The Stranglers est un groupe rock britannique, originaire de Guildford, Surrey, en Angleterre. Difficilement réductibles à un style musical, les Stranglers ont évolué d'album en album, passant par le rock, le post-punk, le rock électronique, la new wave et le pop rock, avec des incursions dans le jazz, le reggae, la soul ou encore le rhythm and blues. Leur son est caractérisé par la basse à la fois mélodique et agressive de Jean-Jacques Burnel et par les rapides arpèges de Dave Greenfield, joués indifféremment sur orgue Hammond, synthétiseur, piano ou clavecin.
Apparu un peu avant la première vague punk à laquelle il a été associé, il est formé à l'origine de Jet Black (batterie), Jean-Jacques Burnel (basse, chant), Hugh Cornwell (guitare, chant) et Dave Greenfield (claviers, chant).
Le groupe a existé dans cette configuration pendant seize ans avant de connaître le départ d'un de ses membres fondateurs, Hugh Cornwell. En tant que guitariste, il a été remplacé deux fois : en 1990, par John Ellis et en 2000, par Baz Warne. Un chanteur, Paul Roberts, s'est ajouté à la formation entre 1990 et 2006, prenant en charge les parties vocales que se partageaient jusque-là Hugh Cornwell, Jean-Jacques Burnel et Dave Greenfield. Depuis 2006, le groupe est revenu à sa forme originelle de quatuor. Au milieu des années 2010, Jet Black a été contraint d'arrêter de tourner avec le groupe, en raison de problèmes de santé et de son âge, et il a été remplacé par Jim Macaulay.
Sur scène et en studio, les Stranglers, ou du moins leur première formation jusqu'en 1990, se sont distingués par un humour provocateur et pas toujours très bien compris. Groupe très populaire en Grande-Bretagne, ils sont parvenus à placer vingt-trois singles et dix-huit albums dans le top 40 britannique. En France, c'est JJ Burnel, né à Londres de parents français, qui a fait et qui continue à faire le lien avec le public.
En , les Stranglers entrent dans leur cinquième décennie d'existence, ce qui en fait un des groupes les plus durables de la scène rock et l'un des très rares issus du mouvement punk à n'avoir jamais cessé d'exister. S'aventurant souvent en dehors des trois minutes de rigueur durant le punk, cherchant de nouvelles voies, ils ont défriché le terrain pour beaucoup d'autres groupes, de la fin des années 1970 jusqu'à aujourd'hui.
Biographie Années de formation (1974–1976) vignette|gauche|alt=le pub Hope and Anchor à Londres|Le pub Hope and Anchor à Londres où les Stranglers jouent régulièrement à partir de décembre 1975.
Jet Black et Hugh Cornwell sont à l'origine de la formation des Stranglers. À la fin de l'année 1973, Hugh Cornwell rentre de Suède avec Johnny Sox, le groupe qu'il a formé durant ses années d'étude sur place. Le groupe est alors composé d'un Suédois et de deux déserteurs américainsDe nombreux jeunes américains ont fui la guerre du Viêt Nam dans laquelle les États-Unis se sont engagés en 1964. La Suède, en tant que pays neutre, était un de leurs pays d'accueil.. Ils s'installent à Londres et commencent à tourner dans le circuit des . Hugh Cornwell a fait partie, durant son adolescence, d'un groupe amateur avec Richard Thompson, futur Fairport Convention, qui est aussi un de ses camarades de collège.
De son côté, Jet Black essaie vainement de former un groupe à Guildford, la petite ville du sud de l'Angleterre où il habite. Jet est un ancien batteur de jazz qui a eu une carrière semi-professionnelle au tournant des années 1950-1960, avant de raccrocher les baguettes. Au cours de l'année 1973, il passe une petite annonce dans le Melody Maker et auditionne plusieurs musiciens dont la motivation ou le talent se révèlent défaillants. Changeant de tactique, il répond alors à l'annonce que les membres de Johnny Sox, dont le batteur vient de quitter le groupe, ont passée. Jet Black leur propose de venir vivre et répéter à Guildford, chez lui.
