Le Majestic est un paquebot britannique de la mis en service en 1922. Sa construction est plus ancienne puisqu'il est mis en chantier en Allemagne en 1913 pour le compte de la Hamburg America Line (HAPAG) sous le nom de Bismarck, après ses sister-ships, l' et le Vaterland, formant la classe Imperator. Lancé en , il n'est pas achevé lorsque commence la Première Guerre mondiale, et sa construction cesse jusqu'à la fin du conflit. Il est alors cédé au Royaume-Uni en 1919, comme dommage de guerre, et est récupéré par la avant d'être achevé.
À sa mise en service en 1922, le Majestic est le plus gros paquebot au monde avec ses environ, et le reste treize ans, jusqu'à l'arrivée du . Affecté à la ligne de New York en compagnie de l' et de l', le Majestic devient navire amiral de sa compagnie, et son luxe lui permet d'être un des navires les plus populaires des années 1920. Il montre cependant des signes prématurés d'usure après quelques années de service.
Lorsque la Grande Dépression éclate, le Majestic, de moins en moins rentable, sert également pour des croisières. En 1934, la fusionne avec sa rivale, la Cunard. Le paquebot est conservé dans un premier temps, mais jugé inutile dès 1936. La compagnie le vend à des démolisseurs, mais la l'échange aussitôt contre des croiseurs trop anciens, afin d'en faire un navire d'entraînement pour ses équipages. C'est dans cette fonction qu'il est victime d'un incendie en 1939. Vendu aux démolisseurs en 1940, il faut attendre 1943 pour qu'il soit totalement démantelé.
Histoire Conception et construction Conception du trio d'Albert Ballin
Au début des années 1910, les compagnies maritimes allemandes aspirent à retrouver la domination qui était la leur au tout début du siècle, et qui leur a été ravie par les paquebots de la Cunard et de la , en particulier le Lusitania, le Mauretania et les navires de classe Olympic. C'est dans ces circonstances qu'Albert Ballin, proche du Kaiser et président de la HAPAG, décide de la construction de trois paquebots destinés à être les plus grands du monde. Après avoir envisagé de faire construire le premier par des chantiers allemands, et les deux suivants par les chantiers britanniques Harland & Wolff, il décide de renforcer la symbolique patriotique portée par le trio en les faisant tous trois construire en Allemagne.
Pour ces paquebots, la taille et le confort sont la priorité. Ballin est conscient que ses navires partant d'Allemagne, ils ne peuvent envisager de concurrencer leurs rivaux britanniques sur le terrain de la vitesse. Il pense compenser ce problème en proposant aux passagers un niveau de luxe supérieur, et fait appel pour cela à l'architecte Charles Mewès, rendu célèbre par la décoration de prestigieux hôtels. L'autre grand enjeu est celui de la taille : il s'agit en effet de lutter contre le roulis que pourraient subir des paquebots aussi volumineux. À cela s'ajoute le très grand nombre de passagers transportés, et répartis non pas en trois classes, comme c'est généralement le cas, mais en quatre, la dernière étant destinée au transport en masse d'immigrants. Le naufrage du Titanic, survenu durant la construction du premier des paquebots de la série, met en évidence le besoin de canots de sauvetage pour tous les passagers, véritable défi pour des navires destinés à transporter plus de au total. Les constructeurs répartissent donc des embarcations en plusieurs endroits des navires, et plus exclusivement au niveau du pont supérieur.
L'ébauche d'un paquebot allemand d'avant-guerre alt=Photographie de l'entrée de la proue du Bismarck dans l'eau.|vignette|279x279px|Le lancement du Bismarck survient le 20 juin 1914. C'est le que le premier navire de la série, l', effectue sa traversée inaugurale. Le deuxième paquebot, légèrement plus imposant, le Vaterland, fait de même en . Le dernier du trio est pour sa part destiné à s'appeler Bismarck. Sa quille est posée peu après le lancement du Vaterland, au printemps 1913, dans les chantiers Blohm & Voss de Hambourg, sous le regard du Kaiser Guillaume . Le projet initial prévoit que le Bismarck soit semblable au Vaterland, qui diffère lui-même de lImperator sur plusieurs points, notamment le fait que les conduits de ses cheminées ne descendent pas au centre du navire, mais se répartissent en tuyaux plus petits qui courent le long de ses flancs, permettant de créer de plus grands espaces intérieurs. Cependant, les constructeurs soupçonnent au cours de la construction que lAquitania, devant être mis en service par la Cunard au printemps 1914, sera plus grand. Cette nouvelle a déjà poussé la compagnie à boulonner une figure de proue en forme d'aigle sur lImperator afin de gagner quelques précieux mètres. Il est donc décidé de rallonger le Bismarck de six pieds (un peu moins de deux mètres). Comme le relève avec dépit un employé de la HAPAG, ces six pieds ont été particulièrement coûteux, puisqu'ils demandent une révision totale des plans et l'ajout de deux couples au centre du navire pour permettre cette modification de structure. Ces six pieds sont d'autant plus coûteux que lAquitania ne menace en réalité pas le trio allemand par sa longueur. Ils permettent cependant au Bismarck de rester le plus gros paquebot jamais construit jusqu'au en 1935.
Le navire portant le nom du chancelier Otto von Bismarck, c'est à sa petite fille, la comtesse Hanna von Bismarck, que revient la tâche de baptiser le paquebot lors de son lancement, le . Les deux navires précédents ayant été baptisés par le Kaiser et le prince Rupprecht de Bavière, le Bismarck est le seul navire de la série à devoir être baptisé par une femme. Cependant, alors que toute la série est soumise à une stricte mécanique de précision, la marraine ne parvient pas à lancer la bouteille assez fort pour la briser sur la coque. Guillaume doit se précipiter pour la rattraper et la lancer à son tour sur la coque déjà en mouvement. De ce fait, les trois super-paquebots de la HAPAG sont baptisés par des hommes, alors que la tradition donne habituellement ce rôle à des femmes.
