Maurice Druon, né le à Paris où il est mort le , est un écrivain et homme politique français. Il est le neveu de Joseph Kessel et est particulièrement connu comme auteur avec son oncle des paroles du Chant des Partisans.
Fils naturel de Lazare Kessel (mort en 1920), il porte deux patronymes avant de recevoir celui de « Druon » en 1926. À la fin des années 1930, il devient très proche de son oncle Joseph Kessel et de sa compagne, la chanteuse Germaine Sablon. Très tôt résistants après le désastre de 1940, ils quittent tous trois la France pour Londres (via Barcelone et Lisbonne) après l'invasion de la zone libre par les Allemands ().
À Londres, il est attaché au programme Honneur et Patrie de la BBC. À l'instigation d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie, qui souhaite un hymne pour la Résistance, lui et Joseph Kessel rédigent en les paroles du Chant des partisans, sur la musique d'une chanson russe d'Anna Marly.
Après la guerre, il devient un homme de lettres à succès avec Les Grandes Familles (prix Goncourt 1948) et la saga des Rois maudits, roman historique en sept tomes publiés entre 1955 et 1977, que l'adaptation télévisée fait connaître à un très large public. Il est l'auteur de nombreuses autres œuvres, comme Tistou les pouces verts, en 1957, un conte pour la jeunesse, ainsi que des pièces de théâtre et des essais.
Il est élu à l'Académie française en 1966, à quarante-huit ans, et en devient secrétaire perpétuel de 1985 à 1999.
Druon s'affirme également dans le domaine politique. Gaulliste aux prises de position conservatrices, il est ministre des Affaires culturelles en 1973-1974, sous la présidence de Georges Pompidou.
Biographie Origines Maurice DruonNom de plume sous lequel toutes ses œuvres ont été publiées. naît le dans le , au du boulevard de L'Hôpital (quartier Saint-Marcel). Il est le fils de Lazare Kessel (1899-1920) et de Léonilla Samuel (1893-1991), épouse de Roger Fernand Wild.. Il est enregistré à l'état civil comme Samuel Roger Charles Wild.
Un jugement de 1919 rompt cette filiation et lui donne le patronyme de sa mère. Il devient donc Samuel Roger Charles Samuel.
Le , sa mère épouse René Druon (1874-1961), notaire dans le NordFrancine de Martinoir, « Maurice Druon, mort d’un partisan de la langue française », La Croix, 15 avril 2009. ; René Druon reconnaît l'enfant, âgé de près de qui s'appelle désormais Samuel Roger Charles Druon.
Son père naturel, Lazare Kessel (1899-1920), né à Orenbourg en Russie, est arrivé à Nice en 1908 avec ses parents juifs d'origine lituanienne et son frère aîné, Joseph. Se destinant au théâtre, Lazare sort du Conservatoire avec le premier prix et devient pensionnaire de la Comédie-Française. Mais il se suicide le à l'âge de sans avoir reconnu son fils.
En dehors de sa parenté avec Kessel, Maurice Druon est aussi : l'arrière-petit-fils par sa mère d'Antoine-Hippolyte Cros, troisième « roi d’Araucanie et de Patagonie » ; l'arrière-petit-neveu du poète et inventeur Charles Cros ; l'arrière-arrière-petit-fils d'., homme de lettres brésilien, protecteur du de l'Académie brésilienne des lettres.
Jeunesse et formation Maurice Druon passe son enfance à La Croix-Saint-Leufroy, en Normandie, où il fait la connaissance de Pierre Thureau-Dangin, fils du secrétaire perpétuel de l'Académie française, Paul Thureau-Dangin.
Il fait ses études secondaires au lycée Michelet de Vanves. Lauréat du concours général en 1936 (il présidera l'Association des lauréats du concours général de 1967 à 1973 et de 1983 à 1988.), il commence à publier à l’âge de dans des revues et journaux littéraires, tout en étudiant à la faculté des lettres de Paris, puis à l'École libre des sciences politiques dont il sort non diplômé en 1937 (section diplomatique)..
