L'abbaye Notre-Dame de Beaulieu-en-Rouergue (ou de Belloc) est une ancienne abbaye cistercienne fondée en 1144 et qui est aujourd'hui un centre d'art contemporain. Elle est située dans la commune de Ginals dans le nord-est du département de Tarn-et-Garonne à la limite des départements du Tarn et de l'Aveyron. L’abbaye de Beaulieu-en-Rouergue, comme une centaine d’autres monuments, propriété de l’État, est gérée, animée et ouverte à la visite par le Centre des monuments nationaux.

Histoire

: fondation de l'abbaye « 45 fille de Clairvaux » Située dans la vallée de la Seye, dans l'ancienne province du Rouergue, l'abbaye fut fondée à la demande de l'évêque de Rodez, Adhémar III, et d'Archambaud de Cuzoul, en 1141 ou 1144, le , par des moines cisterciens venant de Clairvaux après la visite des lieux par saint Bernard. Il s'agit de la 45 abbaye-fille de Clairvaux.

Archambaud était donzel de Cuzoul, fils puîné d'Yzarn, vicomte de Saint-Antonin (lui-même fils puîné de Raymond III, comte de Rouergue), et d'Égine de Cahors. Il eut en apanage les seigneuries de Cuzoul, de Saint-Igne et de Prévenquières. Il possédait une maison à Saint-Antonin où il reçut saint Bernard quand il vint visiter les lieux d'implantation de l'abbaye de Belloc. Il apparaît dans le cartulaire de cette abbaye. Il a accompagné Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, à la croisade en 1146. Il a épousé Nicolle, fille de Guillaume , sire de La Tour-d'Auvergne. Il est le fondateur de la première branche des seigneurs de La Valette. La famille de La Valette a donné plusieurs abbés à Beaulieu.

Adémar de Vassal fait une donation en 1178 à l'abbaye de BellocJean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du royaume et des maisons princières de l'Europe, tome 5, Paris, 1825, .

Hugues, évêque de Rodez entre 1161 et 1211. Raymond Hugues fait une donation en 1178.

: âge d'or de l'abbaye Au les modestes bâtiments d'origine sont reconstruits et la Seye est canalisée pour alimenter les viviers. Les habitations, la salle capitulaire et le réfectoire sont reconstruits avant 1250. L'église est reconstruire après 1272 date d'un don de l'évêque de Rodez Vivian de Boyer, qualifié de second fondateur de l'abbaye. Il a donné à l'abbaye les églises Saint-Jean-Baptiste de Ginals, Saint-Pierre de Lézac, Saint-Pierre de Cornusson et Saint-Pierre de Baye. Cette donation est confirmée en 1282 par Raimond de Calmont d'Olt, son successeur.

L'église a été commencée par le chœur, à l'est, après la donation de 1272, pour se terminer par la façade au début du . Au est également construit le cloître.

Du au : déclin et abandon de l'abbaye L'abbaye est fortement affectée par les guerres de religion. Elle est mise à sac par les protestants en 1562 et le cloître ainsi que la porterie sont détruits. Aux et des travaux de reconstruction et modernisation sont entrepris sous la direction des abbés commandataires et deux des galeries reçoivent des voûtes d'arêtes.

Lors de la Révolution française, les ordres monastiques sont dissous et l'abbaye est vendue comme bien national en 1791 et transformée en ferme. Une partie des bâtiments est démantelée.

La toiture est arrachée en 1840. Pour tenter de sauver l'église, la commune de Ginals vota sa conservation et son adoption comme église paroissiale. Malgré l'appui de l'administration diocésaine et départementale, elle fut sur le point d'être démontée pour être reconstruite à Saint-Antonin. Mais Prosper Mérimée dénonce l'absurdité du projet et il est finalement abandonné.

L'abbaye est protégée en 1875. Les travaux de restauration sont alors entrepris. L'abbaye a été classée Monument historique en 1942.

: rachat par le couple Brache-Bonnefoi En 1953, Pierre Brache et Geneviève Bonnefoi découvrent l'abbaye dans un état de délabrement très avancé et décident de la sauver. L'abbaye en ruine est rachetée en 1960 par le couple qui y fait d'importants travaux de restauration, aidés par la Caisse des monuments historiques et des sites (actuel Centre des monuments nationaux). Le nom occitan de l'abbaye « Belloc » est alors francisé en « Beaulieu ».

En 1973, ils en font don ainsi qu'une importante collection d'art moderne aux Monuments nationaux. L'abbaye est alors transformée en centre d'art contemporain. Au décès de Pierre Brache (en 1999) et de Geneviève Bonnefoi (en 2018) tout le reste de leur collection est donné aux Monuments nationaux.

Aujourd'hui, avec plus de 1300 œuvres, l'abbaye constitue le plus important musée d'art des Trente Glorieuses (1945-1975) de France.

