Le bouffon, fou du roi, ou fou, est un personnage comique, dont la profession était de faire rire les gens. Les plus connus sont les fous des rois et les fous des seigneurs, comme Triboulet, fou du roi François . Il y a aussi des femmes « fous » ou « folles », par exemple Cathelot, folle de Catherine de Médicis.. Les fous font rire. Ils divertissent, et utilisent l'insolence.

Apparu au Moyen Âge, le registre de la bouffonnerie se poursuit à l'époque contemporaine.

Histoire La bouffonnerie du Moyen Âge à l'époque moderne

Les rois avaient leur bouffon attitré, seul personnage pouvant sans conséquence se moquer du souverain, quoique la satire constituât toujours un risque voire un péril pour l’artiste. Les spectacles avaient souvent lieu lors de grands banquets où plusieurs vassaux festoyaient au côté de leurs seigneurs. La Cour, dans des châteaux plus ou moins luxueux, avait son opérette de bouffons dont le comique restait souvent trivial, proche de la commedia dell'arte, bien que le « jeu » de ces premiers comédiens fût beaucoup moins travaillé que celui des artistes des « farces » du .

Un des premiers écrits où l’humour du bouffon est relaté est celui de Priscus, historien grec, en 449 : Attila avait déjà à son service un fou pour distraire les convives. C'est la première fois qu'on parle d'un fou du roi — bien qu'on puisse soupçonner qu'il en existât déjà bien avant —, mais aucune preuve ne l'atteste jusqu'au , où les comptes d'argenterie des rois de France mentionnent régulièrement les dépenses, parfois élevées du ou des bouffons de la cour ou faites pour eux.

Les bouffons à la cour du roi en Angleterre et en Écosse La plupart des cours royales anglaises emploient des artistes et bon nombre d'entre elles ont des fous ou des bouffons. Les divertissements proposés vont de la musique aux contes en passant par le spectacle de clown, le mime et les jongleries. Des « Fool Societies », ou groupes d'artistes nomades, sont souvent engagés pour réaliser des acrobaties et des jongleries..

vignette|gauche|Maître du portrait de Angerer, Un fou, vers 1519-1520. Les bouffons sont également utilisés de façon occasionnelle par les armées pour mener une guerre psychologique. Ils chevauchent devant les troupes, provoquent ou se moquent de l'ennemi, et servent parfois de messagers. Ils sont aussi utilisés pour remonter le moral de leur propre armée en chantant des chansons et en récitant des histoires..

Henri VIII d'Angleterre emploie un bouffon nommé Will Sommers. Sa fille Marie et sa dernière épouse Catherine Parr sont diverties par une « folle » connue sous le nom de Jane Foole..

Sous les règnes d'Élisabeth et de Jacques , les clowns et les bouffons sont parfois présents dans les pièces de Shakespeare ; l'expert de la compagnie en matière de bouffonnerie était Robert Armin, auteur du livre Foole upon Foole. Dans La Nuit des rois de Shakespeare, Feste, le bouffon, est décrit comme « assez sage pour faire le fou »..

En Écosse, Marie Stuart avait un bouffon appelé Nichola. Son fils, le roi Jacques VI, emploie un bouffon nommé Archibald Armstrong ; il reçoit d'abord les honneurs de la cour mais il est finalement renvoyé pour être allé trop loin et avoir insulté trop de personnes influentes. Après sa disgrâce, des livres reprenant ses plaisanteries sont toujours vendus dans les rues de Londres et il continue à exercer une certaine influence à la cour sous le règne de Charles qui emploie pour sa part un bouffon nommé Jeffrey Hudson. Hudson portait le titre de « nain royal » ou « Lord Minimus » en raison de sa petite taille. L'une de ses plaisanteries favorite consistait à se cacher dans une tarte géante d'où il surgissait à l'improviste ; l'autre bouffon de Charles Ier s'appelait Muckle John..

Les privilèges des fous Le privilège du bouffon est son droit de parler de ce qu'il veut et de se moquer librement de quiconque en public sans être puni. A cet effet, il porte des signes distinctifs qui dénotent son statut et sa protection par la loi. Le bonnet à clochettes et la marotte, souvent portés par les fous, sont l'image de la couronne et du sceptre royal...

