Ignacio Zuloaga y Zavaleta, né le à Eibar (Guipuscoa), et mort le à Madrid, fut l'un des plus importants peintres espagnols de la fin du et du début du . Portraitiste très prisé en son temps, il a également donné des images puissantes de tauromachie en Andalousie et de l'Espagne noire en Castille, notamment à Ségovie.
Biographie Son père Plácido Zuloaga, descendant d'une lignée basque de céramistes et de ciseleurs - un aïeul dirigea la de Madrid Camille Mauclair, « Ignacio Zuloaga », L'art et les artistes, 1 avril 1910, . -, lui-même remarquable damasquineur ayant eu une expérience parisienne de sculpteur animalier dans l'entourage de Jean-Baptiste Carpeaux et Antoine-Louis Barye, l'initie au dessin et à la gravure et lui fait découvrir la peinture espagnole au musée du PradoNotice biographique de l'Académie royale d'histoire. Sa formation scolaire se fait en France chez les jésuites.
En 1889, après un séjour de six mois à Rome où il travaille dans l'atelier du sculpteur , il s’installe pour une décennie à Paris où il épousera Valentine Dethomas, sœur de Maxime Dethomas. Les Muses - Encyclopédie des arts, Grange Batelière, 1974, vol.15, ., il côtoie Paul Gauguin, Stéphane Mallarmé, Edgar Degas, Auguste Rodin, Charles Cottet, Santiago Rusiñol, fait connaître la peinture espagnole (notamment Le GrecoRusiñol, Zuloaga et la redécouverte du Greco) aux artistes français, reçoit l'influence déterminante d'Édouard Manet, et expose avec les postimpressionnistes à la galerie Le Barc de BouttevilleLa Fraternité : journal hebdomadaire, 19 juin 1895.. Il s'intéresse déjà aux personnages humbles (balayeurs, vagabonds, prostituées…) qu'il représente dans des harmonies froidesRétrospective à Bilbao.
En 1898, il découvre à Ségovie un univers qui marquera profondément et durablement son œuvre : une terre inhospitalière, aux types et coutumes archaïques. Il installe un atelier dans la ville, et achète en 1925 le château de Los Velasco dans le village médiéval de PedrazaSite du château, aujourd'hui musée Zuloaga.
Il était un grand aficionado des courses de taureaux, sujet qu'il représenta dans ses tableaux, réussissant même une fois à entrer dans l'arène. Son modèle favori était Agustina, la mère du matador Ignacio Rafael García Escudero « Albaicín ». Il a également eu pour modèle La Niña de los Peines en 1910.
Zuloaga, . Ses thématiques typiquement espagnoles, frisant souvent la caricature (paysages arides, processions rurales, portraits de manolas séductrices, toreros arrogants et pícaros misérables), ont connu beaucoup de succès dans une Europe avide d'exotisme, avant d'être récupérés par les nationalistes.
Évolution politique du peintre D'un naturel indépendant, Zuloaga n'adhérait à aucune idéologie particulière et préservait toute son indépendance. Il avait pour ami Camille Mauclair, Paul Fort, Maurice Barrès, Charles Morice, puis José Ortega y Gasset, ainsi que Miguel de Unamuno. Mais après son séjour à Paris où il réside jusqu'au début de la fin de la Première Guerre mondiale, Ghislaine Plessier note un rapprochement avec une idéologie nationaliste dans les années 1920-1930 notamment dans sa correspondance avec Émile Bernard.
Les nationalistes ont utilisé son prestige international pour faire la propagande de l'Espagne franquiste, diffusant son œuvre dans des expositions à l'étranger : Venise en 1938, Londres en 1939. Malgré les bouleversements politiques, Zuloaga continue de représenter les figures marquantes de son époqueLe Musée de la Légion de Ceuta expose par exemple un portrait de José Millán-Astray : Site de l'Armée de terre espagnole. et, entre avril et , il passe 20 jours avec Francisco Franco à l'Hôtel Ritz de Madrid pour réaliser son portrait..
Il s'éloigne ensuite progressivement de la scène publique pour se consacrer à la peinture de natures mortes.
Œuvre et style La peinture de Zuloaga fut parfois des plus discutées en Espagne en raison de son caractère cru et dramatique, paradigmatique de l'« Espagne noire ». Le tableau Veille de course de taureau fut refusé par le jury espagnol de l'Exposition universelle de 1900. Mais La Victime de la fiesta connut un grand succès au Salon des artistes français en 1911, avec un article élogieux de l'historien d'art Camille Mauclair.