Description de l'abbaye vignette|redresse=0.6|Plan de l'abbaye. Plan de l'abbaye 1- Église 2- Salle capitulaire au rez-de-chaussée, dortoir des moines au premier étage 3- Cloître (disparu) 4- Cellier au rez-de-chaussée 5- Au-dessus du cellier, le dortoir des convers transformé au en chambres d'hôtes 6- Au sud du cloître, le bâtiment reconstruit au , ainsi que les deux tours, comprenant le réfectoire au rez-de-chaussée, et des salons à l'étage. 7- Vivier

L'église L'église est construite en pierre de taille de moyen appareil. Elle adopte un plan en croix latine. La nef est à vaisseau unique de cinq travées sur croisées d'ogives se terminant sur un large transept. La nef se prolonge par un chœur d'une travée et une abside à sept pans éclairée par d'étroites fenêtres de de haut.

Chaque croisillon du transept a une chapelle. Sur la croisée du transept de plan barlong est posée une lanterne octogonale portée par quatre trompes d'angle raidie par huit nervures rayonnantes autour d'un oculus central. Les faces placées au-dessus des trompes sont percées par des roses à réseaux.

Les ogives et les doubleaux ont le même profil. L'abside est couverte par une voûte de huit ogives et une courte lierne rayonnantes à partir d'une clef décorée d'un agneau pascal.

Le portail de la façade est surmonté de trois voussures toriques à méplat portées par six colonnettes. À droite, dans la première travée, une porte permettait aux convers d'accéder à l'église pour y suivre les offices. Dans le croisillon nord du transept une porte permettait de sortir vers le cimetière des moines. Au fond du croisillon sud, une porte permettait d'aller à la sacristie. L'escalier reliant l'église au dortoir des moines est appuyé sur le mur du fond. La porte donnant sur le cloître est percée dans le mur ouest du croisillon sud.

La qualité de l'exécution de l'église ne permet pas de faire remonter son exécution avant le dernier quart du . La façade a été terminée au début du . Longueur du vaisseau central : 57 m Largeur de la nef : 10 m Longueur du transept : 21,60 m Largeur du transept : 8,20 m Hauteur de la voûte à la croisée : 20 m

L'autel en bois datant du était encore en place en 1888. Il a été ensuite transporté dans l'église de Verfeil.

La salle capitulaire La salle capitulaire se trouve à l'est, dans le bâtiment des moines. Elle est couverte de six voûtes d'ogives reposant sur deux colonnes et des consoles placées dans les murs. Cette salle a été construite avant l'église, peut-être dans les premières années du .

Entre la salle capitulaire et l'église se trouve la sacristie couverte d'une voûte en berceau. Cette salle donne à l'est sur pièce carrée couverte d'un berceau qui devait être la chapelle de l'abbé.

De l'autre côté se trouve un passage et le parloir. Au-dessus se trouvait le dortoir des moines. Cet étage a été refait au sauf, peut-être deux pièces situées au-dessus de la chapelle de l'abbé qui sont voûtées.

Le cellier Longueur du cellier : 21 m Largeur du cellier : 8,30 m Elle est couverte par dix voûtes sur croisée d'ogives. Une porte étroite ouvrait à l'est sur la ruelle des convers. Au sud, une porte plus grande donnait vers l'entrée de l'abbaye, où devait aussi se trouver le réfectoire des convers qui a disparu.

Au-dessus du cellier il devait y avoir le dortoir des convers. Il a dû être transformé au pour réaliser des chambres d'hôtes. Il en subsiste les fenêtres côté ouest, aujourd'hui bouchées, et la porte côté est permettant aux convers d'accéder à la ruelle.

Le cloître Le cloître a disparu peu avant 1865. Au il couvrait une surface de d'est en ouest, et de du nord au sud entre les bâtiments.

Le cloître devait être carré à l'origine. Il existait en effet le long du cellier la ruelle des convers qui leur permettait d'accéder de leur dortoir à l'église par une porte située dans la première travée.

Le bâtiment sud Le bâtiment existant a été construit au . Il contient le réfectoire et les salons.

Au sud du bâtiment se trouvaient les jardins, l'étang, le colombier et le moulin.

Liste des abbés

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Baron de Gaujal, Études historiques sur le Rouergue, Paris, 1858, Marcel Aubert, , Abbaye de Beaulieu, , Congrès archéologique de France. ; Figeac, Cahors et Rodez. 1937, dans Société française d'archéologie, Paris, 1938 (lire en ligne) Mathieu Méras, Dictionnaire des églises de France, tome IIIB, Guyenne, , Éditions Robert Laffont, Paris, 1967 Claude Andrault-Schmitt, Beaulieu-en-Rouergue (commune de Ginals), abbaye cisrercienne, , dans Congrès archéologique de France. . Monuments de Tarn-et-Garonne. 2012, Société française d'archéologie, Paris, 2014 Jean-Pierre Jouve, R. Granier de Laguépie, Geneviève Bonnefoi, , tiré à part de la revue Les Monuments historiques de France, 1975,

Articles connexes Liste des monuments historiques de Tarn-et-Garonne Ginals

Liens externes

Association culturelle de l'abbaye de Beaulieu-en-Rouergue Architecture religieuse en Occident : abbaye de Beaulieu-en-Rouergue Tarn-et-Garonne : abbaye de Beaulieu-en-Rouergue

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