Henri Focillon, né le à Dijon et mort le à New Haven (Connecticut), est un historien de l'art français, spécialiste de la gravure et de l'art du Moyen Âge.

Biographie Fils du graveur Victor-Louis Focillon et de son épouse Anne (née Mongeot), Henri Focillon fait ses études secondaires au lycée Charlemagne, de 1893 à 1898, et poursuit en classes préparatoires de rhétorique au lycée Henri-IV, de 1898 à 1901, avant entrer à l’École normale supérieure. Il suit les cours d'histoire de l'art d'Henry Lemonnier à la Sorbonne. Après deux échecs, en 1904 et 1905, il est reçu — troisième sur vingt-quatre — à l’agrégation de lettres en 1906Selon les notes biographiques de l’édition établie par Lucie Marignac, Henri Focillon, lettres d’Italie : correspondance familiale 1906-1908, Paris, Gallimard, 1999, sqq..

Il consacre sa thèse de doctorat (thèses principale et complémentaire) à PiranèseGiovanni-Battista Piranesi (1720-1778), Paris : H. Laurens, 1918. et devient docteur ès-lettres en 1918.

Il est nommé en 1913 directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon, poste qu’il occupe jusqu’en 1924. Professeur d'histoire de l'art à l'université de Lyon, à l'école des beaux-arts de Lyon, suppléant d'Émile Mâle à la Sorbonne (1924), il devient professeur d'esthétique à la Sorbonne (1933), puis est élu professeur au Collège de France (1938)..

Il est également représentant de la France, aux côtés de Paul Valéry, à la commission des Lettres et des Arts de la Société des Nations (1925), au comité permanent des Lettres et des Arts de la SDN (1930), à l'Institut international de coopération intellectuel et à l'Office international des musées. Il est vice-président de la commission des arts plastiques et membre de la commission du cinématographe du ministère de l'Instruction publique (1932).

À partir de 1932, il enseigne régulièrement aux États-Unis (d'abord à l'université Yale, puis à l'université de New York, à Dumbarton Oaks, et dans le réseau de l'Alliance française), en collaboration étroite avec Marcel AubertInstitut national d'histoire de l'art, archives Marcel Aubert.. Il se lie avec l'élite des universitaires (Henri Peyre, Walter W. S. Cook, Charles Seymour, etc.) et des collectionneurs de la côte Est (Duncan Phillips, Robert Woods Bliss et Mildred Barnes Bliss, etc.), et s'y exile, contraint par la guerre, à partir de Henri Focillon, lettres d’Italie, éd. cit.. Son départ est aussi motivé par la mission confidentielle qui lui est confiée par les pouvoirs publics français, d'évaluer le poids des influences françaises et allemandes dans l'opinion américaine. Il fait ainsi le tour des universités et collèges américains (Rochester, Chicago, Madison, Salt Lake City, Berkeley, San Francisco, Santa Barbara, Los Angeles, Pasadena, Kansas City, Saint-Louis, Urbana, Oberlin College, New Haven, Baltimore, Washington) et donne une série de conférences en Amérique du sudC. Briend et A. Thomine (éd.), La Vie des formes : Henri Focillon et les arts, Lyon-Paris, musée des Beaux-Arts de Lyon-INHA, 2004, ..

Il apporte son soutien au général de Gaulle, dès , et s'engage fortement aux côtés des Forces françaises libres, en intervenant régulièrement dans des conférences et à la radio américaineContributions de François-René Martin, Annamaria Ducci et Alice Thomine, in Actes du colloque international Henri Focillon, Lyon, 13 mars 2004.. Il est président d'honneur de l'École libre des hautes études, fondée à New York par les intellectuels français en exil (avec Gustave Cohen, Jacques Maritain, Alexandre Koyré, Roman Jakobson, Claude Lévi-Strauss, etc.)F. Chaubet et E. Loyer, , Revue historique, t. 302 (616), décembre 2000, ..

Sommé de rentrer en France par le gouvernement de Vichy, alors même que son ministre de tutelle est l'un de ses amis proches et anciens condisciples de l'École normale supérieure, Jérôme CarcopinoJ. Carcopino et H. Focillon, , Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, XXII (1904), et H. Focillon , Les Nouvelles littéraires, Paris, 4 mars 1939, ., il est déchu de son poste au Collège de France en 1942.

Vie privée En 1921, il épouse Marguerite Castell.