Parmi les portraits de toreros les plus importants, on compte celui de son filleul, le fils d'Agustina, Albaicín qu'il fit poser en habit de lumières alors que le jeune garçon n'avait pas encore songé à être torero.
Il est l'auteur du portrait du collectionneur d'art Carlos de Beistegui. Ce portrait est exposé au Louvre, dans la "Salle Beistegui" au deuxième étage du pavillon Sully ; selon les volontés de son commanditaire ce portrait doit y être exposé en permanence au sein de l'importante et indissociable collection de tableaux de sa donation au Louvre. Zuloaga figure également aux musées d'OrsayTableaux de Zuloaga au musée d'Orsay. ou de Castres.
Les Amies, vers 1896, huile sur toile, , musée national d'Art de Catalogne, BarceloneLes Amies, MNAC Mon oncle et mes deux cousines, 1898-1899, huile sur toile, , musée d'Orsay, ParisDeux cousines, Orsay La Naine Dona Mercedes, 1899, huile sur toile, , musée d'Orsay, ParisLa Naine, Orsay Le Nain Don Pedro, vers 1900, huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de TournaiNain Don Pedro, Tournai Préparatifs de la course de taureaux, 1903, huile sur toile, , musée de l'Ermitage Mes cousines, vers 1903, huile sur toile, , musée national d'Art de Catalogne, BarceloneMes Cousines, MNAC Ermite, 1904, huile sur toile, , musée de l'Ermitage, Saint-PétersbourgErmite, Ermitage La Gitane, 1904, huile sur toile, , galerie Thiel, StockolmGitane, Galerie Thiel Toreros de village, 1906, huile sur toile, , musée de la Reine Sofía, MadridToreros de Village, Musée de la Reine Sofial L'Anachorète, 1907, huile sur toile, , musée d'Orsay, ParisAnachorète, Orsay Le Nain Grégorio, 1908, huile sur toile, , musée de l'Ermitage, Saint-PétersbourgNain Gregorio, Ermitage Mon oncle Daniel Zuloaga entouré de sa famille, 1910, huile sur toile 205 x 290cm, Musée des Beaux-Arts de Boston Le Christ du Sang, 1911, huile sur toile, , musée de la Reine Sofía, MadridChrist du sang, Musée de la Reine Sofial Barrès devant Tolède, 1913, huile sur toile, , musée d'Orsay, ParisBarrès, Orsay Portrait de la comtesse Mathieu de Noailles, 1913, huile sur toile, , musée des Beaux-Arts de BilbaoComtesse de Noailles, Bilbao Portrait d'Anita Ramírez en noir, 1916, huile sur toile, , Brooklyn Museum, New YorkAnita Ramirez, Brooklyn Segovie, huile sur toile, , musée national des Beaux-Arts (Cuba) Autoportrat, 1942 - Collection particulièreSégovie, Cuba
Expositions Expositions collectives Salon de Paris, à partir de 1890. Impressionnistes et symbolistes, Galerie Le Barc de Boutteville, 47, rue Le Peletier, Paris, 1891. Salon de la Société nationalde des beaux-arts, Paris, 1899Émile Escande, « Le Salon de peinture de la Société nationale - Salle 21 », L'Œuvre d'art, 1 juin 1899, , sociétaire en 1901, 1912Raymond Bouyer, « Les Salons de 1912 », La Revue de l'art ancien et moderne, 1912, André Warnod, « Le Salon de la Société nationale des beaux-arts », Comœdia, 13 avril 1912, , 1914André Warnod, « Le 24 Salon de la Société nationale des beaux-arts », Comœdia, 12 avril 1914. Groupe "L'Œuvre libre" - Ignacio Zuloaga, Alexandre Altmann, Jean Arnavielle…, Galerie Devambez, Paris, février- « La critique des arts et de la curiosité », La Gazette des beaux-arts, février 1912.. Goya et les peintres espagnols modernes, Petit Palais, Paris, 1919Jeanne Doin, « Goya et les peintres espagnols modernes au Petit Palais », Gazette des beaux-arts, 1919, . Biennale de Venise, 1938 Amanda Herold-Marme, Des artistes espagnols à Paris - Identités et engagements face à la guerre civile, CTHS / INHA, 2024..
