769..
Union
Au commencement de la campagne, les forces de l'Union regroupées sous la dénomination de « Division militaire du Mississippi » étaient commandées par William Tecumseh Sherman à Atlanta, mais sa participation effective à la campagne ne dura que jusqu'à la fin du mois d'octobre. Sous Sherman se trouvait l'armée du Cumberland, commandée par le major-général George H. Thomas, « le Roc de Chickamauga ») (qui avait succédé à sa tête au major-général William Starke Rosecrans). Après le départ de Sherman, Thomas devint le principal commandant nordiste sur place. Il avait la main sur l'armée de l'Ohio, commandée par le major-général John M. Schofield et comptant hommes, répartis entre le Corps du major-général David S. Stanley, du Corps du brigadier-général Jacob D. Cox, ainsi qu'un Corps de cavalerie commandé par le major-général James H. Wilson. Thomas disposait en outre de hommes supplémentaires basés à Nashville et répartis sur le territoire de son DépartementEicher, p. 770. Pendant l'année 1865, Thomas et Schofield commandèrent respectivement l'armée du Cumberland et celle de l'Ohio, mais les historiens de la campagne utilisent parfois, pour désigner les forces rassemblées contre Hood, le terme d'armée fédérale. Par exemple, Welcher, vol. II, pp. 599, 611 ; Sword, p. 448 ; Jacobson, p. 452..
Contexte thumb|right|400px|Carte de la campagne de Franklin–Nashville. Après la chute et l'occupation d'Atlanta (), l'armée sudiste avait reflué vers l'ouest et s'était regroupée à Lovejoy's Station. Pendant près d'un mois, Sherman, habituellement combatif, avait peu bougé et beaucoup de ses hommes, désœuvrés, avaient quitté les rangs de l'armée à la fin de leur période d'engagement. Le , Hood déplaça ses forces vers Palmetto (Géorgie), où il reçut, le 25 du même mois, la visite du président confédéré Jefferson Davis. Les deux hommes définirent leur stratégie : Hood se dirigerait vers Chattanooga (Tennessee), et viserait les lignes de communication de Sherman. Ils espéraient que Sherman se laisserait attirer et que Hood pourrait le manœuvrer, sur un terrain favorable aux rebelles, lors d'une bataille décisiveEsposito, légende de la carte 148 ; Connelly, pp. 477-78 ; Eicher, pp. 736-37 ; Jacobson, pp. 29-30 ; Sword, pp. 45-46.. Durant sa visite, Davis fit part à Hood de sa déception concernant sa prestation durant la campagne d'Atlanta, lors de laquelle il avait perdu des dizaines de milliers d'hommes en livrant des assauts frontaux contestables qui lui avaient apportés peu de gains. Il lui fit comprendre qu'il envisageait de le remplacer à la tête de l'armée. Après le départ de Davis pour Montgomery (Alabama), le président télégraphia cependant à Hood pour lui dire qu'il le confirmait dans ses responsabilités, accédant même à sa demande de voir le lieutenant-général William J. Hardee, un des principaux commandants de corps d'armée de Hood, quitter l'armée du Tennessee. Mais Davis mit également en place, pour superviser Hood et le Département du lieutenant-général Richard Taylor, un nouveau commandant pour le théâtre d'opérations, en la personne du général P.G.T. BeauregardCe dernier, bien que nommé à ce poste de responsabilité, n'était pas censé contrôler opérationnellement les activités des armées sur le terrainConnelly, pp. 472-77 ; Sword, pp. 46-49 ; Jacobson, pp. 30-32..
Sherman entendait faire route vers l'est pour s'emparer de la ville de Savannah (la campagne correspondante est connue sous le nom de marche de Sherman vers la mer ou campagne de Savannah), mais il s'inquiétait pour ses lignes de communication avec Chattanooga. Une des menaces les plus pressantes était celle que faisait peser la cavalerie confédérée de Nathan Bedford Forrest, qui avait à plusieurs reprises perturbé les expéditions nordistes par des raids éclairs visant les arrières de l'ennemi. Le , le lieutenant-général Ulysses S. Grant ordonna à Sherman de le débarrasser de Forrest et Sherman dépêcha Thomas à Nashville (Tennessee), pour organiser toutes les forces présentes sur zone. Sherman envoya également une autre division, commandée par le brigadier-général James D. Morgan, à ChattanoogaWelcher, p. 583 ; Esposito, carte 148..
