Le tunnel sous-marin Japon-Corée est un projet de liaison entre le Japon et la Corée du Sud via un tunnel sous-marin passant sous le détroit de Corée et utilisant les îles d'Iki et de Tsushima comme point d'appui. Le tunnel aurait au minimum une longueur de .

Le projet, en discussion depuis 1917 (époque à laquelle la Corée faisait partie de l'Empire japonais), fait l'objet d'une réflexion plus concrète dans les années 1940, sans pour autant avoir de suite. Au début de 2008, le projet est remis sur le devant de la scène grâce à une dizaine de législateurs japonais qui créent un nouveau comité pour poursuivre des discussions restées en suspens depuis les années 1980Le tunnel sous-marin Japon-Corée pour rapprocher de vieux rivaux, Inventorspot.com, 19-02-2008, consulté le 17 mars 2008Les législateurs japonais ont un œil sous l'eau sur le train pour la Corée du Sud, Agence France-Presse, 15-02-2008, consulté le 17 mars 2008La construction du tunnel Corée-Japon bientôt en vue , English.Chosun.com, 21 février 2009, consulté le 03-04-2009. En 2009, un groupe d'études réunissant les deux pays se met d'accord pour former un comité visant à la création de plans de construction. Le responsable du comité Huh Moon-Do, ancien directeur du Bureau d'Union Nationale et membre clé de l'ancien gouvernement de Chun Doo-hwan, annonce que le tunnel serait une aide pour l'économie régionale et devrait « jouer un grand rôle dans l'avancement des discussions sur le marché libre coréo-japonais » en cours de discussion.

Le tunnel annoncé est long de plus de et serait capable d'absorber une partie des échanges entre les deux pays (qui sont passés d'environ 40 milliards de dollars en marché combiné en 1999, à 89 milliards en 2008) ainsi qu'une partie des quelque voyageant quotidiennement entre les deux pays (chiffre de 2009)Relations Japon-République de Corée: Relations économiques, site internet du ministère des Affaires Étrangères du JaponPark, Ki-Im Vers un partenariat Corée-Japon productif , Association Coréenne du Commerce International, 17-08-2009. Consulté depuis Korea Herald, 18-09-2009..

Historique du projet À l'origine

Une des premières discussions sur l'idée d'un tunnel est menée en 1917 par le chef d'état-major de l'Armée impériale japonaise et futur Premier ministre Kuniaki Koiso. Une autre proposition concernant ce projet voit le jour vers la fin des années 1930, et est présentée comme partie prenante du projet de chemin de fer de l’Est chinois. En 1938, le ministère des Communications japonais décida de lancer une étude préliminaire des fonds marins entre le Japon et la Corée, puis pendant la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement japonais poursuit activement son idée de relier son pays à la péninsule Coréenne puis par la suite, au reste du continent asiatiqueLe Japon planifie un tunnel le reliant à la Corée, long de 128 km, New York Times, p. 11, 21 décembre 1938 (enregistrement).

En 1939, un officiel de la Japan Railways, Yumoto Noboru, parle dans un livre d'une ligne ferroviaire trans-eurasienne qui pourrait relier le Japon à ses partenaires de l'Axe allemands, et propose la construction d'un tunnel sous-marin pour relier le Japon à la Corée du Sud via l'île de TsushimaAnderson, Damian J. (2003) Le projet de tunnel sous-marin Corée-Japon à nouveau sous les projecteurs, consulté en ligne le 21-04-2009 depuis le KoreaTimes National du 17 janvier 2003.Charles K. Armstrong, Samuel S. Kim, Gilbert Rozman, et Stephen Kotkin (2005) La Corée au centre: Dynamiques du régionalisme en Asie du Nord-Est, M.E. Sharpe, 2005, p. 103-105, , . . Un tel lien combinant tunnel sous-marin et voie terrestre aiderait à la sauvegarde des communications et des échanges à partir et à destination de l'Europe, qui pourraient être mis en péril par la guerre du Pacifique. L'idée est étudiée sérieusement à partir de 1941.

