La résolution 3379 de l'Assemblée générale des Nations unies, titrée Élimination de toutes les formes de discrimination raciale, est une déclaration considérant et déterminant que .
Cette résolution est adoptée le par un vote de 72 contre 35 et 32 abstentions. Elle est révoquée le 16 décembre 1991 par la même Assemblée générale des Nations unies.
Contexte De précédentes résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies et autres déclarations d'autres acteurs poussées par l'arrière-plan politique de l'époque mènent à l'adoption de la résolution 3379 qui va condamner officiellement l'idéologie nationale de l'État d'Israël, en plaçant également ce pays sur un pied d'égalité avec l'Afrique du Sud et la Rhodésie.
Déclaration 1904 de 1963 La Déclaration sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, adoptée à l'Assemblée générale des Nations unies le (non contraignante), est un précurseur important de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, juridiquement contraignante.
Charte de 1964 de l'OLP Dans le document fondateur de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), la Charte nationale palestinienne de 1964 (mise à jour quatre ans plus tard), il est écrit que :« Le sionisme est un mouvement politique, organiquement lié à l’impérialisme mondial et hostile à tous les mouvements de libération et de progrès dans le monde. C’est un mouvement raciste fanatique dans sa nature, agressif et colonialiste expansionniste dans ses objectifs, il est fasciste dans ses moyens ».
Appel de 1973 Le , l’Assemblée générale de l’ONU a appelé à la « Décennie contre le racisme ». La cible principale était le régime de l'apartheid en Afrique du Sud.
Résolution 3151 de 1973 En , l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 3151, qui liait le sionisme au racisme et à l'apartheid. Cette résolution qui traitait de la situation en Afrique du Sud déclarait qu'il y avait « une conspiration entre le colonialisme portugais, le racisme sud-africain, le sionisme et l'impérialisme israélien ».
Dans le contexte de la guerre froide, la proposition était dirigée par les Britanniques. Les Soviétiques et les pays de la Ligue arabe mais également de nombreux pays ont voté en sa faveur par opposition au régime d'apartheid en Afrique du Sud de l'époque.
Résolutions 3236 et 3237 de 1974 concernant l'OLP En 1974, l'Assemblée générale des Nations unies. adopte les résolutions 3236 et 3237. : la première reconnaissait la « question de Palestine » et invitait l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à participer à la diplomatie internationale ; la seconde désignait l'OLP comme observateur non membre de l'Assemblée, à la suite du « discours du Rameau d'olivier » du dirigeant politique palestinien Yasser Arafat à l'ONU.
Événements de 1975
Conférence à Mexico Lors de la première « Conférence mondiale des femmes » organisée sous les auspices des Nations unies et tenue à Mexico en , des représentants de 133 pays et environ 4 000 représentants d'organisations non gouvernementales (ONG), dont des représentants israéliens et palestiniens, avaient pour but de formuler des recommandations sur le thème de l'avancement de la condition de la femme dans le monde pour les soumettre à l'approbation de l'Assemblée générale. La déclaration finale de la conférence lors de l'année internationale des femmes a constaté que « Les femmes du monde entier... partagent l'expérience douloureuse de l'inégalité de traitement » et sont donc « des alliés naturels dans la lutte contre toutes les formes de discrimination, manifestées par le colonialisme, le néocolonialisme, le sionisme, la discrimination raciale et l'apartheid ». Elle souligne en outre le « rôle historique des femmes » dans l'élimination de ces formes d'oppression.
Déclarations et condamnations à Kampala En , « l'Organisation de l'unité africaine présidée par le dirigeant Idi Amin Dada s'est réunie à Kampala (Ouganda) et une décision a été prise appelant les pays du monde à participer aux efforts visant à suspendre Israël de toutes les institutions de l'ONU. Elle précise qu'« Israël est un danger pour la paix mondiale » en raison de sa « nature raciste-agressive ».
Conférence à Lima La cinquième conférence des pays non alignés sur la question de la Palestine et du Moyen-Orient, se tient à Lima (Pérou), en . Parmi ses résolutions, la conférence « appelle tous les pays à soutenir le peuple palestinien par tous les moyens dans sa lutte contre le sionisme et le colonialisme raciste pour récupérer ses droits nationaux complets ».
