L'Affiche rouge désigne la cellule terroriste lyonnaise du groupe armé autonome Action directe, à l'origine d'une campagne d'attaques à mains armées et d'attentats à l'explosif meurtriers commis sur le territoire français entre 1979 à 1986. Cette dénomination fait allusion à la célèbre Affiche rouge de propagande allemande éditée pendant la seconde guerre mondiale comparant des faits de résistance française à du terrorisme.
Constitution d'un noyau dur d'individus L'action directe : la rencontre de deux militants très engagés André Olivier est un activiste charismatique très engagé dans le milieu de la gauche prolétarienne lyonnaise, tendance maoïste. En 1971, il est professeur de lettres modernes au lycée technique des industries métallurgiques de Lyon, mais ses méthodes pédagogiques inquiètent la direction qui le suspend de ses fonctions après seulement deux ans au service de l'éducation nationale. En 1975, il s'engage dans les comités d'action des prisonniers et radicalise davantage son engagement dans des activités antimilitaristes.
Le , la Cour de sûreté de l'État le condamne pour « recueil, reproduction et divulgation de renseignements devant être tenus secrets dans l'intérêt de la défense nationale ». Un de ses anciens élèves formatés, Émile Ballandras, fait partie des co-accusés. Il aurait dérobé pour le compte d'Olivier les plans d'un terrain militaire stockant des chars d'assaut.. L'enquête mettait en évidence une importante documentation sur l'armée.
Incarcéré à la prison de la Santé, Olivier y fait la connaissance de Jean-Marc Rouillan, emprisonné depuis 1974 pour des exactions commises au sein des groupes d'action révolutionnaires internationalistes. Cette rencontre est décisive. À leur sortie de prison, Olivier partage avec Rouillan et sa compagne, Nathalie Ménigon, à la fois un logement à Paris, et des idées révolutionnaires communes : lutter par « l'action directe » contre toute forme de dictature, contre le capitalisme et le commerce néo-colonialiste des marchandises et de la main d’œuvre, contre l’État négrier..
Ainsi, ils participent ensemble à la première manifestation « idéologique » violente du groupe le jour symbolique de la fête du travail de l'année 1979, par le mitraillage de la façade du siège du Conseil National du Patronat Français. Cet attentat est revendiqué pour la première fois sous la dénomination Action Directe. Il s'agit également du premier fait d'armes d'un ancien élève d'Olivier : Maxime Frérot, lequel a achevé une formation d'artificier au RPIMA sur ses conseils. Par la suite, une vingtaine d'attentats sont commis sous l'égide d'Action directe jusqu'à la vague d'arrestations entraînant l'incarcération de Rouillan et de Ménigon en .
L'affiche rouge : la branche lyonnaise de l'action directe Dès l'hiver 1981, malgré l'amnistie présidentielle dont ont bénéficié une vingtaine de membres incarcérés, de nombreux débats internes agitent l'organisation. La dissolution d'Action Directe est prononcée en conseil des ministres le ; si la majeure partie du groupe rentre dans la légalité, les partisans de la lutte armée se divisent en deux groupes.
Depuis la région parisienne, Rouillan et Ménigon constituent une « branche internationale » se réclamant clairement d'une « idéologie communiste libertaire » anti-impérialiste. ; tandis que depuis la région lyonnaise, le groupe Olivier constitue une tendance « marxiste-léniniste-maoïste », profondément antisioniste. Bien que se défendant d'être antisémite, Olivier tenait un discours explicite : , Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours, L'Harmattan, Paris, 2008 et lors de son procès . De même, Maxime Frérot a déclaré, pendant le procès de 1992 : « Depuis que le lobby juif est arrivé au pouvoir en 1981, les bavures n'ont fait que s'intensifier ! Il faudra des dizaines de Los Angeles, des centaines de Vaulx-en-Velin et de nombreuses bombes dans les palais de justice pour que cessent enfin les bavures policières« Devant la cour d'assises spéciale de Paris — Les vapeurs antisémites de Max Frérot », Le Monde, 14 octobre 1992. ».