Quelques jours après la cérémonie, l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche est assassiné, et la Première Guerre mondiale éclate. Le personnel des chantiers navals est donc réquisitionné pour servir l'effort de guerre, et les travaux cessent totalement sur le Bismarck pour ne reprendre qu'après le conflit. Une partie des matériaux prévus pour sa construction sont également saisis pour d'autres projets.
Dommages de guerre et changement de destin thumb|left|alt=Photographie du Majestic au début de sa carrière.|Ce n'est qu'après la fin de sa construction que le Majestic est peint aux couleurs de la .
Durant la Première Guerre mondiale, les compagnies maritimes britanniques voient leurs navires servir l'effort de guerre, et en perdent plusieurs. Avec la défaite, l'Allemagne doit, selon les conditions du Traité de Versailles, céder une partie de ses navires pour remplacer le tonnage perdu. La hérite par conséquent de plusieurs d'entre eux. C'est ainsi qu'est scellé le sort des trois grands navires voulus par Albert Ballin : le Vaterland, réquisitionné par les Américains durant le conflit reste en leur possession sous le nom de Leviathan. Quant à l' et au Bismarck, ils sont tous deux cédés à la et à la qui en possèdent la moitié chacune. Le premier est renommé Berengaria et vient au service de la Cunard ; le second, encore en construction, revient à la . Quelques années plus tard, par souci de simplification, chaque compagnie devient unique propriétaire du navire qu'elle exploite.
La construction doit encore se poursuivre dans les chantiers Blohm & Voss de Hambourg, où elle stagne depuis cinq ans. Les nouveaux propriétaires envoient cependant des experts des chantiers Harland & Wolff de Belfast, constructeurs de navires habituels de la , pour superviser l'avancée des travaux. Un millier d'ouvriers, puis deux, sont mobilisés sur le chantier, qui connaît quelques modifications. La compagnie demande ainsi à faire modifier sa propulsion originale (alimentée par des chaudières à charbon), afin de consommer du mazout, plus économique. Des rumeurs de sabotage de la part d'ouvriers allemands émergent lorsqu'un incendie éclate sur le chantier le , sans conséquences graves, et les matériaux n'arrivent pas toujours aussi vite que prévu, mais le chantier se poursuit. En , l'attribution du navire à la est confirmée, et son nom est rapidement annoncé : Majestic, en référence à un précédent paquebot. Les cheminées du navire sont installées fin mai et début , puis les travaux se concentrent sur les intérieurs. Là aussi, des modifications importantes sont faites en ce qui concerne la répartition des passagers. Pour s'adapter aux nouveaux flux migratoires, moins importants, la quatrième classe est supprimée, et le navire est conçu pour transporter moins de et un total d'un peu plus de , bien loin des de lImperator.
Le paquebot est terminé le , et livré sous le nom de Bismarck. Lorsque le commandant Bertram Fox Hayes et les officiers de la se rendent à Hambourg pour assister à ses essais en mer, ils ont la surprise de découvrir le navire peint aux couleurs de la HAPAG. Les cabines les plus luxueuses du navire ont pour leur part été décorées pour permettre à la famille impériale allemande d'effectuer une , bien incongrue au vu des événements récents. Enfin, le commandant découvre que sa cabine a été utilisée comme débarras. Ces petits événements témoignent du climat de tension qui accompagne la remise du navire, et certains déclarent à l'époque que ce dernier ne quittera jamais l'Allemagne. Dans ces circonstances, les Britanniques redoublent d'attention pour satisfaire la fierté des constructeurs allemands, en autorisant le navire à quitter son pays sous ses couleurs d'origines, et sous le commandement d'Hans Ruser, commodore de la HAPAG.
Les essais en mer se déroulent le et apportent entière satisfaction à la compagnie. Le navire revient provisoirement en Allemagne le temps que ses aménagements soient terminés. Le , les Britanniques prennent pleinement possession du navire, qui est aussitôt peint aux couleurs de la . La compagnie devient officiellement propriétaire du plus gros paquebot du monde, qui prend la route de Southampton afin de commencer son voyage inaugural.
Une carrière abrégée par les circonstances Navire amiral de la White Star Line thumb|alt=Le grand salon orné de boiseries et d'une coupole du Majestic.|Le luxe des installations du Majestic, ici son grand salon, lui assure une forte popularité dans les années 1920.
Le Majestic devient à son arrivée à Southampton le navire amiral de la flotte de la . C'est en cette qualité qu'il effectue sa traversée inaugurale à destination de New York via Cherbourg le . Il a pour fonction d'assurer le service transatlantique express de la compagnie, et est pour cela accompagné de l', à la taille et la vitesse légèrement inférieures, ainsi que de l', autre navire allemand récupéré à la suite du conflit. Ce dernier navire est le plus problématique des trois, étant bien plus petit et plus lent, ce qui nuit à la régularité du service bien que les trois navires jouissent d'une bonne popularité. La traversée inaugurale du Majestic se fait sans incident : comme souvent dans ces circonstances, les passagers sont assez peu nombreux, 655 en l'occurrence, et la vitesse inférieure aux performances estimées pour le navire. Les journalistes se pressent en revanche par milliers pour le visiter à New York. Le retour est beaucoup plus enthousiaste et les passagers sont cette fois .