Louis Veuillot, né à Boynes le et mort à Paris le Acte de décès à Paris , n° 731, vue 3/31., est un journaliste et homme de lettres français.
Catholique passionné, il défend avec vigueur l'enseignement privé et reprend le journal L'Univers, qu'il dirige avec son frère Eugène Veuillot. Eugène Tavernier, son neveu par alliance, secrétaire et biographe, deviendra le premier secrétaire général du Syndicat des journalistes français.
Biographie Jeunesse vignette|gauche|Maison natale de Louis Veuillot à Boynes (carte postale de 1913). vignette|gauche|François Veuillot, père de Louis (portrait par Lafon, 1838).
Louis Veuillot est le fils d'un artisan tonnelier. Victor Hugo, lui-même fils d'un général et comte de l'Empire, se moque de ses origines modestes : Les Châtiments..
À treize ans, il abandonne l'école pour gagner sa vie ; il obtient alors un emploi chez un avocat de Paris, le frère du poète Casimir Delavigne. Des amis du poète fréquentent alors le cabinet de cet avocat, et parmi eux des ecclésiastiques ; tous se piquent plus ou moins de littérature, et dans cet environnement, le jeune Veuillot prend conscience de sa vocation d'auteur. Il est encouragé par quelques amis, dont certains lui donnent des conseils et des leçons. Il consacre à l'étude la plupart de ses moments de liberté et, dès ses dix-sept ans, devient rédacteur d'un journal à Rouen, puis, peu de temps, après d'un autre à Périgueux (Le Mémorial de la Dordogne)Jean-Pierre Bois, Bugeaud, Paris, Fayard, 1997, .. C'est dans ce second poste qu'il fait la connaissance du général Bugeaud dont il restera proche..
L'attention est bientôt attirée sur son talent et il est appelé à Paris pour y faire du journalisme. Un ami qui venait de verser dans la dévotion l’emmène à Rome où il se convertit.. Lorsqu'il regagne Paris, il jure de se consacrer entièrement à la cause du catholicisme ultramontain.
Le polémiste catholique Le catholicisme ultramontain est une cause qui, à ce moment, n'a guère en France de partisans actifs et résolus, même parmi les membres du clergé.
L'écrivain français Ernest Renan raconte dans les Souvenirs d'enfance et de jeunesse que ses vieux professeurs du séminaire Saint-Sulpice de Paris sont restés gallicans et que, même si les jeunes sont presque tous passés à l'ultramontanisme, ..
Avec un zèle de converti, Veuillot écrit plusieurs ouvrages entièrement consacrés à montrer la beauté qu'il voyait dans la doctrine et la vie catholique.
En 1839Veuillot, Louis. Microsoft Encarta 2006, version DVD., il collabore au quotidien catholique L'Univers fondé par l'abbé MigneArticle « Jacques-Paul Migne » de la Catholic Encyclopedia, puis en devient le rédacteur en chef, et accentue son orientation ultramontaine. À la tête de L'Univers, il transforme le journal en un organe de presse puissant et influent qui exerce une conscience religieuse et politique sur le clergé français et une soumission absolue à la papauté.
À la même époque, des amis bien placés de Veuillot lui offrent un poste des plus intéressants. Il ne possède encore aucune fortune, se contentant de gagner sa vie et d'aider sa famille, mais il refuse tous les avantages offerts et devient un journaliste catholique, résolu à ne jamais être autre chose. Il accompagne néanmoins Bugeaud en Algérie comme secrétaire lorsque ce dernier est nommé gouverneur général en 1841.
La grande question dont on discute alors (1843-1850) est celle de la liberté de l'enseignement, que revendiquent certains catholiques dirigés par Charles de Montalembert. L'Univers de Louis Veuillot devient l'organe de la cause et contribue au premier rang à son succès final. Cette lutte est longue et passionnée. La presse en général s'oppose avec passion au journaliste catholique.. La campagne menée par Veuillot, la virulence de ses attaques incessantes, lui valent une certaine renommée, mais aussi des haines impitoyables. En 1844, il est condamné à un mois de prison pour avoir, dans L'Univers, pris la défense de l'abbé Combalot, un prédicateur que le gouvernement venait de condamner en raison de sa controverse sur l'Université.
