vignette|Amban de la dynastie Qing au Tibet, Youtai ( à gauche) en 1910, et son personnel. Amban (Mandchou : ; transcription phonétique en ; , pluriel en mandchou : ambasa) est un mot mandchou signifiant « haut responsable », qui correspond à un titre officiel qui varie dans sa portée avec le temps, au sein du gouvernement impérial de la dynastie Qing. Il est traduit en chinois par Dachen ou plus complètement, par Zhuzha dachen .
Types d'amban
Il existait quatre grands types d'ambam.
Au niveau national, les membres du Grand Conseil () et les gouverneurs généraux Qing ().
Au niveau régional, les résidents impériaux Qing ( ; et ) en poste au Tibet, au Qinghai (Amban de Xining), en Mongolie, à Tannu Uriankhai et au Xinjiang, régions qui ont reconnu l'autorité des Qing mais n'ont été gouvernées ni comme les provinces du Sud-Est de la Chine, à majorité Han ou autre, ni comme la Mandchourie. Dans tous les cas, les régions ont conservé de nombreuses institutions d'origine, ou en ont vu apparaître de nouvelles, comme le Kashag au Tibet à partir de 1721 et réorganisé en 1751.
Régions confiées aux résidents impériaux Mongolie
À partir de 1691 le régime des ligues et bannières est mis en place dans les deux Mongolies, à Tannu Uriankhai (aujourd'hui République de Touva en fédération de Russie). Les territoires situés en dehors des deux mongolies sont considérés comme des bannières mongoles autonomes placées sous l'autorité des commandants de garnison mandchou.
Mongolie-Extérieure En 1733, l'administration de la dynastie Qing crée la fonction de jiangjun (général en chef) pour Uliastay, puis en 1734 pour Khovd. Cette fonction est transformée en 1754 comme hebei amban et deux ambans sont nommés pour administrer Khuriye. La fonction la plus élevée porte le titre de khereg-i shidkhegchi said (ministre chargé des affaires). En 1761, lamban des Khalkhas est instauré sous le titre (Mongol : 60px|alt=ᠬᠦᠷᠢᠶᠡᠨ ᠦ ᠠᠮᠪᠠᠨ ᠨᠣᠶᠠᠨ, translittération : ; ).
La restauration mongole de 1911 et la formation du Khaganat de Mongolie du Bogdo met fin au système des ambans dans la Mongolie extérieure.
Mongolie-Intérieure La Mongolie-Intérieure est, quant à elle, administrée par deux fonctionnaires différents : les dutongs et fudutongs, lesquelssont toutefois désignés de manière générale sous le nom d'''ambans. Au sens strict, la région ne possèdait pas d'amban et était divisée en plusieurs parties, dont la Voie du Guisui, créee en 1741 en son centre, gouvernée depuis Guihuacheng (, aujourd'hui Hohhot), laquelle sera intégrée au District spécial de Suiyuan, gouverné par la République de Chine, avant d'être réunifiée sous le nom de région autonome de Mongolie-Intérieure en 1954, sous la République populaire de Chine.
Qinghai
L'amban du Qinghai () ou Amban de Xining (), résident impérial du Qinghai, était basé à Xining, dans l'actuel district de Chengzhong.
Tibet
Selon Luciano Petech, à partir de 1751, le protectorat exercé par la dynastie Qing au Tibet prend sa forme définitive et demeure inchangé jusqu'en 1912, à l'exception de quelques aménagements en 1792 où, aux droits de contrôle et de regard donnés aux ambans (ministres chargés des affaires tibétaines), s'ajoutent une participation directe au gouvernement tibétain Luciano Petech, China and Tibet in the Early XVIIIth Century: History of the Establishment of Chinese Protectorate in Tibet, 1972, 260 : .
Selon l'ambassadeur de Chine à Singapour Hong Xiaoyong, de 1727 à 1911, ce sont en tout 57 amban (ministres chargés des affaires tibétaines sous la dynastie Qing) qui sont en poste au Tibet où ils ont la haute main sur l'administration locale pour le compte de l'autorité centrale Hong Xiaoyong, , The Straits Times, :.
Thomas Manning le premier Anglais à se rendre à Lhassa qu'il atteignit au , début , décrit les amban en ces termes : Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lamas, préface de Dagpo Rinpotché, Albin Michel 2002, , 221.
Pouvoirs Selon la tibétologue Anne Chayet, certains des ambans relevaient de l'ordre militaire, ainsi Xijiu, qui en 1706 signifie au , l'ordre d'exil que lui impose l'empereur Kangxi, ou encore Yansin, qui préside le gouvernement provisoire de 1720 à 1722, après l'invasion dzoungare. Heshou remplit auprès de Labzang une mission comparable à celle des deux ambans envoyés à Lhassa en 1927. En 1750 les deux ambans assassinent 'Gyur med mam rgyal, puis sont assassinés à leur tour par la foule de Lhassa. Les règlements de 1751 précisent alors le rôle des ambans.
