Robert Leroy Johnson, né le à Hazlehurst, Mississippi, et mort le à Greenwood, Mississippi, est un guitariste et chanteur de blues américain, l'un des artistes les plus influents de l'histoire de cette musique.
Bien qu'il n'ait commencé à enregistrer des disques que deux ans seulement avant sa mort, Robert Johnson est devenu une légende et une grande source d'inspiration pour des artistes comme Jimi Hendrix, Jimmy Page, Bob Dylan, Brian Jones, Keith Richards ou encore Eric Clapton. En 2003, le magazine Rolling Stone l'a classé cinquième meilleur guitariste de tous les temps, et est premier cité dans les 40 artistes de la Musique Noire de 2017.
Biographie Son enfance vignette|Rue de Hazlehurst dans le Mississippi. Robert Leroy Johnson est né dans l'état du Mississippi, dans le village de Hazelhurst de Julia Dodds et de Noah Johnson. Sa date de naissance est estimée au , sans certitude.
Alors qu'il n'est encore qu'un nourrisson, sa mère quitte son père avec lui et Bessie, son autre enfant, et ils vivent sur la route, elle travaillant comme ouvrière agricole pendant plusieurs saisons avant de s'établir à Memphis chez un certain Charles Spencer. Spencer vit alors avec sa femme et sa maîtresse et les enfants de chacune d'entre elles. Bien qu'aucune tension n'ait été relatée entre les deux femmes, la mère de Robert quitte la maison des Spencer sans ses enfants. Robert vit chez Charles Spencer jusqu'en 1918, année pendant laquelle le caractère obstiné de l'enfant le convainc de faire en sorte de le remettre à sa mère, Julia Dodds.
Robert, à qui on a donné jusque-là le nom de Spencer, est donc envoyé à l'âge d'environ 7 ans à Robinsonville, (aujourd'hui Tunica Resorts) une communauté cotonnière du nord du Mississippi au bord du fleuve et à au sud de Memphis, rejoindre sa mère qui a épousé un certain Willie « Dusty » Willis en . Il passe la fin de son enfance avec eux. Au début de l'adolescence, il apprend l'identité de son véritable père et commence à être appelé Johnson ; on continue cependant à utiliser le nom de Spencer jusqu'au milieu des années 1920, notamment à l'école, qu'il quitte rapidement à cause de problèmes de vue. Robert s'intéresse à la musique. Il essaye la guimbarde mais l'abandonne rapidement au profit de l'harmonica, qui devient son instrument de prédilection.
Ses débuts À la fin des années 1920, donc vers l'âge de 18 ans il se met à la guitare et se confectionne un support pour harmonica pour pouvoir jouer des deux instruments simultanément. La chanson de Leroy Carr, How Long-How Long Blues, semble être une de celles sur lesquelles il préfère s'exercer à l'époque. Il fait ses débuts de musicien sur place, à Robinsonville et y reçoit l'aide des bluesmen Willie Brown et de Charley Patton notamment.
Malgré sa passion pour la musique, Robert Leroy Johnson se considère comme un paysan et lorsqu'il épouse, en , Virginia Travis à Penton non loin de Robinsonville, ils s'installent dans une maison avec Bessie, la sœur aînée de Robert, et le mari de celle-ci dans la plantation de Kline à l'est de Robinsonville.
Virginia tombe enceinte durant l'été 1929 mais elle meurt, à 16 ans, avec leur enfant lors de l'accouchement en .
Le pacte avec le diable Robert Leroy Johnson rencontre le guitariste de blues Son House, pour la première fois en 1931 à Robinsonville. Celui-ci se moque de son jeu () et lui conseille d'abandonner la guitare pour se consacrer à l'harmonica. Peu de temps après cet affront, Robert quitte Robinsonville pour revenir à sa ville natale de Hazlehurst, où il espère retrouver la trace de son véritable père.