Expositions personnelles
Ignacio Zuloaga - Espagne blanche, Galerie Le Barc de Boutteville, Paris, avril 1895Ed. S., « Au jour le jour », Journal des débats politiques et littéraires, 13 avril 1895, . Galerie Reinhardt, New York, 1925. Círculo de Bellas Artes, Madrid, décembre 1926M. N., « Lettre d'Espagne », L'art et les artistes, 1 octobre 1926, . Burlington Galleries, Londres, 1938 « Londres : Zuloaga, Burlington Galleries », Occident - Le bimensuel franco-espagnol, n°29, 25 décembre 1938, .. Pavillon des Arts, Paris, 1991. Zuloaga - Rétrospective, Musée des Beaux-Arts de Bilbao, 2019. Zuloaga, entre lo gitano y el flamenco, , Grenade, mars-Sous la direction de Pilar Amanda Ramírez, Zuloaga, entre lo gitano y el flamenco, catalogue d'exposition, Hôpital royal de Grenade, 2022.
Postérité Le Portrait de la comtesse Mathieu de Noailles, réalisé vers 1913, est présent dans le livre Les 1001 tableaux qu'il faut avoir vus dans sa vie ; la critique Lucinda Hawksley l'y qualifie de « merveilleusement décadent »Lucinda Hawkley, Portrait de la comtesse Mathieu de Noailles, page 604, in Les 1001 tableaux qu'il faut avoir vus dans sa vie, traduit de l'anglais par Amandine de Chastaing, Cécile Giroldi et Anne Marcy-Benitez, Flammarion, 2007, ..
Dans sa ville natale d'Eibar, il existe un institut qui porte son nom et où on peut passer le baccalauréat et faire un cycle d'études.
Il existe des musées Zuloaga à Zumaia, Ségovie (dans l'ancienne église de San Juan de los Caballeros) et Pedraza (dans le château où le peintre avait installé son atelier).
Une exposition est présentée en 1990-1991 à Bilbao (Musée des Beaux-Arts), puis à Paris (Pavillon des Arts), Dallas (Meadows Museum), New York (Galerie Wildenstein) et Madrid (Bibliothèque nationale d'Espagne).
Représentations d'Ignacio Zuloaga Pablo Uranga (1861-1934), Portrait du peintre Ignacio Zuloaga, huile sur toile 67,5x54,5cm, 1893 (Musée Goya, CastresMusée Goya, "Portrait d'Ignacio Zuloaga" dans les collections. Jacques-Émile Blanche (1861-1942), Portrait d'Ignacio Zuloaga, huile sur toile 226x146cm, vers 1900-1904 (Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris).
Réception critique
- Jean Cassou Jean Cassou, « La peinture en Espagne et en Amérique latine », L'Amour de l'art, 1934, . - Pierre Leprohon Pierre Leprohon, « Zuloaga » dans, sous la direction de Pierre Waleffe, La vie des grands peintres espagnols, éditions du Sud, Paris, 1965, .
- Gérald Schurr Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, Paris, 1993, . - Jacques Busse Jacques Busse, Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, vol.14, .
Notes et références
Annexes
Bibliographie Amanda Herold-Marme, Des artistes espagnols à Paris - Identités et engagements face à la guerre civile, collection « L'art et l'essai », CTHS / INHA, 2024. Javier Novo González, « Ignacio Zuloaga et son utilización por el franquismo », Ondare - Cuadernos de artes plásticas y monumentales, n°25, 2006, . Emmanuel Bénézit (article de Jacques Busse), Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, vol.14, Gründ, 1999. André Roussard, Dictionnaire des peintres à Montmartre, éditions André Roussard, Paris, 1999. . Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, Paris, 1993.
. . . Enrique Lafuente Ferrari, La vida y el arte de Ignacio Zuloaga, Planeta, 1990 (troisième édition). Mayi Milhou, Ignacio Zuloaga et la France, Université Bordeaux III, Bulletin hispanique, 1981, (consulter en ligne). Les Muses - Encyclopédie des arts, vol.15, Grange Batelière, Paris, 1974. Dictionnaire universel de l'art et des artistes (article de Thérèse Burollet), Hazan, Paris, 1967. Sous la direction de Pierre Waleffe, La vie des grands peintres espagnols, éditions du Sud, Paris, 1965. Jacques Lassaigne, La peinture espagnole de Vélasquez à Picasso, Skira, Genève, 1952. Enrique Lafuente Ferrari, « Las ideas estéticas de Zuloaga », Revista de ideas estéticas, n°26, 1949, . Pierre-Plessis, « Du côté de Zuloaga », Comœdia, 27 septembre 1925 (lire en ligne).