En , le Cabinet du Japon publie un Plan de l'aménagement du territoire national, qui souligne ses visions sur le développement à long terme de ses territoires occupés et sphères d'influence en Asie. Il affine ce plan à la suite du déclenchement des hostilités avec les États-Unis d'Amérique, penchant pour l'augmentation des liens géopolitiques et ethniques avec le continent asiatique grâce à l'extension du réseau ferré et maritime, avec un accent particulier pour un pont terrestre avec la péninsule coréenne permettant de le relier à ses colonies. Pour arriver à ses fins, le plan japonais appelle à « un bond de géant » de ses infrastructures de communication et de transport, y compris les trains shinkansen, afin d'intégrer l'ensemble de ses économies coloniales, d'assurer le transport du matériel de guerre et des autres fournitures nécessaires, depuis et à destination de l'île mère. Cela coïncide avec le plan d'aménagement du système ferroviaire dangan ressha (« train à grande vitesse ») par un ingénieur en chef ferroviaire japonais, Shima Yasujiro, qui est à l'origine de l'idée d'un lien entre Tokyo, la Corée et la ChineHood, Christopher P. "Trains à grande vitesse : exporter le Shinkansen japonais vers la Chine et Taiwan", Asia-Pacific Journal: Site internet Japan Focus. consulté le 31-08-2009.Hoshikawa, T. (ed.) "La naissance malheureuse d'un tunnel (Shinkansen Zenshi, Tōkyō: Gakken)." Japan Quarterly, Vol. 32, No. 3, 2003, p.324-326..

En , la société des chemins de fer de Mandchourie du Sud imagine un réseau ferré de s'étirant de Manchukuo à Singapour. En toile de fond, le Japon franchit la première étape concrète de création d'un lien fixe avec la Corée, avec la construction de plusieurs ponts, mais aussi avec la livraison du tunnel ferroviaire sous-marin de Kanmon reliant les îles Kyushu et Honshu.

Bien que les travaux préliminaires sur les lignes ferroviaires et les tunnels avec le sud du Japon ont commencé, le projet est stoppé à cause de l'état de l'économie nationale et des infrastructures, mises à mal par la Seconde Guerre mondiale. Après 1943, et à cause de la pénurie en matériel, en main-d'œuvre, mais aussi en moyens de transport, le Japon met fin à son vaste plan d'infrastructures ferroviaires en Asie (Raumordnung), afin de se concentrer sur la défense de la mère patrie contre les invasions. L'organisation de son plan d'aménagement est abandonnée en 1943 et son équipe transférée au sein du ministère de l'Intérieur.

Activités depuis la Seconde Guerre mondiale Le projet d'un lien fixe entre les deux pays est abordé lors de nombreux débats publics après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les dirigeants des deux pays appellent à la construction du tunnel à plusieurs occasions.

À partir des années 1980, un groupe d'études japonais engage des recherches et des explorations approfondies sur différents tracés potentiels du tunnel. En 1988, il mandate une société coréenne pour explorer la mer au large de l'île de Koje, afin de documenter les caractéristiques géologiques de la région.

En , le président sud-coréen Kim Dae-jung annonce pendant un sommet avec le Premier ministre Yoshiro Mori qu'un examen du projet doit être effectué, afin de permettre au Japon d'être relié à l'Europe, « un rêve d'avenir ». Le mois suivant, ce dernier propose de mettre en avant le projet lors du Dialogue Asie-Europe (ASEM) prévu à Séoul ; cependant, la Corée et le Japon arrêtent les discussions juste avant de formaliser ce projet de manière bilatérale.