Cette cellule signe ses actions par l'Affiche Rouge pour se donner une légitimité historique. Elle utilise également différents noms pour ses exactions : Commando Hienghène, Commando Ahmed-Moulay, Commando B. Moloïse, Commando Loïc Lefèvre, Commando Clarence Payi-Sipho Xulu, Unité combattante Sana Mheidli. Toutefois en 1982, les membres de L'Affiche rouge interviennent directement en région parisienne et utilisent la signature Action directe.
Plus que leur éloignement idéologique, c'est leur éloignement géographique qui vaudra au groupe Olivier les appellations AD-branche lyonnaise et AD-branche nationaleChristophe Bourseiller Les maoïstes La folle histoire des gardes rouges français,
Principales attaques imputées à l'Affiche rouge Selon les "confessions écrites" de Maxime Frérot, retrouvées lors d'une perquisition en (voir section suivante). L'Affiche Rouge aurait commis vingt-sept attentats à l’explosif en régions lyonnaise et parisienne entre le et le , contre des sièges sociaux symboliques, des organes de presse, des partis politiques et des ministères. Des indices révélaient qu'une centaine d'agences bancaires étaient surveillées, se soldant par des attaques à main armée ayant pour objectifs de financer des attentats, sous couvert de « réappropriation prolétarienne ».
: attaque à main armée d'un convoi de fonds près d'une agence BNP de Caluire-et-Cuire (le convoyeur de fonds Henri Delrieu est tué par balles). : attaque à main armée d'une agence BNP de Lyon. : attaque à main armée d'une agence du Crédit lyonnais à Lyon 7 (). : attaque à main armée dans une agence du Crédit du Nord à Lyon. : attaque à main armée d'une agence de la Société Lyonnaise (le brigadier de police Guy Hubert est tué par balles et un autre policier est gravement blessé) : seconde attaque à main armée d'une agence du Crédit lyonnais à Lyon 7. () : attaque à main armée d'une BNP à Lyon 2, . : attaque à main armée d'une agence de la Société Lyonnaise à Lyon. : seconde attaque à main armée d'une agence de la Société Lyonnaise à Lyon. : attaque à main armée d'une banque à Saint-Chamond. () : attentats à l'explosif contre les établissements Lesieur et la compagnie générale sucrière.. : attentat à l'explosif dans une agence nationale pour l'insertion et la promotion des travailleurs d'outre-mer à Lyon. : attentat à l'explosif contre une société d'import/export, la Citrus Marketing Board of Israel. (). : attaque à main armée d'une banque à Saint-Étienne () : seconde attaque à main armée d'une BNP à Lyon 2 (le général de division Guy Delfosse, de la Gendarmerie, est exécuté de 6 balles à bout portant) : attentat à l'explosif contre le siège du RPR. : attentat à l'explosif contre le siège d'ELF Aquitaine à Paris en soutien aux Canaques. : attentat à l'explosif contre la banque israélienne Leumi et l’Office national de l’immigration à Paris, revendiqué par Action Directe Unité Combattante Sara Mheidli. : attentat à l'explosif contre le journal Minute à Paris, revendiqué par Action directe Commando Sana Mheidli, contre Jean-Marie Le Pen, le racisme et le sionisme. : attentat à l'explosif visant le siège de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle à Paris contre Jean-Marie Le Pen. : attentats à l'explosif visant les locaux de la Maison de la radio et le siège d’Antenne 2 à Paris, contre la venue de Jean-Marie Le Pen. : attentat à l'explosif contre l'Union de transports aériens à Paris. : attaque à l'explosif d'une caisse d'épargne de Lyon. : attentat à l'explosif commis par Frérot dans les locaux de la Brigade de répression du banditisme, quai de Gesvres, à Paris revendiqué au nom du Commando Loïc Lefèvre - Action directe. (, )
Durant sa période d'activité, l'Affiche rouge est responsable de quatre homicides volontaires : l'inspecteur divisionnaire Marcel Basdevant (tué lors de l'attentat à l'explosif du )Page dédiée sur la base nominative et circonstanciée des policiers français morts en service commandé: http://policehommage.blogspot.fr/1986/07/inspecteur-marcel-basdevant-brb.html, le convoyeur de fonds Henri Delrieux (lors du braquage du ), le brigadier de police Guy Hubert (lors du braquage du )Page dédiée sur la base nominative et circonstanciée des policiers français morts en service commandé: http://policehommage.blogspot.fr/1981/11/guy-hubert-csp-lyon-69.html et le général de gendarmerie Guy Delfosse (lors du braquage du )http://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1121_19860502/OBS1121_19860502_032.pdf.