Quelque temps après, ce sont le bassiste et le chanteur qui décident, à leur tour, de rentrer en Suède. Le bassiste est remplacé par Jean-Jacques Burnel, que le groupe a rencontré quelques semaines auparavant, après que JJ eut pris le chanteur du groupe en stop. Jean-Jacques Burnel a une formation de guitariste classique, mais n'a jamais joué ni de la basse électrique ni au sein d'un groupe de rock. Il commence à répéter avec eux en . Hugh Cornwell fait alors appel à Hans Warmling, un multi-instrumentiste et compositeur qui faisait partie de Johnny Sox en Suède. Ensemble, ils écrivent . Le groupe répète et compose assidûment. Il tourne dans les clubs de la région, sous plusieurs noms, avant d'adopter celui de Guildford Stranglers, puis The Stranglers. Jet Black enregistre ce dernier nom le , date considérée, depuis lors, comme la date de naissance du groupe.
Fatigué de devoir jouer une bonne part de reprises lors de leurs concerts alors qu'ils ont suffisamment de compositions originales, Hans Warmling repart au bout de six mois. Il est remplacé, en , par le claviériste Dave Greenfield. Guitariste à l'origine, Dave s'est formé tout seul aux claviers. C'est un musicien professionnel qui a joué dans plusieurs groupes et a écumé le circuit des bases militaires américaines en Allemagne. Lui aussi a répondu à une annonce passée dans le Melody Maker qui demandait un clavier pour un groupe de « soft rock ». Hugh Cornwell dira plus tard que Dave a été embauché parce que le son de son orgue lui faisait penser aux Doors dont Hugh et JJ étaient fans. Selon leur premier manager, c'est l'arrivée de Dave qui permet au groupe de trouver sa cohésion.
« Soft rock » : comme en témoignent les premières démos de 1974Une partie a été rassemblée sur l'album The Early Years '74 '75 '76 Rare Live and Unreleased, les autres circulent sous forme d'enregistrements pirates depuis les années 1980., le son du groupe est en effet beaucoup moins « dur » qu'il ne le deviendra lors de l'enregistrement de leur premier album. La démo de qui y figure se révèle assez proche de l'enregistrement qu'ils en feront en 1982. Leurs influences déclarées couvrent à la fois le style des groupes de rock mélodique des années 1960 (Doors, Love, The Kinks, The Beach Boys) ainsi que celui de groupes plus expérimentaux des années 1960 et 70 (Captain Beefheart, The Velvet Underground, Pink Floyd, Can et Kraftwerk). JJ Burnel apporte une tonalité plus blues, Hugh Cornwell plus psychédélique et Dave Greenfield une touche de rock progressif.
À la fin de l'année 1975, ils signent un contrat avec l'agence de management Albion qui contrôle virtuellement le circuit pub rock à Londres. C'est grâce à elle qu'ils peuvent débuter à Londres, enchaîner pour la seule année 1976, faisant d'ailleurs la première partie de Patti Smith, en mai, puis celle des Ramones, le , lors d'un concert qui célèbre l'anniversaire de l'indépendance des États-Unis. C'est d'ailleurs cette première partie, combinée à l'influence de Feelgood, qui les incite à accélérer leur tempo dans un contexte où les premiers groupes punk apparaissent dans la capitale anglaise. On croise alors, dans leurs concerts, des membres de groupes du futur mouvement punk (Joe Strummer, Steve Jones et Paul Cook, Chrissie Hynde).
Explosion punk et post punk (1977–1979) 300px|vignette|Les Stranglers en concert au Palace à Paris en 1979.
Après avoir été refusés par pas moins de vingt-quatre maisons de disques au cours des deux années précédentesSelon les dires de JJ Burnel au site web Punk 77. , les Stranglers signent leur premier contrat avec United Artists le . Le groupe s'enferme dans le studio londonien TW, avec Martin Rushent (producteur) et Alan Winstanley (ingénieur du son), pour enregistrer une quinzaine de titres qui constitueront le premier single , le premier album et une bonne moitié du deuxième , le tout sur une durée de six jours. sort en et se classe à la des charts britanniques . , publié en avril, grimpe à la .