Parmi les catholiques, une frange reste hostile à Veuillot ; mais il a le soutien du pape Pie IX. En outre, après le succès des catholiques en 1850 sur la liberté d'enseignement dans le cadre de la loi Falloux, Veuillot se trouve en conflit avec Montalembert, avec des évêques (en particulier Dupanloup) et d'autres personnes qui lui reprochent son intransigeance. En 1858, il écrit un article remarqué sur Bernadette Soubirous et les Apparitions de Lourdes. Il est également un soutien inconditionnel de dans l'affaire Mortara, accusant les journaux qui défendaient l'opinion contraire à la sienne d'être à la solde des Juifs et les désignant comme la .. Cette hostilité aux Juifs apparaît d'ailleurs clairement dans les premières éditions de son livre Les Libres penseurs (édition de 1848, page 274, édition de 1850, page 335). Dans des éditions ultérieures, on trouve .
Sous le Second Empire, après avoir soutenu vigoureusement le régime, il lui retire son appui quand Napoléon III se met à favoriser les idées libérales ou favorables à l'héritage révolutionnaire. Il critique violemment dans L'Univers la politique italienne de Napoléon III, favorable à la réunification italienne aux dépens des États pontificaux.. Ceci vaut son interdiction au journal, le . Il publie, en 1866, L'Illusion libérale, essai dans lequel il affirme :
Il fait reparaître L'Univers à partir du , et y publie l'intégralité de l'encyclique de Pie IX, très hostile à Napoléon III : le pape refuse d'obéir à l'empereur, lequel lui demande d'abandonner les territoires annexes du Saint-Siège pour ne conserver que Rome.
L'infaillibilité pontificale vignette|Photographie représentant Louis Veuillot (1875). vignette|Plaque 21 rue de Varenne (7 arrondissement de Paris), où il mourut. Veuillot prend parti en faveur de l'infaillibilité pontificale, qui est finalement proclamée à l'issue du premier concile œcuménique du Vatican, en 1870.
Pendant le concile, Veuillot entretient des polémiques longues et nombreuses aussi bien avec les libéraux, exaspérés par l'annonce du concile, qu'avec les adversaires catholiques du dogme de l'infaillibilité pontificale. Plusieurs fois au cours de cette querelle dans laquelle est plongé L'Univers, Pie IX se déclare en faveur du journal, que plusieurs évêques attaquaient vigoureusement tandis qu'un grand nombre d'autres le défendaientEugène Veuillot, « Louis Veuillot », Revue d'histoire de l’Église de France, 1920, , , . sur le site Persée..
Politique Veuillot s'abstient de toute alliance avec quelque parti politique que ce soitDans le journal catholique suisse La Liberté daté du , Antonin Crausaz analyse le quatrième tome de l'ouvrage qu'Eugène Veuillot avait consacré à son frère et qui concerne la participation de ce dernier à la tentative de restauration monarchique. On y trouve cette phrase caractéristique : ; et plus loin . La règle de conduite qu'il a formulée en 1842 est la suivante : . Il soutient les gouvernements successifs ou s'oppose à eux selon la façon dont ils se comportent envers l'Église. Lors de la Commune de Paris, il s'en prend à la mollesse supposée d’Adolphe Thiers et appelle à l’écrasement des insurgés. Après 1871, et l'instauration de la en France, il devient légitimiste, soutenant la cause d'Henri d'Artois, comte de Chambord, en vue de rétablir une ..
Famille Marié à Mathilde Murcier, sœur de l'historien Arthur Murcier, Louis Veuillot est le beau-père du général Édouard Pierron.
Le frère de Louis Veuillot, Eugène Veuillot, grand-père du cardinal Pierre Veuillot, qui a partagé intimement sa vie, ses travaux et ses combats, est lui-même un polémiste et jusqu'à sa mort à l'âge de 87 ans, en 1905, il continue à éditer L'Univers ; il a raconté en quatre volumes la carrière et la vie de son frère.
Il a aussi deux sœurs dont la plus jeune, Elise Veuillot (1825-1911), fut aussi journaliste.
Œuvres vignette|Frontispice du livre Jésus-Christ (1875) avec gravures par Huyot, père et fils. Veuillot est l'auteur de plusieurs ouvrages, comme Rome et Lorette (1841), Les Français en Algérie (1846), Le Parfum de Rome (1851), Les Odeurs de Paris (1866), Paris pendant les deux sièges (1871), Rome pendant le concile 1872, Çà et là (poème en prose).