La fin de la branche lyonnaise d'Action Directe
Une perquisition décisive menée à Saint-Étienne Le , Émile Ballandras est arrêté au cours d'un braquage avec prise d'otages qu'il effectue pour son propre compte. Se déclarant , il est condamné à douze ans de réclusion criminelle. Son lien avec l'Affiche Rouge sera mis en évidence par la suite. Le , André Olivier et Bernard Blanc sont arrêtés au terme d'une filature de policiers membres des renseignements généraux, lesquels remontent alors une filière d'Action Directe depuis Paris.
La perquisition effectuée le lendemain par le service régional de la police judiciaire de Lyon dans un appartement de la Résidence des Pinèdes à Saint-Étienne est décisive : Joëlle Crépet y est surprise en train de tenter d'effacer des preuves. Les enquêteurs découvrent quatre armes de poing, un fusil, plus de six cents clés, des cagoules, mais aussi des monceaux de papiers : coupures de journaux, une centaine de plans d'agences bancaires, relevés d'écoutes téléphoniques, textes de revendication d'une vingtaine d'attentats. Surtout, ils retrouvent un petit carnet d'une trentaine de pages correspondant au journal intime Frérothttp://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1118_19860411/OBS1118_19860411_049.pdf. Ces confessions écrites permettent de confondre Ballandras comme un membre très actif.
Isolé et dépourvu de moyens logistiques, la cavale de Frérot prend fin le dans les sous sols de la gare de la Part-Dieu. En tout, dix-huit membres de l'Affiche rouge seront arrêtés..
Condamnations
Les cinq irréductibles Le , la Cour d'assises spéciale du Rhône, composée de sept magistrats, condamne André Olivier et Maxime Frérot à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de dix-huit ans (il est libéré sous conditions le .. Emile Ballandras écope de cette même peine assortie d'une période de sûreté de seize ans. Bernard Blanc est condamné vingt ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de quatorze ans. Joëlle Crépet est condamnée à dix-huit ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de dix ans.
Le deuxième cercle d'accusés Compte tenu des détentions préventives, huit des dix-neuf accusés étaient aussitôt libérables. Gilbert Vecchi, ouvrier couvreur originaire de Vanves, proche de Frérot a participé à plusieurs campagnes de braquages jusqu'en 1984 avec son cousin Christian Dubray. Il a fourni les plans d'accès des nouveaux locaux de la Brigade de répression du banditisme, se rendant complice de l'attentat par explosif commis par Frérot le . Il est condamné le par la cour d'assises spéciale à Paris à dix ans de réclusion criminelle. Renaud Laigle, sans profession, a assuré la logistique, l'hébergement du noyau dur et la cache de matériels et d'armes au domicile de ses parents. Il a participé à plusieurs vols à main armée et deux attentats avec le groupe. Il est condamné à cinq ans de réclusion criminelle. Josette Augay, ancienne proche de Maxime Frérot, a été interrogée dans le cadre de l'affaire et condamnée à deux d'emprisonnement pour recel de malfaiteurs par la cour d'assise de Lyon. Danièle Clairet épouse Lahy, secrétaire, est recrutée par Crépet. Elle est soupçonnée d'avoir participé à cinq attaques de banque en tenant en respect les clients.