Ours d'Abbetot (en latin Ursus de Abbetot ou Urso de Abbetot, en anglais Urse d'Abetot ou Urse of AbetotFrank Barlow, William Rufus, p. 72) (vers 1040-1108) fut un baron et un administrateur anglo-normand, qui servit comme shérif du Worcestershire durant les règnes de Guillaume le Conquérant (1066-1087), Guillaume le Roux (1087-1100) et Henri d'Angleterre (1100-1135).
Biographie
Ses origines sont banalesBarlow William Rufus p. 188-189.. Il naît vers 1040J. H. Round révisé par Emma Mason, « Abetot, Urse d' (c.1040–1108) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004. dans une famille de petits nobles qui tient des terres à Saint-Jean d'Abbetot (commune de La Cerlangue près de Tancarville, Seine-Maritime)Keats-Rohan Domesday People p. 439. du seigneur de TancarvilleJudith A. Green, The Government of England Under Henry I, Cambridge: Cambridge University Press, 1986, p. 33.. Il tient son nom du village où il est probablement né.
Il vient en Angleterre dans les premières années de la conquête normande de l'Angleterre (1066-1071) et se voit rapidement confier l'office de shérif du Worcestershire (1068 ou 1069)W. A. Morris, « The Office of Sheriff in the Early Norman Period », The English Historical Review, vol. 33, n°130 (avril 1918), p. 145-175.Soit au moment de la construction du château de Worcester, si l'on en croit Guillaume de Malmesbury. La construction du château date d'avant 1069. Cf. note n°20 de W. A. Morris, « The Office of Sheriff in the Early Norman Period ».. Il est probable qu'il doive cet office à sa réputation militaireF. Barlow, William Rufus p. 152., peut-être acquise lors de la célèbre bataille de Hastings (1066). Guillaume de Malmesbury précise qu'il a « été choisi comme shérif par le roi ». Il raconte aussi qu'Ours d'Abbetot s'approprie une partie du cimetière de Worcester pour y construire la douve autour de son château, ce qui lui vaut la réprobation très appuyée de Aldred, l'archevêque d'York. Il est le constructeur ou le superviseur de la construction de ce château, dont il ne reste rien aujourd'huiAdrian Pettifer, English Castles: A Guide by Counties, Woodbridge: Boydell (1995), p. 280..
Il acquiert une mauvaise réputation d'oppresseur du clergé en s'appropriant des terres appartenant à des maisons ecclésiastiques. Il fait en particulier beaucoup de tort aux moines de Worcester et de l'abbaye d'Evesham. Il est néanmoins un bienfaiteur du prieuré de Grand Malvern qui au se réclamera de lui comme son fondateur.
En 1075, il joint ses forces à celles de l'évêque Wulfstan de Worcester et d'Ethelwig, abbé d'Evesham, pour contrer la révolte des comtes Roger de Breteuil et Raoul de Gaël. Ensemble, ils bloquent Roger, le comte de Hereford, au passage de la Severn, et l'empêchent ainsi de joindre ses forces à celles de Raoul de Gaël.
Dans le Domesday Book, rédigé peu avant 1086, il apparaît comme tenant en chef (vassal direct du roi), dans le Herefordshire, Gloucestershire, Warwickshire et Worcestershire, et comme sous-tenant (vavasseur) dans le Dorset, Oxfordshire et Wiltshire. Il est le plus grand propriétaire terrien laïc du Worcestershire.
Son importance augmente considérablement durant le règne de Guillaume le Roux (1087-1100). Il devient un important administrateur royal, tout en conservant son office de shérif. Il est constable de la maison royale sous Guillaume le RouxF. Barlow, William Rufus, p. 95 et son successeur Henri (1100-1135)Judith A. Green, The Government of England Under Henry I, Cambridge: Cambridge University Press, 1986, p. 35.. Il tient aussi l'office de maréchal sous Guillaume le RouxF. Barlow, William Rufus, p. 202. Il est, avec Robert Bloet, l'évêque de Lincoln, Rainulf Flambard et Haimon le sénéchal, l'un des quatre justiciers de Guillaume le RouxR. W. Southern, « Ranulf Flambard and Early Anglo-Norman Administration », Transactions of the Royal Historical Society, Fourth Series, vol. 16 (1933), p. 95-128..
En 1088, il prend une part active dans le procès de Guillaume de Saint-Calais, l'évêque de Durham, qui suit la rébellion de 1088Emma Mason, « Magnates, curiales and the Wheel of Fortune », Anglo-Norman Studies II: Proceedings of the Battle Conference 1979, Boydell & Brewer, 1980, p. 118-140.. Il est aussi un proche associé de Rainulf Flambard, le chapelain et trésorier du roi. Pour E. Mason, sa personnalité fait de lui un choix idéal pour le type de fonctions qu'il occupe. C'est pourquoi il est toujours actif dans les premières années du règne d'Henri .
En 1101, quand Robert Courteheuse, le duc de Normandie et frère aîné d'Henri débarque en Angleterre pour s'emparer du trône, Ours soutient son souverainC. Warren Hollister, Henry I, New Haven, Conn: Yale University Press, p. 133.. Il est également présent à ses côtés un peu plus tard quand le Traité d'Alton est signé entre les deux frèresC. Warren Hollistern, « Anglo-Norman Civil War: 1101 », The English Historical Review, vol. 88, n°347 (1973), p. 329..
Famille et descendance
Il meurt en 1108, et son fils Roger lui succède dans ses terres et son office de shérif. Il est banni vers 1110 après avoir tué un officier d'Henri . C'est Osbert d'Abbetot, probablement un frère d'Ours, qui succède à Roger à l'office de shérif (1113-1116). Osbert est l'ancêtre des Abbetot qui sont une famille influente du Worcestershire au et . Ours a aussi un frère nommé Robert et surnommé DispenserDu nom de son office dans la maison royale. qui meurt vers 1097. Il tient le château et l'honneur de TamworthW. A. Morris, « The Office of Sheriff in the Early Norman Period ». et a probablement une fille, épouse de Robert Marmion, qui acquiert une partie de ses possessions, avec Ours.
Ours d'Abbetot est l'ancêtre, par sa fille Emmeline, des Beauchamp comtes de Warwick. Ces derniers utilisent d'ailleurs sur leur blason l'ours (Ursus signifie « ours » en latin). Il épouse Alice († après 1108). Ensemble ils ont pour descendance connue :
Roger, qui lui succède et qui est banni vers 1110 ; Emmeline, qui épouse Gautier (I) de Beauchamp († vers 1133), qui acquiert ses domaines après le bannissement de son beau-frère.
Voir aussi
Notes et références
Sources
J. H. Round révisé par Emma Mason, « Abetot, Urse d' (c.1040–1108) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004. F. Barlow, William Rufus, University of California Press, 1983.
Bibliographie
Emma Mason, « Magnates, curiales and the Wheel of Fortune », Anglo-Norman Studies II: Proceedings of the Battle Conference 1979, Boydell & Brewer, 1980, p. 118-140.
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