L'opération Nimrod est une opération militaire ayant mené au siège de l'ambassade iranienne de South Kensington, à Londres, du au , à la suite de son attaque par un groupe de six hommes armés. Ceux-ci prennent en otages vingt-six personnes, majoritairement des employés de l'ambassade, mais aussi quelques visiteurs et le policier qui gardait l'édifice. Ils sont membres d'un groupe arabo-iranien militant pour l'établissement d'une souveraineté nationale arabe dans la province du Khouzistan, au sud du pays. Ils demandent également la libération des prisonniers arabes de la région ainsi que leur propre sauf-conduit hors du Royaume-Uni.

Le gouvernement britannique répond rapidement qu'il ne leur permettra pas de quitter le pays en toute impunité, et lance alors le siège. Dans les jours suivants, les négociateurs de la police réussissent à faire libérer cinq otages en échange de concessions mineures, comme la diffusion des revendications des preneurs d'otages à la télévision britannique.

Au soir du sixième jour du siège, le groupe armé, frustré du manque de progrès significatif dans les négociations, tue un otage et jette son corps hors de l'ambassade. Le gouvernement britannique décide alors d'envoyer le (SAS), une unité des forces spéciales de la , afin de le déloger et libérer les otages. Les soldats, arrivés par le toit, forcent l'entrée en passant par les fenêtres. Le raid dure dix-sept minutes, au cours desquels un otage et cinq des six terroristes sont tués. Le SAS fera plus tard l'objet d'accusations de meurtre, la mort de deux des terroristes ayant été jugée inutile, mais l'enquête qui suivra les en blanchira. Le sixième terroriste sera jugé et condamné à vingt-sept années de réclusion dans une prison britannique.

Les preneurs d'otages et leur cause sont largement oubliés après la guerre Iran-Irak, qui débute en septembre de la même année, et la résolution de la crise iranienne des otages débutée l'année précédente. L'opération a néanmoins largement contribué à la renommée du SAS, alors peu connu, et à renforcer la réputation du Premier ministre de l'époque, Margaret Thatcher. Par la suite, le SAS fait rapidement face à une forte hausse des candidatures de personnes inspirées par l'opération, ainsi qu'à des demandes d'expertise de gouvernements étrangers.

Ce n'est qu'en 1993 que le , où était logée l'ambassade et qui avait subi des dégâts importants, accueille à nouveau les diplomates iraniens.

Contexte Motivations des preneurs d'otages

thumb|left|alt=Photograph|L'entrée de l'ambassade d'Iran en 2008.

Les preneurs d'otages sont membres du Front démocratique révolutionnaire pour la libération de l'Arabistan (FDRLA), un groupe arabo-iranien militant pour l'établissement d'un État arabe autonome au sud de l'Iran, dans la province du Khouzistan, également connue sous le nom d'Arabistan, qui est la région d'origine d'une minorité arabophone du pays. Elle est riche en pétrole et est rapidement devenue la source principale de la richesse de l'Iran grâce à l'implication de plusieurs multinationales durant le règne du Chah. À la suite des événements de la Révolution iranienne, les guérillas marxistes et mouvements fédéralistes se révoltent dans certaines régions, parmi lesquelles le Khouzistan, le Kurdistan ou le Golestan. Les forces rebelles les mieux organisées sont celles du Kurdistan à l'ouest, bien que les Gardiens de la révolution, fraîchement arrivés au pouvoir, soient également confrontés aux minorités arabes, turkmènes et baloutches. Ces mouvements ont commencé en , et ont, selon les régions, duré entre quelques mois et plus d'une année.

Selon Oan Ali Mohammed, la fin du mouvement de souveraineté arabe a été l'élément déclencheur de l'attaque de l'ambassade d'Iran à Londres, action inspirée par la crise iranienne des otages durant laquelle des supporteurs de la révolution ont retenu en otages les fonctionnaires de l'ambassade américaine à Téhéran.

