An-Nur (arabe : , français : La Lumière) est le nom traditionnellement donné à la sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 64 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période médinoise.
Origine du nom Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coraniqueA. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, ., la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate La Lumière, en référence au contenu de la sourate présentant, thème régulier des religions abrahamiques, la grâce divine comme une lumière sur le monde des hommes. Le terme nur (« lumière ») est présent à sept reprises dans cette sourate, aux versets 35 et 40Azaiez M, "Sourate 24", Le Coran des Historiens, t.2a, 2019, et suiv..
Historique
Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq ( siècle) et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-AzharG.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p.477-502.R. Blachère, Introduction au Coran, p.244., cette sourate occupe la place. Elle aurait été proclamée pendant la période médinoise, c'est-à-dire schématiquement durant la seconde partie de la vie de Mahomet, après avoir quitté La MecqueR. Blachère, Le Coran, 1966, .. Contestée dès le par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeG. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus , 2011, p. 247-270.E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p.13., pour qui cette sourate est la .
Les spécialistes reconnaissent dans cette sourate un texte composite. Si un consensus, suivant les données provenant des traditions musulmanes, voit dans les versets 11 à 20 une référence à la fin de l'année 626, d'autres versets ont visiblement fait l'objet d'additions. En outre a été supposée l'existence d'une sourate primitive perdue, qui aurait contenue la législation concernant la lapidation. D'autres éléments, comme les versets 34-45, tranchent avec le reste de la sourate.
Hilali relève une différence entre la version du Coran actuel (Édition du Caire) et le manuscrit de Sanaa 27.1DAM. Dans celui-ci, on lit « avant que le feu ne le touche » tandis que la version du Caire dit « même quand aucun feu ne le touche ».
Cette sourate s'inscrit pour Neuwirth dans la série des "sourates rhétoriques" appartenant au genre du sermon, caractérisé par les adresses à la communauté des croyants, par son style proche des Psaumes. Elle serait, selon une approche de la rhétorique sémitique, construite autour de la parabole de la lumière (v. 34-46).
Interprétations
Verset 1 à 17 : L’adultère Pour Khalfallah, ce passage a servi de source pour la peine encourue en cas d’adultère, de diffamation ou de serment d’anathème. De portée générale, il a été extrapolé par les juristes musulmans (fuqahā') pour préciser l’application des peines. Ainsi, la jurisprudence islamique (fiqh) distinguera l’adultère des personnes mariées puni de lapidation de celle des non-mariés puni de flagellation, la première peine n’étant pas citée dans le CoranM. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS23 Q 24 :1-17.
Verset 35 : Verset de la lumière
Pour Dye, ce verset et ceux qui l’encadrent peuvent être compris grâce à l’arrière-plan chrétien. Comme cela est déjà connu dans la poésie préislamique, les moines allumaient des lampes pendant les vigiles nocturnes, lampes qui pouvaient guider les voyageurs. La mention de l’olivier rappelle l’association dans le Livre de Zacharie de la lampe à deux oliviers, image reprise dans le Livre de l’ApocalypseM. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS24 Q 24 :35.
Grodzki associe la première phrase de ce verset à un autre passage du Livre de l’Apocalypse (21:23-24). Winitzer associe quant à lui ce verset au début du Livre d’Ézéchiel (Ez 1:26-27). Pour l’auteur, l’idée de la lampe associée à la divinité appartient aux conceptions proche-orientales. Cette idée se retrouve dans un texte évoquant Marduk/Bel.
Pour Khalfallah, ce verset a posé un certain nombre de problèmes théologiques. Ainsi, par exemple, « Définir Allah comme lumière, avec toutes les connotations que le mot pourrait inviter, serait de L’associer à l’une de Ses propres créatures ». Certains exégètes ont développé l’idée d’une analogie pour expliquer ce verset. Si le christianisme associe déjà abondamment Dieu à la lumière, c'est toutefois à la lumière naturelle, tandis que dans ce verset, Dieu est symbolisé par la lumière d'une lampe, une lumière artificielleJulie Bonnéric, « Symboliser et figurer le divin en Islam classique entre lumière naturelle er lumière artificielle », Journal asiatique, 300, , 2012, 761-775 ..
