L'occidentalisme est un courant de pensée né dans l'Empire russe dans la première moitié du .

Il recouvre une multitude de théories (aussi bien libérales que socialistes, ou anarchistes) dont le point commun est de considérer que la Russie est arriérée et que c'est l'Occident qui doit lui servir de modèle de développement.

La conviction de l'infériorité de la Russie par rapport à l'Europe occidentale était largement répandue dans un pays où les tsars (en particulier Pierre le Grand et Catherine II) et les classes dirigeantes avaient écarté les valeurs et institutions russes pour adopter, souvent rapidement et brutalement, celles de l'Occident.

Au début du , les contacts entre la Russie et l'Europe centrale ou occidentale prirent un nouvel essor, notamment à l'occasion des guerres napoléoniennes (double prise de Paris par les troupes impériales russes). De nombreux Russes purent constater les révolutions sociales (perte d'influence de la noblesse, développement de la bourgeoisie et naissance du prolétariat industriel), économiques (révolution industrielle) et politiques (développement du parlementarisme) entamées en Occident. Pendant ce temps, Alexandre (pendant les dernières années de son règne) et Nicolas paralysaient toute réforme en Russie, de peur d'un effondrement du système. L'insurrection décabriste de , qui éclate à la faveur de la succession entre Alexandre et Nicolas marque un moment fort de l'occidentalisation russe par une certaine élite militaire (reprise des mots d'ordre libéraux de l'époque, réclamation d'une constitution, réforme agraire, etc.) La seule façon de surmonter les énormes problèmes politiques (autocratie), économiques (sous-développement industriel) et sociaux (servage) de la Russie du , était pour les occidentalistes de continuer le travail d'occidentalisation.

C'est Piotr Iakovlevitch Tchaadaïev qui est considéré comme le père du mouvement occidentaliste, pour avoir exposé dans ses Lettres philosophiques (dont la première a été publiée en 1836) la thèse de la nullité historique de la RussieTchaadaïev écrit ses lettres de « Nécropolis » (la ville des morts), en réalité Moscou.. Le philosophe et critique littéraire Vissarion Belinski et l'écrivain et philosophe Alexandre Herzen ont également eu une importance décisive pour le développement des théories occidentalistes. Tous trois ont été persécutés par le régime tsariste qui considérait leurs thèses comme une critique inacceptable du système. Vladimir Pétchérine, qui représente ce courant en exil, l'a porté à son point extrême en se convertissant au catholicisme de rite latin.

Les discussions entre occidentalistes et slavophiles (selon lesquels la Russie disposerait d'un génie propre qui, une fois écartées les influences occidentales, lui vaudra un avenir brillant) ont constitué un élément essentiel du débat intellectuel russe. La polémique continue jusqu'à nos jours.

Au début du , en matière de peinture, les occidentalistes demandent que l'on invite des peintres français aux expositions de tableaux pour que les œuvres russes se trouvent côte à côte avec les œuvres françaises. Ils veulent ainsi mettre en avant l'évolution qui s'est produite à la suite des nombreux voyages des Russes à Paris. La Toison d'or prend en charge l'organisation de plusieurs expositions mixtes en 1908, en 1909, en 1910, consacrées à la peinture russe et françaiseValentine Marcadé, Le Renouveau de l'art pictural russe, Édition L'Âge d'Homme, Lausanne 1971, ..

Acception moderne du terme

De nos jours, l'occidentalisme peut aussi désigner une idéologie politique prônant une convergence d'intérêts entre l'Europe et les États-Unis en tant que synonyme d'atlantisme. La vision occidentaliste se distingue en ce sens de l'eurocentrisme.

Il peut aussi recouvrer, accolé au mot islamique, un courant de pensée inhérent à l'islam et s'imprégnant de la philosophie occidentale pour mettre au jour une pensée islamique contemporaine.

Notes et références

Bibliographie . . Ian Buruma et Avishai Margalit, L'Occidentalisme. Une brève histoire contre l'Occident. Trad. par Claude Chastagner. Paris, Climats, 2006. 160 p.

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