Armorique est un nom propre d'origine gauloise, qui désigne depuis l'Antiquité classique le territoire situé entre la Loire et la Seine ou entre les estuaires de la Gironde et de la Seine. Selon certains auteurs, ce territoire s'étendait même depuis l'estuaire de la Gironde jusqu'à celui de l'Escaut. Cet espace forme une péninsule entre la Manche et le golfe de Gascogne, à l'ouest du continent européen. L'Armorique est souvent confondue avec la Bretagne, qui ne constitue pourtant qu'une partie du territoire armoricain.

Les traces de présence humaine en Armorique sont régulières depuis le paléolithique inférieur (notamment avec l'exemple des feux entretenus parmi les plus anciens au monde -vieux de 465 000 ans- sur le site archéologique de Menez Dregan à Plouhinec en Finistère). L'occupation humaine s'est poursuivie durant le mésolithique (le site archéologique de l'île de Téviec à l'ouest de la presqu'île de Quiberon en est l'un des témoignages) et sans discontinuité jusqu'au néolithique. Durant cette dernière période, les populations sont qualifiées de préceltiques. La péninsule armoricaine est probablement l'un des berceaux du mégalithisme en Europe.. Les auteurs de la fin de la République et du début de l'Empire romain la présentent comme peuplée par sept tribus gauloises dont Jules César donne la liste. Les Armoricains pourraient avoir constitué une confédération de peuples rivale de celle des Vénètes.

Après la conquête, l'Empire romain n'a pas repris cette division dans son découpage provincial (Belgique, Lyonnaise, Aquitaine) de la Gaule. Mais au , face aux menaces venues de la mer, est créé un secteur militaire, le Tractus Armoricanus et Nervicanus comprenant les territoires littoraux de l'embouchure de la Somme à celle de la GaronneFélix Le Royer de La Sauvagère, Recueil d'antiquités dans les Gaules, enrichi..., , Paris, 1770. Lire en ligne.

À la fin de l'Antiquité, les Bretons insulaires émigrèrent massivement dans la partie occidentale de cette région, sur la péninsule qui prit progressivement le nom de Bretagne. L'usage du terme « Armorique » pour désigner la vaste région maritime entre la Gironde et la Seine a été progressivement remplacé par celui « France de l'Ouest » dans la géographie officielle française..

Attestations anciennes des termes Armorique et Armoricain Dans le dictionnaire français-latin de référence « Gaffiot » (Hachette, 1934), l'entrée « Armoric- » renvoie à « Aremoric- » où l'on trouve : Aremorica, -ae, féminin, l'Armorique (province occidentale de la Gaule), Pline 4, 105 Aremoricus, -a, -um, de l'Armorique, César, G., 5, 53 Aremoricanus, -a, -um (décadent).

Donc, selon Félix Gaffiot, la forme normale en latin pour Armorique est Aremorica, tandis qu'Armorica est une variante contractée. En ce qui concerne les références littéraires disponibles, on trouve les énoncés suivants (dans l'ordre chronologique). César, La Guerre des Gaules, V, 53 :

César, ibid°, VII, 75 (il s'agit des contingents demandés pour apporter de l'aide à Vercingétorix assiégé dans Alésia) :

Étymologie thumb|L'Armorique, avec la Loire et la Seine en rouge. Cette partie maritime de la Gaule avec son arrière-pays se nommait alors en celtique continental ou gaulois Aremorica , le pays des Aremorici : Armorica est la latinisation de ce termeI.C.Zeuss, GRAMMATICA CELTICA e monumentis vetustis tam Hibernicae linguae quam Britannicarum dialectorum Cambriacae Cornicae Aremoricae comparatis Gallicae priscae reliquis construxit I.C.Zeuss, Phil.Hist.Prof., editio altera curavit. H.Ebel,.Ph., Acad.Reg.Hib.Soc.Hon., Acad.Reg.Boruss.Adi.Comm.Epist. Berolini, Apud Weidmannos MDCCCLXXI (1871)Franz Bopp, Grammaire comparée des langues indo-européennes traduction de Michel Bréal de l'École pratique des hautes études et du Collège de France (de 1866 à 1905), membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, quatre tome in-quarto, Paris, Imprimerie impériale et Imprimerie nationale, 1866-1874.