Appels à l'effacement Le , le président de l'Ouganda et de l'Organisation de l'unité africaine, Idi Amin Dada, a appelé les États-Unis non seulement à agir pour retirer Israël de toutes les instances de l'ONU mais encore de l'éliminer, afin de « garantir les droits des peuples palestiniens ».
Motions Le , les représentants de Cuba, du Yémen du Sud, de la Libye et de la Syrie ont présenté une motion commune (A/C. 3/L.2157) à l'Assemblée générale de l'ONU, selon laquelle le sionisme devrait également être condamné dans toutes les résolutions de l'ONU contre le racisme, à l'instar de l'Afrique du Sud. La proposition a été retirée après une forte opposition.
Quelques jours plus tard, le , la Somalie, soutenue par 19 États arabes, deux États d'Afrique de l'Ouest (Dahomey et Guinée), l'Afghanistan, Cuba et la RSS d'Ukraine, a présenté un nouveau projet de résolution (A/C. 3/6.2159) traitant exclusivement du sionisme.
Avant le vote Avant le vote de la résolution 3379 à l'Assemblée générale des Nations unies, l'ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Daniel Patrick Moynihan, avertit que « les Nations unies sont sur le point de faire de l'antisémitisme une loi internationale »Gil Troy, "Moynihan's Moment: America's Fight Against Zionism is Racism", page 134. Il prononce alors un discours contre la résolution, dans lequel il déclare notamment : « [Les États-Unis] ne reconnaissent pas, ne se conformeront pas, n'acquiesceront jamais à cet acte infâme... Un grand mal a été déchaîné sur le monde »Stanley Meisler, United Nations: A History, 2011, page 215.
Après que le projet de résolution eut été adopté par le comité préparatoire et que les tentatives de reporter le vote eurent échoué, la résolution 3379 a été soumise à l'Assemblée générale des Nations unies pour un vote le , sous le parrainage de la Ligue arabe et d'un certain nombre de pays à majorité musulmane, et avec un soutien principal par les votes favorables des pays du Second monde (bloc de l'Est) et de nombreux pays africains.
Texte Le texte de la résolution 3379 de 1975Texte de la résolution, sur la page "Documents" de l'ONU. mentionne un certain nombre de conférences internationales qui ont eu lieu entre 1963 et 1975 (voir supra), au cours desquelles il était affirmé que l'État d'Israël était raciste, qu'il opprimait les femmes et constituait un danger pour la paix mondiale « en raison de sa nature raciste et agressive ». Il se déploie ainsi :
Résultats du vote de la résolution 3379 thumb|upright=1.5|Vert : pays soutenant la résolution.Vert pâle : pays ayant seulement voté pour.Beige : abstention.Rouge : contre la résolution.Gris : absents lors du vote.
La résolution 3379 est adoptée avec 72 voix pour, 35 contre et 32 abstentions. Voir les débats et explications de vote sur .
