L'affaire Florence Cassez concerne l'arrestation et la détention au Mexique d'une ressortissante française, ainsi que de son compagnon mexicain. Arrêtée en 2005, Florence Cassez est alors accusée d'enlèvement, séquestration, délinquance organisée et possession d'armes à feu et de munitions à l'usage exclusif des forces armées, et condamnée à de prison par la justice de ce pays en 2008 (peine réduite en appel en 2009 à de prison). Florence Cassez est libérée le à la suite de l'annulation de sa condamnation par la Cour suprême du MexiqueLibération immédiate de Florence Cassez - Le Point, 23 janvier 2013. Son compagnon de l'époque, Israel Vallarta Cisneros, est quant à lui libéré le ..

Les déboires judiciaires de la Française avaient suscité une très vive émotion au sein d'une partie de l'opinion publique mexicaine, ainsi qu'une polémique entre la France et le Mexique : l'attitude et les interventions publiques de personnalités politiques françaises, au premier rang desquelles Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avaient été critiquées en retour par une partie de la société civile et des responsables politiques mexicains.

Protagonistes

Florence Marie Louise Cassez CrépinNom complet énoncé par le juge lors de l'annonce de sa libération le 23 janvier 2013., née à Beuvry (Pas-de-Calais) le Au Mexique, vingt ans de prison pour Florence Cassez - Olivier Tartart et Christian Larivière, La Voix du Nord, 27 avril 2008, est la fille de Bernard Cassez, patron d'une petite entreprise de textile« Florence Cassez, la prisonnière du Mexique » article de Florence Aubenas dans Le Nouvel Observateur du 29 juillet 2010., et de Charlotte CrépinFlorence Cassez, toujours prisonnière au Mexique - Marie Huret, L'Express , 26 novembre 2008, Reduce magistrado a 60 años sentencia a francesa acusada de secuestro - Caracol, 4 mars 2009. En 2003, Florence Cassez quitte son emploi de directrice d'une boutique Eurodif à Calais et se rend au Mexique, où son frère Sébastien s'est installé et a créé Sistemas de Salud y Belleza, entreprise de distribution d'appareils esthétiques et médicauxDossier: Pour comprendre l’affaire Cassez, exceptionnelle du début à la fin ! - Alain Figadere, Le Grand Journal du Mexique, 5 février 2013.

En , Florence Cassez rencontre Israel Vallarta Cisneros par l'intermédiaire de Sébastien. À son arrestation, il reconnaît sous la torture dix enlèvements et un meurtreAffaire Cassez, enquête sur trois hommes et un mystèreCondamnée sur de si faibles charges... - La Voix du Nord, juin 2008 et est présenté comme le ravisseur en chef de la bande des « Zodiaque » (« Los Zodiacos ») : il n'a jamais été jugé pour les faits qui lui sont reprochés. Elle le présente à ses parents lors de leur visite au MexiqueAffaire Cassez: qui a menti ? - Hugues Kéraly, Sedcontra.fr, février 2011 (voir archive). En , Florence Cassez se sépare d'Israel Vallarta Cisneros, retourne en FranceL’invraisemblable affaire Cassez - Léonore Mahieux, Libération, 9 mars 2009 mais ne trouve pas de travail, si bien qu'elle revient au Mexique ; elle vit chez Israel de septembre à décembre.

Cependant, les affaires de Sébastien Cassez ne vont pas très bien et des dissensions apparaissent avec son associé, Edouardo Cuauhtémoc Margolis Sobol, un Mexicain d’origine libanaise de confession juive, représentant de nombreuses sociétés israéliennes au Mexique, dont des entreprises d’armement et d’équipement pour les forces militaires et policières. Il est également propriétaire de sociétés de protection et de surveillance à Mexico. Par ses relations d'affaires, Margolis entretient d'excellents rapports avec Genaro García Luna, directeur de l'« Agence fédérale d'investigation » (Agencia Federal de Investigación, ou AFI) et Luis Cárdenas Palomino, chef de la division sécurité régionale de la police fédérale (donc adjoint de García Luna), qui sera chargé de mener l'enquête contre le gang des « Zodiaque ».