Dans la foulée, le groupe démarre une tournée de quarante-deux dates en Grande-Bretagne (dont une partie est annulée) et commence à s'aventurer sur le continent européen (France, Pays-Bas, Allemagne, Suède)Il n'existe pas de liste complète des concerts du groupe mais on peut se référer à la liste qui est donnée sur le forum de discussion non officiel du groupe : Burning Up Time.. Les concerts en province dégénèrent souvent, pour eux comme pour les autres groupes punk : de nombreuses bagarres sont déclenchées par des fans d'autres styles de rock, des skinheads, des supporters de foot ou de simples habitants scandalisés par ce mouvement venu de Londres et dont le but est effectivement de choquer. Mais les Stranglers affrontent cette violence, aidés de leur « armée privée »C'est le terme employé par JJ pour désigner ce groupe de fans, selon Jet Black dans : constituée de fans londoniens qui les suivent depuis la fin 1976 et surnommée les . La violence dans les concerts se prolongera durant la première partie des années 1980, coûtant souvent beaucoup d'argent au groupe qui doit rembourser les dégâts occasionnés par son publicUn exemple de tractation financière entre le groupe, le promoteur et le propriétaire de la salle, en marge d'un concert agité au Royaume-Uni, est donné dans un article de Rock & Folk : .
En , le groupe retourne en studio pour enregistrer la seconde moitié de son deuxième album de l'année . Celui-ci sort en septembre et se classe à la des charts britanniques. L'album contient deux singles dont JJ Burnel dira qu'ils étaient des réactions au punk au cours de l'été 1977 : et . Ils enchaînent avec une nouvelle tournée de quarante-sept dates en Grande-Bretagne et en Irlande.
Les deux premiers albums sont généralement bien reçus par la presse spécialisée anglaise. Toutefois, une critique mitigée de , dans le magazine Sounds, vaut à son auteur de recevoir une correction en public de la part de JJ Burnel. Cette anecdote illustre à la perfection les relations des Stranglers avec la presse anglaise jusqu'aux années 2000, les journalistes leur reprochant tour à tour d'être misogynes, racistes, fascistes, trop vieux, pas assez punk, trop punkYouri Lenquette en dresse la liste dans un article du magazine rock Best : … et les Stranglers répondant par la violence physique ou, essentiellement, verbale. Une interview avec les Stranglers ressemble souvent à un match de ping-pong verbal, au cours duquel les interviewés (et en particulier JJ) testent leur intervieweur, mais non sans humour de part et d'autreSteven Wells en donne un exemple dans un article qui s'ouvre par : ; et qui se termine par : .
La presse spécialisée française, quant à elle, les défend depuis le début, préférant se concentrer sur la musique. Rock & Folk évoque en disant que . En conséquence, les relations avec les journalistes français seront toujours apaisées.
vignette|gauche|Martin Rushent, producteur des trois premiers albums des Stranglers.|alt=Un homme portant un bonnet et un pull noirs, ainsi qu'une barbe blanche.
À la fin de l'année 1977, la première vague punk est morte et tout le monde cherche un second souffle musical. Les Stranglers s'enferment alors dans une maison isolée à la campagne, pour écrire les morceaux de leur album suivant. est enregistré dans la foulée, toujours aux studios TW, toujours avec Martin Rushent comme producteur, et sort en . Comme le précédent, il atteint la seconde place du classement des ventes d'albums au Royaume-Uni. En 2001, Hugh Cornwell expliquera : . Cet opus, que le journaliste John Robb décrit aujourd'hui comme le premier album post-punk , renferme des chansons aux ambiances sonores plus sombres et plus synthétiques. Dave Greenfield troque son vieil orgue Hammond pour des synthétiseurs sur la majorité des titresIl donne tous les détails techniques dans : . La critique de l'album, publiée dans le New Musical Express, note : .