L'arrivée à Londres

Utilisant des passeports irakiens, Oan et trois autres membres du FDRLA arrivent à Londres le et louent un appartement à . Ils clameront s'être rencontrés au cours du vol. Durant leur séjour ils ont pour habitude de rentrer tard le soir, saouls, et souvent accompagnés de prostituées. En moins d'une semaine le propriétaire de l'appartement leur demande de quitter les lieux. Ils trouvent alors rapidement un autre lieu de vie, affirmant à leur nouveau propriétaire qu'ils déménagent en raison de l'arrivée d'autres hommes désirant vivre avec eux. Dans les jours qui suivent le groupe enfle rapidement, pour atteindre une douzaine de personnes vivant sous le même toit.

Oan a alors vingt-sept ans et est originaire du Khouzistan. Il a étudié à l'université de Téhéran, où il est un militant engagé au point de se faire arrêter par la SAVAK, la police secrète du Chah. Il est alors selon ses dires emprisonné et torturé, raison pour laquelle il présente de nombreuses cicatrices sur le corps. Les autres membres du groupe sont Shakir Abdullah Radhil, connu sous le nom de « Faisal », premier lieutenant d'Oan, qui clame également avoir été torturé par la SAVAK ; Shakir Sultan Said, ou « Hassan » ; Themir Moammed Hussein, appelé « Abbas » ; Fowzi Badavi Nejad, ou « Ali » ; et Makki Hanoun Ali, le plus jeune du groupe, surnommé « Makki ».

Le , les hommes informent leur propriétaire qu'ils vont passer une semaine à Bristol avant de rentrer en Irak, et que c'est la raison pour laquelle ils n'ont plus besoin de l'appartement. Après avoir effectivement envoyé leurs effets personnels à Bagdad, ils quittent le bâtiment à 9h30 BST. Leur destination initiale est inconnue, mais ils récupèrent sur la route de l'ambassade des armes à feu, dont des pistolets et pistolets mitrailleurs, des munitions et des grenades à main. Les armes, en majorité originaires de l'Union soviétique, sont soupçonnées d'avoir été introduites clandestinement sur le territoire à l'aide de valises diplomatiques appartenant à de hauts-responsables irakiens. Peu avant 11h30, donc quasiment deux heures après avoir quitté l'appartement de à South Kensington, les six hommes arrivent aux abords de l'ambassade.

Special Air Service

Le est un régiment des forces spéciales de l'Armée de terre britannique. Il a été créé par le colonel David Stirling en Afrique en 1941, au cours de la Seconde Guerre mondiale. À l'origine son rôle était d'infiltrer les lignes ennemies afin d'attaquer les terrains d'aviation et chaînes de ravitaillement, d'abord en Afrique du Nord puis autour de la mer Méditerranée en enfin dans l'Europe occupée. Stirling établit le principe d'utilisation d'équipes à effectifs réduits, en général pas plus de quatre hommes, pour effectuer des raids, car il s'était rendu compte que de telles équipes s'avéraient être souvent plus efficaces que des unités de cent hommes.

Les gouvernements occidentaux ont rapidement compris la nécessité de créer des unités spéciales antiterroristes après le massacre de Munich. Durant les Jeux olympiques de 1972, un échange de coups de feu entre un groupe de preneurs d'otages et la police ouest-allemande se termina par la mort d'un officier de police et de l'ensemble des otages. Le gouvernement britannique, inquiet du fait que le pays ne serait pas préparé en cas de crise similaire sur son territoire, ordonna la création de la cellule (CRW, ou guerre contre-révolutionnaire) du SAS, qui devint alors la première unité antiterroriste et antidétournement du Royaume-Uni. Le SAS avait pris part à des opérations de contre-insurrections à l'étranger depuis 1945, ainsi qu'à la formation des gardes du corps de personnalités influentes dont la mort aurait contrarié les intérêts britanniques. C'est la raison pour laquelle elle était considérée comme mieux préparée pour ce rôle que n'importe quelle autre unité de la police ou des forces armées. La première expérience opérationnelle de la cellule CRW fut le détournement du vol Lufthansa 181 vers Mogadiscio en 1977, quand un petit contingent fut envoyé pour assister le GSG 9, unité d'élite de la police ouest-allemande créée à la suite des événements de Munich.