Pour Sébastien, l'homme d'affaires a profité de cette situation pour le menacer lui et son entourage. Florence Cassez aurait donc été la victime d'un complot ourdi par les trois hommes, qui auraient ainsi profité de la relation que celle-ci entretenait avec le chef du gang supposé pour atteindre personnellement son frère.

Arrestation controversée (2005) Le , considérée comme la complice d'Israel Vallarta Cisneros, Florence Cassez est arrêtée en compagnie de celui-ci en milieu de journée à bord d'une camionnette transportant des affaires lui appartenant, sur une autoroute à une cinquantaine de kilomètres de Mexico. La police met en scène son arrestation pour deux chaînes de télévision (TV Azteca et Televisa)Le cauchemar mexicain de Florence Cassez - Frédéric Faux, Le Figaro, 2 mai 2008 le matin du au ranch de Vallarta Cisneros, situé au sud de la capitale, sur la route de Cuernavaca, au kilomètre 29,5, à une heure de route du centre-ville de Mexico. La police fait passer auprès des médias l'arrestation mise en scène et filmée pour un flagrant délit et une opération de sauvetage, trois personnes enlevées étant retrouvées sur les lieuxFlorence Cassez : l’arrestation maquillée, le procès contesté - Emmanuelle Steels, Libération, 21 avril 2010 : Ezequiel Yadir Elizalde Flores, Cristina Ríos Valladares et son fils âgé de , Cristian.

Le , Florence Cassez témoigne en direct de sa prison dans l'émission de Denise Maerker, Punto de Partida, sur la chaîne Televisa, et dénonce le montage de son arrestation en accusant Genaro García Luna (et son adjoint Luis Cárdenas Palomino) d'en être les auteurs. Deux mois plus tard, dans la même émission, García Luna reconnaît en direct la mise en scène, s'en explique et ajoute qu'il s'agissait « d'une reconstitution demandée par les médias et que cet élément ne sera pas pris en compte lors du procès de la Française »Arrestation de Florence Cassez au Mexique: la police a menti - article AFP - du 19 avril 2010.. Version formellement démentie par Carlos Loret de Mola, présentateur vedette de la chaîne Televisa, qui affirme avoir été manipulé par les autorités sur lesquelles il rejette toute la responsabilité de la mise en scène« Florence Cassez : les regrets d'une chaîne de télé mexicaine » - article de Libération du 22 janvier 2013..

Pour ses avocats et selon la loi mexicaine, Florence Cassez aurait dû être présentée au parquet dans les deux heures ayant suivi sa véritable arrestation.

Selon Juan Manuel Magaña, l’ancien responsable de l’information de l’émission Primero Noticias de Televisa [dans laquelle fut diffusée la fausse arrestation de la Française], souligne que « les affaires policières qui passent à la télévision ne sont jamais médiatisées uniquement pour des raisons journalistiques. Quand l’affaire Florence Cassez a commencé, le scandale du moment mettait en cause Marta Sahagún [la seconde femme du président de l’époque, Vicente Fox] et le trafic d’influence de ses fils, qui faisaient l’objet d’une enquête lancée par la Chambre des députés. »

Accusation et défense L'accusation présente Florence Cassez comme faisant partie de la bande du « Zodiaque », et souligne qu'elle avait été arrêtée en compagnie d'Israel Vallarta Cisneros, chef de cette bande de ravisseurs, qui était vraisemblablement son petit ami, et avec lequel elle vivait depuis plusieurs mois dans le ranch de Las Chinitas où se trouvaient, selon la police et la justice, les personnes enlevées. Pour la défense, au moment des faits, Florence Cassez travaillait au Fiesta Americana, un hôtel de Chapultepec, ville située au sud-ouest de Mexico, à plus de deux heures de route du ranch. Au regard de ses horaires de travail, elle ne pouvait matériellement pas être dans les deux endroits à la fois. Si elle s'est trouvée sur les lieux, c’est parce qu’elle louait un appartement dans le centre-ville de la capitale et souhaitait récupérer des meubles chez Vallarta Cisneros.