Notoriété et postérité Figure tutélaire de l'histoire de l'art, Henri Focillon a interrogé des champs aussi variésVoir notamment les titres liés à la notice d’autorité établie par la BnF. de la discipline que l'art médiéval (peinture romane, architectures romane et gothique), la Renaissance et l'époque classique (Piero della Francesca, Raphaël, Benvenuto Cellini, Rembrandt, Tiepolo, Piranèse), la peinture de son temps (Max Liebermann, Cuno Amiet, Edwin Scott, John La Farge), la préhistoire ou encore l'art japonais.

Souvent plébiscité en tant que médiéviste, il fut un théoricien de grande envergure (voir Vie des formes et Éloge de la main)Giulio Angioni cit. . et un commentateur sagace de l'art de son temps, étudiant des longitudes éloignées et examinant avec pénétration ses contemporainsColin Lemoine, Henri Focillon et la peinture au : la langue de l’espace, Actes du colloque international Henri Focillon, Lyon, 13 mars 2004.. Ses principaux ouvrages, en tant que médiéviste sont L'Art des sculpteurs romans : recherche sur l'histoire des formes (Paris : E. Leroux, 1931), Vie des formes (Paris : E. Leroux, 1934) et Art d'Occident : le Moyen Âge roman et gothique (Paris : A. Colin, 1938).

Son ouvrage sur Piero della Francesca est édité par ses élèves après sa mort, à partir de ses notes de coursPiero della Francesca, Paris, Armand Colin, , 1952..

Une bibliographie de ses écrits a été dressée après sa mort par son ancien assistant à la Sorbonne, Louis GrodeckiL. Grodecki, Bibliographie Henri Focillon, New Haven : Yale University Press, 1963.Pour une bibliographie complète de Focillon, voir : ..

Poète et pédagogue hors pair, Henri Focillon a eu une influence profonde sur les historiens de l'art qu'il a formés, parmi lesquels Jean Ache, Jean Adhémar, Maurice Allemand, Jurgis Baltrusaitis (son gendre), Germain Bazin, Jean Bony, Wanda Bouleau-Rabaud, André ChastelS. Chauffour, S. Frommel, M. Hochmann, André Chastel (1912-1990) : histoire de l'art et action publique, Paris : INHA, 2013., Suzanne Damiron, Sirarpie Der Nersessian, Gaston Diehl, Bernard Dorival, Georges Gaillard, Louis Grodecki, Richard Hamann McLean, René Huyghe, René Jullian, Mathieu-Georges May, Herbert Muller, Jean Prinet, John Rewald, Francis Salet, Claude Schaefer, Charles Sterling, Jean Taralon, Francis Henry Taylor (directeur du Metropolitan Museum of Art), Gérald Van der Kemp, Jacques Vanuxem, Philippe Verdier, Pierre Verlet, Daniel Wildenstein et Jacques Wilhelm à la Sorbonne, James Sloss Ackerman, S. Lane Faison, George Heard Hamilton, Sumner McKnight Crosby, George Kubler, Charles Seymour Jr. à Yale.

Deux sociétés jumelles portant son nom, la Henri Focillon Society à Yale et la Société Henri Focillon à Paris, ont été fondées après sa mort par ses élèves pour maintenir vivant son enseignement, recenser ses travaux et assurer la publication de ses ouvrages qui n'étaient pas encore parusTémoignage pour la France, New York : Brentano's, 1945 ; L'An Mil, Paris : A. Colin, 1952 ; Piero della Francesca, Paris : A. Colin, 1952. et celle des travaux de ses élèvesJ. Baltrusaitis, Le Moyen Âge fantastique : antiquités et exotismes dans l'art gothique, Paris : A. Colin, 1955 ; L. Grodecki, Au seuil de l'art roman : l'architecture ottonienne, Paris : A. Colin, 1958.Voir INHA, Archives Louis Grodecki..

En 2024, ses archives sont intégrées aux collections de l'Institut national d'histoire de l'art.

Bourse Focillon Une bourse porte son nom. Elle a été instituée en 1947 pour permettre aux historiens français de l'art de voyager aux États-Unis pendant un trimestre. Elle est attribuée tous les ans alternativement à un enseignant-chercheur et à un conservateur. On compte parmi les lauréats Louis Grodecki (1948), André Chastel (1949), Jean Bony (1949), Jacques Thuillier (1955 (non effectué) et 1970), Michel Laclotte (1957), Jacques Guillerme (1959), Pierre Rosenberg (1961), Yves Bottineau (1964), Antoine Schnapper, Jacques de Caso, Françoise Cachin, Jean-Patrice Marandel (1968), Roland Recht (1972), Pierre Georgel (1973), Jacques Foucart (1974), Barthélemy Jobert (2000)Comité français d'histoire de l'art/Bourse Focillon..