On peut distinguer les trois éléments celtiques suivants : are issu de l'indo-européen p°ri- « devant, auprès » (cf. irlandais air, ar, sur / devant ; gallois er, sur / à / pour ; breton war ou ar, sur), mori « mer » (irlandais muir, génitif mara ; thème en « i » ; gallois et breton : mor, d'où le composé armor « pays de la mer » cf. Côtes-d'Armor (appelé ar vor en breton avec mutation de /m/ à /v/ caractéristique des langues celtiques modernes) suffixe -iko- (pluriel -ici « ceux qui ») comme dans Mediomatrici, Arecomici, Latobici, etc. et -ika qui sert à créer des substantifs que l'on retrouve dans des noms de pays Utica (pays d'Ouche), Pertica (Perche), etc.

Géographie

Situation gauche|vignette|Pays de l'arc atlantique parmi lesquels figure l'Armorique. Ces régions d'Europe sont traditionnellement liées par la relation étroite qu'elles entretiennent avec la mer.|272x272px Selon le géographe Alain Chauvet, l'Armorique s'apparente à un espace de « finisterre », à l'échelle du continent européen et à celle de la France, analogue à la Galice et à la Norvège. Cette région qui comprend globalement la Basse-Normandie, au nord, la Vendée, au sud, en passant par la Bretagne, constitue le point de rencontre de plusieurs grandes routes maritimes européennes et possède une situation centrale au sein de l'Arc atlantique européen. Cette situation a valu à l'Armorique, au cours de son histoire, d'être progressivement occupée, à la fois par des peuples venus d'Europe continentale (Gaulois, Romains, Francs) et par des peuples venus de la mer (Saxons, Bretons, Vikings).

Par ailleurs, du fait de sa situation, l'Armorique a souvent entretenu des contacts avec les îles Britanniques. Avant la conquête romaine, les gaulois armoricains faisaient déjà commerce de l'étain avec l'île de Bretagne.. La conquête romaine n'a pas rompu ce lien et le Bas Empire a même contribué au renforcement des liens militaires entre les deux rives de la Manche avec la création du litus Saxonicum. Par la suite, c'est depuis cette île que les Bretons immigrèrent ensuite en Armorique occidentale à la fin de l'Antiquité. Au Moyen Âge, les Normands, menés par Guillaume le Conquérant traversèrent la Manche et conquirent le royaume d'Angleterre en 1066, tandis qu'au siècle suivant, le comte d'Anjou et du Maine, Henri II Plantagenêt, créa un vaste empire, opposé à la France des Capétiens, s'étendant à la fois sur les îles Britanniques et sur l'Ouest Français.. Lors de la période révolutionnaire, les Vendéens, traversèrent la région jusqu'aux côtes de la Manche dans l'espoir d'y obtenir un soutien de l'armée anglaise contre les troupes républicaines. Enfin en 1944, les alliés, basés en Grande-Bretagne débarquèrent en Normandie afin de libérer l'Europe occidentale de l'armée allemande.

Relief

vignette|Carte géologique du Massif armoricain. La majeure partie du territoire armoricain comprend l'entité géologique auquel il a donné son nom : le Massif armoricain. Ce massif relativement peu élevé, s'apparente à un vaste plateau composé de granite et de schiste qui s'élève en plusieurs endroits dont les monts d'Arrée, les montagnes Noires, les collines de Vendée, les Alpes mancelles et la Suisse normande. La formation de la péninsule armoricaine est d'ailleurs la conséquence de la présence de ce massif aux roches plus dures et donc plus difficilement érodables que les littoraux calcaires des bassins parisien et aquitain, situés plus au Nord et plus au Sud. Le mont des Avaloirs (416 m) situé au nord du département de la Mayenne constitue le point culminant du massif., tandis que le signal d'Écouves situé dans l'Orne, mais à proximité du mont des Avaloirs, est du haut de ses 413 m, le deuxième sommet du Massif armoricain.