Des trois personnes enlevées retrouvées sur les lieux, Ezequiel Yadir Elizalde Flores reconnaît Florence Cassez lors des confrontations, tandis que les deux autres victimes la reconnaissent mais seulement après son intervention télévisée, soit trois mois plus tard. Ces deux victimes n'ont pas vu les visages de leurs ravisseurs, qui se masquaient en leur présence ; pourtant, elles identifient formellement Florence Cassez par plusieurs signes distinctifs, dont sa voix, son accent français, sa peau et ses cheveux Mexican Court Strikes Down Frenchwoman's Appeal - Paul Kiernan, The Wall Street Journal, 10 février 2011. Néanmoins, le jeune Cristian explique se souvenir avoir reconnu la voix d’un de ses cousins, nommés Edgar. Or ce dernier est aussi le cousin des frères Rueda Cacho, déjà impliqués dans des affaires d’enlèvements, mais cette piste n'a pas été suivie par la police. D'autre part, les déclarations de Cristina Ríos Valladares évoluent vers une inculpation de Florence CassezFlorence Cassez : révélations sur une manipulation - Cyril Hofstein, Le Figaro, 6 novembre 2009.

Selon les correspondants de la presse française au Mexique, trois jours après la révélation de la manipulation au grand public, les victimes auraient rencontré la police durant quatre heures au siège des forces spéciales sans qu'aucun procès-verbal ne rende compte de ces auditions. Le , les victimes enregistrent une vidéo dans laquelle elles reviennent radicalement sur la première version donnée le jour du montage, leur témoignage étant cette fois-ci à charge contre Florence CassezAu Mexique, l'arrestation de Florence Cassez n'est qu'un montage policier et médiatique - Léonore Mahieux, Emmanuelle Steels et Anne Vigna, Le Monde, 23 février 2011.

Lors du procès, les juges décident de prendre seulement en compte les déclarations ultérieures des victimes, accusant Florence CassezDernière chance juridique pour Florence Cassez - Le Figaro, 31 août 2010.

Cristina Ríos Valladares, enlevée le avec son mari et leur fils, et séquestrée avec son fils, pendant jusqu'au , publie le dans le quotidien La Jornada une lettre ouverte Cristina Ríos Valladares, « Florence Cassez es secuestradora, no víctima », La Jornada, 13 juin 2008. Une traduction française de cette lettre de Cristina Ríos Valladares est donnée dans l'article « Florence Cassez... Aussi innocente que le voudraient les médias français ? », par « Marshmallow », 12 mars 2009, sur le site LePost.fr., où elle déclare que son fils et elle reconnaissent Florence Cassez comme leur ravisseuse grâce à sa voix et son accent et que cette dernière a extrait du sang de l'enfant pour l'envoyer au père et a menacé la mère de la tuer. Selon elle, l'effervescence médiatique autour du cas de Florence Cassez met de nouveau en danger sa famille.

En revanche, le témoignage d'Ezequiel Elizalde est fragilisé quand il est établi, après expertise médicale, que la tache qu'il présentait comme preuve de l'administration d'une piqûre d'anesthésiant que lui aurait administrée la Française pour lui couper le doigt s'avère être une tache de naissance.

Depuis son arrestation, Florence Cassez nie être la complice de Vallarta Cisneros, qui la disculpe d'ailleurs. Selon elle, il était simple revendeur de voitures et elle n'a jamais vu de personnes séquestrées au ranch. Son avocat évoque un montage dans lequel serait impliqué Eduardo Margolis (qui aurait été également en affaires avec Vallarta avant d'entrer en conflit avec lui), une hypothèse évoquée dans l'hebdomadaire mexicain d'investigation Proceso.

Un couple, Alma et Ángel, tenant un restaurant à quelques kilomètres du ranch, qui en détenait les clés et s'y rendait parfois, déclare n'avoir pas vu de personnes enlevées au ranch la veille de l'arrestationAffaire Cassez- Ce qui cloche ! - Le Grand Journal du Mexique, 14 mai 2011.