(« Dialogue constructif ») est le nom de la politique engagée par le gouvernement de Ronald Reagan pour amener le gouvernement sud-africain à réformer et supprimer sa politique d'apartheid au début des années 1980. Elle s'opposait aux propositions de sanctions économiques qui furent votées par le congrès américain en 1986.

La Realpolitik Le précédent rhodésien Durant les années 1970, l'Afrique du Sud avait été un intermédiaire utile pour les Occidentaux pour régler le cas de la Rhodésie du Sud qui avait déclaré unilatéralement son indépendance en 1965.

Le Congrès des États-Unis avait déjà transgressé publiquement des résolutions onusiennes en autorisant l’importation de chrome sud-rhodésien alors que la Rhodésie était sous embargo. En effet, la richesse du sous-sol en métaux rares, utiles pour les industries occidentales, était un atout pour la Rhodésie du SudAu début des années 1970, la Rhodésie du Sud détenait 80 % des réserves mondiales de chrome et de platine alors que sa production de nickel en 1973 représentait 10 % de la production mondiale. L’amendement Byrd, du nom du congressiste démocrate américain à l’initiative de cette mesure, permit aux États-Unis d’importer des métaux de Rhodésie du Sud nécessaires au développement de leurs industries.

Fin 1974, dans le cadre de l'initiative sud-africaine de détente avec les trois pricipaux pays membres des Frontline States , (Zambie, Tanzanie, Botswana), qui seront rejoints en 1975, par l'Angola et le Mozambique, John Vorster, le premier ministre sud-africain, décida d'intervenir auprès de Ian Smith, le premier ministre rhodésien pour tenter de l’amener à négocier la fin de la domination de la minorité blanche en Rhodésie. C'est ainsi que le , sous la pression de Vorster, Smith annonce la libération de tous les prisonniers politiques emprisonnés pendant au camp de restriction de Gonakudzingwa à la frontière entre la Rhodésie du Sud et le Mozambique, assuré selon lui de la fin des actes de terrorisme en Rhodésie et de l'organisation prochaine d’une conférence constitutionnelle avec des chefs nationalistes noirs modérés. Mais les libérations de prisonniers sont assez rapidement ajournées à la suite de nombreuses violations du cessez-le-feu.

En 1975, avec le soutien des Britanniques et surtout celui des Américains, John Vorster, continua néanmoins à faire pression sur le gouvernement de Ian Smith pour que ce dernier accepte de négocier le principe d'un transfert du pouvoir à la majorité noire en Rhodésie ; dans ce but, il annonce à Ian Smith le que l'Afrique du Sud ne fournirait plus de troupes en soutien au gouvernement de ce dernier. Vorster annonce aussi le retrait de ce pays de plusieurs contingents de la police sud-africaine ( sur les qui avaient été déployés en Rhodésie de 1967 à 1975), au moment même où pour contrer la guérilla les forces de sécurité du gouvernement rhodésien multiplient les raids contre les bases d’entraînement de la ZANU et de la ZAPU au Mozambique et en Zambie. John Vorster prit aussi la décision de rapatrier toutes les unités para-militaires sud-africaines stationnées en Rhodésie avant le mois de , un retrait annoncé le par le ministre des affaires étrangères de la Zambie M. MwaangaLes troupes sud-africaines seront retirées du pays avant juin 1975, Article du Monde du 10 avril 1975.. Au mois d', le ministre de la police de Vorster, Jimmy Kruger annonce le , le retrait progressif des 200 derniers policiers sud-africains déployés en RhodésieLe retrait des forces de police sud-africaines est presque terminé, article du Monde du 4 août 1975. John Vorster réduit également les liens commerciaux entre l'Afrique du Sud et la Rhodésie. Pour Smith, le comportement de Vorster est une trahison digne de ce qu'il attendait de la Grande-Bretagne et non d'un allié, mais il est obligé de céder.