Paysages vignette|Paysage de bocage, typique du plateau armoricain (Ici la vallée de l'Erve). Sur le plan paysagé, le massif armoricain s'apparente à un plateau peu élevé, ponctué de vallons et de collines, sur lequel pousse une végétation adaptée à l'humidité ambiante., telle que les forêts (parfois ombrophiles) de hêtres, de châtaigniers et de chênes (pédonculé, tauzin), ainsi que les landes (ajoncs, genêts, bruyères) et les tourbières. Le vallonnement ainsi que la présence de chaos rocheux, ont constitué un obstacle à la céréaliculture et ont y plutôt favorisé le développement de l'élevage., si bien que la péninsule n'a jamais vraiment été remembrée. Ainsi, la majeure partie du territoire est couverte par le bocage (Bocage normand, Bocage angevin, Bocage vendéen) et est marquée par l'habitat dispersé. vignette|Le Nez de Jobourg constitue la pointe nord-ouest de la presqu'île du Cotentin.|gaucheLa nature spécifique des sols armoricains se retrouve dans l'architecture locale. et les maisons traditionnelles de Bretagne, et des bocages mayennais, vendéens et normands ont été bâties, pour la plupart, en pierre de schiste et en granite. Les toitures en chaume et en roseaux sont présentes de manière diffuse, en Normandie, en Bretagne, notamment dans la presqu'île guérandaise, ainsi que dans le nord-ouest de la Vendée..

Au contact de la mer, le massif armoricain forme un littoral découpé, marqué par les falaises (Nez de Jobourg, cap Fréhel, pointe de Pen-Hir, falaises de l'île d'Yeu), par une succession de cap (pointe du Raz, cap de la Hague, pointe du Castelli, pointe de Barfleur) et de baies (baie du Mont-Saint-Michel, golfe du Morbihan, baie de Bourgneuf) ainsi que de rias, (essentiellement en Bretagne : Aber Wrac'h, Aber Ildut).

La difficile érosion des roches dures a aussi entrainé la formation de nombreuses îles au large, si bien que les côtes du massif armoricain concentrent l'immense majorité des îles et îlots des littoraux atlantique et manchois français. Ainsi les littoraux de la péninsule comptent de nombreux archipels, tels que l'archipel de Molène, île d'Ouessant, l'île de Groix, Belle-Île en Bretagne, mais aussi les îles Chausey et les îles Anglo-Normandes au large du Cotentin ou encore les îles d'Yeu et de Noirmoutier en Vendée.

Climat vignette|L'Armorique connait un climat doux et relativement humide. Comme le reste de la façade de la Manche et de l'Atlantique française, cet espace connait un climat océanique. Les dépressions venant de l'Atlantique y rendent les températures relativement douces mais sont à l'origine d'une pluviométrie assez forte bien que cette dernière soit sensiblement plus faible dans l'estuaire de la Loire et en Vendée..

On parle cependant de « climat océanique Nord-Ouest » pour désigner le climat propre à cette partie de l'hexagone car il diffère sensiblement du climat océanique du sud-Ouest de la France (climat océanique aquitain) marqué par des hivers plus doux et des étés plus chauds..

Par ailleurs, du fait de sa situation péninsulaire, l'espace armoricain est largement soumis à de forts vents d'ouest. Aussi les tempêtes y sont fréquentes notamment en automne et au début de l'hiver.

Histoire

Populations pré-celtiques et méogalithisme

La région était peuplée dès le Néolithique , vers -5500 av. J.-C., avec l'apparition de l'agriculture et des premiers villages et entretenait déjà des liens maritimes importants avec les autres péninsules de l'arc atlantique européen. C'est à cette époque que furent construits la plupart des sites mégalithiques, que l'on trouve sur le littoral, tels que les alignements de Carnac (Morbihan), cairn de Barnenez (Finistère), mégalithes du Bernard (Vendée), ou à l'intérieur des terres tels que La Hutte aux gabelous en Mayenne.

Plus tardivement, la région, alors au cœur des échanges entre les peuples du littoral Atlantique européen, a constitué l'un des centres de la culture campaniforme puis de la culture l'âge du Bronze Atlantique. C'est à cette époque que l'Armorique, habité jusqu'alors essentiellement par les descendants des éleveurs qui avaient propagé l'agriculture depuis le Moyen-Orient, fut progressivement peuplée par des Celtes venus d'Europe Centrale.

Premières populations celtiques