À Hazlehurst, Robert est pris en main par le bluesman Ike Zimmerman qui devient son mentor. Très beau garçon, Robert ne met pas beaucoup de temps à rencontrer une nouvelle femme, Calletta Callie Craft, de dix ans son aînée, qu'il épouse secrètement en . Callie idolâtre Robert et restant au foyer, s'occupe de leur maisonnée. Robert a tout son temps pour travailler la musique avec Ike. Le samedi soir, il court les tavernes, parfois accompagné de Callie, pour jouer toute la nuit. Il commence alors à obtenir une certaine reconnaissance en tant que musicien et se fait un nom sous les initiales de « R.L. », pour « Robert Lonnie », du nom d'un musicien plus célèbre appelé Lonnie Johnson.
Robert revient finalement à Robinsonville, deux ans après l'avoir quittée. Son House, émerveillé par les progrès réalisés par le guitariste, se dit maintenant dépassé par son talent. À une époque à laquelle le vaudou est encore très vivace dans la communauté noire du Mississippi, le constat de ces progrès stupéfiants va être relié à un possible « pacte avec le diable ».
Robert Johnson en profite pour réunir un soir quelques amis au coin d'un bois et leur raconter ce qui va devenir sa légende : un soir très sombre, alors qu'il se promenait dans les alentours de Clarksdale dans le Mississippi, ayant perdu son chemin, il s'est arrêté à un carrefour (crossroads , « routes en croix » ou « croisée des chemins » en anglais). Comme il commençait à s'endormir, une brise fraîche l'a réveillé. Il a alors vu au-dessus de lui une ombre immense portant un long chapeau. Effrayé et ne pouvant identifier qui était cette apparition, Johnson resta comme paralysé. Sans un mot, l'apparition se pencha sur lui, prit sa guitare, l'accorda, et joua quelques notes divines avant de lui rendre l'instrument et de disparaître dans le vent noir du Sud.
En réalité, cette légende pourrait provenir d'un autre bluesman, Tommy Johnson, qui prétendait avoir « vendu son âme au diable », un soir, à une croisée de chemins (crossroads) contre sa virtuosité à la guitare. Robert Johnson aurait repris cette histoire et se la serait adaptée, à moins que, Tommy et lui portant le même patronyme de Johnson, elle ne lui ait été attribuée à lui aussi.
Dans le vaudou ravivé dans les États du Sud par les esclaves des planteurs de Saint-Domingue qui avaient fui la révolution haïtienne avec eux, il existe un Lwa (esprit) nommé Legba ou Papa Legba (d'origine Fon du Dahomey) dont le nom le plus connu est « Maître carrefour ». Esprit de la destinée, il a été identifié au diable par les missionnaires chrétiens.
Sa carrière de bluesman vignette|redresse|Robert Johnson : Terraplane Blues, 1936 (Info) Robinsonville est essentiellement une ville de paysans, et Robert ne souhaite pas travailler dans les champs. Il décide donc de partir sur les routes pour mener sa vie de musicien. Il voyage dans tout ce qu'on appelle en américain le Delta du Mississippi (qui n'est pas le delta de l'embouchure du fleuve mais une région plus au Nord entre le fleuve et la rivière Yazoo) et finit par s'établir (bien que n'arrêtant jamais de voyager) à Helena en Arkansas, chez Estella Coleman, l'une de ses maîtresses. Robert prend sous son aile le fils d'Estella, lui aussi musicien, qui porte le même prénom que lui, Robert Lockwood Jr., et l'aide à améliorer son jeu.
Helena est une ville très riche musicalement. Robert y côtoie Sonny Boy Williamson II, Robert Nighthawk, Elmore James, Howlin' Wolf ou encore Johnny Shines, avec qui il s'associe un moment. Johnny Shines dira, sur cette période :
Vers le milieu des années 1930, Robert Johnson est musicien professionnel depuis plusieurs années. Il jouit d'une certaine notoriété dans la région et souhaite enregistrer des disques comme ses maîtres Willie Brown, Son House et Charley Patton. Il auditionne pour H. C. Speir dans le magasin de musique de celui-ci à Jackson. Speir le met en contact avec Ernie Oertle, un vendeur de l'American Record Corporation (ARC), qui le présente à son tour au producteur Don Law lequel produit une première session d'enregistrement à San Antonio, Texas. Cette première session, qui commence le et s'étale sur trois jours (les 23, 26, et ), est produite pour le label Vocalion Records (du groupe ARC) dans une chambre du Gunter Hotel. Seize titres sont enregistrés The Devil Is in the Details of a Bluesman’s Legacy - Thor Christensen, The New York Times, 19 novembre 2011. dont Cross Road Blues, Sweet Home Chicago, et Terraplane Blues, le premier de ses singles qui devient rapidement un succès avec exemplaires vendus Revisionists Sing New Blues History - Ben Sisario, The New York Times, 28 février 2004.. Une autre session d'enregistrement de deux jours, les 19 et à Dallas, également réalisée par Don Law, lui permettra d'enregistrer treize titres, dont Me and the Devil Blues, Love in Vain (repris en 1969 par les Rolling Stones) et Traveling Riverside Blues (qui sera repris par Led Zeppelin).