Sherman avait connaissance des objectifs de Hood. Dans un discours répété à chaque étape lors de son retour vers Richmond, la capitale confédérée, et repris par la presse que lisait avidement Sherman, Jefferson Davis avait annoncé le succès de Hood :
La stratégie du général Hood a été la bonne et sa conduite a été valeureuse. Ses yeux sont désormais fixés au loin, à une grande distance de l'endroit où il a été attaqué par l'ennemi. Il espère avoir bientôt la main sur les lignes de communication de Sherman et de l'amener là où il pourra le tenir à sa merci. […] Je crois qu'il est en notre pouvoir de planter le drapeau de la Confédération sur les rives de l'Ohio, d'où nous pourrons dire aux Yankees : « restez tranquilles, ou bien nous vous administrerons une autre leçon »Sword, pp. 51-52 ; Kennedy, p. 389. Connelly, p. 479..
Attaque confédérée contre les lignes de ravitaillement de Sherman Dans un premier temps, la stratégie des Confédérés porta ses fruits. Sherman fut obligé de disperser ses forces pour protéger ses lignes de communication. Il ne tomba cependant pas complètement dans le piège tendu par Hood. Il s'organisa pour donner à Thomas les troupes dont il aurait besoin pour affronter Hood et Forrest, tout en continuant à planifier son attaque sur Savannah. Le , Hood traversa la rivière Chattahoochee et se dirigea vers le nord-est avec hommes, pour attaquer la ligne de chemin de fer du Western & Atlantic Railroad qui servait à Sherman de ligne de ravitaillement. Le , alors qu'elle effectuait un raid contre le chemin de fer à proximité de Marietta, la cavalerie de Hood fut interceptée par celle de l'Union, commandée par les brigadiers-généraux Judson Kilpatrick et Kenner Garrard. Cependant, Sherman n'arrivait pas à localiser Hood et, pendant trois semaines, il eût des difficultés à suivre ses mouvements. Le général sudiste se déplaçait en effet avec rapidité, masquait ses mouvements et gardait l'initiative. La cavalerie de l'Union, que Sherman avait négligé de former à ce type de situation, n'arrivait pas à suivre Hood et à le renseigner sur ses intentionsWelcher, p. 583 ; Esposito, cartes 148, 149. Sword (p. 84) indique que les meilleurs chevaux avaient été réservés par Sherman pour sa marche vers la mer.
Le , tandis que Thomas arrivait à Nashville, les Confédérés de Stewart s'emparèrent de Big Shanty, aujourd'hui Kennesaw (Géorgie), et de la garnison fédérale composée de 175 hommes. Le jour suivant, ils prirent Acworth (Géorgie), où ils firent prisonniers 250 Nordistes. Sherman laissa le major-général Henry W. Slocum à Atlanta et fit route vers Marietta avec hommes. Hood scinda son effectif, en dépêchant l'essentiel à Dallas (Géorgie). Le reste, une division commandée par le major-général Samuel G. French, se déplaça, suivant la ligne de chemin de fer, vers Allatoona, (Géorgie)Sword, p. 54 ; Esposito, carte 149 ; Welcher, p. 583..
Allatoona (5 octobre)
La petite garnison présente à Allatoona, une fraction de brigade, était commandée par le colonel John Tourtellotte. Avant l'arrivée des Sudistes, Sherman lui avait envoyé une brigade de renfort conduite par le brigadier-général John M. Corse, qui prit le commandement des deux unités. Les Fédéraux occupaient des positions retranchées solides dans deux redoutes terrassées de part et d'autre d'une tranchée creusée pour passage du chemin de fer et faisant 55 mètres de large par 20 mètres de profondeur. La plupart des défenseurs, dont l'intégralité du Illinois, étaient armés de fusils Henry à répétitionWelcher, p. 584 ; Kennedy, p. 390..
La Division de French arriva à proximité d'Allatoona à l'aube du . Après un pilonnage d'artillerie de deux heures, French proposa aux Nordistes de se rendre, mais Corse refusa. French lança alors une attaque par le nord (contre l'arrière des fortifications fédérales) et deux autres par l'ouest. Les hommes de Corse survécurent aux deux heures d'assaut contre le Star Fort, la principale de leurs fortifications, sur le côté ouest de la tranchée, mais ils y étaient coincés et Tourtellotte envoya des renforts prélevés sur le fort de l'est. Étant donné la pression, la reddition des Fédéraux paraissait inévitable quand, vers midi, French reçut une dépêche qui l'informait (à tort) qu'un important contingent Nordiste approchait en provenance d'Acworth. Il se retira à contrecœur, vers deux heures de l'après-midi. Bien que les combats d'Allatoona n'aient pas été très importants, le pourcentage de pertes s'avéra élevéWelcher, p. 584 ; Kennedy, p. 391 ; Sword, p. 56 ; Eicher, p. 738..
Resaca, Dalton et les manœuvres en Alabama