Avec son oncle Joseph Kessel, aviateur pendant la Première Guerre mondiale, il côtoie les grands noms de l'Aéropostale (Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet), rencontre des et fréquente les cabarets russesPhilippe-Jean Catinchi, « L'académicien Maurice Druon est mort », Le Monde du ..
Très proche de son oncle Joseph Kessel, il est selon Dominique Bona
La Seconde Guerre mondiale et la Résistance En , lorsque la France déclare la guerre à l'Allemagne, il est appelé sous les drapeaux et il publie dans Paris-Soir de Pierre Lazareff, un article intitulé « J'ai vingt ans et je pars ».
Il se marie le avec Geneviève Gregh, fille d'Harlette Hayem (1881-1958) et de Fernand Gregh (1873-1960), dont il divorce quinze années plus tard, le .
Élève officier de cavalerie au Cadre noir de Saumur en 1940, il est de la promotion qui précède celle des cadets de Saumur sur la Loire. Présent dans la région, il termine la bataille de France en Dordogne. Contrairement à ce qui est souvent évoqué, il n'a pas participé à la bataille de Saumur avec les Cadets. Démobilisé, il s'installe en zone libre. Il fait représenter sa première pièce, Mégarée, au Grand Théâtre de Monte-Carlo le . Il s'engage dans la Résistance.
Il est l'auteur, en 1942, de la chanson française Le Galérien, mise en musique par Léo Poll et interprétée par Yves Montand, puis par Les Compagnons de la chanson en 1950, ensuite par Armand Mestral, puis Mouloudji en 1958 et enfin par de nombreux autres artistes interprètes. Le refrain de cette chanson commence par : J'ai pas tué, j'ai pas volé Mais j'ai pas cru ma mère..
Il quitte la France en avec Joseph Kessel et Germaine Sablon, pour rejoindre les rangs des Forces françaises libres du général de Gaulle, traversant les Pyrénées, puis l’Espagne et le Portugal, avant qu'un hydravion ne les emmène en en Irlande, puis un avion de la RAF à Londres.
Il devient l'aide de camp du général de l’Armée de l’air François d'Astier de La Vigerie, puis est attaché au programme « Honneur et Patrie » de la BBC auprès d'André Gillois.
En , il écrit le Chant des partisans qui, sur une musique composée par Anna Marly, devient l'hymne des mouvements de la Résistance. La première interprétation est celle de Germaine Sablon dans un film de propagande Trois chansons pour la Résistance, d'Alberto Cavalcanti.
En 1944, il est envoyé en mission à Alger pour le compte du commissariat à l’Intérieur et à l’Information, puis devient correspondant de guerre auprès des armées françaises en 1944, jusqu’à la fin de la guerre ().
L'après-guerre et le succès littéraire Revenu à la vie civile, il consacre son premier livre à ses souvenirs de guerre, La Dernière Brigade, publié en 1946.
Avec son roman Les Grandes Familles en 1948, premier volet de la trilogie La Fin des hommes (suivie de La Chute des corps et de Rendez-vous aux enfers), il reçoit le prix Goncourt. En 1953, sa pièce en un acte, Un voyageur, entre au répertoire de la Comédie-Française sur une mise en scène de Jean Piat, et il publie avec Joseph Kessel la pièce Le Coup de grâce.
Il accède définitivement à la célébrité avec le succès de sa saga historique Les Rois maudits, publiée à partir de 1955, et adaptée en 1973 à la télévision. Maurice Druon n'a jamais caché que sa série Les Rois maudits avait été le résultat d'un travail d'atelier. Au nombre des collaborateurs, qu'il remercie dans sa préface, on relève les noms de Gilbert Sigaux, Matthieu Galey, Pierre-Henri de Lacretelle, José-André Lacour et Edmonde Charles-Roux, parmi quelques intervenants de moindre envergure..
Avec ces deux sagas, ainsi que les romans mythologiques Alexandre le Grand et Les Mémoires de Zeus, il semble se spécialiser dans le roman historique, réputé , tout en s'aventurant dans la littérature jeunesse avec Tistou les Pouces verts et en écrivant des nouvelles.