L'œuvre de Veuillot journaliste remplit vingt-deux volumes intitulés Mélanges religieux, historiques, politiques et littéraires. Cette collection s'inscrit dans l'histoire politique et religieuse d'une période de quarante ans. Outre ce qu'il écrit en qualité de journaliste, il laisse également des romans et des poésies, inspirés par ses croyances religieuses.
Correspondance La correspondance volumineuse de Veuillot, publiée en douze volumes par François Veuillot, conduit l'écrivain et critique dramatique français Jules Lemaître à voir en elle, à l'égal de celle de Voltaire, mais pour des raisons différentes, ce qu'un homme de lettres a laissé de plus extraordinaire. Il ajoute que parmi les auteurs qui comptent, Veuillot lui semble celui qui s'insère le mieux dans la tradition de la langue, pendant qu'il est en même temps un des plus libres et des plus personnels. Il n'hésite pas à le ranger parmi la demi-douzaine de très grands prosateurs du .
Phrase apocryphe On reproche à Louis Veuillot d’avoir critiqué le libéralisme en énonçant l’idée suivante : « Quand je suis le plus faible, je vous demande la liberté parce que tel est votre principe ; mais quand je suis le plus fort, je vous l’ôte, parce que tel est le mien ». Pierre Pierrard explique que cette phrase a été mise dans la bouche de Louis Veuillot par Montalembert sous la forme Pierre Pierrard, Louis Veuillot, Éditions Beauchesne, 1998, p. 134. et citée le à l’Assemblée nationale par Jules Ferry. Elle a depuis, sous des formes changeantes, été constamment répétée bien que, dès le suivant, Veuillot eût protesté et affirmé que cette phrase n’était pas de lui.
Principales publications Les Français en Algérie (l'Algérie heureuse) (1841), Paris, Centre français d'édition et de diffusion, 1978, 297 Rome et Lorette, Tours, Mame, 1845. Les Français en Algérie. Souvenirs d'un voyage fait en 1841, 2e édition, A. Mame et Cie, Imprimeurs-Libraires, Tours, 1847 Les Libres penseurs, Paris, Jacques Lecoffre et Cie, 1848, 493 Louis Vivès [Louis Veuillot], Droit du seigneur au Moyen-Âge (1854), , Paris, Victor Palmé, 1878, 344 Le Parti catholique, réponse à M. le Comte de Falloux, Paris, L. Vivès, 1856, 333 Çà et là, Paris, Gaume Frères et J. Duprey, 1860, 4ème édition, 2 volumes. Lire en ligne sur Gallica. Waterloo, Paris, Gaume Frères et J. Duprey, 1861, 2 volumes. Les Parfums de Rome, 2 volumes, Paris, Gaume Frères et J. Duprey, 1862 et Paris, Victor Palmé, 1866, 398 et 447 L'Illusion libérale, 1866 ; réédition, préface de Jacques Ploncard d'Assac, Paris, édition Dismas, 1989. Les Odeurs de Paris, 2e éd., 1867, Georges Cres et Cie - J.M. Dent & son, sdnl. Dialogues socialistes. L'esclave Vindex. Le lendemain de la victoire. La légalité. Épilogue., Paris, Victor Palmé, 1872, reprint, chapitre.com Paris pendant les deux sièges (1872), Paris, Victor Palmé - J. Albanel, 1880, 2 volumes, 494 et 549 Âmes héroïques, Première série : Papes - Prêtres et prélats - Religieux et Missionnaires - Religieuses et femmes du monde. série : Deux récits bibliques - homme d'État - Soldats - Ecrivains - Martyrs et Hommes de bien., 1943, 2 volumes, 214 et 192 L'Honnête Femme, Paris, Victor Palmé, 1878, 440 Jésus Christ, avec une étude sur l'art chrétien par E. Cartier, ouvrage comprenant 180 gravures exécutées par Huyot Père et fils, et 16 chromolithographies, d'après les Monuments de l'art depuis les Catacombes jusqu'à nos jours, Paris, Firmin-Didot, 1881. Études sur Victor Hugo, Paris, Victor Palmé, 1888, introduction, notes et appendices d'Eugène Veuillot.