Mais ce qui provoqua le plus de tensions entre le gouvernement rhodésien et son allié sud-africain fut surtout le cas du révérend Ndabaningi Sitholé, arrêté le et condamné seulement à 6 ans de prison supplémentaires en 1969 (alors qu'il encourait la peine de mort), pour avoir organisé en 1968 un complot visant à assassiner Ian Smith, le révérend Ndabaningi Sitholé qui fut libéré le , après avoir passé 10 ans en prison à la Prison centrale de Salisbury, sera de nouveau arrêté et emprisonné le , cette fois-ci accusé de complot contre 3 autres leaders nationalistes noirs rhodésiens, l'évêque Abel Muzorewa, son adjoint, le Dr Elliott Gabellah, et Joshua Nkomo, chef de l'Union du peuple africain du ZimbabweSithole Drops Case Before Rhodesian Tribunal, article du New York Times du 26 mars 1975., (raison officielle évoquée par le gouvernement rhodésien), (ce qui poussa l'évêque méthodiste Abel Muzorewa, le leader du Conseil national africain uni à suspendre les pourparlers avec le gouvernement tant que Sitholé n'aurait pas été libéré)Rhodesia Jails a Black Leader; Parleys Broken Off in Response, article du New-York Times du 5 mars 1975. (Le retour en prison du Révérend Ndabaningi Sitholé profita surtout à Robert Mugabe qui bénéficia également de l'assassinat de Herbert Chitepo le en Zambie pour prendre le contrôle de la Zimbabwe African National Union). John Vorster convoqua alors en urgence au Cap, le , Ian Smith et son ministre de la défense et des affaires étrangères P. K. van der Byl. Les Sud-Africains étaient extrêmement mécontents de cette action et soupçonnaient que la véritable raison était que les Rhodésiens s'opposaient à Sitholé et préféraient négocier avec le chef de la ZAPU, Joshua NkomoMichael Knipe, "Sithole arrest linked with death list", The Times, Friday, 7 March 1975, p. 8. Van der Byl n'a pas réussi à rassurer les Sud-Africains et un mois plus tard, le , grâce à l'intervention de Pretoria, Sitholé est relâché pour qu'il puisse assister à la conférence des ministres de l'O.U.A. à Dar-Es-SalaamM. Ian Smith se déclare prêt à reprendre immédiatement les pourparlers avec les nationalistes, article du Monde du 21 avril 1975. Le , dans une interview accordée au Washington Post, Muzorewa, se montra particulièrement critique vis-à-vis du gouvernement britannique en déclarant, (nous avons perdu notre temps en nous adressant à la Grande-Bretagne), il jugea au contraire décisive " l'influence de l'Afrique du Sud sur la Rhodésie, estimant qu'elle est la véritable " source du pouvoir dans ce pays, Muzorewa estima par ailleurs que le premier ministre sud-africain, John Vorster pourrait être invité à présider les prochaines négociations entre les mouvements de libération et le gouvernement rhodésien)La libération du Révérend Sithole : un nouveau " geste de détente, article du monde du 7 avril 1975..

À plusieurs reprises, John Vorster tenta de persuader Ian Smith de se réconcilier avec les dirigeants nationalistes noirs rhodésiens. Après une vaine tentative en , un haut responsable du Conseil national africain uni, dirigé par l'évêque méthodiste Abel Muzorewa déclare que Vorster aboyait sur Smith alors qu'il devait être mordantRHODESIA: A Bizarre Venue article du Time le 25 août 1975. Le , La réunion entre Ian Smith et le Conseil national africain uni se termine dans une impasse sur le lieu de la conférence constitutionnelle.