Après divers prix prestigieux, dont le prix Pierre-de-Monaco qui récompense l'ensemble de son œuvre en 1966, il est élu, le de la même année, au de l’Académie française, succédant à Georges Duhamel.
Il se remarie avec Madeleine Marignac en 1968.
Il participe entre 1969 et 1970 à la commission de réforme de l'ORTF.
Ministre des Affaires culturelles Le résistant gaulliste reste engagé politiquement durant toutes ces années. Peu à peu, le romancier laisse la place à l'écrivain engagé et au polémiste. Publiant tour à tour L'Avenir en désarroi où il analyse les mouvements de Mai 68, Une Église qui se trompe de siècle dans lequel il critique l'évolution de l'Église catholique, ou une édition augmentée de ses Lettres d’un Européen, publiées initialement durant la guerre, et dans lesquelles il prend parti pour une Europe des nations avec monnaie unique et suppression des frontières. Ne refusant pas l'étiquette de conservateur, il écrit
Maurice Druon est nommé le ministre des Affaires culturelles. par Georges Pompidou. La nomination de cette figure historique du gaullisme, seul membre du gouvernement à ne pas être élu, homme de lettres popularisé par ses succès littéraires et l'adaptation télévisuelle des Rois maudits, résistant ne cachant pas son goût pour l'ordre, doit permettre de calmer une majorité échaudée par le projet du centre BeaubourgEmmanuel Wallon, « Druon (ministère) », dans Emmanuel de Waresquiel (dir.), Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959, Paris, Larousse / CNRS éditions, 2001..
et de par L'Humanité au moment de sa nominationGuy Dumour, « Maurice Druon par lui-même », Nouvel Observateur, 16 avril 1973., en référence à l'écrivain premier titulaire du ministère des Affaires culturelles, il s'appuie sur son succès littéraire et télévisuel pour assoir sa légitimité politique, affirmant à Jean Mauriac : lui répond Maurice ClavelMaurice Clavel, Nouvel Observateur, 14 mai 1973.. Par ces premières déclarations abruptes, il se fait selon le mot de Pompidou et incarne une culture conservatrice comme selon Le Monde, s'étonnant que l'on puisse représenter Les Paravents de Jean Genet dans un théâtre public, car . Ainsi, quand il menace les directeurs de théâtre qu'il estime subversifs de leur couper les subventions en proclamant que , il fait craindre à l'aspiration d'un art officiel et provoque la polémique : après la parution dans Le Monde de la réponse de Roger Planchon puis de celle de Jean-Louis Barrault qui dénonce , une procession funèbre silencieuse symbolisant la mort de la liberté d'expression rassemble, le , à l'initiative de plusieurs metteurs en scène, dont Ariane Mnouchkine, Jean-Pierre Vincent, Jean Jourdheuil et Bernard Sobel, avec le soutien de la gauche, plusieurs milliers de manifestants. Surnommé par Le Canard enchaîné, il est comparé à Jdanov par Françoise Giroud..
Cependant, malgré l'apparente rupture avec l'ouverture et la modernisation voulue par Jacques Duhamel, Maurice Druon inscrit ses actions dans la continuité de son prédécesseur, conservant à leur poste les principaux directeurs du ministère, et reconduisant Jacques Rigaud comme directeur de cabinet, jusqu'au départ de ce dernier et son remplacement par Dominique Le Vert. Ses relations au sein du ministère sont parfois délicates, ses différends avec Pierre Emmanuel provoquant la démission entière du Conseil du développement culturel, créé en à la suite de la commission culturelle du . Et, si la censure au cinéma persiste, à travers l'interdiction d'Histoires d'A de Charles Belmont et Marielle Issartel, qui présente un avortement par aspiration en direct, et le refus de distribution de La Bonzesse de François Jouffa, racontant l'histoire d'une femme qui se prostitue pour payer un voyage à KatmandouJean Montagnard, « Silence, on coupe », L'Unité, ., les coupes et interdictions sont restées limitées sous ce ministère, selon Emmanuel Wallon.