Hommages De 1953 à 1963, la chaire occupée par Sirarpie Der Nersessian à Harvard/Dumbarton Oaks porta le nom d'Henri FocillonDictionary of Art Historians, notice sur Sirarpie Der Nersessian..

Son nom a été donné à la bibliothèque de l'Institut français de Buenos AiresR. Couture de Troismonts, « Les bibliothèques françaises d'Argentine », Bulletin des Bibliothèques de France, 1958, n° 10..

Son nom à également été donné à l'auditorium du musée des beaux-arts de Lyon.

Publications Vie des formes (1934) - rééd. PUF, 2010 ; rééd. Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2024. Rembrandt, Paris, Plon (1936) Éloge de la main (1939), rééd. Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2024. Benvenuto Cellini Raphaël Piero della Francesca (1951)

Histoire de la peinture La Peinture aux s (1927-1928) De Callot à Lautrec : perspectives de l’art français

Histoire de l'estampe Outre sa thèse, portant sur Piranèse, Focillon a consacré de nombreux articles à l'estampe. Quelques-uns de ces textes ont été regroupés dans un livre publié sous le titre Maîtres de l'estampe en 1930. « La Gravure et la lithographie », dans Le Musée d'art. Galerie des chefs-d’œuvre et précis de l'Histoire de l'Art au , en France et à l'étranger (1906) « Méryon », L'Art et les Artistes (1907) et (1921) Préface, Exposition rétrospective des œuvres d’Émile Boilvin, 1845-1899 (1910) Préface, Exposition rétrospective des œuvres de Théophile Chauvel, 1831-1909 (1910) « L'Eau-forte de reproduction en France », Revue de l'art ancien et moderne (1910) « Artistes contemporains : Louis Legrand », Revue de l'art ancien et moderne (1911) « Les Graveurs de la Joconde », Revue de l'art ancien et moderne (1911) « Les Eaux-fortes de Tiepolo », Revue de l'art ancien et moderne (1912) « Jean-Dominique Tiepolo, graveur », dans les Mélanges offerts à M. Henry Lemonnier par la Société de l'histoire de l'art français, ses amis, et ses élèves (1913) « Hokusaï » (1914 ; 1925) « Giovanni Battista Piranesi (1720-1778) » (1918), thèse Technique et sentiment. Études sur l'art moderne (1919) « Zorn, graveur », L'Art et les artistes (1922) La Gravure espagnole à la Chalcographie de Madrid, Mouseion (1927) « Manet en blanc et noir, d'après un livre récent », Gazette des Beaux-Arts (1927) « Auguste Brouet », L'Art et les artistes (1927) « Victor Focillon (1849-1918) », Annuaire de la Société des Aquafortistes français (1927) « Léon Félix », L'Art et les artistes (1929) « Honoré Daumier », Gazette des Beaux-Arts (1929) Maîtres de l'estampe. Peintres-graveurs (1930 ; 1969) « Lautrec », Gazette des Beaux-Arts (1931) « Georges Gobo », L'Art et les artistes (1932) « Estampes en couleur gravées sur bois », Arts et métiers graphiques (1933)

Art de l'Extrême-Orient Hokusai (1914) L'Art bouddhique, Paris, Henri Laurens éditeur, , 1921, 336 p.

Histoire de l'art médiéval Art des sculpteurs romans (1932) Art d'Occident 1 : Moyen Âge roman et gothique Art d'Occident 2 : Moyen Âge gothique (1938) Peintures romanes des églises de France (1938) Moyen Âge : survivances et réveils (1943) L'An mil (1952)

Autres publications Projet d'enseignement [au Collège de France]. Titres et travaux, Paris, Imprimerie des Presses universitaires de France, 1937 Témoignage pour la France (avant-propos du général de Gaulle), New York, Brentano's, 1945

Direction de publications et revues (D'après la liste établie par H. Focillon dans ses Titres et travaux, 1937) Collections : Art et Religion (Laurens éd.) : Études d'art et d'archéologie (Leroux éd.) ; Forme et Style, études et mémoires d'art et d'archéologie (Leroux éd.)