thumb|308x308px|Planteur de palmier à sucre, avec une tige femelle dans sa main droite et une tige mâle dans sa main gauche, aux Indes orientales néerlandaises. L’histoire de la culture des plantes sucrières couvre une période allant de la haute Antiquité à nos jours.

Mais c'est surtout à partir du milieu du , avec le développement du mercantilisme et du colonialisme, que commence la période dite industrielle avec les Caraïbes qui devient la principale région mondiale pour la production du sucre obtenu à partir de la canne à sucre.

Cette période connaît une expansion à marche forcée au cours du siècle suivant, marquée par le commerce triangulaire vers les îles françaises et anglaises. Elle n’a cédé cette place qu’à la fin du avec l'abolition de l'esclavage et le développement de la culture de la betterave sucrière en Europe.

Au , Cuba reste longtemps premier exportateur mondial de sucre. Le Brésil est le premier pays exportateur de sucre en 2018..

Antiquité et au Moyen Âge La culture des premières plantes sucrières a commencé dans le Nord-Est de l'Inde ou dans le Pacifique Sud respectivement vers 10000 ou 6000 D'autres témoignages archéologiques associent la culture du sucre avec la civilisation de la vallée de l'Indus.. Les Indiens ont découvert comment cristalliser le sucre pendant la dynastie des Gupta vers l'an 350.

Néarque, navarque crétois d’Alexandre le Grand, apprend l’existence du sucre aux Occidentaux vers Lors de l’une de ses explorations en mer des Indes, il parle d’un « roseau donnant du miel sans le concours des abeilles », reprenant une expression des Perses..

Les premiers Croisés rencontrent des plantations de canne à sucre en Palestine, et les exploitent souvent, de concert avec les Arabes, dans le royaume de Jérusalem. Les chroniqueurs de l'époque décrivent que le sucre consommé est surtout à usage médicinal, la canne étant souvent mastiquée directement. La canne à sucre se répand progressivement non seulement dans l'ensemble des royaumes chrétiens croisés, mais aussi, et surtout, dans le royaume de Chypre.. Produit de luxe en Europe, il est consommé en tant que médicament et est vendu chez les apothicaires. Il reste pendant tout le Moyen Âge une denrée rare et chère, malgré le développement de la culture de la canne à sucre en Méditerranée occidentale, dès le en Sicile, pour passer dans d'autres pays ou territoires de civilisation arabe (Crète, Afrique du Nord, Andalousie, région de Valence et de Madère) et se répandre, grâce aux conquêtes maritimes, au Brésil et dans le reste de l'Amérique..

Les Espagnols aux Canaries, les Portugais à Madère, Arguin, Cap-Vert et Sao Taomé left|thumb|Tiges de canne à sucre en maturation : c'est cette partie de la plante qui est récoltée. Vers 1390, on double le volume de jus extrait de la canne, grâce à une meilleure technique de pressage, ce qui permet aux Espagnols l'expansion des plantations de sucre à l'Andalousie et l'Algarve, malgré un climat trop frais pour obtenir des rendements importants. Vers 1420, la production de sucre est étendue aux îles Canaries, aux Açores puis à Madère, découverte en 1419 par les navigateurs portugais Tristão Vaz Teixeira, Bartolomeu Perestrelo et João Gonçalves Zarco.

Le journaliste James WalvinJames Walvin, Histoire du sucre, histoire du monde. Traduction de l’anglais par Philippe Pignarre. La Découverte, 2020"Histoire d’un empoisonnement mondial", critique par Philippe Artières, critique du livre de James Walvin, le a montré comment les portugais ont importé de la canne à sucre à partir des Canaries, puis de l’île de Sao Tomé vers les Amériques, comment le sucre brésilien est jusqu’en 1630 en quasi-monopole, alors que le sucre n'y démarre qu'en 1550.

Le Portugal est alors mené par des négociants puissants"L’esclavage dans la Péninsule ibérique à l’époque moderne" par Bernard Vincent, dans la revue "Les traites et les esclavages" en 2010 "Les réseaux de la traite ibérique dans l'Atlantique nord (1440-1640)" par António de Almeida Mendes, dans Annales. Histoire, Sciences Sociales en 2008 . Pendant près de quatre décennies, Bartolomeo Marchionni, un marchand d'esclaves italien, venu d'une famille d'apothicaires de Florence et installé à Lisbonne.

Au cours des années 1450 la famille Marchionni est mentionnée pour la première fois: en 1458, leur agent, le Génois Antoniotto Usodimare est envoyé acquérir des Tartares à Caffa dans la mer Noire, après avoir dans les années 1450 acquis des esclaves le long du fleuve Gambie. Deux ans après la découverte de l'Amérique, elle acquiert son plus gros contrat, un monopole du commerce des esclaves africains destinés à l’Italie et l’Espagne, en échange de par an"Un marchand italien d’esclaves à Lisbonne à la fin du : Bartolomeo Marchionni" par Francesco Guidi Bruscoli, professeur en histoire économique à l’Université de Florence, dans la revue Rives méditerranéennes, en 2016 . Cette famille domine les trafics de l’Atlantique Portugais, sur les deux rives, notamment la distribution du sucre, des épices et du bois brésil. « Naturalisé » portugais en 1482, le florentin est le plus riche commerçant du Portugal et sa puissance financière dépasse celle de Manuel Ier de Portugal, qui a recours à ses capitaux pour financer les expéditions. En 1474-75, Marchionni joua un rôle clé dans le financement de la flotte que envoyait vers les côtes de Guinée. Fervent catholique, il financera aussi en 1487, l'expédition restée fameuse qui visait à atteindre le royaume du prêtre Jean et arriva en Éthiopie, de Pero de Covilhã et Afonso de Paiva, partis de Lisbonne vers l’Abyssinie.