Pour Azaiez, la forme rhétorique de ce verset fixe l’attention sur quelques mots particuliers, tous des hapax.
Versets 11 à 20 : Allusion à une calomnie Ces versets ferait allusion à une accusation d'adultère portée contre Aïcha. Ce récit est rapporté par les traditions musulmanes dans les hadiths et la Sîra. Pour Azaiez, cette accusation, "probablement historique", serait une allusion à la vie de Mahomet.
Quelques chercheurs ont essayé de mener une critique historique des hadiths à travers celle de la chaîne de transmission (isnad). Ces recherches sont complexes, les isnad ayant fait l'objet de nombreuses modifications, inventions et forgeries.. Ces recherches visent donc à trouver le premier chaînon historique des traditions. Cette méthode a permis de dater des traditions du de l'islam ou de la fin du . C'est le cas, par exemple, de traditions concernant une accusation d'adultère contre Aïcha qui date d'avant l'obtention du statut particulier qu'elle a dans l'islam sunnite.
Verset absent de l'état actuel de la sourate : Le verset de la lapidation
Pour Mohammed-Hocine Benkheira, .. Pour Prémare, les hésitations coraniques quant à la peine à infliger illustre les débats des premiers temps de l’islam sur la punition de l’adultèreMoezzi, Dictionnaire du Coran, . trad de l’italien. Au , les penseurs musulmans réfléchissent à la mise en place de la loi musulmane et à son rapport avec la loi juive. Claude Gilliot étudie ce verset dans un article intitulé « Coran, fruit d'un travail collectif ? ». Pour l'auteur, cette question des versets retirés s'inscrit dans le schéma classique d'une révélation qui a besoin d’être fixée et canonisée par un groupe, en éliminant ce qui n'en appartient plus. L'auteur rappelle que cette question est présente dans les traditions musulmanes. Selon une de ces traditions, . Cette problématique rappelle l’ambiguïté du terme « collecte » appliqué au Coran, ce qui pour certains signifie « appris par cœur » et pour d'autres « écrit »Claude Gilliot, « Le Coran, fruit d’un travail collectif ? », dans De Smet D., (éd.), Al-Kitab. La sacralité du texte dans le monde de l’Islam, Bruxelles, 2004, ..
Cette intégration originelle revendiquée par la tradition au corpus coranique est reprise par d'autres chercheurs. Pour Amir Moezzi, Moezzi, « Autour de l’histoire de la rédaction du Coran. Nouvelles remarques », Islamochristiana 36 (2010), Pontifico Istituto Di Studi Arabi e d’Islamistica [PISAI], Rome, .. Pour Geneviève Gobillot et Michel Cuypers, . Ils donnent ainsi comme exemple le verset de la lapidation de la femme adultèreMichel Cuypers et Geneviève Gobillot; Idées reçues, le Coran, Éditions Le Cavalier Bleu, Paris, août 2007, .
Pour Rémi Brague, Claude Gilliot, "Le Coran a une histoire », interview par Jacqueline Martin-Bagnaudez, in Notre Histoire, 195 (janvier 2002), . Pour Éric Chaumont, le verset de la lapidation est un exemple d'une des formes d'abrogation. Éric Chaumont dans Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, article "abrogation", et suiv.
Voir aussi
Articles connexes
Islam, troisième religion abrahamique Coran, livre sacré de l'islam Mahomet, prophète majeur de l'islam Sourate, nom donné pour les chapitres du Coran Ayat, nom donné pour les versets du Coran
Bibliographie
Azaiez M, "Sourate 24", Le Coran des Historiens, t.2a, 2019, et suiv. R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate.
Liens externes
Texte de la sourate 24 en français, d'après la traduction de Claude-Étienne Savary de 1783.
Notes et références Notes
Références
Nur