Avec l'appui des Américains, les Sud-Africains et les Zambiens ont conjointement organisé des contacts entre les différents groupes de guérillas (ZANU du révérend Ndabaningi Sitholé, ZAPU de Joshua Nkomo et le FROLIZI de James Chikerema) et le gouvernement de Ian Smith. Le , sous les auspices de John Vorster et du président zambien Kenneth Kaunda, une rencontre au sommet entre Smith et les dirigeants noirs des mouvements de guérillas a lieu aux chutes Victoria, dans un wagon sud-africain stationné sur un pont situé au-dessus des chutes à la frontière entre la Zambie et la Rhodésie. Au bout de neuf heures d’entretien, cette conférence entre Smith, Abel Muzorewa, Joshua Nkomo, le révérend Ndabaningi Sitholé et Robert Mugabe se solde par un échec.

En 1976, John Vorster, inquiet de l’évolution politique de l'Angola et du Mozambique, deux anciennes colonies portugaises dirigées par des gouvernements marxistes favorables aux mouvements de guérillas, entreprend de calmer la situation en Rhodésie du Sud quitte à laisser un gouvernement noir modéré s'y installer (Mais pas un gouvernement marxiste). Il a l’appui des Britanniques mais surtout celui des Américains. En effet, Henry Kissinger, le secrétaire d’État américain partisan de la détente avec les régimes « blancs » d’Afrique et d'adoucissement des relations avec l’Afrique du Sud, a entrepris de mettre en place une « diplomatie globale » à l’avantage du gouvernement de Pretoria. En échange de pressions de Vorster sur Ian Smith afin d’obtenir l’application du principe de majorité en Rhodésie du Sud, le gouvernement américain s’abstiendrait de pressions directes sur les questions concernant l’avenir du Sud-Ouest africain (ou le gouvernement sud-africain a initié la Conférence de la Turnhalle) (réunissant toutes les forces politiques du Sud-Ouest africain), sauf la SWAPO et la SWANU et sur la pérennité de l’apartheid.

Le , Eschel Rhoodie, un haut responsable du ministère sud-africain de l'information annonce que l'administration de Pretoria ne prévoit aucune circonstance dans laquelle l'Afrique du Sud interviendrait militairement pour sauver le gouvernement de la minorité blanche en Rhodésie, déclarant ensuite que l'Afrique du Sud était déterminée à rester en dehors du conflit entre les forces rhodésiennes et les guérilleros nationalistes noirs, même si celui-ci devait s'élargir et conduire à une effusion de sang majeure parmi les 278 000 Blancs de Rhodésie. Nous n'entreprendrons en aucun cas une opération de maintien", a déclaré M. Rhoodie dans son bureau de la capitale administrative sud-africaine. "Une intervention militaire de l'Afrique du Sud pour soutenir le gouvernement rhodésien est absolument hors de question."South African Aide Bars Military Role in Rhodesia, article du New York Times du 13 mai 1976. Le lendemain Eschel Rhoodie fit une autre déclaration au New-York Times répétant que dans les circonstances actuelles, la politique du gouvernement sud-africain était que l'Afrique du Sud ne s'impliquerait pas militairement en RhodésieSOUTH AFRICAN ADDS TOVIEW ON RHODESIA, article du New-York Times du 16 mai 1976..

Le gouvernement sud-africain réagit vivement au raid mené par les Selous Scouts une unité des forces spéciales rhodésiennes le sur la ville de Nyadzonya au Mozambique contre un camp d'entrainement de la Zimbabwe African National Liberation Army (opération Eland) qui conduit à une rupture importante entre les gouvernements rhodésiens et sud-africains. Le Premier ministre sud-africain John Vorster avait mis en garde son homologue rhodésien Ian Smith contre une extension du conflitThe Rhodesian War: A Military History. Vorster n'avait pas été informé de l'opération Eland et a réagi en retirant le soutien militaire que son gouvernement fournissait secrètement à la Rhodésie par le biais de l'opération Polo. Vorster a également réduit l'approvisionnement en pétrole et en munitions de la Rhodésie et son ministre des Affaires étrangères Hilgard Muller a annoncé que l'Afrique du Sud soutiendrait désormais une transition vers un régime majoritaire noir en Rhodésie. Le , le gouvernement sud-africain annonça le retrait de tous ses hélicoptères militaires de Rhodésie.