Au début de 2002, le ministère de la Construction et des Transports, mandate trois instituts de recherche pour étudier la faisabilité du projet. La même année, des experts japonais estiment que la construction du tunnel prendrait 15 ans et coûterait 77 milliards de dollars. À peu près à la même époque (mi-2002), une détente des relations entre la Corée du Nord et celle du Sud donne un élan au projet de tunnel Japon-Corée. Les gouvernements des deux Corée se mettent d'accord pour l'ouverture d'une liaison ferroviaire entre Séoul et Pyongyang puis jusqu'à Sinuiju, une ville frontière au nord de la rivière Yalu, ainsi que d'une route parallèle au chemin de fer. De Sinuiju, les trains pourraient ensuite franchir la frontière et accéder au réseau ferré chinois, puis à celui du Transsibérien, ce qui leur ouvrirait ensuite les portes de l'ensemble du réseau ferré européen.

En , une délégation japonaise composée de cinq membres rend visite au gouverneur du Sud Gyeongsang, Kim Hyuk-kyu, du gouvernement de la province du Sud-Est de la Corée, afin de discuter du projet de tunnel sous-marin. Le groupe de législateurs japonais a à sa tête , futur ministre de la Justice du Cabinet du Japon. Nozawa visite également la région de Geoje en Corée, AsiaPulse News, 2 octobre 2002, consulté en ligne via Goliath online le 21-04-2009..

Le projet du tunnel est de nouveau reporté à une date ultérieure par le Premier ministre Yasuo FukudaLe Japon propose un tunnel de la 'Paix' à la Corée du Sud, Guardian en ligne du 15-02-2008, consulté le 18 mars 2008. Plus tard, lors d'une réunion de la Fondation internationale des autoroutes du Japon en est présentée, par Huh Moon-doh, un Sud-Coréen, une vidéo présentant le percement d'un tunnel de test d'un demi kilomètre de long de Karatsu en direction de la Corée. La fondation mène aussi des études géologiques sur le fond de la mer dans la zone des îles de Tsushima et Iki. S'adressant à la congrégation, Huh affirme un certain intérêt pour le projet, rendu plus attractif par l'activité économique qu'il pourrait générer pour les deux pays, alors en plein milieu de la profonde récession économique de 2009. Mais Huh déclare par ailleurs : « ... il persiste encore de profondes inquiétudes parmi les citoyens coréens à tisser des liens plus étroits avec le Japon », faisant référence aux siècles de guerre entre les deux nations, remontant à l'invasion de la péninsule par le Japon au , des idées proches de celles que l'on peut entendre sur les relations entre la Grande-Bretagne et la France. Huh fait aussi remarquer la possibilité grandissante d'une hégémonie chinoise dans la région, qui pourrait être atténuée par la coopération entre la Corée du Sud et le Japon : .

En , le Premier ministre Yukio Hatoyama visite Séoul et tient des discussions qui font émerger deux propositions, dont un tunnel sous-marin entre le Japon et la Corée du Sud. Lors d'un discours un peu plus tôt devant l'Assemblée générale des Nations unies, il indique que les changements récents survenus au Japon devraient aider sa nation à être une « passerelle » vers le monde. Afin de créer une unité de nations, Hatoyama aimerait établir une Communauté de l'Est asiatique, similaire à l'Union européenne. Un tunnel sous-marin entre les deux pays aiderait à établir cette unité.

Implication de la secte Moon Un partisan de longue date du projet de tunnel est Sun Myung Moon, fondateur de l'Église de l'Unification. Moon parle d'une « grande autoroute d'Asie » dès 1981, et aide à la création du Syndicat de construction de l'autoroute internationale pour la construire ainsi que d'autres infrastructures de transport, site internet Terug, consulté le 3 avril 2009..

Itinéraires proposés Une des premières suggestions faites après la Seconde Guerre mondiale, appelée "Système de Tunnel pour l'Amitié Coréo-Japonaise", prévoit des tunnels reliant la Corée au Japon, de la ville portuaire de Pusan à la ville japonaise de Fukuoka, via quatre îles situées dans le détroit.