Idriss Déby (en ), dit Idriss Déby Itno à partir de 2006, né le à Berdoba et mort le à N'Djaména, est un officier et homme d'État tchadien, président de la république du Tchad entre 1990 et 2021.

Avec l'appui de la France, il chasse Hissène Habré de la tête du pays en 1990, prenant le titre de président du Conseil d'État. L’année suivante, il est désigné président de la République. Bien qu'il introduise un système multipartite en 1992 après plusieurs décennies de régimes à parti unique, le parti dominant tout au long de sa présidence est son Mouvement patriotique du salut (MPS). Il remporte les élections présidentielles de 1996, 2001, 2006, 2011, 2016 et 2021. Il est également président de l'Union africaine de 2016 à 2017.

Sa présidence est marquée par la survie de son régime face à plusieurs rébellions et conflits armés récurrents, dont la rébellion du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) de 1998 à 2002 et la guerre civile tchadienne de 2005 à 2010. En matière économique, après la découverte du pétrole au Tchad au début des années 2000, il fait de la production du pétrole la force motrice de l'économie tchadienne.

En 2020, il est élevé au rang de maréchal du Tchad à la suite d’une offensive victorieuse qu'il avait dirigé contre Boko Haram. Moins d'un an plus tard, juste après l’annonce de sa cinquième réélection le , il est blessé au front face à une rébellion du Front pour l’alternance et la concorde venue de Libye ; il succombe à ses blessures le lendemain à , après plus de trente ans passés au pouvoir. Son fils Mahamat Idriss Déby prend aussitôt la tête d’un Conseil militaire de transition.

Origines, formation et carrière Musulman, fils d'un berger du clan bideyat faisant partie du groupe ethnique zaghawa que l’on trouve des deux côtés de la frontière tchado-soudanaise.

Après avoir passé son baccalauréat, il entre à l'école d'officiers de N'Djaména puis obtient en 1976 une licence de pilote professionnel en France (spécialité transport des troupes.) à l'Institut aéronautique Amaury de la Grange..

Idriss Déby soutient le président Félix Malloum jusqu'à sa chute en 1979 et ce dernier garde son soutien jusqu'à sa mort.

Ascension en politique Aux côtés d'Hissène Habré

De retour au Tchad en 1979, il collabore avec Hissène Habré, entré en rébellion en contre Goukouni Oueddei après l’éclatement du Gouvernement d'union nationale de transition (GUNT) formé cinq mois plus tôt. Habré nomme alors Déby comme commandant en chef des Forces armées du nord (FAN)...

Le , Habré rentre dans la capitale N'Djaména avec Déby à ses côtés, poussant le président Goukouni Oueddei à s'exiler en Algérie. Promu colonel, Déby devient chef des armées adjoint en 1983. Il se rend en France en 1985 où il suit les cours de l'École de guerre inter-armées. De retour au Tchad en 1986, il est nommé conseiller d'Habré pour la défense et la sécurité.

Tentative de coup d'État À la fin des années 1980, les relations entre Idriss Déby et Habré se détériorent. Un de ses cousins, Hassan Djamous, le remplace au poste de commandant en chef tandis qu'un autre de ses cousins, Ibrahim Mahamat Itno, devient ministre de l'Intérieur. La police politique d'Habré persécute et exécute les Zaghawas.

Après une tentative de coup d'État le , les trois hommes (Idriss Déby et ses deux cousins) prennent la fuite. Tandis que le colonel Hassan Djamous est blessé et capturé par les hommes de Hissène Habré., et son cousin Ibrahim Mahamat Itno tué, Idriss Déby réussit à gagner le Soudan puis la Libye où il obtient l'aide du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi contre la promesse de libérer les prisonniers de guerre libyens détenus au Tchad. Déby retourne au Soudan où il crée, en , le mouvement rebelle du Mouvement patriotique du salut (MPS).

Président de la République Prise de pouvoir et transition Le , avec l'aide des services de renseignement français et le soutien de la Libye et du Soudan., ses forces s'emparent de N'Djaména et chassent Habré, qui se réfugie au Sénégal... Déby est alors porté à la présidence du Conseil d'État dès le ., puis désigné président de la République par son mouvement, alors transformé en parti politique. De son côté, Habré sera ensuite poursuivi par un tribunal international pour crime contre l'humanité pour les exactions commises durant son règne au Tchad... Lors de son investiture, il promet la tenue d'une conférence nationale ayant pour tâche principale l'élaboration d'une nouvelle Constitution. Il fait adopter dès une Charte nationale qui pose les principes directeurs de l’État tchadien et les bases d’une réforme institutionnelle. La charte servira de loi fondamentale jusqu’à la promulgation de la Constitution le .. Il est parallèlement promu général de corps d'armée en 1995.

Dès le début des années 1990, il se rapproche de Hissein Hassan Abakar, président du Conseil supérieur des affaires islamiques du Tchad de 1991 à 2018.

Premier mandat (1996-2001) Il est élu président de la République pour un premier mandat en 1996 lors du premier scrutin pluraliste au suffrage universel depuis l'indépendance (du pays) en 1960 et ouvre alors son gouvernement à une partie de l'opposition.

En 1998, son ancien ministre de la défense Youssouf Togoïmi fonde un groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) et monte une rébellion contre son gouvernement basée dans le nord du pays..

En , Idriss Déby lance officiellement les travaux de construction de l'oléoduc Tchad-Cameroun à Komé (Tchad) et Kribi (Cameroun)..

Deuxième mandat (2001-2006)

vignette|upright=1.3|Idriss Déby lors d'une conférence de presse en 2004 dans le palais présidentiel à N'Djaména|alt=|gauche

Le , Idriss Déby est réélu président dès le premier tour avec 63,17 % des voix..