Le dernier bouffon de l'époque moderne en France, l'Angély, vit sous Louis XIII et un peu sous Louis XIV.

La bouffonnerie contemporaine À l'époque contemporaine, les postures antisystèmes peuvent relever du registre de la bouffonnerie contestataire qui s'inscrit dans la lignée du bouffon du roi. Cette opposition frontale à la classe dirigeante se traduit par la désacralisation du corps politiqueCe processus débute en France avec la désacralisation de la monarchie absolue, opérée lors de la Révolution qui renforce l'objectif de désincarnation du pouvoir selon trois principes : la non-appropriation du pouvoir, le caractère temporaire des mandats politiques, la capacité des responsables politiques à représenter l'intérêt général. Le développement de l'opinion publique et la judiciarisation de l'activité politique (pour mettre fin au sentiment d'impunité pénale qui explique la banalisation des scandalises politiques et la des responsabilités) ont renforcé cette désacralisation.Cf. .La politique-divertissement a également contribué à la .Cf. ..

Apparu en France dans les années 1950 à la suite de la figure du chansonnier et du comique de music-hall, ce registre se développe dans les cafés-théâtres pendant les années 1970, puis à la radio et à la télévision dans la décennie suivante. Il s'incarne par des humoristes qui, dans des styles très différents, se livrent à une critique acerbe et frontale des conservatismes politiques et de la sphère gouvernementale : Pierre Desproges et Thierry Le Luron dénoncent le sentiment national, le racisme et la montée du Front national. Coluche cible comme représentant du pouvoir la figure du policier, Desproges celle du militaire. Cet investissement de la sphère politique connaît son apogée avec la candidature de Coluche à l'élection présidentielle de 1981...

On retrouve quelques traces de ce registre au avec des humoristes comme Stéphane Guillon, Christophe Alévêque, ou Jean-Marie Bigard qui se désigne lui même comme un ..

Étymologie et symbolique

Le substantif masculin « bouffon » est un emprunt à l'italien , lui-même dérivé du radical onomatopéique qui exprime le gonflement des joues [consulté le 2017]. [consulté le 2017]..

Sur un plan mythologique, le fou du roi est plus ancien encore : Momos est le bouffon des dieux de l'Olympe.

Le mot même est une déformation des bouphonies, les « sacrifices du bœuf » dans la Grèce antique : après l'exécution de la victime, une « comédie sacrée » avait lieu pour « dépasser la mort » de l'animal : d'abord, la hache qui avait servi aux hiérophantes à tuer le bovin était jugée et condamnée au Prytanée puis exilée ; ensuite, la peau de l'animal sacrifié était empaillée et placée à côté d'un bœuf vivant pour tirer sous le même joug un sillon symbolique, comme si le sacrifié vivait toujours sous une nouvelle formePausanias I, 24,4 et I, 28,10 cité par M. Detienne, Les Jardins d'Adonis, Gallimard, 1972, et suiv., et par Reynal Sorel, L'Orphisme, PUF 1995 , ..

Érasme souligne l'importance des bouffons auprès des rois dans Éloge de la folie, XXXVI :

Mais Érasme fait également quelques allusions à un second rôle échu au bouffon : celui de révélateur, de miroir grotesque. Rôle attesté par le fait que les bouffons suivaient une réelle formation, qui était plus adaptée aux hommes d'esprit qu'aux réels crétins. Il semble que certaines associations discrètes n'y furent pas étrangères, d'après Bernard Roger, dans À la découverte de l'alchimieéd. Dangles.

Le bouffon est révélateur de la dualité de chaque être et de sa face bouffonne. Bien compris et assumé il est un facteur de progrès, rejeté il symbolise un arrêt dans l'évolution ascendante..

La fête des Fous serait une survivance de fêtes rituelles bien plus anciennes, s'apparentant aux Saturnales.

Le fou est aussi, en alchimie, un symbole pour représenter le dissolvant, l'action de décomposition (œuvre au noir).

Dans le tarot de Marseille, l'arcane du Mat est aussi appelée « le Fou », et représente l'errance, la folie, mais aussi la liberté et l'insouciance.