Ses archives donnent de nombreuses informations sur toutes les origines et destinations des trafics ayant fait émerger la traite atlantique. L'année de sa naturalisation, en 1482, la famille des Abravanel obtient le monopole du commerce des esclaves en Guinée, mais elle est supplantée par lui en 1486. Entre 1493 et 1494, il contrôle indirectement la vente de 14 esclaves des îles Canaries. Au début des années 1490 aussi, il embauche une préadolescente, Catarina, qui venait de recevoir une Carta de alforria, la déclarant femme libre, après avoir nié l'avoir vendu à 8 ans. En 1496, il est aussi impliqué quand 103 esclaves de Guinée, qui furent vendus aux enchères à Séville, en passant par Lisbonne. La répartition des esclaves entre les continent européen et américain et les îles de l’Atlantique sera dominée au début siècle suivant comme à la fin du dominée par Valence et Séville. Vers la fin du , il a un agent à São Tomé et en 1502, son beau-fils Francesco Corbinelli obtient le monopole du commerce des esclaves d’Arguin. En 1511, le navire Bretoa, dont Marchionni était un des armateurs, revint à Lisbonne avec du bois de teinture brésil, une des activités qu'il domine, des perroquets et des jaguars et 36 esclaves amérindiens évalués en moyenne à .

Dans les années 1490, Madère possédait 80 moulins à sucre qui produisaient par an"Le monde atlantiqueUn espace en mouvement " par Eric Schnakenbourg, Éditeur Armand Colin en 2021 , principalement pour des portugais. Le sucre est introduit à la même époque à Sao Taomé mais ne s'y développe qu'après les années 1530 ?et en 1550 la petite île possédait 60 moulins à sucre qui produisaient par an.

La traite de la Guinée vers l'Espagne La Guinée portugaise a d'abord une extension géographique très large, même s'il s'agit d'une simple couverture commerciale extensive du littoral de régions dominées dans l'intérieur par la traite orientale. Elle inclut l’embouchure du fleuve Sénégal, son île Gorée et toute la « Sénégambie ».

En Espagne, à Valence, le premier esclave noir de Guinée est identifié en 1457 alors que la main-d’œuvre servile était encore musulmane mais c'est un cas isolé, arrivé par la traite orientale. Dans les années 1460, le Génois Antonio di Noli obtient du roi du Portugal l’autorisation d'acheter à son compte des esclaves de Guinée pour les amener vers le Cap-Vert, afin d’introduire la culture du sucre, même si le climat ne lui permettra pas d’être rentable. L'archipel se peuple : quelques années plus tard, c'est le nouvel entrepôt esclavagiste de la région. F. Gomes sous-traitera ce trafic au marquis de Cadix, Afonso de Cardenas, quand l'archipel devient un centre de redistribution vers l’Espagne. Entre 1469 et 1475, le marchand Fernão Gomes obtient le monopole de la navigation sur la côte guinéenne contre et l’obligation de découvrir cent lieues de littoral par an. Mais ce n'est qu'en 1486 que la Couronne portugaise fonde la « Casa dos Escravos », organe subsidiaire au sein de la Casa da Guinée, marquant le début d'une lente expansion.

Une grande partie de la traite est alors interrégionale, avec l’intermédiation portugaise, pour abaisser les coûts de transport. Les esclaves viennent du commerce avec les populations locales, en échange de biens ou de l’argent, dans la zone de la Sénégambie, sous influence arabe, plutôt que du Golfe de Guinée et sont en partie destinés aux plantations des îles de l’Atlantique.

Estimer leur nombre se révélera ensuite , aux , en raison de la pénurie des sources primaires. Concernant les 15 dernières années du et le début du suivant, les estimations oscillent entre une fourchette de 800-900 à près de 4000 par an, en augmentation constante mais inégale. Leur prix augmente d'un cinquième en deux décennies : (1481-1495) puis 6000-7200(1495-1521), un prix dépassant celui des Amérindiens du Brésil.

De 1486 à 1495, Bartolome Marchionni acquiert successivement le monopole des « Rivières de Guinée du Cap-Vert », c'est-à-dire des esclaves de Sénégambie, et celui du golfe de Guinée pour et par an.

Un siècle plus tard partir des années 1580, la Haute-Guinée, zone saharienne, sera remplacée par l’Angola pour approvisionner l'Empire espagnol, principalement vers Carthagène et Vera Cruz, car les pirates attaquent Hispanolia : de 1580 et 1640, l’Angola fournit plus de 80 % des esclaves, soit de à .

En Sénégambie, l’entrepôt de Cacheu va émerger cependant dans les années 1595, pour assurer le lien entre Guinée et Carthagène. Cacheu sert de relais aux navires de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales qui arrivent à Gorée avec la construction en 1617 d'un fort militaire.

Les sucreries d'Hispaniola Entre 1544 et 1550, 71 navires négriers quittent Cadix et Séville pour Santiago au Cap-Vert. Près de traversent l’Atlantique vers Hispaniola, San Juan de Porto Rico et la Nouvelle-Espagne. Plusieurs des asientistas ont des sucreries d'Hispaniola. Parmi eux, Diego de la Rosa Caballero et G. de Torres amènent 931 et .

Dans les Canaries, des tombes d'esclaves des Maures