Idriss Déby considère le nord de la Centrafrique comme stratégique du fait de ses ressources pétrolièresLes défis de la stabilité en Centrafrique, Philippe Hugon, février 2014, Institut des relations internationales et stratégiques..

Le , la Libye négocie un accord-cadre de paix entre le MDJT et le gouvernement de Déby. Mais les négociations sont suspendues en mai en raison d'une dispute au sein du MDJT, entre la ligne dure de Togoïmi et la branche modérée d'Adoum Togoï. Togoïmi meurt en ..

En 2003, il a contribué à la prise de pouvoir de François Bozizé..

En 2003, il annonce la fin de la construction de l'oléoduc Tchad-Cameroun et le début de la production de pétrole pour le pays.. Le Tchad adhère en 2005 à l'Association des producteurs de pétrole africains (APPA.).

Le , les députés adoptent une modification constitutionnelle qui lève la limitation des mandats présidentiels auparavant fixée à deux.. Si cette disposition particulière a focalisé l’attention des médias, la réforme constitutionnelle a fait évoluer les institutions du pays, au premier chef desquelles la suppression du Sénat, qui n’a jamais véritablement joué son rôle institutionnel.

En , les rebelles sont sur le point de renverser le régime mais les forces françaises présentes sur place permettent le retour précipité d'Idriss Déby qui se trouvait en visite en Guinée équatoriale pour un sommet de la CEMAC.. La proposition de réforme constitutionnelle de 2004 est adoptée par référendum le , 77,8 % des votants s'étant prononcés pour. La participation s'est élevée à 71,61 %. Le , les rebelles du Front uni pour le changement démocratique (FUC) entrent dans N'Djaména et manquent de peu de renverser le régime soutenu par les Français qui tireront sur les éléments du FUC (tir de semonce).

Troisième mandat (2006-2011) Il est réélu pour un troisième mandat le avec 64,67 % des suffrages exprimés., un mois après l'attaque manquée menée par le Front uni pour le changement (FUC) du capitaine Mahamat Nour sur N'Djaména le .

Un accord est signé le entre le régime et les différents partis de l'opposition visant à commencer un processus de démocratisation.

Le , lors de l'assaut des rebelles dirigé par Mahamat Nouri et les frères Tom et Timane Erdimi, l'un de ses principaux opposants, Ibni Oumar Mahamat Saleh, est enlevé à son domicile par les militaires tchadiens... Le gouvernement français appelle à une « clarification ».Tanguy Berthémet, « Au Tchad, Idriss Déby tient ferme les rênes du pouvoir », Le Figaro, samedi 9 / dimanche 10 avril 2016, page 6.. En , deux des fils de l'opposant disparu déposent plainte en France, et en 2013, un juge d'instruction français a décidé d'enquêter sur sa disparition. C'est contre l'avis du parquet de Paris que ce juge d'instruction avait décidé de le mener. Le ministère public avait donc fait appel de cette décision. Mais, finalement, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a donné raison au juge et considéré que les critères juridiques étaient réunis pour autoriser son enquête sur cette disparitionTchad: l'enquête sur la disparition de l'opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh relancée, Radio France internationale, 26 juin 2013. Début 2013, peu d'informations significatives sont disponibles sur le sort d'Ibni Saleh depuis les jours qui ont suivi son enlèvement, malgré les efforts d'hommes politiques.. ou d'organisations venues au soutien de l'opposant et de ses proches....

En , les rebelles tchadiens du Commandement militaire unifié (CMU) qui est composé du RFC de Timan Erdimi, de l'UFDD de Mahamat Nouri et du CNT de Hassan Al Djineidi lancent une seconde offensive pour prendre N’Djaména. Début , il a donc de nouveau à faire avec des attaques rebelles sur la capitale N'Djaména qui entraînent le rapatriement des expatriés français vers le Gabon et la France. Il subit un revers à la bataille de Massaguet le et doit repousser l'assaut sur la capitale du 2 au . Trois fois plus nombreux à s’élancer du Soudan, une fois en ville, les rebelles cernent le palais présidentiel le . Encerclé dans son palais, le président tchadien appelle plusieurs fois dans la journée le président français Nicolas Sarkozy. Celui-ci lui propose l'exil en territoire français.. Grâce au soutien militaire total de la France, incluant aide logistique (livraison de munitions depuis la Libye), renseignement militaire et combat de troupes françaises contre les rebelles, Idriss Déby parvient à se maintenir au pouvoir et les rebelles se replient..

Le , il échappe à une tentative de renversement dans la capitale, il reçoit le soutien de la France qui accuse le Soudan.. Il demande à l'Union européenne de dépêcher au plus tôt la force de paix EUFOR, dont le contingent principal est français..

Quatrième mandat (2011-2016) Son parti remporte 133 sièges sur 188 aux élections législatives du ....

Le , il est réélu pour un quatrième mandat dès le premier tour de l'élection présidentielle par 88,7 % des voix, face à Albert Pahimi Padacké (6 %) et Madou Nadji (5,3 %). Les principaux opposants avaient décidé de boycotter l'élection contestant les conditions dans lesquelles les élections allaient se dérouler et dénoncant une « mascarade électorale ». Le taux de participation s'élève à 64,2 % selon la commission électorale mais les opposants expriment aussi des doutes quant au taux véritable de la participation qu'ils estiment à 20 %.

Il s'oppose à l'intervention militaire occidentale durant la guerre civile libyenne de 2011, position que de nombreux médias décrivent alors comme un soutien au général Mouammar Kadhafi.., certains assurent d'ailleurs qu'il aurait envoyé des éléments de la garde tchadienne dans le pays.. Il déclare de son côté vouloir que le dictateur libyen quitte le pouvoir, mais en douceur et non à la suite d'une intervention armée qui selon lui..