Répartition En faveur (72) États parrains (25)Abstention (32)Contre (35)Pas de vote (3)Non-membres Afghanistan, Albanie, Algérie, Bahreïn, Bangladesh, Brésil, Bulgarie, Burundi, Biélorussie RSS, Cameroun, Cap -Vert, Tchad, Chine, Congo, Cuba, Chypre, Tchécoslovaquie, Dahomey, Yémen du Sud, Égypte, Guinée équatoriale, Gambie, Allemagne de l'Est, Grenade, Guinée, Guinée-Bissau, Guyane, Hongrie, Inde, Indonésie, Iran, Irak, Jordanie, Kampuchea, Koweït, Laos, Liban, Libye, Madagascar Malaisie, Maldives Mali, Malte, Mauritanie, Mexique Mongolie, Maroc, Mozambique, Niger Nigeria, Oman Pakistan, Pologne Portugal, Qatar Rwanda, São Tomé et Príncipe, Arabie saoudite, Sénégal Somalie, Union soviétique, Sri Lanka, Soudan, Syrie, Tunisie, Turquie, Ouganda, RSS d'Ukraine, Émirats arabes unis,Tanzanie, Yémen, Yougoslavie.Argentine, Bhoutan, Bolivie, Botswana, Birmanie, Chili, Colombie, Équateur, Éthiopie, Gabon, Ghana, Grèce, Guatemala, Jamaïque, Japon, Kenya, Lesotho, Maurice, Népal, Papouasie -Nouvelle-Guinée, Paraguay, Pérou, Philippines, Sierra Leone, Singapour, Thaïlande, Togo, Trinité-et-Tobago, Haute-Volta, Venezuela, Zaïre, Zambie.Allemagne de l'Ouest, Australie, Autriche, Bahamas, Barbade, Belgique, Canada, , Costa Rica, Côte d'Ivoire, Danemark, République dominicaine, États-Unis, Fidji, Finlande, France, Haïti, Honduras, Irlande, Islande, Israël, Italie, Libéria, Luxembourg, Malawi, Nicaragua, Nouvelle-Zélande, Norvège, Panama, Pays-Bas, République centrafricaine, Royaume-Uni, Salvador, Suède, Swaziland, Uruguay.Roumanie,
Espagne,
Afrique du Sud.Angola, Corée du Nord, Corée du Sud, République de Chine (Taiwan), Rhodésie, Suisse, Vietnam du Nord, Vietnam du Sud.Source : Système d'information bibliographique des Nations unies.
Réactions gauche|vignette|Manifestation anti-israélienne et pro-Gaza (2014) Après son adoption par l'Assemblée générale des Nations unies, la résolution 3379 de 1975 est fréquemment réduite en une formule radicale : « sionisme = racisme ».
Les réactions d'Israël et dans le monde occidental sont extrêmement négatives. Israël (membre de l'ONU depuis 1949.), qui a voté contre la résolution 3379, la condamne sur le champ ; il est principalement soutenu par les pays du Premier Monde.
L'ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU et futur président du pays, Haïm Herzog, monte à la chaire de l'assemblée onusienne, le jour-même du vote, et y prononce un discours s'inscrivant dans l'histoire de la guerre contre l'antisémitismeBlaisdell, Bob (18 August 2014). Great Speeches of the 20th Century. Courier Corporation. p. 163.. Au dernier instant, il déchire en deux le texte de la résolution.
Le lendemain du vote, soit le , le Congrès américain (Sénat et Chambre des représentants) condamne à l'unanimité la résolution comme « contribuant à l'antisémitisme » et se prononce contre la participation des États-Unis à la « Décennie contre le racisme » qui mènerait à de telles résolutions. Le secrétaire d’État américain Henry Kissinger déclare ce même jour à propos de la résolution 3379 que les États-Unis « ignoreraient et n’y prêteraient aucune attention », et que les Nations unies se feraient du mal si elles continuaient ainsi. vignette|Manifestation israélienne contre la décision de l'ONU à l'égard du sionisme (1975) Dans la rue israélienne, des manifestations rassemblant des milliers de personnes ont lieu pour protester contre l'adoption par l'ONU de cette résolution 3379 condamnant et dégradant le mouvement sioniste.
Lors d'un débat en Allemagne (RFA) au Bundestag, le , le ministre d'État Hans-Jürgen Wischnewski déclare que le gouvernement fédéral allemand a condamné la résolution comme étant incompatible avec la Charte des Nations unies et ne reposant sur aucune baseRapport sténographique du Bundestag allemand, 203e session, pp. 14022-14023
https://dserver.bundestag.de/btp/07/07203.pdf.
Le Premier ministre de la Jamaïque déclare en 1977 qu'il ne considèrait pas le sionisme comme une forme de racisme mais précise-t-il, « si nous avions voté contre la décision (de l'ONU), cela aurait donné l'impression que la Jamaïque soutenait le (régime) de l'apartheid. Je crois que de nombreux représentants se sont abstenus (et ne se sont pas opposés) pour cette raison ».
En 1989, le Parlement italien adopte une résolution appelant le gouvernement à exiger l'abrogation de cette décision 3379.