La prise d’otages Premier jour : le 30 avril

Vers 11h30 le mercredi , les six membres lourdement armés du FDRLA prennent d'assaut l'ambassade iranienne, située sur , à South Kensington. Ils neutralisent rapidement Trevor Lock, le policier de garde issu du Groupe de Protection diplomatique (GPD) du . Lock porte dissimulé sur lui un pistolet Smith & Wesson de calibre .38, mais est désarmé avant d'avoir pu dégainer. Il a néanmoins le temps de presser le système d'alarme de sa radio. Ayant tenu à garder son manteau afin de « préserver son image » d'officier de police, il parvient à conserver son arme malgré une fouille. Il refuse également toute la nourriture qu'on lui propose tout au long du siège, de peur que l'arme soit vue s'il devait utiliser les toilettes en étant escorté d'un preneur d'otages.

Bien que la majorité des personnes présentes dans l'ambassade aient été capturées durant l'attaque, trois d'entre elles ont réussi à s'échapper, les deux premières via une fenêtre du rez-de-chaussée, la dernière en marchant sur un parapet du premier étage jusqu'à l'ambassade voisine de l'Éthiopie. Une quatrième personne, Gholam-Ali Afrouz, le chargé d'affaires et par conséquent l'homme présent le plus important, tente également de s'échapper en sautant d'une fenêtre du premier étage, mais finit par se blesser et être capturé rapidement. Lui et les vingt-cinq autres otages sont ensuite tous emmenés dans une salle du second étage. La plupart d'entre eux sont des employés de l'ambassade de nationalité iranienne, mais quelques employés britanniques sont également présents. Les autres otages sont tous des visiteurs, à l'exception de Lock, l'officier de police. Afrouz avait été nommé au poste de chargé d'affaires moins d'un an auparavant, son prédécesseur ayant été déposé à la suite de la Révolution iranienne. Abbas Fallahi, qui était majordome avant la prise de pouvoir par les islamistes, avait reçu d'Afrouz une place de concierge dans l'ambassade. L'un des employés britanniques, Ron Morris, avait enchaîné plusieurs postes au sein de l'institution depuis 1947.

Au cours du siège, la police et des journalistes sont en mesure d'établir les identités de certains autres otages. Mustapha Karkouti est un journaliste ayant couvert la crise à l'ambassade américaine de Téhéran, et se situe alors sur les lieux afin d'interviewer Abdul Fazi Ezzati, l'attaché culturel. Muhammad Hashir Faruqi, un autre journaliste, est là pour converser avec Afrouz en vue d'écrire un article sur les événements de 1979. Sim Harris et Chris Cramer, deux employés de la BBC, sont à l'ambassade dans le but d'obtenir un visa, déjà refusé plusieurs fois, pour visiter l'Iran, espérant couvrir la période suivant la Révolution iranienne et ses conséquences. Enfin sont présents Moutaba Mehrnavard, qui est sur place pour rencontrer Ahmad Dadgar, le conseiller médical de l'ambassade, et Ali Aghar Tabatabal, qui vient récupérer une carte géographique utile pour un cours qu'il est censé donner quelques jours plus tard.

Liste des otages Les otages dont le sort n'est pas précisé ont été libérés à la suite de l'assaut, indemnes ou légèrement blessés.

Gholam-Ali Afrouz, chargé d'affaires de l'ambassade - blessé durant l'assaut Shirazed Bouroumand, secrétaire de l'ambassade Chris Cramer, monteur son de la BBC - relâché avant l'assaut Ahmad Dadgar, conseiller médical - blessé durant l'assaut Abdul Fazi Ezzati, attaché culturel iranien Abbas Fallahi, concierge de l'ambassade Muhammad Hashir Faruqi, éditeur anglo-pakistanais de l'Impact International Ali Guil Ghanzafar, touriste pakistanais - relâché avant l'assaut Simeon Harris, enregistreur de son de la BBC Nooshin Hashemenian, secrétaire de l'ambassade Roya Kaghachi, secrétaire du Afrouz Hiyech Sanei Kanji, secrétaire de l'ambassade - relâché avant l'assaut