Au total, Johnson enregistre vingt-neuf titres, avec plusieurs variantes de chaque morceau.
Le producteur John Hammond projette d'engager Robert Johnson pour le produire aux côtés de Count Basie, Meade Lux Lewis ou Rosetta Tharpe sur la scène du Carnegie Hall à New York, lors de la grande soirée de concert en hommage à Bessie Smith, baptisée From Spirituals to Swing, programmée pour le . Malheureusement, Johnson meurt dans l'intervalle. Big Bill Broonzy et Sonny Terry sont choisis pour représenter le blues à sa place.
Sa mort Robert meurt le dans des circonstances mystérieuses. Après un concert dans un bar de Greenwood (Mississippi) se sentant mal, il est emmené chez un ami. Certains pensent qu'il a été empoisonné par un mari jaloux. D'autres qu'il a succombé à la syphilis. ou à une pneumonie (pathologie pour laquelle il n'existait aucun traitement à l'époque), voire à l'action combinée des trois. Les versions sont aussi vraisemblables les unes que les autres, compte tenu de ce que l'on sait de la vie de ce bluesman légendaire. Sonny Boy Williamson racontera que Robert Johnson aurait consommé une bouteille de whisky empoisonnée à la strychnine offerte par le tenancier d'un bar jaloux de le voir courtiser sa femme. Le bluesman aurait agonisé trois jours avant de mourir. Cette version est contestée, comme de nombreux faits de sa vie. Robert Johnson est le premier du Club des 27, la série d'artistes « maudits » morts à l'âge de 27 ans.
Sur son certificat de décès, sous « cause de la mort » on trouve la mention « no doctor » (« pas de docteur », sans doute dans le sens de « pas de cause établie ») Robert Johnson's Death Certificate - Copie du certificat de décès, daté du 18 août 1938 (voir archive)..
Sépulture
L'emplacement exact de la tombe de Robert Johnson n'est pas connu officiellement ; trois cénotaphes différents sont érigés sur des sites possibles, dans des cimetières d'églises situés à l'extérieur de Greenwood. Les recherches menées dans les années 1980 et 1990 suggèrent fortement que Johnson est enterré dans le cimetière de l'église baptiste missionnaire du Mont Zion près de Morgan City, Mississippi, non loin de Greenwood, dans une tombe anonyme. Un cénotaphe en forme de petit obélisque, comportant un portrait, une épitaphe rédigée par Peter Guralnick et la liste des titres de chansons de Johnson, est placé à cet endroit en 1990, financé par Columbia Records et de nombreuses contributions effectuées par le biais du Fonds commémoratif du Mont Zion. En 1990, une petite stèle avec l'épitaphe « Resting in the Blues » est placée dans le cimetière de Payne Chapel, près de Quito, Mississippi, par un groupe de rock d'Atlanta nommé les Tombstones, après avoir vu dans le magazine Living Blues la photographie d'un endroit anonyme mentionné par l'une de ses ex-petites amies comme étant le lieu d'inhumation de Robert Johnson . Des recherches plus récentes de Stephen C. LaVere (notamment des déclarations de Rosie Eskridge, l'épouse du fossoyeur supposé, en 2000) indiqueraient que l'emplacement de la tombe se trouve sous un gros pacanier dans le cimetière de la Little Zion Church, au nord de Greenwood, le long de Money Road. Sur cette base, Sony Music a placé un cénotaphe sur ce site, qui porte les noms de LaVere et de Johnson.