Le mot « bouffon » s'emploie de plus en plus dans la langue parlée familière pour nommer une personne peu sérieuse, par extension le mot est utilisé comme insulte.

Les types de bouffon Les bouffons étaient classés en deux variétés : celle du bouffon dite « naturelle », concernant un individu simple d'esprit ou atteint d'une maladie mentale, et celle du bouffon dite « artificielle », qui n'est théoriquement qu'une copie imparfaite de la première variété, mais pourtant qui est présent en premier dans la littérature européenne certainement grâce à l'image archétypale du Fripon..

Le bouffon « naturel » Il est aussi appelé fol naturel ou fol naïs. en ancien français, il est réellement atteint de folie et pouvait servir à la cour d'un roi pour distraire ce dernier. Cependant rire d'un bouffon de cour naturel n'est pas un acte anodin, cela peut être perçu comme un manque de charité voire de l'avidité envers des plaisirs futiles.

Le bouffon « artificiel » Il est considéré comme une reproduction de moindre qualité du fol naturel, à la renaissance on lui préférera le terme de "plaisant" pour le désigner. Néanmoins malgré son supposé caractère de copie, il émerge avant le fol naïs dans la littérature européenne, certainement grâce aux caractéristiques communes qu'il a avec le fripon, décrit par Mircea Eliade comme

Dans d'autres cultures L'atsara tibétainNathalie Gauthard, « Les maîtres-moqueurs du Tibet ou les métamorphoses du rire », L'ethnographie, 2 | 2020, mis en ligne le 20 mars 2020..

Liste non-exhaustive de bouffons vignette|Triboulet tenant sa marotte, médaille gravée par Francesco Laurana, 1461. Pietro Gonnella, bouffon de la Cour d'Este, peint par Jean Fouquet. Triboulet, bouffon du roi René d’Anjou, comédien, chef de troupe, auteur dramatique (il aurait notamment composé La Farce de Maître Pathelin). Triboulet, bouffon de la cour de France sous les règnes de Louis XII et François . Brusquet, bouffon de la cour de France sous les règnes de François et ses successeurs. Stańczyk, bouffon de la cour de Pologne au . Chicot, bouffon d'Henri III et de Henri IV, qui inspira le personnage d'Alexandre DumasJules Mathorez, Histoire de Chicot, bouffon de Henri III, 1914, Bibliothèque numérique de l'École nationale des chartes. Nicolas Joubert, sieur d’Angoulevent, bouffon sous Henri IV. Maître Guillaume, bouffon de Henri IV puis de Louis XIII. L'Angély, fou du roi Louis XIII et Louis XIV. Archibald Armstrong, bouffon du roi Jacques d'Angleterre. Gong-gil, bouffon androgyne et acrobate coréen anobli en tant que favori du roi par Yongsangun (1476 – 1506, 1494-1506). Sa célébrité, relayée par les Annales de la Dynastie Chosŏn, inspira la pièce Yi (Toi) puis le film Le Roi et le Clown au réalisateur Lee Jun-ik en 2005. Pape Theun (v. 1530) : bouffon de la cour de Charles Quint à BruxellesFrançois-Xavier Testu ; La Méchanceté par l'auteur, Editions Robert Laffont, Bouquin; ; 2014. Mathurine de Vallois (fl. 1589 - fl. 1627), bouffonne à la cour de Henri III, Henri IV et Louis XIII.

Bouffons de fiction Littérature Philippe, bouffon dans Le Banquet de Xénophon Sébastien Chicot, bouffon d'Henri III, important personnage des romans La Dame de Monsoreau et Les Quarante-cinq d'Alexandre Dumas, repris dans Le Prince que voilà et La Violente amour de Robert Merle, et s'inspirant du véritable Chicot. Le fou est un personnage important de L'Assassin royal de Robin Hobb, dont la faconde, teintée d'énigmes et de facétie, aide bien souvent le héros Fitz dans ses quêtes. Wamba, fils de Witless, fou de Cedric le Saxon, dans Ivanhoé de Walter Scott. Tiel Wetzweiler dit « Le Glorieux », fou du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, dans Quentin Durward de Walter Scott.

Cinéma Kyoami, bouffon de Hidetora dans Ran d'Akira Kurosawa.