Le règlement en 29 articles, publié en 1793 (à la fin de la seconde invasion du Tibet par les Gurkhas), place cette fois les ambans sur un pied d'égalité, sur le plan politique, avec le dalaï-lama.. Selon Wang Jiawei et Nyima Gyaincain, en 1793, les ambans des Qing exerçaient les pouvoirs suivants : le pouvoir administratif : prendre en charge, avec le dalaï-lama, le kashag, et s'occuper des affaires concernant les responsables en dessous de l'échelon de kaleun et les trulkou ; le pouvoir personnel : parrainer la cérémonie de tirage au sort et rendre compte à l'empereur de la réincarnation du dalaï-lama, du panchen lama et autres tulkou ; le pouvoir militaire : contrôler le recrutement et l'envoi des troupes tibétaines, choisir et nommer les responsables militaires en dessous de l'échelon de depeun et inspecter les troupes tibétaines ; le pouvoir judiciaire : examiner et approuver la sanction des criminels et enquêter sur les responsables ayant enfreint la loi et les punir ; le pouvoir de traiter des affaires étrangères ayant trait au pays voisins ; le pouvoir financier : superviser la frappe de la monnaie, vérifier le paiement des impôts et le budget du gouvernement. Ces divers pouvoirs représentaient la souveraineté de l'État, et en aucun cas les détenteurs de ces pouvoirs n'étaient des « ambassadeurs chinois au Tibet » : aucun ambassadeur de par le monde ne jouit de tels pouvoirsWang Jiawei et Nyima Gyaincain, Le statut du Tibet de Chine dans l'histoire, 五洲传播出版社, 2003, , 86-88..
Selon l'universitaire chinois Rong Ma Rong Ma, "National School of Development"., sous la dynastie Qing, la principale mission échue aux deux amban et à leurs troupes était de s'assurer de la subordination du Tibet au pouvoir impérial, de maintenir le Tibet en paix et de le défendre contre toute invasion étrangère. Il y avait (han, mongols et mandchous) à Lhassa au début du , leur nombre croissant jusqu'à - pendant la guerre contre les Gurkhas en 1791. Rong Ma, Population and Society in Tibet, Hong Kong University Press, 2010, , , 155 : .
Selon Rong Ma, les commissaires (amban) de Lhassa étaient par ailleurs chargés d'organiser le commerce entre le Tibet et les autres régions. La régulation de ce commerce se faisait surtout par voie administrative. Ainsi, pendant le règne de l'empereur Qianlong (1736-1795), le gouvernement tibétain acheta du cuivre provenant de la province de Yunnan à trois reprises par l'intermédiaire des commissaires chinois de Lhassa. Lorsque le gouverneur du Yunnan Li Sirao refusa de fournir du cuivre au Tibet en 1779, le dalaï-lama s'en plaignit auprès des commissaires et Qianlong fit des remontrances officielles au gouverneurRong Ma, , 155..
Pavillon de l'amban vignette|Un lion de pierre devant l'ancienne résidence chinoise, 1939..
Le pavillon de l' amban à Lhassa est situé à à l'est du palais du Potala. Il servit, de 1787 à 1911 (pendant l'empire Qing), à accueillir les dignitaires tibétains venus saluer lamban à son arrivée et à son départ. Le site mariait l'architecture tibétaine traditionnelle et le style de jardin à la chinoise.
Après la fin des Qing, le pavillon fut encore utilisé à deux occasions : En 1940, quand Wu Zhongsun, le commissaire aux affaires mongoles et tibétaines, fut envoyé par Chang Kai-shek, pour assister à l'intronisation du . En , lorsque le Comité préparatoire à l'établissement de la région autonome du Tibet fut établi, Tenzin Gyatso, le et Choekyi Gyaltsen, le et des milliers de Tibétains vinrent saluer la délégation du gouvernement central conduite par le vice premier ministre Chen Yi. Depuis, le pavillon a été laissé à l'abandon et il ne reste que des murs et des colonnes en bois. Le gouvernement régional a approuvé, à l'été 2009, un projet de restauration du site..
Résidence de l'amban Au , les ambans résident à Lhassa au Tromsikhang, le grand hôtel particulier que le avait édifié sur le côté nord du Jokhang et qui avait abrité le chef mongol Lhazang Khan jusqu'à son assassinat en 1717 Robert Barnett, Lhasa: Streets with Memories, Columbia University Press, 2010, : ..
Rapports entre l'amban et le Peu avant d'envoyer un corps expéditionnaire au Tibet en 1903, les Britanniques proposèrent au gouvernement chinois une rencontre au hameau nommé Khampa Dzong, où un accord de non-agression et de commerce serait négocié. Le gouvernement chinois accepta et ordonna au de s'y rendre, mais celui-ci refusa et ne voulut pas davantage fournir à l’amban (alors Youtai) sis à Lhassa le moyen de le faire. George Curzon en conclut que la Chine ne disposait d'aucun pouvoir ni autorité sur le gouvernement tibétain et obtint de Londres l'autorisation de déclencher une opération militaire sous le commandement du lieutenant-colonel Francis Younghusband. La Chine ne porta pas la moindre assistance militaire aux Tibétains, qui durent faire face seuls à l'armée britannique John Powers, History as Propaganda: Tibetan exiles versus the People's Republic of China, Oxford University Press, 2004, , 80.. Selon Michael Harris Goodman, citant Perceval Landon qui accompagna l’expédition de militaire, les amban étaient des observateurs et conseillers, mais ils n'intervenaient pas dans le gouvernement du TibetMichael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, Éditeur Claire Lumière, 1993, .Michael Harris Goodman, , 179 : .